Féminisme(s) : peut-on porter le voile islamique et être féministe? 

Petit cadre conceptuel (si cela est encore nécessaire de le souligner)

« 1. Les Arabes ne sont pas tous musulmans

Le monde arabe regroupe une vingtaine de pays de la péninsule arabique, du Proche-Orient et du nord de l’Afrique. Ils partagent entre autres l’arabe comme langue officielle ou co-officielle. L’islam est aussi la religion prédominante dans ces pays, mais ce n’est pas la seule. Certains Arabes sont chrétiens et d’autres juifs.

2. La majorité des musulmans ne vivent pas dans le monde arabe

Les fidèles de l’islam sont appelés des musulmans. En 2010, ils représentaient près du tiers de la population mondiale, soit environ 1,6 milliard de personnes.

Apparu en Arabie au VIIe siècle, l’islam s’est répandu en Afrique, mais également en Asie. De nos jours, seulement une minorité des musulmans vivent dans le monde arabe.

4. Islamique, islamisme et islamistes?

L’adjectif islamique qualifie simplement ce qui est relatif à l’islam.

Quant à l’islamisme, ses définitions sont multiples, mais plus généralement, ce terme réfère à un mouvement politique qui prône l’adoption de concepts de l’islam dans la gouvernance d’un État, notamment en imposant la charia comme loi fondamentale.

Ceux qui sont membres de ce mouvement sont des islamistes. Ils peuvent être modérés, mais la plupart sont conservateurs et ils s’opposent aux principes de la laïcité. » 

 

« Il faut tout d’abord rappeler que le terme « islamisme » a changé de sens deux fois en deux siècles : avant la période coloniale il signifie tout simplement l’islam comme « mahométisme ». Ce n’est que plusieurs décennies après les indépendances nationales qu?il va prendre le sens actuel. Nous avions tous (Kepel, Tosy, Burgat, quelques autres et moi-même) décrit l’ « islamisme radical » comme étant l’utilisation politique de thèmes musulmans mobilisés en réaction à la « westernization » considérée comme agressive à l’égard de l’identité arabo-musulmane, réaction perçue comme une protestation antimoderne. […] 

Ce mouvement s’articulait autour de la critique du fondement laïque de la modernité. […] En effet, depuis les années 1970, la réaffirmation du religieux comme marqueur identitaire dans le monde islamique a relayé le nationalisme puis le « socialisme arabe ». […] 

« Le recours au vocabulaire de l’islam opéré (initialement mais non exclusivement), au surlendemain des indépendances, par les couches sociales freinées dans leur accès aux bénéfices de la modernisation pour exprimer (contre ou, le cas échéant, depuis l’État) un projet politique se servant de l’héritage occidental comme d’un repoussoir mais autorisant, ce faisant, sa réappropriation. »

[…] L’« islamisme » est donc l’utilisation politique de l’islam par les acteurs d?une protestation antimoderne perçue comme portant atteinte à leur identité à la fois nationale et religieuse. » – Étienne, Bruno. « L’islamisme comme idéologie et comme force politique », Cités, vol. 14, no. 2, 2003, pp. 45-55.

 

 

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Question de départ : peut-on porter le voile islamique et être féministe? 

Répondre à cette interrogation qui peut sembler relever du saugrenu ou de la provocation, c’est adopter :

  • soit une interprétation séculière du féminisme (foncièrement exclusive) 
  • soit une signification plurielle de ladite notion

Dans la première perspective, le féminisme est une pensée et un mouvement de libération et d’émancipation de la femme assujettie et/ou dominée discriminée dans un système (politique, religieux, culturel, économique, social) patriarcal.

 

“Mouvement politique qui prône l’égalité réelle entre les hommes et les femmes dans la vie privée et dans la vie publique. Au sens large, le féminisme inclut l’ensemble argumentaire qui dénonce les inégalités faites aux femmes et qui énonce des modalités de transformation de ces conditions. Il comprend des réflexions théoriques, des études empiriques et des propositions politiques et sociales.” –  http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1503

 

Il est en effet difficilement concevable qu’une femme puisse simultanément se réclamer d’une foi religieuse (avec toute la part de fidélité aux préceptes moraux-religieux et socioculturels que cela implique – cf. l’inégalité homme-femme (ou la « complémentarité » de la femme à l’homme) prônée dans les textes “sacrés” selon une interprétation sans nuances, ou la doctrine des sphères séparées – dans laquelle la femme est sortie de l’espace public et placée dans la case domestique) et d’une liberté individuelle au sens occidento-libéral du terme. Porter le voile, c’est être une soumise.

 

“Les stéréotypes sont généralement formés par concentration sur des contrastes choisis : les Musulmanes portent le voile, symbole de soumission pour un observateur occidental ; la société islamique se fixe sur le culte de la virginité et jette l’opprobre sur les femmes qui ne sont plus vierges, promouvant ainsi une double norme ; les sociétés islamiques agressent les petites filles par divers procédés comme le Jabr ou mariage forcé ; la polygamie et les facilités du divorce renforcent la soumission des femmes psychologiquement et matériellement.

De tels stéréotypes ne sont pas dépourvus d’implications politiques. Le Moyen-Orient est considéré comme arriéré et culturellement indigne de respect, il aurait besoin d’être modernisé et en même temps d’être civilisé.” – Nader, Laura. « Orientalisme, occidentalisme et contrôle des femmes », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, no. 1, 2006, pp. 12-24.

 

“Islam et féminisme sont souvent perçus et décrits comme étant incompatibles. Une abondante « littérature » ainsi qu’un grand nombre de discussions existent, à la fois dans les médias et chez les politiques pour en faire la démonstration. Féminisme et Islam ? Ne sont-ils pas antinomiques par nature ? Peut-être, si notre approche est comme chaque fois que l’on doit parler d’islam, binaire. Pour de nombreuses personnes, les termes féminisme et musulman sont contradictoires et se réfèrent à deux phénomènes incompatibles. Pour les uns, l’islam est le symbole suprême de l’oppression faite aux femmes ; pour les autres, le féminisme est un phénomène déviant ou une idéologie occidentale étrangère.

Le problème à propos des seules discussions d’incompatibilité est qu’elles ne tiennent pas compte des réalités ; elles masquent les relations et structures de pouvoir locales et globales au sein desquelles les femmes musulmanes doivent lutter pour la justice et l’égalité.” – Chouder, Ismahane. « Féminisme-s islamique-s », Confluences Méditerranée, vol. 95, no. 4, 2015, pp. 81-90.

 

Sujet enchaîné à une condition d’infériorité dans une organisation sociale fondée sur le pouvoir et l’autorité du mâle machiste et/ou misogyne, la femme féministe islamique (voilée ou non) n’est pas pour plusieurs de ses sœurs de “combat” une militante revendicatrice d’égalité réelle. Sa prétention souffre à cet égard d’une contradiction originelle et insurmontable. Et elle est invitée à faire acte d’apostasie.

 

“Pour les unes, le foulard est regardé comme le symbole de l’oppression masculine. […] Le foulard n’a pas le même sens pour toutes celles qui l’ont porté hier ou qui le portent aujourd’hui, ici et ailleurs. Il n’est pas toujours contraint. Il est parfois revendiqué.” – Gaspard, Françoise. « Le foulard de la dispute », Cahiers du Genre, vol. hs 1, no. 3, 2006, pp. 75-93.

 

Paradoxalement, le débat intra-muros sur le féminisme suggère a priori l’existence non pas d’une conception de la condition féminine, mais de plusieurs appropriations de la femme libre et émancipée. Et que la lutte pour l’égalité réelle des sexes suit des trajectoires différentes, vise des objectifs souvent irréconciliables, néanmoins naît de la même volonté de ne plus être “Le Deuxième sexe” entendu comme une catégorie de subalternes, d’objets ou de chosifiées.

Ainsi, semble-t-il, bien que les dynamiques de la lutte féministe soit une multitude de stratégies allant de :

  • l’affrontement (combattre le “Mâle/Mal”, quelques fois jusqu’à son anéantissement total),
  • de la médiation (en arriver à une co-existence effectivement égalitaire des sexes avec la fin des stéréotypes du genre entre autres choses et de la considération de la personne et de la dignité humaine au-delà de son identification par son sexe – détail au fond dérisoire),
  • la conciliation entre les différentes loyautés (envers la culture, la société, les convictions religieuses, etc.),

le but ultime reste la fin du traitement défavorable (discrimination) selon le sexe.

 

« L’humanité est mâle et l’homme définit la femme non en soi mais relativement à lui; elle n’est pas considérée comme un être autonome. » – Simone de Beauvoir – 1908-1986 – Le Deuxième Sexe, tome I – 1949

 

Mon propos consiste à dire deux choses:  

  1. Il n’y a pas un féminisme. Pour dire, le seul féminisme occidento-libéral vendu comme progressiste n’est pas le seul valable, et ne saurait en adoptant une position moralisatrice, supérieure, être la seule voie acceptable menant à l’égalité réelle des sexes. Il y a des féminismes, tous aussi légitimes, compréhensibles, reflétant la réalité ou les réalités de toutes les femmes du monde et incarnant la complexité de leurs luttes. 

 

Contrairement au propos de Simone de Beauvoir :

« L’action des femmes n’a jamais été qu’une agitation symbolique; elles n’ont gagné que ce que les hommes ont bien voulu leur concéder; elles n’ont rien pris: elles ont reçu. C’est qu’elles n’ont pas les moyens concrets de se rassembler en une unité qui se poserait en s’opposant. Elles n’ont pas de passé, d’histoire, de religion qui leur soit propre; et elles n’ont pas comme les prolétaires une solidarité de travail et d’intérêts; il n’y a pas même entre elles cette promiscuité spatiale qui fait des Noirs d’Amériques, des Juifs des ghettos, des ouvriers de Saint-Denis ou des usines Renault une communauté. Elles vivent dispersées parmi les hommes, rattachées par l’habitat, le travail, les intérêts économiques, la condition sociale à certains hommes – père ou mari – plus étroitement qu’aux autres femmes. » – Simone de Beauvoir – 1908-1986 – Le Deuxième Sexe, tome I – 1949

 

  1.  Il s’agit de montrer que non seulement le féminisme n’est pas qu’une “agitation symbolique” (en l’occurrence le féminisme islamique), il a permis au cours de l’évolution de la lutte de créer un véritable lien de solidarité entre les femmes (qu’il soit intellectuel, sentimental, ou militant dans le sens d’actions revendicatives transnationales).

 

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Comprendre ce qu’est le féminisme islamique, au-delà de la perception ou du bout du tissu

Avant toute chose, c’est quoi le féminisme? Le féminisme pour les nuls : https://youtu.be/c9OCoxmO-ys

 

« L’histoire des luttes féministes est sujette à une vision rythmée de flux et reflux que la métaphore des vagues successives vient encore renforcer. » – Fougeyrollas-Schwebel, Dominique, et Eleni Varikas. « Féminisme(s). Recompositions et mutations. Introduction », Cahiers du Genre, vol. hs 1, no. 3, 2006, pp. 7-15.

 

Le féminisme islamique n’est pas nécessairement ou exclusivement arabe.

 

D’abord  « arabe », c’est quoi? 

“Arabe” : renvoie à un ensemble hétérogène de cultures et de peuples avec leurs propres identités. L’arabité est une pluralité irréductible.

 

“Le terme « arabe » signifie, pour nous, une langue et un «vaste champ culturel » (Farouk Mardam Bey et Elias Sanbar, Être arabe, Arles : Actes Sud, 2005). L’arabité ne se réduit pas au panarabisme, même si des régimes dictatoriaux comme celui de Nasser en Égypte ou du Baa’th en Syrie et en Irak l’ont présenté comme tel. Ce vaste champ culturel arabe comprend aussi les populations amazighes, kurdes, turkomanes, circassiennes, arméniennes, toutes arabophones, avec leurs propres cultures et leurs propres langues à cultiver et à préserver.” – Ghaïss Jasser et al., « Les luttes des femmes arabes contre le patriarcat, les pouvoirs tyranniques, l’islamisme, le colonialisme et le néocolonialisme », Nouvelles Questions Féministes, 2016/2 (Vol. 35), p. 6-16.

 

 

 

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Le féminisme arabe

Un mouvement non-compact né dans le Maghreb qui fait de l’amélioration des conditions de vie de la femme arabe son cheval de bataille.

 

“Contrairement aux idées reçues, la lutte des femmes arabes a une longue histoire derrière elle. C’est en 1909 qu’est apparu pour la première fois dans le monde arabe un terme équivalent à « féminisme » : l’Égyptienne Malak Hifni Nasif, sous le pseudonyme de Bahitat al-Badiya (chercheure de la campagne), publiait en effet une série d’articles qui préconisaient l’amélioration des conditions de vie des femmes, sous le titre de al-Nisaiyat. Le mot nisaï, dont il dérive, désigne en arabe ce qui est produit par les femmes ou ce qui concerne les femmes.

Toutefois, si l’on tient compte de la distinction que Margot Badran fait entre féminisme visible et féminisme invisible, on peut faire remonter l’origine du féminisme arabe au XIXe siècle.

Le féminisme invisible, contrairement au féminisme visible, ne s’exprime pas de façon explicite, mais est tout de même présent dans le discours ambiant sous forme d’une prise de conscience des femmes, en tant que groupe social, de vivre dans des conditions défavorables qu’il faut transformer.” – Osire Glacier, “Le féminisme arabe”, http://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/le-feminisme-arabe/ 

 

Ce féminisme suit une évolution en trois temps :

 

“[…] le féminisme arabe a connu trois phases principales : un féminisme invisible, principalement fondé sur l’islam, entre 1860 et 1920; un féminisme ancré dans le nationalisme qui s’est manifesté par le développement des mouvements publics des femmes, entre 1920 et 1969; et finalement de 1970 à nos jours, une résurgence à la fois du féminisme et du fondamentalisme islamique […]” – Osire Glacier, “Le féminisme arabe”, http://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/le-feminisme-arabe/

 

“[…] l’émergence du fondamentalisme islamique, qui fait du voile et de la réclusion des femmes un devoir divin, rend le combat des femmes arabes plus complexe : non seulement doivent-elles s’attaquer aux problématiques féministes universelles, telles que les inégalités de droits entre les sexes, mais aussi faire face à la délégitimation du féminisme arabe sous prétexte qu’il serait un phénomène occidental qui menacerait la religion.” – Osire Glacier, “Le féminisme arabe”, http://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/le-feminisme-arabe/

 

Quant aux valeurs universelles de la féministe arabe dite moderne (donc plus ou moins proche de la conception occidento-libérale), certaines intellectuelles féministes y voient une façon d’établir et d’imposer une norme distinctive des “bonnes” féministes et des “mauvaises” (ou “fausses” féministes) :

 

« La définition de valeurs universelles est également en jeu dans les conflits au sujet du foulard islamique. Le terme de déchirement, plus ou moins douloureux, a souvent été mis en avant pour caractériser les affrontements au sein des groupes féministes. Comme le rappelle Françoise Gaspard, ce qui se manifeste ici, ce sont les réticences à prendre position pour une définition univoque des valeurs dites universelles. Ressort ainsi une contradiction entre les revendications d’autonomie et la volonté de définir une norme valable pour tous. Le conflit a révélé un déplacement des engagements politiques d’une partie des féministes qui sont passées d’actes de solidarité avec les groupes rassemblant des femmes immigrées à des prises de position sur ce qu’il était bon ou mauvais de faire. – Fougeyrollas-Schwebel, Dominique, et Eleni Varikas. « Féminisme(s). Recompositions et mutations. Introduction », Cahiers du Genre, vol. hs 1, no. 3, 2006, pp. 7-15.

 

Une situation de critique et de déchirement, de présomption d’infériorité d’un côté et de non-modernité de l’autre, entre féministes qui semble exaspérer Laura Nader, rappelant aux actrices antagonistes tout son potentiel de dangerosité sur l’avancement des droits de la femmes :

 

“[…] Critiquer l’autre peut constituer un instrument de contrôle lorsque la comparaison conclut à une position de supériorité. […] Les femmes ne sont alors plus traitées comme des femmes arabes, mais comme des « occidentalistes potentielles », ce qui ne va pas sans susciter une grave crise d’identité.

Comment les femmes arabes devraient-elles agir ? À quoi devraient-elles vouloir parvenir ? Tout cela a cessé d’être matière à consensus, et diffère à l’intérieur des divers cadres des nationalismes politiques et religieux arabes. Les Musulmanes arabes éprouvent du ressentiment envers les modèles occidentaux, car ils empiètent sur leur vie et sont utilisés comme justification du « fondamentalisme » musulman.

[…] Ce phénomène vient s’ajouter à une sorte de « mentalité d’assiégé » dans laquelle il est devenu parfaitement justifié, sous prétexte de protection, de dépouiller les femmes arabes de leurs droits.

Le néocolonialisme à l’occidentale pénètre en manipulant le contrôle des femmes, selon l’expression, « sous la bannière du développement » (Rahnema, 1986). Sous cette « bannière du développement », il y a un modèle universel de vie qui représente le nec plus ultra qu’une société puisse espérer atteindre, et qui peut remplacer avantageusement les formes d’organisation sociale ayant cessé d’être viables, telles que les sociétés pratiquant la ségrégation, et où les femmes portent le voile.” – Nader, Laura. « Orientalisme, occidentalisme et contrôle des femmes », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, no. 1, 2006, pp. 12-24.

 

C’est dans ce contexte que le féminisme islamique de nos jours évolue.

 

 

 

Le féminisme islamique

Il s’est développé comme une contre-réaction à l’occidentalisation du féminisme arabe et né d’une volonté de garder une certaine proximité avec la religion. 

 

“« C’est un discours féministe et une pratique articulée à l’intérieur d’un paradigme islamique et qui tire sa compréhension à partir des sources scripturaires, tout en étant à la quête de droits et de justice pour les femmes et les hommes dans leur vie de tous les jours. »” – Margot Badran, « Islamic Feminism: what’s in a name? », Al Ahram weekly.

 

Les premiers mouvements féministes parmi les femmes musulmanes sont apparus dans les années 90 et plus précisément, lorsque ces dernières ont acquis des connaissances en sciences islamiques et qu’elles se sont spécialisées dans les sources scripturaires et le processus d’interprétation du texte religieux. L’importance accordée à la lecture directe du Coran est soulignée par de nombreux «hadiths » (Tradition du Prophète de l’Islam), et ceci indépendamment du critère de genre. La sacralisation de l’enseignement religieux explique pourquoi, malgré une forte tradition patriarcale, les femmes n’étaient pas exclues de l’instruction. L’histoire musulmane offre même, à différentes périodes, de grandes figures féminines réputées pour leur savoir en général et pour leur savoir religieux en particulier. […]” – Malika Hamidi, « Féministes musulmanes : De la réappropriation du religieux aux stratégies de libération fidèles aux valeurs universelles ». (Première partie)”, https://www.lescahiersdelislam.fr/Feministes-musulmanes-De-la-reappropriation-du-religieux-aux-strategies-de-liberation-fideles-aux-valeurs-universelles_a847.html

 

“Il faut situer ce mouvement sur deux plans :

  • En tant que mouvement de pensée : composé d’universitaires et d’intellectuelles qui travaillent sur la relecture du Coran et sur une analyse minutieuse des Hadiths (Tradition du prophète). Nous parlerons ici d’un « activisme académique » selon l’expression utilisée dans le livre « Windows of Faith » ( Fenêtres de la foi) publié en 2001 sous la direction de Gisela Webb.

 

  • En tant que mouvement d’action : il s’agit de dynamiques de femmes qui s’engagent sur le terrain pour une égalité des sexes et contre les lois discriminatoires à l’endroit des femmes. Nous citerons à titre d’exemple le groupe « Sisters in islam » – en Malaisie qui a participé au mouvement de lutte contre les violences sexistes perpétrées au nom de l’islam en publiant un manifeste qu’il a largement distribué.”

– Malika Hamidi, « Féministes musulmanes : De la réappropriation du religieux aux stratégies de libération fidèles aux valeurs universelles ». (Première partie)”, https://www.lescahiersdelislam.fr/Feministes-musulmanes-De-la-reappropriation-du-religieux-aux-strategies-de-liberation-fideles-aux-valeurs-universelles_a847.html

 

Une partie de ce mouvement tend à transcender le clivage féminisme occidento-libéral et féminisme islamique comme le souligne Margot Badran citée par Malika Hamidi :

 

“[…] le féminisme musulman n’est ni un produit de l’Orient ou de l’Occident car il transcende, en effet, ces deux sphères.

Comme cela a été mis en évidence précédemment, le féminisme musulman est pratiqué et revendiqué partout dans le monde, par des femmes, à l’intérieur même de leur propre pays quand bien même elles sont issues de pays à majorité musulmane, ou de pays dont la minorité musulmane y est installée depuis longtemps. Le féminisme musulman s’étend aussi au sein de la «diaspora» musulmane et dans la communauté des convertis en Occident.

[…] Le féminisme musulman transcende et détruit la vision binaire qui a été construite autour du concept, y compris l’opposition entre « religieux» et «laïque» et entre «Orient» et «Occident» […]

En réalité, le discours féministe musulman fait exactement le contraire : il réduit le fossé qui existerait entre les féministes musulmanes et laïques tout en mettant en évidence certaines problématiques objectives ont en commun, en commençant par des revendications de base comme l’égalité des genres et la justice sociale. […]

Le féminisme musulman soutient la cause des droits des femmes, de l’égalité des sexes et de la justice sociale en utilisant le discours islamique, bien qu’il ne soit pas nécessairement le seul.

Wadud, par exemple, dans son interprétation du Coran, combine la méthodologie des sciences islamiques avec les nouveaux outils des sciences sociales et un discours «laïque» concernant les droits et la justice, tout en ayant des assises fermes et centrales à l’intérieur de la pensée musulmane. ” – Malika Hamidi, « Féministes musulmanes : De la réappropriation du religieux aux stratégies de libération fidèles aux valeurs universelles ». (Première partie)”, https://www.lescahiersdelislam.fr/Feministes-musulmanes-De-la-reappropriation-du-religieux-aux-strategies-de-liberation-fideles-aux-valeurs-universelles_a847.html

 

Cet état contemporain du féminisme islamique suit une dynamique d’ouverture aux autres féminismes, il a la volonté de “revisiter” le Coran en lui apportant un “regard féminin” (Tasfir) (“renouvellement des interprétations” – l’ «ijtihad», relectures des textes sacrés – « Hadiths » [paroles et actes du Prophète], “l’élaboration d’une nouvelle jurisprudence islamique” – Fiqh), mais aussi il se fait par la construction de réseaux et d’alliances transnationaux comme c’est le cas en Egypte et en Tunisie.

 

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En somme, l’apparente conflictualité entre les féminismes semble davantage être une question de perception qu’ont les différentes actrices les unes sur les autres, l’expression d’une incompréhension ou simplement d’une volonté d’uniformisation du féminisme comme une dissolution d’un mouvement dans l’autre.

Finalement, comme le souligne Christine Delphy :

 

« […] un féminisme non pas contre mais avec l’islam : pourquoi pas ? », de plus en plus de femmes européennes musulmanes promeuvent la réalité d’un féminisme musulman qui aspire notamment à permettre de renouveler et d’enrichir les termes du débat au cœur de nos sociétés. Loin des préjugés et des apparences vestimentaires, mais en brandissant haut les revendications et les droits inaliénables de toutes les femmes : pourquoi pas, au fond ? […]

[Comme le fait savoir Chouder Ismahane] Car il n’y a pas « un » féminisme mais « des » féminismes qui marquent autant de voies différentes pour se libérer des tutelles et dominations patriarcales.” – Chouder, Ismahane. « Féminisme-s islamique-s », Confluences Méditerranée, vol. 95, no. 4, 2015, pp. 81-90.

 

 

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