Coup de foudre au supermarché

La bite a ses raisons que la raison fait bien d’ignorer. Elle commettrait un suicide.

 

C’est l’histoire d’un mec qui se met à courtiser assez intensivement une jeune fille. Déjà, il ne courtise pas, il drague. La nuance n’est pas subtile, elle est rentre-dedans. 

Ils sont dans un supermarché. Devant un comptoir où gisent les restes de ce que fût un cochon. Il n’y a pas de lieu propice à la drague. Il y a des lieux qui ne lui conviennent pas. C’est tout.

Le supermarché. Les toilettes. Facebook, les réseaux sociaux, ces autres espèces de toilettes. L’arrêt-bus. Le métro. Le bus. Le club. La salle de sport, ou Gym, une question d’hygiène et de salubrité. La bibliothèque. La rue. La chambre. Le lit. Of course.

La liste est non exhaustive. 

Draguer dans ces lieux devraient être considérés comme une faute passible de poursuites au civil. C’est un manquement grave à l’obligation de respecter les règles minimales de conduite.

Certes le Gentleman, la Gentry, le savoir-vivre, le savoir-séduire, sont morts depuis les Sixties, mais cela ne justifie pas et ne pardonne pas tout. 

 

Un gentleman est l’équivalent anglais du gentilhomme français. Ce concept est plus particulièrement attaché à l’ère victorienne, même si le prototype du gentleman apparaît dès l’époque georgienne.

Il se distingue notamment par son calme et son stoïcisme face aux maux qu’il ne peut éviter, ses bonnes manières et sa courtoisie envers tous ceux qu’il côtoie.

On le dit « parfaitement élevé » (perfectly bred, selon le terme de John Ruskin), car il a reçu une bonne éducation dans une public school. Un gentleman est réservé, et ne se met jamais en avant. Par conséquent, il ne se dira jamais gentleman.

 

Draguer dans un supermarché, devant une tête de cochon, est en soi un préjudice important causé à autrui. 

 

Toute personne a le devoir de respecter les règles de conduite qui, suivant les circonstances, les usages ou la loi, s’imposent à elle, de manière à ne pas causer de préjudice à autrui.

Article 1457, Code civil du Québec

 

A moins que cet autrui soit lui/elle-même une tête de cochon, ou un(e) cochon(ne).

Dans ce cas, c’est au criminel qu’il faille poursuivre les contrevenants.

Se balader avec sa tête de cochon en public devrait être une action indécente. Tout comme faire son/sa cochon(ne) devrait être du trouble à la paix et à la tranquillité.

Le lieu, un facteur aggravant. 

 

Actions indécentes

 

Troubler la paix, etc.

 

Et tout bon séducteur qui se respecte le sait: draguer est vulgaire.

Le propre de la populace.

Les dragueurs sont des bouffons amusant les Seigneurs. Des gueux pour les petits bordels crasseux.

Une femme, un homme, qui a la moindre estime de soi, se sentirait fortement offensé par la drague.

La même chose vaut pour ceux/celles qui exhibent leur cul pour plaire. C’est plus que vulgaire, c’est primitif.

Primate.

 

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Mais le mec au supermarché ne le sait pas. Il s’en fout. Un peu. Il a spotté un beau cul et il a eu une érection.

La bite a ses raisons que la raison fait bien d’ignorer. Elle commettrait un suicide.

Le mec a vu la fille dans son ultra mini short et il a tout de suite eu le coup de foutre. Ouais. Le coup de foutre. Certains sont si performants qu’ils n’ont pas besoin de préliminaires, et de tout le reste. Ils dégainent. Version hyper fast de Lucky Luke. Update 2.0.

La fille a vu le mec avec son body de la mort. Son six packs. Trop cuuute. Elle n’a pas remarqué l’obèse qui la file depuis qu’elle est passée par le rayon des serviettes hygiéniques.

Trop focusée sur le beau spécimen homo erectus.

Elle a fait semblant, pour ne pas paraître totalement crazy, ou en manque, ou simplement nympho, bitch. Mais suffisamment pas assez pour attirer l’attention de sa proie. L’art de la séduction selon les normes contemporaines est un intuitif dosage d’exhibitionnisme et de nudisme. Il faut montrer beaucoup pour espérer jouir un peu. 

Le mec a a donc vu son cul. Puis ses seins. Ensuite, sa tête. Cupidon a bandé son arc. La suite est une flèche décochée qui se divise en plusieurs bouts et qui vient se planter sur le cul, les seins, la tête. Fall in libido. Une love story contemporaine. 

xcuz mwa mè tè vrèman hot, sa tdirè pa 1kfé

La fille entend du de Lamartine. Les mots ont un pouvoir oestrogénique. C’est l’essence du romantisme au XXIe siècle. Faut que ça fasse mouiller. Lacrymal ou autrement. Nul besoin de lyrisme homérique, les Casanova d’aujourd’hui , fornicateurs mécaniques, maîtrisent leur affaire, et les donzelles fondent. Littéralement. 

Elle fait lol. Quelques mdr. Le mec like.

C’est l’éducation sentimentale sans Flaubert. Don Juan sans Lord Byron. Tristan et Iseult sans réellement aucun des deux. Le Rouge et le Noir sans autre ambition que de finir dans le noir, écarlate de passion. Le rien de l’ordinaire de Ulysse de James Joyce sans force évocatrice.

Mais c’est surtout l’inconnue de Stefan Zweig en lieu et place de la lettre, un texto-tweet verbal d’une intonation postmoderne: tu veu genre  alé chez nou aprè, just chill & netflix, genre… 

…Why not…

 

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À cet instant, la trop adolescente caissière avec des cheveux d’une blondeur désespérante m’arrache à cette scène d’un surréalisme surréaliste.

msieu pouvé vou passé par icitte silvoupleuuuh!

En passant le portique, je jette un dernier regard à mes beaux amoureux.

La photographie est superbe.

Une sorte de soap opéra dans un décor imitant bien le cimetière du consumérisme, écrit pas un analphabète fonctionnel de souche, réalisé par un ostie de tabarnak de fucké, de souche lui aussi, produit par un mongol. De souche.

TVA nouvelles en est ému aux larmes. Le Journal de Montréal en fait sa Une. Le Journal de Mourréal lui est crampé de rires. Ce qui ne fait pas rire Le Journal de Montréal.

Ni Jean-François Lisée, c’est de l’ordre des valeurs québécoises.

Ni PKP, l’esprit dans la réalisation d’un divorce médiatique pornographique.

Ni moi. C’est de l’humour facile. Populaire. Populacière.

Je suis élitiste.

Je ne ris que de la connerie.

La vraie. Pure. De souche.

 

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Épilogue

 

Ils fourrèrent.

Et n’eurent pas d’enfants.

 

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Im A Maginarium

Viens voir de l’autre côté de l’obscurité

Où la lune est éteinte et les étoiles mortes

Dans le cœur froid des cimetières

Au plus profond des ombres spectrales

Sur les chemins de nos peurs

Sur les murs de nos angoisses

Taggées nos tristesses honteuses inavouées

Viens voir de l’autre côté de l’obscurité

Où les cieux tombent dans le creux de minuit

Dans le sein des saints partouzeurs

Au plus profond des fantasmes silencieux

Sur les chemins de nos corps mélangés

Sur les murs des jouissances expulsées

Taggées nos satisfactions insatiables

Viens voir de l’autre côté de l’obscurité

Où l’infini va au-delà de lui-même

Dans l’immensité de l’imaginaire libéré

Au plus profond des rêves anarchiques

Sur les chemins de nos authenticités égarées

Sur les murs griffonnés de pensées taboues

Taggées nos ténèbres en encre fluorescente..

Ill-logique

La lune porte une burqa comme le soleil laisse pousser la barbe. Et je ne crois pas aux anges, Dieu est une femme, le pape aussi, tout le monde s’y accorde.

J’ai arraché à la nuit son cœur, pour nourrir les étoiles. La lune bleue comme le ciel est orange en a eu le frisson. Et les mots travestis comme la pensée est prostituée sont sortis pour tuer le réel. Je le distorsionne.

Il ne m’impose pas l’idée, je le tords et l’élastique jusqu’à ce qu’il embrasse mon imaginaire, il s’abandonne à moi.

J’étire la nuit pour qu’elle soit informe. Et je rature à coups de météorites le sur du réalisme. Le sur est artifice. Et les artifices doivent être déshabillés. Point d’étincelles pour éclairer les ténèbres, c’est un crime que de vouloir apporter de la lumière à ce qui est voyance.

La lune porte une burqa comme le soleil laisse pousser la barbe. Et je ne crois pas aux anges, Dieu est une femme, le pape aussi, tout le monde s’y accorde.

Quoi que.

Et je crois en rien, le ne est comme le sur du réalisme. Trop. Ce qui signifie qu’il n’est rien comme je crois aussi.

 J’ai la réflexion atteinte, l’inspiration toxique, ma logique est malade. On dit qu’elle est ill-logique. Il lui reste la nuit à vivre, elle ne passera pas l’aube.

Je me couche dans lit-réel, et il se dit que je suis dans de beaux draps. Ce n’est pas faux. Mes draps sont vraiment beaux, made in China, fabriqués dans des garderies où les petits doigts valent moins qu’une bouchée de pain.

Et je fais de beaux rêves, avec une princesse charmante en string dentelle, qui a presque l’âge de celles qui découvrent les bars et qui rendent encore plus beaux les draps. 

J’ai arraché le cœur de la nuit. Les étoiles sont repues. La lune est noire comme le ciel est mauve. Et les mots sont sur le trottoir comme la pensée est  cave. Je ne tue pas le réel. Je le distorsionne.