La Mémoire juridique

Cet essai n’est pas une contribution à la discussion sur la pertinence de l’action de la justice pénale dans le processus transitionnel post-conflit. C’est-à-dire une prise de position sur l’importance (ou non) de l’agir pénal dans la « reconstruction politique » (Nadeau, 2009, p.1) de sociétés dévastées par le conflit. Discussion qui est un face-à-face entre l’obligation morale de punir[1] (condamnation d’actes « qui heurtent profondément la conscience humaine »[2]) qu’incarne la justice pénale (nationale et/ou internationale) et la responsabilité politique de réparer en instaurant par exemple un dialogue multipartite[3] (justice transitionnelle non pénale : réparatrice, restaurative, Commission Vérité et Réconciliation, etc.). Discussion qui dans le cas d’évènements historiques douloureux voit la rencontre[4] des expériences, divergentes, antagonistes, vécues par les différentes communautés de mémoire. Un tel dialogue devient ainsi une assise de la réconciliation nationale (Nadeau, 2009, p.5) tout en facilitant selon ses promoteurs la « guérison individuelle et collective de traumatismes anciens »[5]. Pour ses opposants, la mise à l’écart de la justice pénale serait un pragmatisme permissif[6] par sa capacité à amnistier les bourreaux[7] et à fragiliser de la sorte les principes moraux qui fondent la « famille humaine »[8]. Ainsi, entre autres choses, pour eux, la confession (publique) de la faute ou du crime n’est ni la paix ni la justice. Ce travail ne s’inscrit pas dans ce débat.

Il ne s’agit donc pas de questionner les voies alternatives[9] à la justice dite traditionnelle, voies qui construisent une mémoire politique[10] à même de favoriser dans lesdites sociétés à la fois une démocratisation et un vivre-ensemble aussi viable que durable. Cette réflexion s’intéresse davantage à comment dans les cas où la justice pénale[11] sollicitée[12] dans les situations post-conflictuelles est une mémoire en soi[13]. Mémoire qui élabore la trace[14] mnésique et la gère (Robin, 1989, p. 50). Et, en admettant cette double nature de la justice pénale, en quoi il est possible de la considérer comme une bonne mémoire. Dès lors, il est question d’examiner cette dimension mémorielle de la justice pénale simultanément constitutive du souvenir, rédactrice du récit mémoriel[15], et productrice d’une mémoire d’un type juridique.

Pour ce faire, dans un premier temps, il est nécessaire de poser le cadre conceptuel dans lequel devrait être comprise la notion de mémoire[16], précisément de la mémoire juridique (à l’opposé de la mémoire judiciaire). Ensuite, dans un second temps, il est crucial de montrer en quoi cette mémoire-là est en même temps une source de remémoration des évènements historiques douloureux et une gestionnaire du souvenir. Le mouvement final consiste à évaluer le statut d’une telle mémoire. Autrement dit, dans le contexte où les armes ne sont font plus entendre sans que les victimes soient guéries de leur trauma (LaCapra, 1999, p. 699), la mémoire juridique – outre le fait d’accomplir l’« impératif » devoir de mémoire[17] par l’entremise de l’action judiciaire (précisément le procès judiciaire) – exerce au même titre que l’histoire (la discipline scientifique) une « fonction corrective de vérité » (Laignel Lavastine, 2000, p. 2).

landscape-1484220375-mib

 

 

Mémoire et mémoire juridique[18]

Dans son sens commun, la mémoire est la capacité d’emmagasiner, de conserver, et de récupérer les représentations de faits ou d’entités perçues. C’est concomitamment ou de façon distincte la capacité et son fonctionnement, le traitement de l’information, la réminiscence ou l’héritage (la transmission intergénérationnelle du souvenir, la constitution d’un patrimoine mémoriel). En s’inscrivant dans une perspective psychanalytique, la mémoire est ce qui est conservé, c’est-à-dire l’empreinte[19] que laisse l’évènement (traumatique ou non) dans la psyché (du sujet). Empreinte qui n’est pas uniquement une simple inscription (élaboration mentale de l’esprit) implicite ou explicite, mais qui est porteuse d’une signification relationnelle particulière dans un mouvement identificatoire central[20].

Cette approche permet de voir la mémoire comme un objet remplissant une fonction précise (stocker et conserver une information), également comme un phénomène générateur de sens et susceptible de structurer l’identité du sujet. Indifféremment de ses différentes étiquettes – traces psychiques (« disponibles sous forme de « souvenirs » de toutes sortes »[21]), mnémoniques ou mnésiques[22] – l’empreinte mémorielle représente substantiellement la façon avec laquelle le sujet construit[23] le passé[24], passé déplacé ou recomposé[25]; comment celui-ci est interprété[26], comment il sert à satisfaire les besoins contemporains[27], et ce que le traitement des évènements historiques (douloureux ou non) dit des rapports qu’entretient le sujet (individuel ou groupal) avec lui[28]. C’est cet aspect d’appropriation de la trace mnésique qui intéresse généralement l’historiographie lorsqu’elle examine les différents discours sur le passé et les modalités d’écriture de l’histoire[29].

De la conceptualisation de la mémoire qui précède, la mémoire juridique peut être définie comme le discours de la justice sur le passé, précisément sur les évènements historiques (dans le cas d’espèce douloureux). Un discours qui ne saurait être réduit à la seule décision judiciaire[30][31] déclarant la culpabilité ou la non-culpabilité des accusés. Il inclut le jugement (dans lequel se trouvent les différents motifs[32] ou les raisonnements qui soutiennent la décision judiciaire – ratio decidendi[33]) ; le débat contradictoire indissociable du procès équitable[34] (avec la présentation équilibrée[35] des versions contradictoires d’un même évènement (ici historique), l’affrontement des représentations historiques et des sens symboliques) ; la collecte et la conservation de la trace mnésique (que sont les témoignages des victimes – preuve testimoniale, l’admission et le traitement de la preuve matérielle, les plaidoiries[36][37] (et les réquisitoires) – traduisant par leurs expressions libres les lectures singulières des évènements historiques faites par les parties à l’instance, ce qui permet d’en arriver à leur compréhension globale[38] (ces expressions argumentées et ces témoignages devraient être vus comme une plongée[39] dans « Les Racines du Mal »[40]) ; la diffusion de cette trace mnésique dans l’espace public provoquant quelques fois le « scandale » dont l’importance cathartique[41] est soulignée par Zymek dans le processus dialectique de la construction de la mémoire collective (Zymek, 2008, p.26).

Ainsi, contrairement à la mémoire judiciaire qui est « la mise par écrit des actes de la vie judiciaire, la conservation pour « mémoire » des actes, […] l’exploitation de cette mémoire institutionnelle pour l’écriture de l’histoire et l’apparition éventuelle d’autres formes […] de mémoire de la vie judiciaire »[42], la mémoire juridique est l’ensemble des discours du procès judiciaire[43] sur et autour des évènements[44] (historiques). Discours qui peuvent être tout autant la parole et le silence judiciaires ; de telle sorte que si la parole sert à dire ce dont la justice et ses participants se souviennent, le silence lui dit le déni le tabou le refoulé. La mémoire juridique est à cet effet un ensemble hétéroclite de réalités-vérités mémorielles qui sont émises dans la cadre du procès judiciaire et dont la décision judiciaire (un composant de la mémoire juridique) réalise le syncrétisme (Robin, 1989, p.48) – entendu comme l’uniformisation des sens historiques et la fusion des réalités-vérités mémorielles en une seule réalité-vérité mémorielle. La décision judiciaire dans ce cas d’espèce est la vérité judiciaire, officielle, comme une prise de position (à la fois juridique et morale)[45] par rapport aux évènements (historiques). C’est la décision judiciaire qui prend part à l’écriture du récit mémoriel national (mémoire nationale ou officielle) à côté de la fabrication des héros[46] et de la célébration des « martyrs de la nation »[47]. Autrement dit, la mémoire juridique est le visage polymorphe des évènements historiques douloureux dans le procès judiciaire (les visages de la victime et du bourreau) et la parole judiciaire[48] polyphonique (des voix mémorielles de la victime et du bourreau). La mémoire juridique au-delà de la mémoire judiciaire (essentiellement conservatrice de la trace en tant que mémoire institutionnelle, mémoire de la vie institutionnelle, communiquant par la transmission de l’information juridique ou l’ouverture des archives judiciaires[49][50] avec le public et dans l’espace public), de la ritualisation institutionnelle (« de la mise en scène de la justice »[51]) et de la réaffirmation des valeurs morales philosophiques communes (décision judiciaire) dit toutes les vérités sur le passé exprimées lors du procès judiciaire.

Visage polymorphe sur les évènements historiques douloureux, parole polyphonique également puisque comme souligné précédemment la justice pénale est – en effectuant une analogie musicale –  un chant à plusieurs voix qui ne saurait s’apprécier qu’en écoutant de plus près toutes les variations intérieures du chœur. Autant la voix du juge impose le sens final (syncrétique), la lecture dominante du passé – que retiendra dans son fonctionnement[52][53] l’institution judiciaire et qui s’intègrera à la mémoire officielle, autant les voix des parties qui ne sont pas tues bâillonnées effacées permettent d’avoir un son de cloche différent. Ces dernières sont un accès à d’autres versions du passé ou des réalités-vérités mémorielles – pas moins légitimes que celle que fait triompher le procès judiciaire – contribuant de la sorte à « une politique de la juste mémoire » si chère à Ricoeur (Laignel Lavastine, 2005, p. 1). Comme ce fût le cas du procès de Klaus Barbie, l’un des procès français du nazisme.

 

 

Le procès de Klaus Barbie : la mémoire juridique ou ne rien oublier

Au lendemain de la seconde grande guerre mondiale, l’État français – dont la collaboration[54] avec le troisième Reich est historiquement attestée[55] – tente entre 1980 et 1990 par la mise en place d’une série de grands procès[56] de responsables nazis de rendre justice aux victimes et d’« inscrire le sort des Juifs de France dans la mémoire nationale »[57]. Ces procès mettent fin au relatif[58] grand silence sur cet épisode traumatisant de l’histoire française, montrent une volonté politique de payer la « dette imprescriptible »[59] de la nation aux Juifs, mais aussi pour l’État français témoignent du désir de se racheter une conscience. C’est dans ce contexte qu’entre le 11 mai et le 3 juillet 1987 se déroule à Lyon le procès de Klaus Barbie, le procès de la Gestapo sur le sol français[60]. Klaus Barbie étant un ancien officier de la Schutzstaffel (SS) responsable de la rafle de l’Union générale des israélites de France en 1943, celle des enfants d’Izieu en 1944, et des actes de torture de déportation de Juifs et de membres de la résistance française. La singularité du procès, hormis la nature des actions reprochées, tient au fait que c’est le premier pour crime contre l’humanité tenu sur le territoire français.  L’intérêt de ce procès dans le cadre de cette réflexion n’est pas son issu[61]. L’intérêt de ce procès pour cette réflexion est ailleurs, et il est triple : la forte médiatisation[62] qui permet d’en avoir une trace complète[63] (le procès fût filmé, retransmis en direct, vu par un large public), la grande place donnée aux témoignages des victimes (qui ont pu dire leur(s) vérité(s), leurs souffrances, partager leur(s) souvenir(s) de l’évènement), la mémoire du crime contre l’humanité de l’avocat de la défense (qui contraste avec celle de l’accusation et des parties civiles).

La médiatisation de la justice comme moyen de conserver la trace mnésique et de transmettre le souvenir (« Faire en sorte que les voix des gens ordinaires trônent dans les informations » – Krog, 2004, p.67 et que « ces vérités individuelles parviennent aux oreilles de tous […] » – Krog, 2004, p.69) est importante dans le processus de construction post conflictuelle. Elle met fin à l’ignorance individuelle et collective (permet de se rendre compte de l’ampleur des atrocités – Krog, 2004, p.69), offre un ré-encodage ou une ré-signification de l’Autre (« Tu ne verras plus seulement un Noir souriant en face de toi, mais tu sauras aussi ce que je porte en moi » – Krog, 2004, p.69) – ce qui a pour effet de rétablir publiquement (aux yeux de tous) cet Autre dans sa dignité (Krog, 2004, 70), et  enfin rappelle à chacun comme à tous que de telles souffrances infligées à l’Autre à cause de détails physiologiques ou culturelles (la couleur de peau, l’ethnie, l’appartenance religieuse, etc.) touchent à « notre humanité » (Krog, 2004, p.70). La médiatisation de la justice est une invitation à briser les barrières qui séparent les individus et les groupes par sa capacité à créer à grande échelle une revivification du souvenir, une expérience commune comme une reconnexion avec le passé et une interconnexion individuelle, groupale. Le procès du Boucher de Lyon ne fût donc pas un huis-clos judiciaire. Les portes du palais de justice furent grandement ouvertes aux caméras de télévision qui ne manquèrent aucun bout de cette théâtralisation de l’action de la justice[64]. Dans ce spectacle médiatique, les rôles furent non seulement institutionnellement attribués (l’État français et ses procureurs près des parties civiles représentant les victimes et en face la cruauté du nazisme personnifiée par Klaus Barbie), mais aussi moralement (le Bien d’un côté et le Mal de l’autre).

Cette schématisation du procès accordait une large place à la souffrance des victimes (et aux défenseurs du Bien), victimes qui par leurs témoignages assimilables à l’anamnèse évoquaient le passé en levant une partie du voile sur les horreurs du nazisme. L’émotion qui a émergé de ces retours sur les évènements douloureux fût l’occasion de constater un déplacement ou un transport de l’expérience vécue par des individus ou par un groupe vers la communauté nationale, un transfert[65] de l’individualité de la souffrance à une espèce de communautarisation de la souffrance. A cet effet, un journaliste ayant assisté au procès, trente ans plus tard, raconte : « On a beaucoup pleuré. J’ai vu des gendarmes qui se retournaient parce qu’ils pleuraient… Je n’’avais jamais vu ça dans aucun procès »[66], avant de souligner que pour les victimes ce fût l’ultime occasion de dire leur histoire[67]. Leur réalité. Leur vérité. Leur réalité-vérité.

Si le procès judiciaire recueille la trace – en l’occurrence la conservation des meurtrissures – dans son entièreté, rend possible le fait de saisir tous les sentiments liés au souvenir comme une immersion totale dans la souffrance de l’Autre, même des décennies après les témoignages – la mémoire rétrospective, il est aussi l’occasion de « combattre le bourreau en nous »[68]. C’est le « Plus jamais ça ! » de la mémoire prospective, « […] un impératif du point de vue politique et pédagogique […] » (Zymek, 2008, p.26). Dans le cas d’espèce, le « Plus jamais ça ! » a un visage, c’est celui de Klaus Barbie. C’est lui le bourreau qu’il faut combattre. C’est lui qui est l’objet de l’exécution médiatique publique. Face à la parole sacrée mémorielle des victimes qui « explose »[69], une autre plus profanatrice ou blasphématoire du récit mémoriel officiel canonisé[70][71] se fera entendre, celle de Me Jacques Vergès – « l’avocat du diable »[72] ou « Le Salaud lumineux »[73].

Dans ce procès du crime contre l’humanité qu’est le nazisme, la défense de Me Jacques Vergès n’est pas une contestation des faits historiques, mais leur inscription dans un continuum historique des inhumanités[74] dans lequel se trouve les crimes que sont l’esclavage, la colonisation, l’asservissement des peuples et l’anéantissement des civilisations jugées rétrogrades ou barbares[75][76] avec leurs victimes oubliées. Des victimes dont les bourreaux[77] sont ceux qui jugent Klaus Barbie. De l’autre côté, pour la défense, l’inhumanité du nazisme n’a pas commencé avec les Juifs et elle rappelle que ses premières victimes furent les Herero[78][79][80]. Les interventions des confrères Algérien[81] et Congolais[82] faisant entendre dans le prétoire les voix des peuples chosifiés et exterminés par le joug colonial viennent mettre fin à l’amnésie occidentale sur ces épisodes historiques aussi moralement condamnables que l’est le nazisme. Mme Vergès pose la question à l’accusation : qu’est-ce que l’humanité ? Est-elle uniquement le propre de l’Occident ? Le propos de Me Vergès porte sur la critique de la mémoire sélective de l’Occident et le caractère exclusif de sa conception d’« humanité ». La parole de la défense met le doigt sur le refoulement et le déni de l’accusation, ou peut-être de manière plus juste souligner son hypocrisie. Si la peine des Juifs oblige respect et compassion, que dire de celle de ceux qui n’ont pas survécu au massacre de Sabra et Chatila[83] ? Dans la mémoire de la défense, il y a une colonisation nazie de l’Europe qui tire ses justifications, ses légitimations, des empires coloniaux qui l’ont précédée. S’il est peut-être inapproprié de mettre sur un même plan d’égalité l’horreur du nazisme avec la « mission civilisatrice »[84] occidentale dans les Ailleurs, alors il faudrait établir les critères de séparation ou de distinction comme une hiérarchisation des horreurs. De dire clairement la différence morale entre des fours crématoires et des bombes au phosphore[85]. Dès lors, de justifier le fait de placer certaines horreurs au sommet de la pyramide parce que injustifiables au nom de et les autres au bas, presque endogées, car justifiées par. Il est possible de voir cette hiérarchisation morale des horreurs lorsqu’il est opposé à la mémoire de ces Congolais esclavagés[86] pour construire le progrès occidental[87] dans des contrées conquises et retirées aux populations locales dites indigènes à celle des anciens colons (la mémoire postcoloniale[88]) se résumant de façon substantifique aux « bienfaits de la colonisation »[89].

Me Vergès martèle : « Les horreurs ne se situent jamais dans un seul camp »[90]. Il rappelle au souvenir de la nation française (voire de la Civilisation occidentale), qui regarde et écoute, tous les crimes contre l’humanité tel un devoir de mémoire (cette obligation à prendre en compte toutes les dimensions de l’inacceptable – Laignel Lavastine, 2000, p.2) qu’implique le respect de toutes les victimes. Le procédé[91][92][93] sans doute contestable[94] permet toutefois de ressusciter ces morts-là, de montrer ces autres souffrances étouffées, de dire ces autres blessures ignorées, de faire sortir de l’inexistence ces Autres-là – de faire réapparaitre Clementis sur la photographie de la Mémoire et de l’Histoire (Kundera, 1979, p.14).

Dans cette bataille judiciaire du Bien contre le Mal, ce dernier qui ne conteste guère le fait d’avoir « Les Mains sales »[95][96] interroge la probité morale de son interlocuteur, à tel point que cette remise en cause de la scénarisation mémorielle collective entendue par la nation entière fera scandale, objet du dissensus civique, et sujet de la discussion sociopolitique sur la mémoire historique (française, occidentale[97]). Une discussion, initialement prévue pour être restreinte au nazisme, désormais élargie à toutes les inhumanités[98].

Dans La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paul Ricœur estime qu’il faut exercer ce qu’il appelle le dissensus civique, où le conflit des interprétations du passé reconnaît et élabore le différend. Ce dissensus surgit souvent à l’occasion des grands procès, mais il y a un dissensus ordinaire, une faculté d’accepter de discuter et d’écouter, de se confronter, qui se diffuse à tous les plans de la conflictualité démocratique. Il me semble que seul le débat public peut former des citoyens capables de supporter la tension entre l’imputation singulière des crimes à des individus coupables, et son imputation politique à une communauté consentante ou bénéficiaire. Le véritable citoyen refuse que la culpabilité soit tellement singularisée que tous puissent se décharger sur quelques « coupables émissaires », mais il refuse également que les responsabilités soient à ce point diluées, expliquées, comparées et relativisées que personne ne soit plus responsable de rien. – Olivier Abel, « Pardon, histoire, oubli », Revue internationale et stratégique, 2012/4 (n° 88), p.63

Le procès de Klaus Barbie près de quarante ans après les évènements historiques douloureux illustre l’imprescriptibilité du devoir de mémoire d’une part, et de l’autre la fonction cathartique[99] et la dimension mémorielle de la justice pénale. Conservatrice et génératrice de la trace. Aujourd’hui, parler de ce procès, c’est se remémorer des atrocités du nazisme, c’est commémorer le courage des résistants, c’est évaluer le présent, c’est se souvenir de toutes les victimes de l’inhumanité. En ce sens, la mémoire juridique n’oublie rien. Mais, est-ce pour autant une bonne mémoire ? 

 

 

Mémoire juridique, une bonne mémoire

Est-ce que ne rien oublier des évènements historiques et douloureux comme il est le cas de la mémoire juridique constitue-t-il une bonne mémoire ? Ne devrait-on pas oublier pour être avec[100][101][102][103][104] ? Peut-on pardonner[105] sans oublier[106] ? Qu’est-ce que « la bonne mémoire », la « juste mémoire » (Laignel Lavastine, 2000, p.1) ?

Margalit note dans L’Éthique du souvenir que « Pour qu’il y ait pardon, il faut qu’il y ait une volonté de changer d’attitude et de venir au bout de sa colère et de son désir de vengeance » (2006, p.204). L’oubli est la conséquence indirecte de la décision de pardonner – on « arrête de ressasser les torts subis autrefois » ; en d’autres mots, c’est l’aboutissement du processus par lequel l’offensé pardonne (Margalit, 2006, p.204). S’il convient de remarquer que la nature de la justice pénale n’est pas d’accorder le pardon[107] – qui ne relève pas de sa compétence[108] (le pardon est d’abord interpersonnel[109] (une décision de pardonner répondant librement[110] à une demande de pardon[111]) et fondamentalement non-institutionnel (il ne pourrait être à cet effet imposée par une institution tierce aux offensés et aux offenseurs comme le souligne Derrida reprenant le témoignage d’une Sud-africaine dans le contexte post apartheid : « Une commission [Vérité et Réconciliation] ou un gouvernement ne peut pas pardonner. Moi seule, éventuellement, pourrais le faire. Et je ne suis pas prête à pardonner »[112] (Derrida, 2001, p.118) ; la mission de la justice pénale est de sanctionner et de réparer[113] (les atteintes à l’ordre public) au nom de la collectivité, de transformer le désir de vengeance (individuel ou groupal) en une créance morale (et sociale) que paie le coupable-débiteur[114], il faudrait tout aussi relever que la justice pénale comme vue précédemment est un espace où le « péché » est discuté.

Cette discussion offre la possibilité à la victime (quand elle prend la parole et qu’elle existe vraiment dans l’instance – pour dire qu’elle n’est pas reléguée au second rang ou réduite à un rôle marginal ou à une fonction de faire-valoir de l’accusation) de faire entendre sa version des faits avec ses propres mots, son interprétation intimiste des évènements douloureux, de la présenter à l’offenseur et à la collectivité, et d’exiger d’être accueillie dans sa souffrance par tous les interlocuteurs. De telle sorte, en accueillant cette parole protégée comprise conservée, la justice pénale outre le fait de canaliser les colères soutient le processus qui mène au pardon, ce dernier pouvant aboutir à l’oubli.

En effet, la justice pénale n’est pas la victime et lui demander de pardonner est au-delà de ses moyens[115], une telle attente est irréaliste. La justice pénale n’est pas l’accusé à qui il incombe de prendre conscience du « péché » ou de l’offense (au-delà de la simple infraction à la loi) et de se mettre sur les chemins de la rédemption. La justice pénale est dans le procès à « une distance raisonnable » (Laignel Lavastine, 2000, p.1) de l’offensé et de l’offenseur, encadre les « relations problématiques qu’entretiennent l’histoire, la mémoire et la justice [elle-même] » tel que développé dans l’analyse du procès de Klaus Barbie. Et quand elle en arrive à une interprétation finale des évènements douloureux historiques qu’est la décision judiciaire – générant ainsi une autre trace mnésique, elle essaie en s’appuyant sur la preuve de réhabiliter non pas la mémoire de la victime ou celle de l’accusé encore moins des historiens, mais cette mémoire « seule gardienne du fait que quelque chose s’est effectivement passé » (Laignel Lavastine, 2000, p.1) et que Ricoeur nomme « sa visée véritative » (Laignel Lavastine, 2000, p.1).

En intégrant dans son processus de quête de la vérité judiciaire[116] toutes les réalités-vérités mémorielles qui coexistent dans la mémoire judiciaire et auxquelles les historiens peuvent avoir accès dans leur travail critique de découverte de ce qui s’est passé et explicatif de ce qui s’est passé, la justice pénale diminue le « risque de refermer une communauté historique sur son malheur singulier » (Laignel Lavastine, 2000, p.1) dans la mesure où dans le débat contradictoire du procès judiciaire (et en dehors des murs du palais judiciaire comme il est observé dans le cas du procès de Klaus Barbie) les communautés de mémoire se font face dans une confrontation cathartique. Elles ne peuvent plus se rendre « aveugle au malheur des autres » (Laignel Lavastine, 2000, p.1). La justice pénale, dans ces conditions, est susceptible de « faire dialoguer des univers de discours souvent devenus étrangers les uns aux autres »  (Laignel Lavastine, 2000, p.1), et finalement dans l’exaspération provoquée par les « trop » (les abus de la mémoire avec la victimisation permanente et les oublis excessifs voire radicaux qui oscillent entre l’ignorance du « trauma historique » – LaCapra, 1999, p.722, l’absence comme une soustraction et l’inexistence comme un jamais arrivé) se présenter comme une garante de l’équilibre. C’est le maintien de cet équilibre qui – en plus du respect de la parole mémorielle qu’elle entend et conserve – exige de la mémoire juridique qu’elle n’oublie pas. C’est dans ce sens qu’elle serait une bonne mémoire.

En effet, ce n’est pas dans le fait de dire la vérité historique qu’elle constitue une juste mémoire, mais c’est dans le fait de ne pas être amnésique[117], sourde, muette, de présenter une mémoire polymorphe et polyphonique dans laquelle chaque visage des évènements historiques douloureux a pu se montrer et chaque voix mémorielle a pu s’exprimer (de façon équitable) – et être réellement entendue.

tumblr_nw6fkzORqx1sjwwzso1_540

 

Conclusion

En somme, si la justice est aveugle, elle n’est ni sourde ni muette encore moins amnésique. Aveugle, parce que comme le souligne Feriel Kandil ses jugements recouverts du voile de l’ignorance relèvent de l’exigence morale d’impartialité[118].

Ni sourde, car elle est soumise à l’exigence d’offrir une écoute attentive[119] aux parties. Une écoute active aussi, c’est-à-dire l’expression d’une rencontre interpersonnelle[120] entre la loi personnifiée par le juge et le justiciable. Une écoute active[121] dans une dynamique de médiation[122]. Dans cette écoute, il y a également la reconnaissance de l’altérité[123] renvoyant ainsi l’écoute judiciaire au-delà du sens auditif – la reconnaissance du bruit, de la complainte ou de la justification – à l’exigence d’identification autant que de compréhension de ce qui est dit[124].

Ni muette, car la justice est une parole qui s’entend comme une rhétorique conflictuelle[125] des procureurs, comme les mémoires contradictoires des témoins, comme une interprétation de la loi sortant de la bouche du juge. La justice parle, c’est un discours polyphonique qui ne s’oublie pas (le principe du précédent ou stare decisis), de la référence jurisprudentielle, du rite institutionnel, de la diffusion médiatique qui n’est pas circonscrite aux praticiens du droit et qui se retrouve dans l’espace public par le débat, la discussion.

Ces trois états de la justice en font à la fois une gestionnaire de la trace (la parole entendue conservée) et une productrice de la trace (source de la mémoire), une mémoire institutionnalisée. Trois états de la mémoire juridique qui font de celle-ci une bonne et juste mémoire. Surtout qu’elle permet de « jeter des passerelles entre l’histoire des historiens et la mémoire des victimes » (Laignel Lavastine, 2000, p.1).

Mémoire vive[126] et, par l’action judiciaire, mémoire à même de « réanimer la mémoire déclinante » (Laignel Lavastine, 2000, p.1), susceptible dans les situations post conflictuelles de protéger l’expression des singularités mémorielles contre l’écrasement des mémoires dominantes (ou victorieuses), de maintenir un équilibre dans la coexistence de mémoires concurrentes, de faire sortir d’une position indigne certaines mémoires et leurs communautés enterrées par l’oubli institutionnel officiel collectif et historique, redonnant à la mémoire sa place matricielle bien loin de son « rang de simple province de l’histoire » (Laignel Lavastine, 2000, p.1), la mémoire juridique – reprise dans la mémoire officielle et dans la mémoire collective, habitée par la mémoire savante (Robin, 1989, p.50) – n’est pas une « mémoire heureuse » (Laignel Lavastine, 2000, p.2). Elle est une mémoire des colères et de la confrontation, c’est pourquoi elle est nécessaire. Il n’est pas attendu qu’elle sème l’amour et la paix dans les cœurs, seulement qu’elle réaffirme et rappelle dans le sens qu’elle donne aux évènements douloureux historiques ce qu’est l’humanité, nos valeurs communes, ce qui devrait nous rapprocher en tant que membres de la famille humaine, nos obligations morales collectives et individuelles les uns envers les autres.

Pour le reste, c’est vers Zymek qu’il faut se tourner, ou précisément vers le politique afin qu’il réfléchisse à un processus dialectique de la construction de la mémoire collective capable de faire face à la résurgence des ethnismes et autres phobies identitaires (xénophobie, islamophobie, etc.), qu’il élabore cette indispensable « éducation générale aux Droits de la personne » (Zymek, 2008, p.27) qui fait du souvenir une balise morale ou un référent moral du présent. Sans rien nier, sans rien justifier. Le souvenir qui guide le présent en faisant du « Plus jamais ça ! » la voix de la dignité humaine. Mais, peut-être, est-ce trop idéaliste, est-ce trop en demander à la nature humaine, impulsive et à la mémoire-gruyère ?

 

 

 

DefensivePresentGrunion-size_restricted

 

 

[1] Et/ou juridique avec la désignation et condamnation des coupables en application d’un régime de châtiments et de sanctions.

[2] Préambule du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, https://www.icc-cpi.int/NR/rdonlyres/6A7E88C1-8A44-42F2-896F-D68BB3B2D54F/0/Rome_Statute_French.pdf

[3] Au-delà des mécanismes d’indemnisation des victimes.

[4] Une rencontre qui rend possible le questionnement sur l’origine de l’inhumanité, comme le souligne Krog qui permet de se demander « Quelle sorte de haine rend un homme bestial ? » (Krog, 2004, p.68), tout aussi favorise la reconnaissance de l’altérité (le dialogue comme point de départ du rétablissement de l’Autre dans sa dignité et de l’apprentissage de la compassion (Krog, 2004, p.70).

[5] Ross, Amy. « Les politiques de vérité ou la vérité sur les politiques ? Amérique latine et Afrique du Sud : leçons d’expériences », Politique africaine, vol. 92, no. 4, 2003, p.21

[6] Andreu-Guzman, Federico. « Impunité et droit international. Quelques réflexions historico-juridiques sur la lutte contre l’impunité », Mouvements, vol. 53, no. 1, 2008, pp. 54-60.

[7] Leman-Langlois, Stéphane. « Le modèle “Vérité et réconciliation”. Victimes, bourreaux et institutionnalisation du pardon », Informations sociales, vol. 127, no. 7, 2005, pp. 112-121.

[8] Préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), ONU, http://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/

[9] L’intention étant de « déjudiciariser » la construction d’un vivre-ensemble (construction sociale) post évènements douloureux et traumatiques où la pacification des rapports sociaux (entre victimes désignés et bourreaux présumés, communautés de mémoire antagonistes) ne s’articule non pas sur une dynamique de confrontation inhérente à la judiciarisation mais de conciliation (on dira une logique de réconciliation). Comme dans le cas des Commissions Vérité et Réconciliation – par exemple celle établie en Afrique du sud au lendemain de l’apartheid, il s’agit de privilégier la « vérité » qui puisse libérer les victimes et leur permettre (enfin) de faire le deuil (peut-être de pardonner) au détriment de la répression pénale des violations des droits humains (qui répond davantage à une logique de mise en accusation et condamnation morales). Cette forme de « justice post conflictuelle » est d’abord un « pragmatisme politique », le but est de reconnaitre que le « passé est un conflit » et que par son entremise (l’action de la justice transitionnelle) le « conflit est terminé » ; la justice pénale est aux antipodes, elle n’a pas pour visée en tant que tel de mettre fin au conflit, mais de lutter contre l’impunité. – Leman-Langlois, Stéphane. « La mémoire et la paix. La notion de justice post-conflictuelle dans la Commission vérité et réconciliation en Afrique du Sud », Déviance et Société, vol. 27, no. 1, 2003, pp. 43-57.

[10] Entendu ici comme « les fabrications d’images », de « guérisons spectaculaires », qui permettent par l’intervention du politique de contrôler un « système en crise » – en l’occurrence l’espace public dans lequel se manifestent des tensions mémorielles. Un tel contrôle passe par l’élaboration d’un récit officiel et national soutenu par des stratégies de communication qui imposent un sens symbolique au passé et encadrent l’interprétation toute aussi symbolique d’évènements historiques. –  Sfez, Lucien. « Politique à mémoire politique sans mémoire », La politique symbolique. sous la direction de Sfez Lucien. Presses Universitaires de France, 1993, pp. 415-449. / Comme le note Julio Aróstegui dans le cas du souvenir de la guerre civile espagnole et du franquisme, il y a une instrumentalisation du passé pour répondre aux impératifs politiques contemporains. – Aróstegui, Julio. « La mémoire de la guerre civile et du franquisme dans l’Espagne démocratique », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 74, no. 2, 2002, pp. 31-42. / Une instrumentalisation politique qui passe nécessairement entre autres choses par la manipulation des archives nationales – Nuq, Amélie. « Conflits de mémoire et usages (très) politiques de l’histoire : le cas des archives du franquisme », Histoire@Politique, vol. 29, no. 2, 2016, pp. 171-189.

[11] En tant qu’institution en charge de réprimer les actes considérés comme des violations (graves) des droits humains, et de ce fait de lutter contre l’impunité. Une institution dotée d’un système d’« ordre juridique complexe d’organisations […] » (« Section III – Procédure pénale. Mesures procédurales spéciales et respect des droits de l’homme », Revue internationale de droit pénal, vol. 77, no. 3, 2006, p. 663) visant « à créer ou à restaurer un espace public régi par des règles de droit, voire à contribuer à l’instauration d’une démocratie. » (Saada, Julie. « La justice pénale internationale, entre idéaux et justification », Revue Tiers Monde, vol. 205, no. 1, 2011, p. 48).

[12] Tel qu’il fût le cas en ex-Yougoslavie, au Rwanda, en Sierra Léone (pour ce qui est de la justice pénale internationale) ou en France dans le procès de Klaus Barbie (pour ce qui est de la justice pénale nationale). Procès français du nazisme sur lequel nous nous appesantirons dans cette réflexion.

[13] Ici, nous faisons nôtre la définition de la mémoire dans son sens large telle que proposée Laurent Petit, c’est celle qui « concerne le stockage, le souvenir d’une information. » – Petit, Laurent. La mémoire. Presses Universitaires de France, 2006, p. 5

[14] Greisch, Jean. « Trace et oubli : entre la menace de l’effacement et l’insistance de l’ineffaçable », Diogène, vol. 201, no. 1, 2003, pp. 82-106.

[15] Dans ce cas cette mémoire est officielle (selon la catégorisation sans étanchéité absolue établie par Robin), puisqu’elle crée un « habitus national » (Robin, p. 50) dans lequel sont intégrées les différentes identités groupales, et celles-ci comme communautés de mémoire l’intègrent en retour à leur propre trame narrative collective (les pratiques symboliques nourrissant les communautés élargies et fondant l’expérience collective (Barash, p. 190).

[16] Il s’agit de partir de l’acceptation générale de la notion de « mémoire » comme présentée plus haut à une approche plus restrictive qui serait de la considérer tel que « […] le souvenir […] de faits historiques déterminants, et la commémoration […] de ces souvenirs et faits. » – Petit, Laurent. La mémoire. Presses Universitaires de France, 2006, p. 5

[17] Dans le sens ricoeurien de « devoir de rendre justice, par le souvenir, à autre que soi » avec une « priorité morale aux victimes » (Laignel Lavastine, p. 2)

[18] La définition du qualificatif juridique qui est retenu pour cette réflexion est : « Qui se fait en justice, suivant la manière de procéder en justice ; qui produit un effet de droit. » – Pruvost, Jean. « Vous avez dit « juridique » ? Parcours à travers dictionnaires… », Ela. Études de linguistique appliquée, vol. 183, no. 3, 2016, p. 273

[19] Entendue comme « […] une marque qui brise la surface, la déforme, et l’altère de manière permanente. » – Furlong, Allannah. « Le mal d’amour : trace et traduction d’une scène primitive. Une relation particulière entre l’affect et l’inconscient », Revue française de psychanalyse, vol. 74, no. 4, 2010, p.1050

[20] Furlong, 2010, p.1050

[21] Greisch, Jean. « Trace et oubli : entre la menace de l’effacement et l’insistance de l’ineffaçable », Diogène, vol. 201, no. 1, 2003, p.88

[22] Nous retenons pour la présente réflexion l’étiquette de trace mnésique qui dans son sens conventionnel est celle relative à la mémoire. Notre définition de trace mnésique tient dans le cadre conceptuel de l’empreinte mémorielle développé dans le corps du texte.

[23] Cette idée de « construit » du passé se retrouve aussi chez Margalit (2006, p.69)

[24] Ce qui est retenu, le refoulé ou le déni (Margalit, 2006, p.15)

[25] Le « passé réaménagé » (Robin, 1989, p.60)

[26] L’incorporation symbolique ou le fait de « prêter une signification puissante à une expérience […] » – Barash, 2006, p.193

[27] La politisation et l’instrumentalisation politique de la mémoire (Mitchell, 2003, p.443)

[28] Entre la profanation (Zymeck, 2008, p.21) la confrontation (Zymeck, 2008, p.25) et le respect la tradition ainsi que la loyauté (Margalit, 2006, p.71)

[29] Offenstadt, Nicolas. L’historiographie. Presses Universitaires de France, 2011, pp. 3-8.

[30] Le jugement pénal pris comme « une stricte application du principe d’individualisation des sanctions » – Gautron, Virginie, et Jean-Noël Retière. « La décision judiciaire : jugements pénaux ou jugements sociaux ? », Mouvements, vol. 88, no. 4, 2016, p.13

[31] Ce qui importe ce n’est pas tant le jugement pénal en lui-même que toutes les interpretations du passé qui grâce à la mémoire judiciaire ne sont pas perdues.

[32] « La qualité de la décision de justice ne se mesure donc pas à son exactitude ni à ses effets, mais bien à la qualité de l’argumentation qui la soutient et que le juge développe dans la motivation de son jugement. La motivation devient un travail d’argumentation. L’objectif est « de provoquer ou d’accroître l’adhésion d’un auditoire aux thèses qu’on présente à son assentiment. Il convient de souligner que, dans tous les cas et même assortie d’une motivation convaincante, la décision de justice ne peut pas aller à l’encontre des ordres de la loi. » – Colombet, Hélène, et Alice Gouttefangeas. « La qualité des décisions de justice. Quels critères ? », Droit et société, vol. 83, no. 1, 2013, p.157

[33] « The principle or principles of law on which the court reaches its decision. The ratio of the case has to be deduced from its facts, the reasons the court gave for reaching its decision, and the decision itself. It is said to be the statement of law applied to the material facts.” – Jonathan Law et Elizabeth A. Martin. A Dictionary of Law. Oxford University Press, 7th edition, 2009, http://www.oxfordreference.com/view/10.1093/acref/9780199551248.001.0001/acref-9780199551248-e-3230

[34] « Une décision [judiciaire] de qualité devient donc une décision qui laisse la place à la discussion contradictoire, c’est-à-dire au contrôle du respect des droits de la défense et des garanties du procès équitable. Ce n’est pas la seule condition pour que la décision soit de qualité, mais il s’agit d’une condition désormais nécessaire. » – Colombet, Hélène, et Alice Gouttefangeas. « La qualité des décisions de justice. Quels critères ? », Droit et société, vol. 83, no. 1, 2013, p.158

[35] « La notion de procès équitable comprend donc le respect du contradictoire et l’égalité des armes. » – Colombet et Gouttefangeas, 2013, p.162

[36] « […] les plaidoiries obéissent aux exigences rhétoriques de la procédure et développent des questions de droit […] » – « Droit et justice », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 64e année, no. 6, 2009, p.1469

[37] « La plaidoirie est un exercice oratoire codifié, jugé par l’auditoire avec ses modes. […] le but de toute plaidoirie est de remporter l’adhésion du juge « qui ne cherche que la décision » […] Ainsi le maître mot de l’avocat doit être l’efficacité dans la bataille que se livrent les défenseurs des différents protagonistes d’un procès […] » – Loïc Damiani, « Discours chez les avocats parisiens au XVIIe siècle », Entreprises et histoire, 2006/1 (n° 42), p.7 et p.8

[38] Une compréhension globale qui n’est pas nécessairement une justification des actes posés ou une adhésion aux actions historiques, mais la possibilité offerte d’adopter différentes perspectives des évènements en vue d’en saisir tous les sens.

[39] « Les avocats de la défense cherchent à contrer cette tendance des accusés au silence ou au déni. Ils essaient de les amener à parler de leurs souffrances éventuelles, de ce qui les a conduits à perpétrer l’homicide, et surtout s’efforcent de leur faire exprimer des regrets. » – Bouillier, Véronique. « Comment juger l’autre ? Justice et différence culturelle en cour d’assises », Diogène, vol. 239-240, no. 3, 2012, p.116

[40] Brécard, France. « Les Racines du mal : aux origines de la violence », Actualités en analyse transactionnelle, vol. 157, no. 1, 2017, pp. 58-69. – « Alice Miller a voulu trouver une raison à la cruauté nazie dans la façon dont les enfants allemands étaient élevés, dans la violence et l’humiliation. Dans son ouvrage C’est pour ton bien, elle montre comment les adultes qui ont été persécutés dans leur enfance deviennent des bourreaux incapables d’empathie. Par sa thèse, elle donne une explication à ce qui semble impossible à comprendre. », Brécard, 2017, p.58

[41] La fin du silence, du déni, du refoulement, la remise en question du récit officiel et revendicatrice de sa réécriture – autant d’illustrations de la vertu thérapeutique du scandale. Pour Zymeck, « ce n’est qu’à travers le débat public qu’un évènement historique devient une partie de la mémoire des groupes sociaux et de la société » (Zymeck, 2008, p.26), un débat public souvent provoqué par le « scandale » de la profanation ou des manifestations de toutes sortes, le propre du scandale est de briser le tabou du point de vue morale ou bien encore esthétique (Zymeck, 2008, p.26).

[42] Poncet, Olivier et Isabelle Storez-Brancourt. Une histoire de la mémoire judiciaire. École Nationale des Chartes, 2010, 418 pages.

[43] Dans le cadre de l’application la loi (par la justice) et/ou de la recherche de la vérité judiciaire.

[44] Dans le cas présent historiques douloureux.

[45] Elle est aussi là l’une des principales distinctions avec la vérité historique. L’historien observe et explique (les évènements historiques), le juge lui rend une sentence (Le Crom Jean-Pierre et Martin Jean-Clément. « Vérité historique, vérité judiciaire. », Vingtième Siècle, revue d’histoire, no 47, 1995. p.197). Comme le souligne Jean-Paul Jean : « […] la vérité judiciaire [répond] à sa logique propre et [n’est] pas la vérité scientifique ou la vérité historique » (Jean-Paul Jean, « Le procès et l’écriture de l’histoire », Tracés. Revue de Sciences humaines, 09 | 2009, http://journals.openedition.org/traces/4344). Dans la logique de la justice pénale, la sentence ou la décision judiciaire dans les situations post conflictuelles est une désapprobation morale doublée de la sanction pénale. Désapprobation et sanction de la violation de la loi commise par l’individu accusé, or généralement la loi est l’expression de valeurs morales et philosophiques propres à une société (on dira la codification par l’autorité politique de telles valeurs). Ainsi, si la justice ne juge pas les événements historiques en tant que tel (mais les actes posés et les individus responsables ou imputables), il n’en demeure pas moins que la décision judiciaire en désapprouvant l’individu dicte une interprétation morale de l’évènement historique. C’est en quoi la décision judiciaire comme vérité judiciaire est une prise de position à la fois juridique et morale.  

[46] Rosoux, Valérie. « Rwanda, l’impossible « mémoire nationale » ? », Ethnologie française, vol. 37, no. 3, 2007, pp. 409-415.

[47] Gilzmer, Mechtild. « Les martyrs de la nation : une « autre mémoire nationale » », Mémoires de pierre. Les monuments commémoratifs en France après 1944, sous la direction de Gilzmer Mechtild. Autrement, 2009, pp. 128-155

[48] Seignobos Émeline, La parole judiciaire. Mises en scène rhétoriques et représentations télévisuelles. De Boeck Supérieur, « Médias-Recherches », 2011, 188 pages.

[49] « « Klaus Barbie, 1987, Mémoires d’un procès ». […] les archives judiciaires du dossier Barbie sont désormais accessibles au grand public. Les ministres de la Justice et de la Culture l’ont annoncé le 3 juillet 2017, date anniversaire du verdict qui marque la fin du procès et la condamnation à perpétuité pour celui que l’on surnomme le boucher de Lyon. » – Florence Sturm, « Ouverture des archives judiciaires : que dit la loi ? », France Culture, 13 septembre 2017, https://www.franceculture.fr/droit-justice/ouverture-des-archives-judiciaires-que-dit-la-loi

[50] Cette mémoire institutionnelle sert par exemple de source à la recherche historique.

[51] Bernheim, Emmanuelle. « De la mise en scène de la justice. Accès aux droits, rôle des tribunaux et statut citoyen en santé mentale », Droit et société, vol. 81, no. 2, 2012, pp. 365-380.

[52] Nous faisons référence ici au « principe du précédent » ou stare decisis qui « […] signifie littéralement rester sur la décision, s’en tenir à ce qui a été décidé. Il permet de formuler un principe juridique fondamental en droit judiciaire : les règles de droit qu’énoncent les décisions émanant de juridictions de degré supérieur ou de juridictions du même degré lient les tribunaux d’instance inférieure. […] La décision juridictionnelle antérieure servant de norme autorise les juges à fournir sur un point de droit la solution pour tous les cas similaires soumis à leur examen. » – Juridictionnaire, Termium Plus, Gouvernement du Canada, http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2alpha/alpha-fra.html?lang=fra

[53] Nous pensons aussi à la référence ou la citation jurisprudentielle qui est comprise ici comme le fait pour le tribunal ou les parties à l’instance de se référer à des décisions judiciaires afin d’appuyer leurs propos (arguments, ratio decidendi).

[54] Une collaboration économique (Radtke-Delacor, Arne. « Produire pour le Reich. Les commandes allemandes à l’industrie française (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 70, no. 2, 2001, pp. 99-115) et politique (alignement du gouvernement de Vichy sur la politique de persécution et de déportation des Juifs de France qui seront exterminés pour la plupart dans les camps de concentration, sans parler de la délation antisémite sous l’Occupation allemande – Dreyfus, Jean-Marc. « La rivalité franco-allemande et l’« aryanisation ». Adoption d’une nouvelle politique en France (1940-1944) », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 186, no. 1, 2007, pp. 273-290 / Joly, Laurent. « La délation antisémite sous l’Occupation », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 96, no. 4, 2007, pp. 137-149. / Snanoudj, Guy. « Livre », Après-demain, vol. no 38, 2016, pp. 55-55.

[55] Laurent Joly, Vichy dans la solution finale. Histoire du Commissariat général aux questions juives (1941-1944), Paris, Grasset, 2006,1014 pages

[56] Michel Zaoui, Noëlle Herrenschmidt et Antoine Garapon. Mémoires de justice : les procès Barbie, Touvier, Papon. Seuil, Paris, 2009, 212 pages

[57] Mémorial de la Shoah, « Les procès en France dans les années 1980 et 1990 », Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Paris, http://www.enseigner-histoire-shoah.org/outils-et-ressources/fiches-thematiques/les-proces-des-criminels-de-guerre/les-proces-en-france-dans-les-annees-1980-et-1990.html

[58] François Azouvi, Le mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la mémoire, Paris, Folio-Gallimard, 2015, 695 pages

[59] Nathalie Heinich, « Sortir du silence : justice ou pardon ? », Le Débat 1996/2 (no 89), p. 191

[60] Amson, Charles, et al. « Papon, ou le procès de l’ambiguïté », Les grands procès. Coordination par Janville Thomas. Presses Universitaires de France, 2007, pp. 388-413.

[61] En l’occurrence, la décision judiciaire. Klaus Barbie à l’époque a déjà été condamné par contumace pour crimes de guerre et lorsque les débats s’ouvrent il est invraisemblable qu’il soit innocenté. À l’ouverture du procès, il est difficile de penser que la Gestapo en France personnifiée par Klaus Barbie ne sera pas juridiquement et moralement condamnée. Dans la mémoire nationale, cet épisode historique sera celui du crime contre l’humanité commis sur le territoire.

[62] « Le procès de Klaus Barbie constitue un événement inédit à tous les égards. C’est le premier procès pour crime contre l’humanité organisé en France. Il a suscité un extraordinaire travail de préparation et il a, pour la première fois, pris en compte la parole des témoins autant que les preuves matérielles. Enfin, c’est le premier procès intégralement filmé, en application d’une loi prise spécialement à cet effet, constituant un type d’archives inédites » – Archives départementales du Rhône et métropolitaines de Lyon, http://www2.ac-lyon.fr/services/daac/daac-info.php?article=281

[63] Aujourd’hui disponible sur la plupart des réseaux sociaux à vocation vidéographique : https://www.youtube.com/watch?v=voU62pHZ1dc, https://www.youtube.com/watch?v=XHZWPsCVx1Y, ainsi que les archives départementales et nationales avec la décision en 2017 de l’État français de les ouvrir au public, http://www.justice.gouv.fr/la-garde-des-sceaux-10016/les-archives-du-proces-barbie-sont-ouvertes-au-public-30688.html

[64] Nous notons ici que la médiatisation de l’action de la justice introduit le risque d’une théâtralisation qui dans une certaine mesure fait du procès une espèce d’exécution judiciaire publique du coupable présumé. Spectacle obscène (relevant d’un véritable sadisme) organisé et pensé (scénarisé) pour attirer le regard (voyeur) de la plèbe –  Taïeb Emmanuel. « L’exécution soumise au regard » dans Communications, 75, 2004. Le sens du regard, sous la direction de Claudine Haroche et Georges Vigarello. pp. 57-74.

[65] En parlant de transfert, LaCapra, dans la relation thérapeutique psychanalytique (patient-analyste), le considère comme un « phénomène humain général […] qui domine toutes les relations d’une personne donnée avec son entourage humain » – LaCapra, 2002, pp. 42-43

[66] Sorj Chalandon cité par Jean Leymarie, « Sorj Chalandon : « Je me souviens du procès de Klaus Barbie » », France Télévisions Info, 25 mai 2014, https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/memoire-vive/sorj-chalandon-je-me-souviens-du-proces-de-klaus-barbie_1761967.html

[67] « C’était la dernière fois qu’ils témoignaient.» – Sorj Chalandon cité par Jean Leymarie, « Sorj Chalandon : « Je me souviens du procès de Klaus Barbie » », France Télévisions Info, 25 mai 2014, https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/memoire-vive/sorj-chalandon-je-me-souviens-du-proces-de-klaus-barbie_1761967.html

[68] Sorj Chalandon cité par Jean Leymarie, « Sorj Chalandon : « Je me souviens du procès de Klaus Barbie » », France Télévisions Info, 25 mai 2014, https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/memoire-vive/sorj-chalandon-je-me-souviens-du-proces-de-klaus-barbie_1761967.html

[69] Thierry Noisette, « Au procès de Klaus Barbie, « la parole des victimes explose » », Le NouvelObs, 3 avril 2017, https://www.nouvelobs.com/histoire/20170331.OBS7405/au-proces-de-klaus-barbie-la-parole-des-victimes-explose.html

[70] La canonisation du récit mémoriel officiel s’illustre entre autres choses par l’adoption de lois contre le négationnisme dans lesquelles il est légalement interdit sous peine de sanctions judiciaires de « contester publiquement l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité » avec les conséquences sur la liberté d’expression et la recherche de la vérité historique (ou par les historiens) que cette politisation de la mémoire cause. D’ailleurs, « Madeleine Rebérioux, alors vice-présidente de la [Ligue française des droits de l’homme] [affirme] : « La loi fixe des interdits, édicte des prescriptions, peut définir des libertés. Elle est de l’ordre du normatif. Elle ne saurait dire le vrai. Non seulement rien n’est plus difficile à constituer en délit qu’un mensonge historique, mais le concept même de vérité historique récuse l’autorité étatique. » – Dhoquois, Régine. « Les thèses négationnistes et la liberté d’expression en France », Ethnologie française, vol. 36, no. 1, 2006, p. 28 et p.31.

[71] « Le concept même de vérité historique récuse l’autorité étatique, nationale et ecclésiastique. Le seul exemple soviétique devrait nous suffire […]. [Une] centaine de personnalités et d’enseignants-chercheurs […] ont signé la pétition “Liberté pour l’Histoire”, reprochant aux députés de nous dire comment il fallait écrire l’histoire et réclamant le droit de faire de l’histoire sans injonction du pouvoir politique […] » – Emmanuel Terray. « Lois mémorielles ou abus de mémoire ». La pensée de midi, vol. hors série, no. 4, 2009, pp. 130-135.

[72] Adrien Sénécat, « Jacques Vergès: « avocat du diable », « mythe judiciaire » ou « salaud lumineux »? », L’Express, 18 août 2013, https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/jacques-verges-avocat-du-diable-mythe-judiciaire-ou-salaud-lumineux_1273829.html

[73] Jacques Vergès, Le Salaud lumineux : Conversations avec Jean-Louis Remilleux, Michel Laffont, Paris, 1990, 330 pages.

[74] Nous comprenons par « inhumanité », la négation de soi en l’Autre. Autrement dit, le soi est un sujet pensant, c’est-à-dire ayant conscience de soi (« Je suis ») et dans son rapport avec le monde extérieur conscience de l’Autre (« Tu es »). La conscience de l’Autre est une reconnaissance du « Je suis » dans l’Autre (un sujet pensant en dehors de soi). Faire preuve d’inhumanité, c’est nier ce soi en l’Autre ou puisque l’on parle de reconnaissance c’est s’aveugler à ce soi en l’Autre. Comme le dit Grimaldi : « Non seulement ce qui est tenu pour inhumain par les uns peut être considéré comme humain par les autres, mais l’un des plus singuliers paradoxes est qu’on puisse même être inhumain sans avoir rien perdu de son humanité. Le même homme peut accomplir de la façon la plus inhumaine les plus abominables forfaits, et manifester par ailleurs la plus touchante humanité. […] Quelles qu’en puissent être les figures, il y a donc toujours, à l’origine de l’inhumain, une sorte d’aveuglement. Il suffit de ne pas reconnaître son semblable dans l’autre. […] Quiconque ne reconnaît pas son semblable dans l’autre s’éprouve du même coup délié à son égard aussi bien de toute compassion et de toute pitié que de toute justice.» – Grimaldi, Nicolas. « Introduction », L’inhumain. sous la direction de Grimaldi Nicolas. Presses Universitaires de France, 2011, pp. 7-12.

[75] « […] à l’image des Espagnols, Français et Britanniques prenant à leur compte la distinction fondamentale opérée dès l’Antiquité entre Grecs et Barbares en opposant chrétiens et païens, Européens et sauvages, civilisés et non-civilisés […] « Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre globe qu’elle n’a point encore pénétrée, percer les ténèbres qui enveloppent des populations entières, c’est, j’ose le dire, une croisade digne de ce siècle de progrès », affirme ainsi le roi Léopold de Belgique lors de la Conférence du Congo de 1884-1885, souhaitant que « Bruxelles [devienne] le quartier général de ce mouvement civilisateur » – Battistella, Dario. « L’Occident, exportateur de démocratie », Politique étrangère, vol. hiver, no. 4, 2011, pp. 813-824.

[76] Todorov, Tzvetan. « Barbarie et messianisme occidental. Entretien », Revue internationale et stratégique, vol. 75, no. 3, 2009, pp. 127-134.

[77] Bouda Etemad. Crimes et réparations. L’Occident face à son passé colonial, André Versaille, Bruxelles, 2008, 205 pages.

[78] « […] « le premier génocide du 20e siècle » commis par les troupes coloniales allemandes en Afrique et […] On peut alors en déduire que les études internationales entreprises sur le Troisième Reich auraient, en ignorant les « racines africaines » de l’Holocauste, négligé un élément majeur de l’explication de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis. » – Gerwarth, Robert, et Stephan Malinowski. « L’antichambre de l’Holocauste ? À propos du débat sur les violences coloniales et la guerre d’extermination nazie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 99, no. 3, 2008, pp. 143-159.

[79] « Les survivants du génocide ne sont pas autorisés à repeupler le Hereroland, désormais terre d’empire, mais regroupés dans des camps de concentration ; l’usage du mot Konzentrationslagern, traduit directement de l’anglais, apparaît tel quel dans un télégramme de la Chancellerie, en date du 14 janvier 1905 [..] le type de traitement qui est désormais prôné s’apparente à celui qui allait avoir cours dans les camps de concentration nazis : on se débarrasse des internés en les éliminant par le travail. » – Kotek, Joël. « Le génocide des Herero, symptôme d’un Sonderweg allemand ? », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 189, no. 2, 2008, pp. 177-197.

[80] « […] von Trotha donna son tristement célèbre « ordre d’extermination », qui décrétait que les Herero n’étaient plus considérés comme sujets allemands et qu’ils devaient quitter le pays sous peine d’être abattus, qu’ils soient ou non armés. Comme d’autres sources, à l’instar des carnets de von Trotha, le confirment, l’intention d’extermination ne fait guère de doute. […] Après que l’ordre de von Trotha fut levé, des camps de concentration furent créés, où les hommes, les femmes et les enfants survivants furent victimes d’une « extermination par négligence ». Des prisonniers de la guerre déclenchée en octobre 1904 contre les Nama furent emprisonnés dans des camps de concentration ou déportés au Togo et au Cameroun.» – Kössler, Reinhart. « La fin d’une amnésie ? L’Allemagne et son passé colonial depuis 2004 », Politique africaine, vol. 102, no. 2, 2006, pp. 50-66.

[81] Me Nabil Bouaïta, avocat algérien.

[82] Me Jean-Martin M’Bemba du barreau de Brazaville.

[83] Hirst, David. « L’orgueil impérial démesuré : Israël mène une « guerre choisie » au Liban. 1977-1982 », Une histoire du Liban. 1860-2009, sous la direction de Hirst David. Éditions Perrin, 2016, pp. 181-227.

[84] Costantini, Dino. Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française. La Découverte, 2008, 288 pages.

[85] Philippe Chaslot, « Klaus Barbie est coupable », Lyon Capitale, 5 juillet 2007, https://www.lyoncapitale.fr/actualite/klaus-barbie-est-coupable/

[86] « Devant cette résistance grandissante, l’Administration [coloniale française] décide de recourir à la force et certains recrutements prennent l’allure d’une véritable chasse à l’homme. Dans une interview de 2006, […]  l’historien congolais Antonin Madounou explique : «L’administration  (…) envoyait des miliciens armés dans les villages. (..) Les plus jeunes d’entre eux étaient capturés au lasso.» – Jeanne Inglebert et Séphora Saadi, « Congo-Océan, un lourd tribut à la modernité », Classe internationale, 26 février 2018, https://classe-internationale.com/2018/02/26/congo-ocean-un-lourd-tribut-a-la-modernite/

[87] « Construit de 1921 à 1934, le chemin de fer Congo-Océan […] est également connue comme l’une des constructions les plus meurtrières de l’histoire des colonies. […] En 2014, le chantier du Congo-Océan faisait l’objet d’une plainte du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) contre les sociétés de construction SPIE, Spie-Batignolles et l’État [français] pour crime contre l’humanité. » – Corinne Autey-Roussel, « Le chemin de fer Congo-Océan, un massacre colonial français », Entelekheia, 28 avril 2017, http://www.entelekheia.fr/le-chemin-de-fer-congo-ocean-un-massacre-colonial-francais/

[88] Achille Mbembe dans une entrevue accordée à la revue Esprit présente la présente ainsi : « De fait, la colonisation ne cessa de mentir à son propre sujet et au sujet d’autrui. Comme l’explique très bien Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs, les procédures de racialisation du colonisé constituent le moteur de cette économie du mensonge et de la duplicité. Pour la pensée postcoloniale, la race constitue en effet la région sauvage de l’humanisme européen, sa bête.» dans « Qu’est-ce que la pensée postcoloniale ? », Esprit, vol. décembre, no. 12, 2006, pp. 117-133.

[89] «[…] une immense majorité de nos députés votait l’article 4 de la loi du 23 février 2005 déposé ensuite à une proposition initiale de Philippe Douste-Blazy puis en 2003 sur une recommandation de Michèle Alliot-Marie (ministre de la Défense), voté autant par la gauche que par la droite, sur les bienfaits de la colonisation. » – Blanchard, Pascal. « Décolonisons nos mentalités ! », Revue internationale et stratégique, vol. 73, no. 1, 2009, pp. 121-126.

[90] Lucie Puyjalinet. « Procès Klaus Barbie : comment Jacques Vergès a défendu le boucher de Lyon », https://storify.com/LuciePuyjalinet/proces-klaus-barbie-comment-jacques-verges-a-defen

[91]« La mise en cause de la légitimité des juges, du caractère d’exception de la juridiction, la revendication du caractère politique du fait incriminé, la contestation de la procédure, de la poursuite, l’appui sur un mouvement d’opinion puissant, et parfois le refus de la défense commise d’office […] » – Danet, Jean. « Sur la notion de défense de rupture : Willard, Vergès, et après ? », Histoire de la justice, vol. 27, no. 1, 2017, pp. 177-192.

[92] « La Défense de Rupture, Vergès l’a mise au point dans l’affaire Djamila Bouhired. […] [elle] consiste, pour l’avocat, à poser un principe : […] Comment rompre avec le système de connivence où l’avocat demande aux juges de ne pas être méchants et mettre le tribunal en accusation » […] « Vous me dites, elle a posé des bombes et alors… ce n’est pas les bombes qui comptent ici, c’est la torture. La torture, c’est vous qui l’avez faite » et donc il retourne le procès, en renversant l’ordre des choses. Il a mis le gouvernement dans une situation beaucoup plus difficile et les exécutions ont diminué quand de Gaulle est arrivé au pouvoir. Là je pense que c’est une invention dans la défense. » -. « Défense et politique criminelle, regard sur quelques décennies d’une relation tumultueuse ». Archives de politique criminelle, 2015/1 (no 37), p.100

[93] « La Défense de rupture, c’est-à-dire l’accusation politique, la subversion des formes, reprend quelque chose qui a aussi avant été pratiqué par le pouvoir. Le Tribunal Révolutionnaire en 1793 en est le prototype. Alors qu’on vient de voter des systèmes juridiques absolument parfaits, le Tribunal Révolutionnaire rompt les formes parce que le procès n’a pas tellement d’intérêt en lui-même. C’est l’image du procès conduisant à l’échafaud qui va changer politiquement les choses, et le Tribunal Révolutionnaire, c’est une accusation de rupture. Vergès lui invente la défense de rupture. » – Henri Leclerc, Jean Danet, 2015, p.100

[94] « Jacques Vergès ne défend pas, il accuse. Il ne plaide pas, il fait le procès du procès. On aurait pu imaginer une véritable défense de Klaus Barbie, mais Jacques Vergès ne défend que ses propres idées. » – Alain Jakubowicz, « 2 juillet 1987 : Jacques Vergès, « avocat du diable », 2 juillet 2017, http://alainjakubowicz.fr/index.php/2017/07/02/2-juillet-1987-jacques-verges-avocat-diable/

[95] Jean-Paul Sartre, Les Mains sales, Gallimard, Paris, 1991, 247 pages.

[96] « L’avocat, qui défend le criminel ou le malfaiteur, ne cautionne pas le crime ou le mal. Il est ce médium, ce relais nécessaire à la compréhension […] L’avocat se doit de défendre, quel que soit le crime, quelle que soit la personnalité de l’accusé. […] » – Seignobos, Émeline. « Serial Plaideur ou l’orateur qui voulait être un héros », Communication & langages, vol. 162, no. 4, 2009, pp. 115-129.

[97] Traverso, Enzo. « L’Europe et ses mémoires. Trois perspectives croisées », Raisons politiques, vol. 36, no. 4, 2009, pp. 151-167.

[98] Droit, Emmanuel. « Le Goulag contre la Shoah. Mémoires officielles et cultures mémorielles dans l’Europe élargie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 94, no. 2, 2007, pp. 101-120.

[99] Agence France Presse, « Il y a 30 ans, le procès Barbie contre les « consciences endormies » », Le Point, 05 mai 2017, http://www.lepoint.fr/societe/il-y-a-30-ans-le-proces-barbie-contre-les-consciences-endormies-05-05-2017-2125166_23.php

[100] Dans une perspective d’intériorité, être avec soi, mouvement introspectif – Nancy, Jean-Luc. « L’être-avec de l’être-là », Cahiers philosophiques, vol. 111, no. 3, 2007, pp. 66-78.

[101] Dans une perspective d’extériorité, être avec autre que soi, le mouvement ici s’établit par la parole (le conversationnel, l’énonciation) comme sur une scène – Ryngaert, Jean-Pierre. « Sur différentes façons d’être avec l’autre : réglages à vue et au présent », Études théâtrales, vol. 31-32, no. 2, 2004, pp. 161-169.

[102] « Le sens d’« être » en effet ne peut pas être limité au sens de l’exister humain. Être appartient à tout ce qui est – ou plutôt, être n’est pas une qualité ou propriété de ce qui est (Kant le disait déjà) mais rien d’autre que le fait d’être d’un étant quel qu’il soit. […] L’« avec » est régi par deux grands principes – ou bien il met en place deux coordonnées essentielles. D’une part, la multiplicité, d’autre part le proche et le lointain. […] La multiplicité est inhérente à l’avec, puisqu’une chose unique ne saurait être avec aucune autre chose. […]« Avec » ne peut pas être simplement limité à une coprésence en extériorité mais implique que le « co » de cette coprésence engage de lui-même ce que le français nomme « partage » – terme qui désigne une division avec communication ou bien sous règle de communication […] En effet, [Heidegger] souligne que pour penser cet « avec » à la hauteur de l’« exister » – c’est-à-dire de ce qui met en jeu le sens même d’« être » – il est nécessaire de ne pas entendre ce terme de manière seulement « catégoriale » mais plutôt « existentiale ». […] « Être-avec » n’est pas une qualification seconde et aléatoire de « être » : c’en est une qualité constitutive et originaire.» – Nancy, Jean-Luc. « Être-avec et démocratie », Po&sie, vol. 135, no. 1, 2011, pp. 38-45.

[103] « [..] puisque nous sommes condamnés à vivre ensemble, il vaut mieux décider d’oublier certaines offenses même gravissimes, certains crimes même inexpiables. C’est le prix nécessaire du vivre-ensemble. » – Foyer, Dominique. « Entre dette et oubli : le pardon », Histoire de la justice, vol. 28, no. 1, 2018, pp. 63-70.

[104] « À la vengeance qui menace l’ensemble des parties en présence sont systématiquement préférés le rapprochement et, de manière ultime, la réconciliation. Dans cette perspective, la notion de réconciliation est souvent identifiée à celle de la paix. » – Rosoux, Valérie. « Portée et limites du concept de réconciliation. Une histoire à terminer », Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 45, no. 3, 2014, p.24

[105] L’« effacement ou dissimulation des péchés » : effacer comme un oubli absolu, dissimuler comme ne plus y prêter attention (sans oublier) – Margalit, 2006, p.200

[106] Oublier le péché et oublier qui a péché – Margalit, 2006, p.201

[107] « Contrairement à la justice également, qui est prononcée par un tiers ou une institution intermédiaire, le pardon est enfin un rapport de personne à personne. Il doit venir de soi. Seules les personnes concernées, à savoir l’offenseur et l’offensé, peuvent demander ou accorder le pardon. » – Rémy, Julien. « L’offense, le pardon et le don », Revue du MAUSS, vol. 40, no. 2, 2012, pp. 35-46.

[108] « On comprend donc que le pardon est au-delà de la justice : la justice réclame la réparation, la peine, le châtiment. Si la justice pardonnait, elle serait fondamentalement injuste, parce qu’elle cautionnerait l’impunité. Le pardon est le contraire de la sanction. » – Zarka, Yves Charles. « Penser le pardon », Archives de Philosophie, vol. tome 77, no. 3, 2014, p.388

[109] « Pour que le pardon soit possible, il faut que l’offenseur et l’offensé partagent une même interprétation des faits, il faut qu’ils soient tous les deux d’accord sur le fait qu’il y a bien eu « offense » (ce qui revient, pour l’offenseur, à reconnaître ses torts). […] c’est la Justice qui est chargée d’établir la culpabilité de l’offenseur. Mais d’une part, la Justice se prononce avant tout au regard de la Loi, et non au regard de l’offense faite. L’infraction et l’offense ne se situent pas dans le même registre.» – Rémy, 2012, p.39

[110] « […] si l’offensé est dans une situation telle qu’il n’a pas d’autre choix que celui de pardonner, alors il ne s’agit plus de pardon. Le pardon est contingent : il peut ne pas être imposé. » – Rémy, 2012, p.40

[111] Dutour, Nassera. « « Nous ne pouvons pardonner si on ne nous demande pas pardon » », Confluences Méditerranée, vol. 62, no. 3, 2007, pp. 71-76.

[112] Jacques Derrida, « Le siècle et le pardon (entretien avec Michel Wieviorka) », pp. 101-133, dans Foi et Savoir, Seuil, Paris, 2001, 144 pages.

[113] « Certaines atteintes à autrui ou à la collectivité, plus graves, seront sanctionnées par une amende ou par un châtiment proportionné (autrefois un châtiment corporel, aujourd’hui la prison) ; d’autres atteintes, plus graves encore, ont longtemps justifié une mise à mort. » – Foyer, 2018, p.65

[114] « Dans tous les cas, l’exigence de justice et la nécessité de punir demeurent, mais c’est la nécessité de continuer à vivre ensemble qui l’emporte sur toutes les autres considérations. » – Foyer, 2018, p.67

[115] Le « pardon judiciaire » peut éventuellement se faire après la condamnation avec la réhabilitation judiciaire ou la « grâce » accordée par l’autorité politique. Il est à noter que les cas d’« oublis et de pardons judiciaires » que sont l’amnistie ou la prescription sont – en réalité – davantage des « oublis imposés par la loi » bien plus que par la justice, ce sont des émanations du législateur ou de l’autorité politique qui empêchent la poursuite judiciaire, l’action de la justice d’opérer. Notre observation se veut une critique de la justice qui oublie ou pardonne de Pierre Greley – Grelley, Pierre. « Quand la justice oublie ou pardonne », Informations sociales, vol. 127, no. 7, 2005, pp. 9-10.

[116] Il nous semble important de rappeler que la vérité judiciaire n’est pas la vérité historique, qu’une confusion entre les deux vérités entraîneraient des imbroglios et des quiproquos à la fois inutiles et dangereux car causant une polémique vaine qui diluerait l’essentiel (comment parvenir collectivement à construire une bonne et juste mémoire ?) tout en permettant aux camps opposés (historiens historiographes et juristes) de dresser des barricades et de s’y retrancher. Nous croyons en une démarche interdisciplinaire permettant à chaque « univers » de la science non seulement de se rencontrer mais de faire preuve d’humilité (à la suite de Ricoeur – Laignel Lavastine, 2000, p.2) quant à son apport (et en tenant compte des limites propres à chacun de ces univers). Dans cette perspective, nous disons que la vérité judiciaire (limitée à la décision judiciaire) telle que présentée dans cette réflexion est une vérité qui ne relève pas généralement du juste (de l’équité), mais seulement une affirmation des valeurs morales et philosophiques communes (à une société nationale dans un sens restrictif, à la société internationale – nous reprenons ici la formulation de Georges Scelle – dans le sens des textes fondamentaux des droits humains tels que la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Charte de San Francisco, etc.). Dans ce cas, c’est une interprétation particulière (« ils savent que nous sommes là non pas pour dire la vérité en tant que telle mais plutôt une vérité particulière, qui est la vérité judiciaire. » – « L’éloquence du barreau. Entretien avec Emmanuel Pierrat », Revue de la BNF, vol. 48, no. 3, 2014, p.42) des faits historiques qui est au fond accessoire, car le principal est ailleurs. Ainsi, dans l’esprit de cette réflexion, la vérité judiciaire (qui officialise une interprétation historique) n’est pas l’élément déterminant et prépondérant de la mémoire juridique, puisque c’est le débat judiciaire (bien plus que juridique focalisé sur l’interprétation de la loi) où les vérités des parties sont entendues et confrontées qui finalement constitue la substance de cette mémoire. Tandis que de l’autre côté, nous faisons de la vérité historique une collecte et une critique des faits historiques (voir Offenstadt, Nicolas. « Les historiens, les documents et leur critique », L’historiographie. Presses Universitaires de France, 2011, pp. 24-33) qui les expliquent avant tout et propose (implicitement ou explicitement) une interprétation. Cette démarche (qui est un devoir de mémoire) comme le constate Ricoeur place l’historien dans un inconfort, écartelé entre l’attestation-protestation et la responsabilité à l’égard du passé que de ses contemporains (Laignel Lavastine, 2000, p.2). La justice pénale en tant que mémoire juridique n’est ni dans cette position ni dans cette dynamique et sa vérité n’a pas la même finalité. Dès lors, divergentes dans leur nature et dans leur finalité, les deux vérités ne sont pour autant pas isolées dans leurs univers et séparées par une étanchéité absolue, au contraire comme l’empirie le montre il y un degré relativement important d’interpénétration et de complémentarité (voir Cartier, Emmanuel. « Histoire et droit : rivalité ou complémentarité ? », Revue française de droit constitutionnel, vol. 67, no. 3, 2006, pp. 509-534). La mémoire juridique s’appropriant la vérité historique et la mémoire historique (savante) travaillant entre autres choses à partir du matériau judiciaire. En somme, la vérité judiciaire est une prise de position juridico-morale sur les faits historiques, la vérité historique est une explication des faits historiques (qui n’est pas exempte de tout reproche – voir Offenstadt, Nicolas. « L’histoire comme science », L’historiographie. Presses Universitaires de France, 2011, pp. 34-48).

[117] Pommerolle, Marie-Emmanuelle. « Une mémoire vive : débats historiques et judiciaires sur la violence coloniale au Kenya », Politique africaine, vol. 102, no. 2, 2006, pp. 85-100.

[118] Kandil, Feriel. « La justice est aveugle. Rawls, Harsanyi et le voile d’ignorance », Revue économique, vol. 65, no. 1, 2014, p. 97

[119] Bernheim, Emmanuelle. « De la mise en scène de la justice. Accès aux droits, rôle des tribunaux et statut citoyen en santé mentale », Droit et société, vol. 81, no. 2, 2012, p. 376

[120] Schmid, Peter F, Odile Zeller, et Jean-Marc Priels. « Interpellation et réponse. La psychothérapie centrée sur la personne : une rencontre de personne à personne », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, vol. 9, no. 1, 2009, p. 73

[121] « […] la connaissance est toujours révisable et l’adhésion à une démonstration toujours potentiellement critiquable. Plus exactement, le « fait » ne devient une « évidence » qu’au terme d’une construction intellectuelle vérifiable, ou « falsifiable » pour adopter le langage poppérien. » – Martin, Jean-Clément. « Histoire, mémoire et oubli pour un autre régime d’historicité », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. no 47-4, no. 4, 2000, p.786

[122] Robert, Philippe. « L’écoute active en médiation », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, vol. 41, no. 2, 2003, p. 87

[123] Bedoin, Diane. « Conclusion. La surdité comme expérience de l’altérité », Sociologie du monde des sourds. La Découverte, 2018, p. 103

[124] Randin, Jean-Marc. « Qu’est-ce que l’écoute? Des exigences d’une si puissante « petite chose » », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, vol. 7, no. 1, 2008, p. 71

[125] Buffon, Bertrand. « Chapitre 18. Rhétorique juridique et judiciaire », La parole persuasive. Théorie et pratique de l’argumentation rhétorique, sous la direction de Buffon Bertrand. Presses Universitaires de France, 2002, p. 451

[126] « […] la collecte d’informations en vue du procès contre l’État britannique constitue donc la suite logique de ces réactivations de la mémoire mau-mau dans sa lutte pour la défense des droits de l’homme […] » – Pommerolle, 2006, p.92

 

 

tumblr_mn53rzLlih1spvyhro1_500

 

Lectures citées dans le corps du texte

Avishai Margalit, L’Éthique du souvenir, 2006

Régine Robin, Le Roman mémoriel, 1989

Alexandra Laignel Lavastine, « La bonne mémoire » (autour de Paul Ricoeur), 2000

Bernd Zymek, « Le processus dialectique de la mémoire collective : m’exemple de l’Allemagne après-guerre. », 2008

Milan Kundera, Le livre du rire et de l’oubli, 1979

Dominick LaCapra, « Trauma, Absence, Loss », 1999

Dominick LaCapra, « Liaisons et Déliaisons », 2002

Antjie Krog, La douleur des mots, 2004

Christian Nadeau, « Quelle justice après la guerre ? », 2009

Jeffrey Andrew Barash, « Qu’est-ce que la mémoire collective, Réflexions sur l’interprétation de la mémoire chez Paul Ricoeur », 2006

Katharyne Mitchell, “Monuments, Memorials, and the Politics of Memory”, 2003

 

Autres lectures citées

Olivier Abel, « Pardon, histoire, oubli », Revue internationale et stratégique 2012/4 (n° 88), p. 59-66.

Zarka, Yves Charles. « Penser le pardon », Archives de Philosophie, vol. tome 77, no. 3, 2014, pp. 387-388.

Martin, Jean-Clément. « Histoire, mémoire et oubli pour un autre régime d’historicité », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. no 47-4, no. 4, 2000, pp. 783-804.

Rosoux, Valérie. « Portée et limites du concept de réconciliation. Une histoire à terminer », Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 45, no. 3, 2014, pp. 21-47.

Colombet, Hélène, et Alice Gouttefangeas. « La qualité des décisions de justice. Quels critères ? », Droit et société, vol. 83, no. 1, 2013, pp. 155-176.

« L’éloquence du barreau. Entretien avec Emmanuel Pierrat », Revue de la BNF, vol. 48, no. 3, 2014, pp. 38-49.

Pruvost, Jean. « Vous avez dit « juridique » ? Parcours à travers dictionnaires… », Ela. Études de linguistique appliquée, vol. 183, no. 3, 2016, pp. 263-275.

Bouillier, Véronique. « Comment juger l’autre ? Justice et différence culturelle en cour d’assises », Diogène, vol. 239-240, no. 3, 2012, pp. 109-125.

Le Crom Jean-Pierre et Martin Jean-Clément. « Vérite historique, vérité judiciaire. », Vingtième Siècle, revue d’histoire, no 47, 1995. pp. 196-198

Préambule du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, https://www.icc-cpi.int/NR/rdonlyres/6A7E88C1-8A44-42F2-896F-D68BB3B2D54F/0/Rome_Statute_French.pdf

Ross, Amy. « Les politiques de vérité ou la vérité sur les politiques ? Amérique latine et Afrique du Sud : leçons d’expériences », Politique africaine, vol. 92, no. 4, 2003, p.21

Andreu-Guzman, Federico. « Impunité et droit international. Quelques réflexions historico-juridiques sur la lutte contre l’impunité », Mouvements, vol. 53, no. 1, 2008, pp. 54-60.

Leman-Langlois, Stéphane. « Le modèle “Vérité et réconciliation”. Victimes, bourreaux et institutionnalisation du pardon », Informations sociales, vol. 127, no. 7, 2005, pp. 112-121.

Préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), ONU, http://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/

Leman-Langlois, Stéphane. « La mémoire et la paix. La notion de justice post-conflictuelle dans la Commission vérité et réconciliation en Afrique du Sud », Déviance et Société, vol. 27, no. 1, 2003, pp. 43-57.

Sfez, Lucien. « Politique à mémoire politique sans mémoire », La politique symbolique. sous la direction de Sfez Lucien. Presses Universitaires de France, 1993, pp. 415-449.

Aróstegui, Julio. « La mémoire de la guerre civile et du franquisme dans l’Espagne démocratique », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 74, no. 2, 2002, pp. 31-42.

Nuq, Amélie. « Conflits de mémoire et usages (très) politiques de l’histoire : le cas des archives du franquisme », Histoire@Politique, vol. 29, no. 2, 2016, pp. 171-189.

« Section III – Procédure pénale. Mesures procédurales spéciales et respect des droits de l’homme », Revue internationale de droit pénal, vol. 77, no. 3, 2006, p. 663)

Saada, Julie. « La justice pénale internationale, entre idéaux et justification », Revue Tiers Monde, vol. 205, no. 1, 2011, p. 48).

Petit, Laurent. La mémoire. Presses Universitaires de France, 2006, 128 pages.

Greisch, Jean. « Trace et oubli : entre la menace de l’effacement et l’insistance de l’ineffaçable », Diogène, vol. 201, no. 1, 2003, pp. 82-106.

Furlong, Allannah. « Le mal d’amour : trace et traduction d’une scène primitive. Une relation particulière entre l’affect et l’inconscient », Revue française de psychanalyse, vol. 74, no. 4, 2010, pp. 1049-1067

Offenstadt, Nicolas. L’historiographie. Presses Universitaires de France, 2011, pp. 3-8.

Gautron, Virginie, et Jean-Noël Retière. « La décision judiciaire : jugements pénaux ou jugements sociaux ? », Mouvements, vol. 88, no. 4, 2016, p.13

 Jonathan Law et Elizabeth A. Martin. A Dictionary of Law. Oxford University Press, 7th edition, 2009, http://www.oxfordreference.com/view/10.1093/acref/9780199551248.001.0001/acref-9780199551248-e-3230

« Droit et justice », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 64e année, no. 6, 2009, pp. 1465-1490

Loïc Damiani, « Discours chez les avocats parisiens au XVIIe siècle », Entreprises et histoire, 2006/1 (n° 42), pp. 7-28.

Poncet, Olivier et Isabelle Storez-Brancourt. Une histoire de la mémoire judiciaire. École Nationale des Chartes, 2010, 418 pages.

Jean-Paul Jean, « Le procès et l’écriture de l’histoire », Tracés. Revue de Sciences humaines, 09 | 2009, http://journals.openedition.org/traces/4344

Rosoux, Valérie. « Rwanda, l’impossible « mémoire nationale » ? », Ethnologie française, vol. 37, no. 3, 2007, pp. 409-415.

Gilzmer, Mechtild. « Les martyrs de la nation : une « autre mémoire nationale » », Mémoires de pierre. Les monuments commémoratifs en France après 1944, sous la direction de Gilzmer Mechtild. Autrement, 2009, pp. 128-155

Seignobos Émeline, La parole judiciaire. Mises en scène rhétoriques et représentations télévisuelles. De Boeck Supérieur, « Médias-Recherches », 2011, 188 pages.

Florence Sturm, « Ouverture des archives judiciaires : que dit la loi ? », France Culture, 13 septembre 2017, https://www.franceculture.fr/droit-justice/ouverture-des-archives-judiciaires-que-dit-la-loi

Bernheim, Emmanuelle. « De la mise en scène de la justice. Accès aux droits, rôle des tribunaux et statut citoyen en santé mentale », Droit et société, vol. 81, no. 2, 2012, pp. 365-380.

Juridictionnaire, Termium Plus, Gouvernement du Canada, http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2alpha/alpha-fra.html?lang=fra

Radtke-Delacor, Arne. « Produire pour le Reich. Les commandes allemandes à l’industrie française (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 70, no. 2, 2001, pp. 99-115)

Dreyfus, Jean-Marc. « La rivalité franco-allemande et l’« aryanisation ». Adoption d’une nouvelle politique en France (1940-1944) », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 186, no. 1, 2007, pp. 273-290

Joly, Laurent. « La délation antisémite sous l’Occupation », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 96, no. 4, 2007, pp. 137-149.

Snanoudj, Guy. « Livre », Après-demain, vol. no 38, 2016, pp. 55-55.

Laurent Joly, Vichy dans la solution finale. Histoire du Commissariat général aux questions juives (1941-1944), Paris, Grasset, 2006,1014 pages

Michel Zaoui, Noëlle Herrenschmidt et Antoine Garapon. Mémoires de justice : les procès Barbie, Touvier, Papon. Seuil, Paris, 2009, 212 pages

Mémorial de la Shoah, « Les procès en France dans les années 1980 et 1990 », Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Paris, http://www.enseigner-histoire-shoah.org/outils-et-ressources/fiches-thematiques/les-proces-des-criminels-de-guerre/les-proces-en-france-dans-les-annees-1980-et-1990.html

François Azouvi, Le mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la mémoire, Paris, Folio-Gallimard, 2015, 695 pages

Nathalie Heinich, « Sortir du silence : justice ou pardon ? », Le Débat 1996/2 (no 89), p. 191

Amson, Charles, et al. « Papon, ou le procès de l’ambiguïté », Les grands procès. Coordination par Janville Thomas. Presses Universitaires de France, 2007, pp. 388-413.

Archives départementales du Rhône et métropolitaines de Lyon, http://www2.ac-lyon.fr/services/daac/daac-info.php?article=281

Taïeb Emmanuel. « L’exécution soumise au regard » dans Communications, 75, 2004. Le sens du regard, sous la direction de Claudine Haroche et Georges Vigarello. pp. 57-74.

Jean Leymarie, « Sorj Chalandon : « Je me souviens du procès de Klaus Barbie » », France Télévisions Info, 25 mai 2014, https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/memoire-vive/sorj-chalandon-je-me-souviens-du-proces-de-klaus-barbie_1761967.html

Thierry Noisette, « Au procès de Klaus Barbie, « la parole des victimes explose » », Le NouvelObs, 3 avril 2017, https://www.nouvelobs.com/histoire/20170331.OBS7405/au-proces-de-klaus-barbie-la-parole-des-victimes-explose.html

Dhoquois, Régine. « Les thèses négationnistes et la liberté d’expression en France », Ethnologie française, vol. 36, no. 1, 2006, pp. 27-33.

Emmanuel Terray. « Lois mémorielles ou abus de mémoire ». La pensée de midi, vol. hors série, no. 4, 2009, pp. 130-135.

Adrien Sénécat, « Jacques Vergès: « avocat du diable », « mythe judiciaire » ou « salaud lumineux »? », L’Express, 18 août 2013, https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/jacques-verges-avocat-du-diable-mythe-judiciaire-ou-salaud-lumineux_1273829.html

Jacques Vergès, Le Salaud lumineux : Conversations avec Jean-Louis Remilleux, Michel Laffont, Paris, 1990, 330 pages.

Grimaldi, Nicolas. « Introduction », L’inhumain. sous la direction de Grimaldi Nicolas. Presses Universitaires de France, 2011, pp. 7-12.

Battistella, Dario. « L’Occident, exportateur de démocratie », Politique étrangère, vol. hiver, no. 4, 2011, pp. 813-824.

Todorov, Tzvetan. « Barbarie et messianisme occidental. Entretien », Revue internationale et stratégique, vol. 75, no. 3, 2009, pp. 127-134.

Bouda Etemad. Crimes et réparations. L’Occident face à son passé colonial, André Versaille, Bruxelles, 2008, 205 pages.

Gerwarth, Robert, et Stephan Malinowski. « L’antichambre de l’Holocauste ? À propos du débat sur les violences coloniales et la guerre d’extermination nazie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 99, no. 3, 2008, pp. 143-159.

Kotek, Joël. « Le génocide des Herero, symptôme d’un Sonderweg allemand ? », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 189, no. 2, 2008, pp. 177-197.

Kössler, Reinhart. « La fin d’une amnésie ? L’Allemagne et son passé colonial depuis 2004 », Politique africaine, vol. 102, no. 2, 2006, pp. 50-66.

Hirst, David. « L’orgueil impérial démesuré : Israël mène une « guerre choisie » au Liban. 1977-1982 », Une histoire du Liban. 1860-2009, sous la direction de Hirst David. Éditions Perrin, 2016, pp. 181-227.

Costantini, Dino. Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française. La Découverte, 2008, 288 pages.

Philippe Chaslot, « Klaus Barbie est coupable », Lyon Capitale, 5 juillet 2007, https://www.lyoncapitale.fr/actualite/klaus-barbie-est-coupable/

Jeanne Inglebert et Séphora Saadi, « Congo-Océan, un lourd tribut à la modernité », Classe internationale, 26 février 2018, https://classe-internationale.com/2018/02/26/congo-ocean-un-lourd-tribut-a-la-modernite/

Corinne Autey-Roussel, « Le chemin de fer Congo-Océan, un massacre colonial français », Entelekheia, 28 avril 2017, http://www.entelekheia.fr/le-chemin-de-fer-congo-ocean-un-massacre-colonial-francais/

 « Qu’est-ce que la pensée postcoloniale ? », Esprit, vol. décembre, no. 12, 2006, pp. 117-133.

Blanchard, Pascal. « Décolonisons nos mentalités ! », Revue internationale et stratégique, vol. 73, no. 1, 2009, pp. 121-126.

Lucie Puyjalinet. « Procès Klaus Barbie : comment Jacques Vergès a défendu le boucher de Lyon », https://storify.com/LuciePuyjalinet/proces-klaus-barbie-comment-jacques-verges-a-defen

Danet, Jean. « Sur la notion de défense de rupture : Willard, Vergès, et après ? », Histoire de la justice, vol. 27, no. 1, 2017, pp. 177-192.

« Défense et politique criminelle, regard sur quelques décennies d’une relation tumultueuse ». Archives de politique criminelle, 2015/1 (no 37), p.100

Alain Jakubowicz, « 2 juillet 1987 : Jacques Vergès, « avocat du diable », 2 juillet 2017, http://alainjakubowicz.fr/index.php/2017/07/02/2-juillet-1987-jacques-verges-avocat-diable/

 Jean-Paul Sartre, Les Mains sales, Gallimard, Paris, 1991, 247 pages.

Seignobos, Émeline. « Serial Plaideur ou l’orateur qui voulait être un héros », Communication & langages, vol. 162, no. 4, 2009, pp. 115-129.

Traverso, Enzo. « L’Europe et ses mémoires. Trois perspectives croisées », Raisons politiques, vol. 36, no. 4, 2009, pp. 151-167.

Droit, Emmanuel. « Le Goulag contre la Shoah. Mémoires officielles et cultures mémorielles dans l’Europe élargie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 94, no. 2, 2007, pp. 101-120.

Agence France Presse, « Il y a 30 ans, le procès Barbie contre les « consciences endormies » », Le Point, 05 mai 2017, http://www.lepoint.fr/societe/il-y-a-30-ans-le-proces-barbie-contre-les-consciences-endormies-05-05-2017-2125166_23.php

Nancy, Jean-Luc. « L’être-avec de l’être-là », Cahiers philosophiques, vol. 111, no. 3, 2007, pp. 66-78.

Ryngaert, Jean-Pierre. « Sur différentes façons d’être avec l’autre : réglages à vue et au présent », Études théâtrales, vol. 31-32, no. 2, 2004, pp. 161-169.

Nancy, Jean-Luc. « Être-avec et démocratie », Po&sie, vol. 135, no. 1, 2011, pp. 38-45.

Foyer, Dominique. « Entre dette et oubli : le pardon », Histoire de la justice, vol. 28, no. 1, 2018, pp. 63-70.

Rémy, Julien. « L’offense, le pardon et le don », Revue du MAUSS, vol. 40, no. 2, 2012, pp. 35-46.

Zarka, Yves Charles. « Penser le pardon », Archives de Philosophie, vol. tome 77, no. 3, 2014, p.388

Dutour, Nassera. « « Nous ne pouvons pardonner si on ne nous demande pas pardon » », Confluences Méditerranée, vol. 62, no. 3, 2007, pp. 71-76.

Jacques Derrida, « Le siècle et le pardon (entretien avec Michel Wieviorka) », pp. 101-133, dans Foi et Savoir, Seuil, Paris, 2001, 144 pages.

Grelley, Pierre. « Quand la justice oublie ou pardonne », Informations sociales, vol. 127, no. 7, 2005, pp. 9-10.

Cartier, Emmanuel. « Histoire et droit : rivalité ou complémentarité ? », Revue française de droit constitutionnel, vol. 67, no. 3, 2006, pp. 509-534).

Offenstadt, Nicolas. « L’histoire comme science », L’historiographie. Presses Universitaires de France, 2011, pp. 34-48

 Pommerolle, Marie-Emmanuelle. « Une mémoire vive : débats historiques et judiciaires sur la violence coloniale au Kenya », Politique africaine, vol. 102, no. 2, 2006, pp. 85-100.

Kandil, Feriel. « La justice est aveugle. Rawls, Harsanyi et le voile d’ignorance », Revue économique, vol. 65, no. 1, 2014, pp. 97-124

Bernheim, Emmanuelle. « De la mise en scène de la justice. Accès aux droits, rôle des tribunaux et statut citoyen en santé mentale », Droit et société, vol. 81, no. 2, 2012, pp. 365-380

Schmid, Peter F, Odile Zeller, et Jean-Marc Priels. « Interpellation et réponse. La psychothérapie centrée sur la personne : une rencontre de personne à personne », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, vol. 9, no. 1, 2009, pp. 48-85

Martin, Jean-Clément. « Histoire, mémoire et oubli pour un autre régime d’historicité », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. no 47-4, no. 4, 2000, pp. 783-804

Robert, Philippe. « L’écoute active en médiation », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, vol. 41, no. 2, 2003, pp. 87-89.

Bedoin, Diane. « Conclusion. La surdité comme expérience de l’altérité », Sociologie du monde des sourds. La Découverte, 2018, pp. 103-104.

Randin, Jean-Marc. « Qu’est-ce que l’écoute? Des exigences d’une si puissante « petite chose » », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, vol. 7, no. 1, 2008, pp. 71-78.

Buffon, Bertrand. « Rhétorique juridique et judiciaire », La parole persuasive. Théorie et pratique de l’argumentation rhétorique, sous la direction de Buffon Bertrand. Presses Universitaires de France, 2002, pp. 451-460.

 

 

giphy (2)

Publicités