Ecrire est une thérapie

Ecrire est une thérapie, c’est m’affaler dans un canapé avec une plume cinglante pour déchirer l’insipide convenance, c’est lâcher sur un désert blanc tout ce que je pense et que je n’oserais dire à haute voix sans ce vocabulaire trop soigné qui lui enlève – à la pensée – sa barbarie originelle, c’est aller au fond de ce qui est en moi de plus dégueulasse, le vomir et le badigeonner sur les parois noircies de ma névrose..

Je survis parce que j’écris, des calligraphies vulgaires d’un mauvais gout, qu’importe l’esthétisme littéraire, le travail de la rime, la sculpture sémantique, le beau foireux de la linguistique, l’étymologie ennuyeuse, je griffonne et je rature comme les pensées me viennent sans jamais relire, sans jamais y revenir..

Ecrire les débilités autour de moi, de ces amis, docteurs en tout, agrégés en absolu, experts émérites en saturation intellectuelle, qui m’ennuient tellement, dont le carriérisme obsessionnel rend si vide la personnalité..

De ces gens qui s’empressent de me témoigner de l’affection aussi feinte que basse,  parce qu’ils attendent en retour le même sentiment d’estime et d’amour alors que je ne les connais pas, que je ne veux pas les connaitre, que je n’en ai cure..

Ecrire les faux-semblants, les dîners que je ne peux refuser, des sempiternelles discussions entourées d’un bourdonnement de futilités pendant lesquelles j’ai juste envie de me suicider, ou de sortir un AK 47 pour faire taire définitivement les vantardises savamment dosées, le m’as-tu-vu ridicule de ces invités aussi brillants qu’insupportables..

Ecrire le soporifique discours sur la primo genèse, des complexités philosophiques de Hegel, de Schopenhauer, de Bacon, des débats d’ego à n’en plus finir, épuisants répétitifs, écouter inlassablement les glorieux en carton-pâte que j’acclame avec des viva empoisonnés..

Ecrire les superbes hypocrisies du quotidien, celles qui me disent ce que je veux entendre, dont la pitoyable flagornerie creuse un peu plus mon inébranlable dédain.. De ces copineries sur sables mouvants que beaucoup nomment amitié, qui applaudissent sur tout, même de mes éternuements, dans le but moqueur de me persuader de mon exceptionnalité, comme si j’en avais envie, imbécile corruption..

Je n’ai jamais compris le besoin presque vital qu’ont certaines personnes de se faire aimer et aduler, de se sentir important et épanouies dans une mare infestée d’alligators courtisans.. Cette volonté dépressive de se mettre en avant, de quémander tels des mendiants l’approbation de la plèbe, de recevoir les éloges mensongers d’une foule qui dans l’ombre n’est que médisances et méchancetés..

Je ne comprendrais jamais sans doute cette propension à se faire aimer, au risque de se fourvoyer, à se dépersonnaliser, à finir prisonnier des appréciations des autres..
Ecrire les douces sournoises du langage à double standard, de ceux qui n’ont pas de cran pour dire les choses comme ils les pensent, et qui rejoignent très souvent la meute en hurlant avec elle dès qu’un petit impertinent ose les dire, les assumer..

Ecrire les misérables jubilations de la petite renommée, le torse bombée, le menton levé, et cette charmante humilité travaillée pour encore mieux renforcer sa vanité.. Tenir la considération par le sentimentalisme le plus primaire, celui du cœur, personne n’y résiste tout le monde accourt, verse quelques compassions et conclut par un «vous êtes formidable», en ce temps d’hiver un peu de chaleur, même usurpée, ne fait pas de mal..

Ecrire les aveux des autres et les libérer, se les approprier et essayer de comprendre, peut-être envisager de pardonner.. Ecrire les érotismes chatouilleurs quand les envies se font pressentes, ne pas retenir la plume, ouvrir les vannes, écriture automatique gribouillant les plaisirs étouffés, éjaculations sauvages sur une feuille effarouchée perdant sa virginité..

Désosser la retenue morale, chevaucher à bout de souffle les fantasmes les plus abrupts que je pensais avoir tués, liberté retrouvée, émancipation du pervers, capitulation des mièvreries désolantes, voir l’horreur dans le regard qui croyait me connaitre, sentir le dégoût grandissant, l’effroi dans le sourire crispé de cette femme qui s’interroge sur l’identité de cet homme qu’elle a épousé..

Ecrire le masque à terre, sans parures ni pudeur, briser les chaines de la civilité qui m’attachent dans la vie réelle, me fendant en courtoisie fastidieuse, nu de tout sauf de moi-même..

Ecrire est ma thérapie, les mots ont été mes premiers confidents, qu’ils ont toujours été là quand j’en avais le plus besoin.. Je verse dans leur creux mes colères, mes jouissances, mes obscurités, mes éclipses, quelques soleils aussi, ça et là.. Ecrire est essentiellement pour moi une vomissure calligraphiée..

2009.. 

Une réflexion sur “Ecrire est une thérapie

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