Lucy


Une réflexion politique. Et donc forcement un peu moralisatrice, sur une évolution qui prend des allures de régression. Pas uniquement sur le plan environnemental.

Une réflexion mystique sur le fait qu’à une échelle plus grande, nous sommes lilliputiens. Et de notre insignifiance comme une nécessité d’humilité.

Luc Besson est de retour. Yes, sir.

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Je suis rentré dans la salle de projection entièrement nu. Derrière moi les a priori que l’on peut légitimement  avoir lorsque le nom de Scarlett Johansson – l’une des grandes égéries de la bimbophilie hollywoodienne – côtoie celui de Luc Besson. L’homme du Grand Bleu, artiste polymorphe avec une inspiration et un succès en dents de scie.

Les dernières réalisations de Besson, Malavita et The Lady, ont été d’une impressionnante médiocrité.

En deçà de ce qu’un tel génie puisse se permettre. A des années-lumières de l’ovni Le Cinquième Élément. Loin du percutant Subway qui fût pour moi l’un des premiers véritables émois cinématographiques. 

Après ses dernières productions, je me suis laissé persuadé qu’en fin de compte Luc Besson, réalisateur, était d’une certaine façon mort.

 

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Que cette espèce d’insipidité qui signait avec son nom des films infâmes depuis quelques années était un insupportable usurpateur. Qu’il convenait de dénoncer, de jeter aux oubliettes après avoir réclamé qu’il nous révéla enfin ce qu’il fit du père de Léon et de Nikita.

 Sans grand espoir.

 

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J’ai continué à le chercher dans les scenarii qu’il offrait à d’autres comme on enverrait des lettres – posthumes – à des inconnus pour ne pas être entièrement avalé par l’oubli.

Je retrouvais quelques fois son style familier ici et , ou encore . Une présence presque spectrale dans des récits racontés par des imitateurs.

Et jamais tout à fait lui. Juste quelque chose qui s’y apparentait, avec son lot attendu de déceptions. Ou serait-il plus approprié de parler d’insatisfactions.

 

 

Je suis rentré nu dans cette salle, plongée dans une imparfaite obscurité.

Je me suis assis dans un siège inconfortable, avec une envie pressante d’en finir.

 

7

 

Un trailer sur le prochain Dracula. Énième de la déjà très longue liste d’adaptions. Comme toujours on recycle les Classics à Hollywood. Les risques sont obsessionnellement minimisés dans un effort tout aussi proportionnel de noyer la créativité dans le néant.

Et il me semble assez bien foutu. Comme l’autre dirait : du sexe, des explosions, des biceps et des triceps à volonté, non-stop, continu, ininterrompu, jusqu’à l’overdose.

 

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Heureusement, il y a encore des gens ici bas qui savent faire du cinéma. Hollywood l’a compris. Et se fait un plaisir.

Sinon que deviendrait le spectateur lambda, ordinairement et normalement acculturé, popcorné, des lunettes 3D pour donner du relief à sa myopie, et offrir une dimension plus réelle à la stupidité. Ou pire à la stérilité du cinéma postmoderne.

Le trailer du prochain Dracula touche à sa fin.

Brève transition avant la question de la soirée: Lucy.

Je suis curieux,  excité, et vierge.

Une dizaine de minutes plus tard, je n’ai pas encore quitté la salle.

Scarlett ne campe pas un rôle de cruche. Luc est de retour sous les traits d’un Lazare ressuscité d’entre les morts, plus affamé qu’un zombie.

Du sang comme substitut du sexe. La gratuité de la violence pour satisfaire le marché américain.

 

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Morgan Freeman personnifie la science dans toute son audace.

Un noir intelligent – très intelligent – un peu sagesse-vieillarde, qui ne meurt pas au début du film, c’est un pari intéressant. Très audacieux.

 

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Une femme, blonde, pas grosse, moche, pas anorexique, laide, et pas normale – il s’agit tout même de Scarlett Johansson.

Je suis surpris par sa dentition agréablement désordonnée, merci le gros plan.  En voilà une qui reste bien au naturel quand ses consœurs sont forcées pour survivre dans le sexisme hollywoodien de se faire charcuter par un chirurgien-boucher. Pour d’autres, on aimerait qu’elles consacrent autant de temps à maîtriser les fondamentaux du jeu d’actrice.

Anyway. On s’en fout, non?

Une femme, donc. Pionnière dans la conquête des potentialités du cerveau humain. C’est plus qu’un pari intéressant. C’est suicidaire, dans un système régi par des conceptions inavouables et des représentations rétrogrades.

Un discours scientifique, philosophique, métaphysique, sur le sens de la vie et de la mesure de l’existence, de l’émergence et la transmission du lien qu’il y a en toute chose avec toute chose.

Illustré par une photographie mosaïque de ces moments subjectifs qui nous ont au moins une fois saisis en tant qu’individu et en tant que conscience.

 

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Une réflexion politique. Et donc forcement un peu moralisatrice, sur une évolution qui prend des allures de régression. Pas uniquement sur le plan environnemental.

Une réflexion mystique sur le fait qu’à une échelle plus grande, nous sommes lilliputiens. Et de notre insignifiance comme une nécessité d’humilité.

Luc Besson est de retour. Yes, sir.

 

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Le film est construit sur un postulat contestable. Certes, mais qui a le mérite d’être une invitation à l’ouverture, à la réflexion, à la discussion.

La science n’est-elle pas parsemée de théories jamais vérifiées ou grandement contestées, de la théorie de la relativité à celle de l’évolution des espèces, de la sélection naturelle en passant par celle de l’effet papillon?

Besson prend le parti de bâtir son film sur une théorie qui ne fait pas l’unanimité. C’est courageux. Encore une fois très audacieux.

Il y a dans ce film un refus manifeste et assumé du confort intellectuel, voire de la paresse. Besson repousse les limites du postulat, le déconstruit pour qu’au final il n’en reste que ce everywhere total qui n’est qui nowhere dispersé. La vérité étant partout, en tout, et donc nulle part. Extrême. Ou extrémiste. Radical. Incertain. Radicale de l’incertain.

Et c’est tant mieux. Cela nous aurait évité bien des guerres. 

 

Lucy (2014)

 

Lucy est aussi un cours magistral qui n’a pas la prétention du fascisme académique avec ce côté élitiste insupportable, il ne tombe pas dans cette exiguïté.

On est loin de La Venus à la fourrure de Polanski, cette superbe masturbation cinématographique avec l’outrecuidance intellectuelle, caviar, qui fait tant jouir les esprits délicats de la partouze culturelle parisienne. Et pourtant j’adore Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner

 

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On est loin de Midnight in Paris de Woody Allen, de cet extraordinaire ennui et cette belle platitude qui font de l’absence d’intérêt le seul intérêt qui vaille.

 

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Avec Lucy, on est bien loin de tout ça.

Chaque élément de ce film porte le discours déroulé à un rythme jamais mis en défaut, et faisant corps avec un ensemble solide, d’une rare justesse.

Il est habile, efficace, maîtrisé.

Ce n’est pas un chef-d’œuvre. Presque.

 

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Luc Besson était mort.

C’était avant.

Le prodige a quasiment acquis la maturité des Immortels.

Et à la fin de la projection, j’ai presque applaudi.

J’étais le seul.

La déception était sourde autour de moi.

Lourde.

 

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Le spectateur lambda n’aime pas le raffinement de l’art véritable. Il adore quand c’est bourratif, niais et puéril, simple, accessible comme il aime à dire.

 

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Le spectateur lambda affectionne la culture pop comme on raffole de la malbouffe McDonalds, PFK, Subway, Starbucks. Ou de la soupe populaire.

Et quand il paie pour voir un film avec Scarlett Johansson il s’attend – à juste titre – qu’elle soit naturellement conne, montrant son cul et jouant la salope.

Le syndrome Marilyn Monroe, quoi.

 

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Avec Lucy, Scarlett s’habille d’intelligence,  montre son cerveau et pour le spectateur lambda il y a comme erreur sur la marchandise. C’est nul. C’est à peine s’il ne veut être remboursé.

J’en veux un peu à Luc Besson.

Ne comprendra-t-il jamais que l’on ne donne pas des joyaux aux porcs?

 

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