« Banishment to Bermuda : Gender, Race, Empire, Independence and the Struggle to Abolish Irresponsible Government in Lower Canada » de Jarett Henderson


Les implications raciales et sexistes structurant les récits nationaux, voire nationalistes.

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À travers l’histoire de huit patriotes devenus forçats aux Bermudes, Jarett Henderson narre le passage de l’état de liberté de ceux-ci à celui de sa privation dans le but de souligner le chevauchement de la question raciale et du genre avec les revendications autonomistes des Canadiens français sous l’administration de Lord Durham.

Ici, le sens accordé à autonomie est celui de l’égalité de tous les sujets britanniques « hommes, blancs, bourgeois » exigeant l’instauration d’un gouvernement géré par les colons (« the right of british subjects to govern themselves »).

 

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C’est en effet la « lutte contre le gouvernement irresponsable » – raison du « bannissement » en juillet 1838 de ces patriotes – qui joue un rôle majeur dans les crises politiques traversant l’Empire britannique dans les années 1830, que se cristallise la réflexion d’Henderson.

Lorsqu’il décrit la mise aux fers de ces patriotes, « enchaînés comme des esclaves », expatriés à Hamilton capitale de la « colonie pénale britannique des Bermudes », c’est tout  le changement d’état (de « civil » à « uncivil », de « fidèle » à « déloyal ») de sujets britanniques libres à celui de rebelles condamnés qu’il analyse.

 

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Permettant ainsi de saisir la vision patriotique qui a mené à la rébellion (novembre – décembre 1837), mais aussi de mieux comprendre la relation entre la métropole et la colonie.

Entre d’un côté des Canadiens français qui demandent les mêmes droits politiques que ceux qui sont octroyés généralement aux sujets britanniques, et de l’autre l’ « impérialisme asservissant la population blanche du Bas-Canada », Henderson prend le parti de l’analyse de la racialized rhetoric of political slavery  animant la question sur l’indépendance des colonies chez les Patriotes, et donc de la réorganisation de l’Empire.

 

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Une approche qui révèle les implications raciales et sexistes structurant les récits nationaux, voire nationalistes.

Dès lors, pour l’auteur, la lutte pour le gouvernement autonome et responsable doit être vue comme un projet colonial se faisant en parallèle des mouvements pour l’abolition de l’esclavage (Wolfred Nelson liant la domination impériale à l’esclavage tout en exprimant l’idée que la blancheur est synonyme de liberté et la noirceur son contraire) et de la déportation des forçats.

Les propos de Louis-Joseph Papineau l’illustrent avec davantage d’éloquence quand celui-ci réclame la suppression « de la longue chaîne d’abus » du « bad government » dénonçant la vision métropolitaine de l’Empire qui entrave la « capacité à agir en tant que blanc, bourgeois et homme » des Canadiens français.

 

 

La réponse britannique, souligne Henderson, se fait par Lord Durham, lequel dans son rapport en 1839 suggère:

 

 « d’assimiler les races françaises et anglaises, d’accorder l’autonomie gouvernementale à la plupart des blancs, sujets britanniques bourgeois, le retrait des libertés accordées aux Canadiens français par l’Acte de Québec et l’Acte constitutionnel ».

 

Ces recommandations confirment d’après l’auteur l’évolution des conceptions impériales du genre, de la race et de l’indépendance.

En conséquence, la rhétorique de l’esclavage politique va être manifeste dans la pensée patriotique (« accepter l’esclavage et devenir un peuple de dégradés et d’apostats »).

 

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Jarett Henderson utilise la déportation des rebelles au bagne des Bermudes, au-delà du « caractère d’infamie morale » apposé sur ces derniers, pour examiner leur engagement à reformer les structures politiques qui régissaient le Bas-Canada.

La fidélité des Patriotes à une vision d’un Empire britannique reformé les avait transformés d’hommes libres, bourgeois et sujets britanniques, en rebelles déloyaux infidèles privés de liberté.

Cette transition est exploitée par Henderson pour souligner les soubassements raciaux et du genre sous l’administration impériale et comment par la suite ils ont construit le discours chez les Patriotes.

C’est intéressant de voir que la « lutte raciale » n’a pas forcément été unanimement supportée par les Canadiens français.

Lorsqu’Henderson relate l’ « immense foule » présente le jour de « départ des rebelles » pour les Bermudes, il y a dans cette scène racontée les vives dissensions existantes dans l’opinion publique entre ceux qui acclament les « Patriotes » et ceux qui restent opposés à toute modification de l’ « ordre colonial ».

Une opposition qui alimentera bien plus tard le débat référendaire, l’ordre colonial remplacé par le pacte fédératif, et les Patriotes dissous dans la multiplicité des courants souverainistes.

En outre, le texte d’Henderson permet de comprendre le discours contemporain indépendantiste sur le Québec monochrome dit « pure laine », digne héritier de cette société canadienne française papineauiste racialement de blancheur immaculée.

 

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