« D’un usage politique de la science : la prose de Napoléon Aubin » de Micheline Cambron


Si la politique est l’arrière-plan du discours aubinnien, le souci des règles en est son fil d’Ariane comme le montre son intransigeance quant au respect de la grammaire et de l’orthographe française. Assurément, Le Fantasque favorise la vulgarisation de cette conception et semble avec son succès populaire démontrer que le lectorat canadien n’est pas aussi inculte et benêt que le laisse croire le préjugé

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Napoléon Aubin, autodidacte « touche-à-tout » – à contre-courant de la « marche du progrès », souvent irrévérencieux sans être « ignorant » – est l’objet de l’analyse de Micheline Cambron.

Elle tente par l’étude des textes  parus principalement dans son journal Le Fantasque de « comprendre les modalités de circulation du discours scientifique dans la première moitié du XIXe siècle québécois ».

Il s’agit pour l’auteure de s’intéresser à la figure emblématique et pour le moins originale de Napoléon Aubin, « curiosité intellectuelle » mariant « rigueur et fantaisie », afin de saisir comment était conceptualisée les sciences à cette époque.

 

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Dans un premier temps, elle constate que le discours culturel québécois était en phase avec les bouleversements de ce siècle, car il répondait au sérieux qu’exige «  la diffusion des Lumières ».

Dans ce mouvement d’émulation scientifique, Aubin apparaît comme particulièrement critique du progrès tel que perçu par l’ « euphorie positiviste ». Ainsi « le côté mondain des nouvelles sciences » le rebute à un haut point.

 

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La science est pour lui foncièrement empiriqueavec des protocoles expérimentaux rigoureux sans lesquels elle ne serait que « conception magique de l’univers », synonyme de « charlatanisme » et de « sorcellerie ».  Et utilitariste, dont la finalité vise le mieux-être de l’humanité (« la science doit mener à des applications concrètes »). Dès lors, une science relevant plus de l’interrogation que de la certitude.

 

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C’est en effet selon l’auteure la démarche scientifique  – les règles en particulier – plus que ses découvertes particulières qui suscite l’intérêt d’Aubin.

Et c’est dans son journal Le Fantasque servant de médium à cette « très haute idée de la science » que se manifeste cette conception aubinienne.

 

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Ainsi cette parution « colorée », très influente, mordant la vie politique canadienne au moment le plus effervescent du XIXe siècle, soutenue par  une diffusion importante dans la province,  a pour « désir de faire du journalisme un outil d’instruction publique » contribuant de la sorte au « progrès des Lumières parmi le peuple ».

Même si le journal n’est pas stricto sensu un bulletin scientifique – c’est-à-dire dans lequel la science est thématisée (« la rareté des sujets scientifiques » dans le sens de théories scientifiques) – il n’en demeure pas moins qu’en empruntant la scientificité du discours structurant, il se veut une articulation logique et visible de la maîtrise de la connaissance générale.

Ceci dans le but de lutter contre l’idée d’ « ignorants Canadiens » que s’est faite une certaine élite britannique. Lord Durham dira des Canadiens que c’est « un peuple sans histoire et sans littérature ».

 

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À n’en pas douter Aubin s’accapare le discours méthodique pour en faire l’outil de sa propre diatribe politique toujours à l’aide d’une ironie grinçante (« Hotwatzi »), d’un ton facétieux, jouant sur la polysémie et modelant les termes savants dans le but de « disqualifier » ses adversaires.

 

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Ces pastiches scientifiques (« la police a tué un rat ») illustrent une solide connaissance technique et une aisance dans le maniement des théories scientifiques pour « construire des figures rhétoriques » efficaces.

Toujours sur fond de dénonciation de problèmes souvent sociaux, politiques, culturels. Quitte quelques fois à tomber dans les incertitudes étymologiques et à verser dans le simplisme.

 

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Si la politique est l’arrière-plan du discours aubinnien, le souci des règles en est son fil d’Ariane comme le montre son intransigeance quant au respect de la grammaire et de l’orthographe française.

 

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Assurément, Le Fantasque semble avec son succès populaire démontrer que le lectorat canadien n’est pas aussi inculte et benêt que le laisse croire le préjugé britannique.

Micheline Cambron dans son intention de compréhension de la manière avec laquelle la connaissance des sciences était conçue, diffusée, dans la première moitié du XIXe siècle québécois, présente l’usage qu’en a fait Le Flâneur, personnage atypique tant de par ses habiletés techniques, son adresse scientifique, et le tout dans la subtilité du sarcasme.

L’auteure réalise une excellente prouesse analytique, laconique, en mettant de la clarté et de la cohérence dans la complexité – à la densité – du personnage : Napoléon Aubin.

 

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