Le soleil est une étoile morte


Je suis un iceberg au Sahara. Réchauffé climatique sur la banquise. Un épisode génocidaire plein de modernité. Carnage. La carcasse en peau de dromadaire des ours polaires me nargue. Et les charognards dronent au-dessus de moi. Venus constater qu’il est grand temps de capitaliser la mort.

Publicités

gif-fractale-08

 

 

Le soleil est un astre éteint. La plus brillante illusion diurne.

Et tous les sourires, la bonne humeur, la légèreté, l’ivresse sont un peu comme les ombres de Rorschach, on y projette essentiellement ce qu’il y a dans la tête. Ce n’est pas toujours ce qu’il est, mais ce que l’on voudrait qu’il soit. La sensorialité et l’inconscient. 

Les festivaliers souffrent de névrose, l’hiver est la cure.

Posologie hivernale, une douche froide, sur le divan aux ressorts épuisés, cassés. C’est tant mieux, pour tout le monde.

 

 

Le soleil est un astre mort et ceci n’est pas un texte comme cela n’est pas une pipe.

C’est un charabia surgi de ma soirée tropicale sous des cieux tempérés qui ne laissent présager rien de bon.

Il transpire, suinte, pue, la fièvre caniculaire ; il sort sauvage par les pores géants, voies d’évacuation épidermique des toxicités mentales ; il s’éjacule, gicle, éclabousse ; il est infect, empyreumatique, méphitique, miasmatique, pestilentiel, il est l’été.

 

magritte_ceci_n_est_pas_une_pipe

 

La nuit écarlate éclate en sens polysémique. L’ermite a fait l’ascension. Porté par les vapeurs de la chaleur suffocante. Lourde. Des laves brûlant mes artères. Pareillement à l’héroïne qui s’y écoule. Transformant mon cœur en volcan et ma cervelle en feux d’artifice.

L’enfer du paradis. 

Putain.

 

 

Je suis un iceberg au Sahara. Réchauffé climatique sur la banquise. Un épisode génocidaire plein de modernité. Carnage. La carcasse en peau de dromadaire des ours polaires me nargue. Et les charognards dronent au-dessus de moi. Venus constater qu’il est grand temps de capitaliser la mort. 

 

Capture

 

Il parait que le grand Capital a des préoccupations écologistes. C’est pourquoi les plus doués embouteillent l’eau douce et la vende à prix d’or.

Les surdoués quant à eux ont pris la mesure de l’urgence, et polluent les océans. Vastes piscines de plastiques sur les bords desquels bronzent les crevards et les zombies. Foules impécunieuses goûtant aux joies danubéeennes de la Méditerranée. 

 

 

Strauss a fumé du pot et compose une musique qui fait valser les embarcations de fortune piégées au milieu de nulle part, entre le continent-misère et le continent du prolétaire précaire. 

Des îlots flottant et dérivant d’un rivage à l’autre. Indésirables. Heurtant les murs de protection de la Civilisation.  

 

1609-Migrants

 

En même temps, qu’est-ce que c’est que la mondialisation si ce n’est l’ouverture aux opulences sans frontières et l’apartheid des désargentés. Le village global est une terreur. Le village planétaire est une horreur.

Un de ces îlots échoue sur une rive. Un enfant est vomi par la mer. Son corps inerte est étendu sur une plage. Face contre terre, visage mangé par le sable. Il a l’air d’être endormi, plus humain là que tous ces vivants qui bronzent au bord de la piscine de plastiques. Plus humain là que de son vivant. Quand il n’était rien d’autre qu’un problème, une invasion, un futur profiteur du système, un délinquant potentiel, un danger pour l’identité nationale. 

 

11953190_1055902787754419_5047946129214668811_n-2b409

 

Vagues de consternation, d’émotion, de commotion.

Les crevards et les zombies le temps d’une indignation reviennent à la vie:

Ouvrons les portes, abattons les murs, accueillons cette misère sans peur et presque suicidaire!

Puis vont voter extrême droite. Xénophobie, exclusion, préjugés, haine et intolérance.

Pour une société de souche dans laquelle ces autres éternellement étrangers se seront reniés jusqu’à l’inexistence.

Absolutisme et radicalisme de l’intégration assimilationniste.

En d’autres temps, on se serait moins encombré d’autant de gêne, de verbeux. Quelques chemises brunes auraient suffi. D’une limpidité aussi puissante que celle des fours crématoires. Les réfugiés sont les nouveaux juifs. Et en fin de compte nous sommes tous des juifs de quelqu’un. Prêts à être extirpés comme une gangrène pour rendre plus sain le corps social, économique, culturel, religieux, ethnique, politique. 

Point Godwin. Je l’explose.

Heil !

 

 

Un enfant sur une plage.

Le pitch est quasiment d’un romantisme romanesque.

Beaucoup de sensiblerie, peu de solutions durables. Plus de poussière sous le tapis. Entertainment de l’indécent.

 

ob_899157_10987391-165304580473925-3226156102643

 

Un enfant couché sur une plage.

Un slogan commercial pour toute sorte de discours politique.

Un sujet moral, philosophique, sociologique, pour éviter s’emmerder lors des dîners mondains, familiaux, entre des amis qui n’ont pas grand-chose à se dire en dehors des futilités d’usage.

Dans une société où le droit à l’opinion est confondu avec le droit d’être con, faire silence devant la souffrance est une faiblesse, pratiquement de l’inhumanité. 

 

6850863

 

Un enfant qui se repose sur une plage.

Fin d’un long périple.

Comme d’autres avant lui, comme d’autres après lui.

J’ai l’estomac retourné, la nausée sartrienne dans les tripes, ce gosse aurait pu être le mien.

Bordel.

 

 

Le soleil est mort.

Et ceci n’est pas un texte comme cela est le Cri de Munch.

 

The_Scream

 

Cette soirée est tropicale. Jungle fever. Je suis l’idiot.

 

Dire qu’il a été un homme tout à fait convenable, je m’en souviens parfaitement. Il était reçu dans le meilleur monde. C’est curieux comme ils s’effondrent rapidement, tous ces hommes convenables! Il suffit du moindre changement de leur condition ; il ne reste alors plus rien, sauf une traînée de poudre.

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, L’idiot, Le Livre de poche, 1994

 

Poudre mitraillette. 

Pas de blablablablablablablabla

Mais du ratatatatatatatatatatata kalachnikovien hurleur qui tire, rugit.

BOOM

Champignon nucléaire, apocalypse de l’intelligence, le mec a pété un câble et ça sent comme la soirée tropicale, sueurs crasseuses, vraiment pas bon.

 

blown_minded_2

 

Le je suis est une nudité qui nous déshabille et montre notre narcissisme congénital.

Et je suis ce texte minable, écrit en html, avec des balises, ouvrantes, fermantes, isolées, orphelines, veuves, solitaires, des lignes vides, des sauts rocambolesques, des <br> comme des ruptures, des <p> comme des périphrases, des <img> comme des captations picturales du maelstrom d’une certaine folie.

 

Breaking-Bad-Walter-White-Wink

 

Un autre paragraphe inutile. Comme un enfant froid sur une plage.

Une autre phrase morte. Comme pour toutes les autres, et tous ceux, qui apprennent -bien malgré eux – à mourir pour être vues et regardées comme le vivant.

Le soleil est une étoile morte.

Illusoire. 

 

 

Alors?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s