L’inattendue vertu de l’impertinence


Je n’aime pas sa chatte. Un embroussaillé tas de poils, une tarentule amazonienne, sur un plancher qui craque.

J’ai rarement vu une chatte aussi laide. Horrible. Depuis le triomphe des sourcils de Cara Delevingne, l’épilation est passée de mode.

Misère.

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Ce soir, je suis tranquille.

Le vent est agréable.

Le crépuscule écarlate tache  l’horizon.

Tout le monde est heureux, y compris les morts, ravis de pouvoir enfin mettre un peu de couleur sur leur pâleur.

Je suis content que tout le monde soit heureux.

Je peux maintenant tous les traiter de cons et ils répondraient: yeeeah  brooo!

C’est incroyable comme la fin du printemps transforme les gens en sixties.

 

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Les filles quittent leurs copains. Leurs (ex) copains changent leur facebookien statut en single, comme on ouvre une saison de la chasse.

 

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Les hommes mariés font des heures supplémentaires en compagnie de leurs jeunes maîtresses.

Les femmes mariées qui s’empâtent durant l’hiver ressortent les vieilles photos de l’âge d’or et font une dépression.

Mais ce n’est pas grave, la beauté est intérieure.

Bien sûr, je rigole.

Personne n’a jamais fouillé un tas de graisse pour y chercher la beauté intérieure.

Mon téléphone vibre. C’est Josepha. La brune aux yeux verts sur l’Avenue Bronson à Ottawa. Elle m’écrit: wassup! Et je lui réponds: when n where.

Je n’ai pas de temps à perdre avec les niaiseries. Quand on veut du sexe vaut mieux être direct. Ce n’est pas ma faute, c’est l’époque qui veut ça. Je fais acte de conformité.

Elle me dit: in 30mn, my place. Je tire la tronche comme le Guernica de Picasso.

Je n’aime pas sa chatte. Un embroussaillé tas de poils, une tarentule amazonienne, sur un plancher qui craque.

J’ai rarement vu une chatte aussi laide. Horrible. Depuis le triomphe des sourcils de Cara Delevingne, l’épilation est passée de mode.

Misère.

En même temps, je n’ai pas beaucoup d’options. Ce soir, la bête cloîtrée dans sa cage est en furie comme Mad Max.  Ne rien faire serait presque de la cruauté envers un animal.

De plus, à Ottawa, les prostituées, c’est compliqué. Souvent en session parlementaire.

Avec les conservateurs majoritaires sur le trottoir, ces derniers mois ne furent guère des plus excitantes. La rigidité cadavérique des ébats étouffés par un excès de convenances. L’austérité dans les sensations. Une arme à feu à portée de main. L’angoisse de l’avortement dans le regard. Et Dieu au-dessus qui vérifie si tout est fait selon sa volonté.

 

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Bref.

Voilà pourquoi je suis allé chez Josepha. Malgré mon aversion pour sa chatte, son insupportable plancher, le bordel de son appartement, sa petite plaisante tête à claques.

 

 

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Le téléphone vibre de nouveau.

Le crépuscule est descendu dans sa tombe et les étoiles lui ont survécu.

Des hardes de jeunes se traînent dans la rue.

Les filles portent des leggings qui moulent leurs fesses sans prétention, en laissant transparaître les moindres détails d’un string parfait.

Les garçons?  Ventre rentré, pectoraux remontés, fesses serrées, ils sont allés dans la même boutique et se sont achetés la même gueule. Elle devait être en solde.

Tout ce beau monde défile en ordre troupeau sur le trottoir transformé en podium de fashion week. Et ce n’est pas encore l’infernale exubérance estivale.

God.

 

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I need to see u asap

Carolyn comme un appel au secours.

Trop polie pour être cochonne.

Trop mélodrame pour le plaisir.

Trop chatte pour être chienne.

Carolyn, rue laurier à Montréal, trop intellectuelle, pour un anulingus.

Trouvée dans un bar dans le Old-Montreal. Le Piano Rouge. Elle m’a dit: J’ai lu Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer.

J’ai répondu: Ah ouais.

Elle a hoché la tête, a passé sa langue entre ses lèvres, jeté sa frange de cheveux sur le côté.

Et toi?

Je n’ai jamais fait l’amour à un noir sans me fatiguer.

Elle m’a regardé droit dans les yeux pour chercher le trait sarcastique. De l’humour noir. Pur jus. Je veux dire pur laine. De souche quoi. Elle n’y a rien trouvé, je suis né le regard éteint. Cela lui a plu. L’incertitude, le mystère, pour quelques personnes, sont de puissants aphrodisiaques.

Bien sûr, je mentais. Je suis egosexuel. Et donc, d’une certaine manière, cela sans lassitude, mon amante est l’obscurité.

Carolyn était en pleine immersion ethnoculturelle à l’instar de ces bourgeoises qui font du safari urbain, en quête de sensations exotico-folkloriques. Depuis Laferrière, il paraît que ceux qui ont une gueule de nègre font mieux l’amour.

 

[…] dans l’échelle des valeurs occidentales, la Blanche est inférieure au Blanc et supérieur au Nègre.

C’est pourquoi elle n’est capable de prendre son pied qu’avec un Nègre. Ce n’est pas sorcier, avec lui elle peut aller jusqu’au bout.

Il n’y a de véritable relation sexuelle qu’inégale. LA BLANCHE DOIT FAIRE JOUIR LE BLANC, ET LE NÈGRE, LA BLANCHE.

D’où le mythe du Nègre grand baiseur.

Danny Lafferrière, Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, Typo, Montréal, 1985

 

Merde. Quelle connerie l’immigration. La diversité. L’esclavage.

 

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Carolyn et moi avons cherché à épuiser l’un l’autre. Puéril.

Motivés chacun par un besoin différent. Elle, pouvoir raconter à ses amies comment Dany Laferrière a vu juste. Moi, pour lui faire honneur.

Quand un noir fait l’amour à une blanche, ce n’est pas seulement une simple baise. C’est tout le rapport historique hérité des temps peu glorieux qui s’y joue. C’est toute l’imagerie raciale focalisée sur l’imposante représentation phallique, l’énergie bestiale avec ce parfum un peu tribal, un peu indigène, que l’on cherche à matérialiser. La jouissivité nègre.

Carolyn et moi avons joué à ce jeu débile. Puéril.

 

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J’ai croisé Amin le matin suivant autour d’un café. Il n’avait pas une mine joyeuse. C’est est un gentil perdu dans un monde de brutes. Il m’a souvent fait penser à promêtheús –  titan parmi les mortels – maudit de générosité. A la seule différence que son aigle à lui avait une tronche bien humaine.

La colocataire de Carolyn de toute évidence l’avait physiquement éreinté. Très affamée. Elle n’y était pas allée de main morte. La chevauchée des Walkyries. Le bel étalon arabe souffrait le martyre.

 

 

Le café était comme à l’accoutumée corsé. Son visage marqué par la nuit traumatisante. Amin était mon héros. Coucher avec une espèce de furie pour son pote, ça ne court pas les bars.

Il m’a regardé.

Alors?

J’ai botté en touche.

Bof

On a repris un autre café,  une cigarette. La prochaine fois, c’est moi qui ferais le martyr.

Bordel.

 

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Je suis arrivé chez Josepha. Sa chatte n’avait pas changé. Son plancher non plus. Et son appartement ressemblait à une décharge publique.

Elle a zappé les ennuyeux préliminaires qui n’intéressent personne. Nous nous sommes occupés quelques heures. Peu d’entractes. Du brut et du sauvage. Du folklore et de l’exotique. La jouissivité nègre. Encore. Toujours.

Elle a dormi, ronflé, lâché des flatulences. Bavé, grincé des dents. Parlé dans son sommeil. M’a foutu des coups de pieds dans les côtes, dans le bidon. Occupé les trois quarts du lit. Et moi, la moitié du corps suspendue dans le vide, je lisais ma news feed facebookienne.

 

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J’adore facebook. C’est la plus brillante invention du début du siècle. Un vivier de l’absurdité du quotidien falot des gens, qui avec enthousiasme, sans aucune compassion pour autrui, le partage au monde entier.  C’est juste dingue. À chaque consultation, je me convaincs que l’on a touché le fond du crétinisme. Je me trompe toujours.

Entre dépendance affective et pornographie de l’intime, l’individu facebookien est une nouvelle race de primate souffrant de quelque chose de pathologique caractérisée par son incapacité congénitale à l’inhibition. C’est vraiment dingue.

Tandis que Josepha ronfle et vente sous les draps, facebook m’achève.

Des photos d’un mec nu dans le bain avec ses enfants, clichés pris possiblement par sa conjointe et tout de suite postés sur le réseau social. Les longs messages dans le style il faut être fort dans la vie car la vie n’est pas facile – R.E.A.L.L.Y? Sans parler des pancartes-minions si tu es une personne formidable, un ange, une déesse, une princesse, une licorne, alors like & share.

Quel est l’intérêt de faire vivre in live chaque seconde de sa vie privée avec des personnes qui n’en ont vraiment rien à cirer.

Quel est le but de changer sa photo de profil chaque minute avec un portrait aussi insignifiant que le précédent. De présenter ses seins ses fesses comme on expose un tas de viande.

Quel est le plaisir ou la nécessité de publier je suis triste et de ne pas vouloir en parler. De déclarer mon amour je t’aime lorsque l’on est avec dans le même lit, affalés sur le même canapé.

L’exhibitionnisme facebookien est une nouvelle expression d’apodysophilie, se mettre à nu pour être vu, pour montrer que l’on existe. C’est aussi affligeant que pitoyable. Je fais preuve de charité chrétienne.

 

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Je ferme facebook et je redonne du plaisir à Josepha. Ça tient du féroce et du barbare. Épisodiquement néronien. Elle est anarchiste, ayant fait ses classes dans le militantisme féministe étalé sur le papier glacé de Vogue, Haper’s Bazar. Celui qui veut, exige, de jouir sans entraves.

Ainsi soit-il.

Nous nous noyons dans nos sécrétions. Nos puanteurs. Nous nous déversons l’un dans l’autre, sous le regard placide de sa chatte tapie dans l’obscurité.

Le plancher craque sous le poids de nos échanges. La nuit se scandalise de nos hurlements, et Dieu dégoûté détourne les yeux.

 

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Carolyn a insisté. La bête repue était rentrée en hibernation.

Amin restait encore traumatisé. Je lui en devais une. Et il ne me semblait pas raisonnable d’aggraver ma dette.

Josepha m’a demandé quand je reviendrais à Ottawa. J’ai éludé la question. C’est mon seul vrai talent.

Depuis notre dernière nuit, elle s’est inquiétée pour sa chatte disparue. Je l’ai jetée quelque part entre Pike River et Cowansville.

 

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Aurélie m’a texté ce matin.

Elle trouve qu’il fait beau.

Aurélie est dans mon fil d’actualité facebookien les infos météorologiques.

Un peu blonde. Et autant généreuse de son corps.

Elle se donne pour un rien. Une belle gueule. Une laide gueule. Une banalité. Une tête de pervers. Une face de cramé. Elle donne tout indifféremment. Elle est libérale.

Elle est grosse.

Je veux dire, elle était grosse.

Aujourd’hui, elle est aussi filiforme qu’anorexique. Victime volontaire de la tyrannie de la minceur.

Elle reste toujours aussi généreuse.

Je lui réponds : 4h cet après-midi, chez nous

Nous sommes samedi. Ma femme est ni conservatrice ni libérale. Encore moins anarchiste et féministe. Elle est affamée, comme une chatte. Et elle aime les anciennes grosses.

 

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