« Thomas Chapais, loyaliste » de Damien-Claude Bélanger


« La destruction salvatrice » ouvrant la voie à la domination britannique été selon lui un « bienfait » dans la mesure où les nouvelles autorités ont contribué de façon significative – par leur « magnanimité » et leur « bon sens » – à l’ « expansion des libertés religieuses et politiques des Canadiens français », de même qu’à la survie du fait français contre la « contagion révolutionnaire » américaine.

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Damien-Claude Bélanger entame l’étude du loyalisme comme l’un des courants de la droite politique, culturelle et intellectuelle du Canada français au travers de Thomas Chapais, figure emblématique de l’intelligentsia de l’Est québécois.

La raison tient dans la conception particulière du loyalisme de ce dernier, marqué par le « providentialisme de la Conquête britannique », c’est-à-dire découlant de la volonté de Dieu.

 

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Ainsi, Chapais le loyaliste est avant tout intimement convaincu que la victoire anglaise devrait être interprétée comme une protection divine contre le gallicanisme et l’absolutisme français porteurs d’un « insidieux paternalisme d’État » qui auraient « engourdis les énergies du peuple canadien ».

« La destruction salvatrice » ouvrant la voie à la domination britannique a été selon lui un « bienfait » dans la mesure où les nouvelles autorités ont contribué de façon significative – par leur « magnanimité » et leur « bon sens » – à l’ « expansion des libertés religieuses et politiques des Canadiens français ».

De même qu’à la survie du fait français contre la « contagion révolutionnaire » américaine.

 

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Dès lors, il s’agit pour Damien-Claude Bélanger de comprendre les mécanismes intellectuels, les facteurs exogènes en particulier, qui régissent le loyalisme chapaisien fortement imprégné des valeurs traditionnelles (l’ordre et la stabilité) et de l’ultramontanisme.

Cette imbibition traditionaliste exprimée, entre autres, dans l’attachement à la Couronne britannique se manifeste en partie dans son rejet féroce du républicanismela révolution de 1789 » ou du « yankéisme triomphant ») et de son action « perturbatrice » génératrice d’ « horreurs ».

Également, ce loyalisme chapaisien s’inspire d’un royalisme quasi mystique dans lequel le souverain anglais incarne la « continuité sociale et institutionnelle », « rempart essentiel contre les idées subversives » prêtes « à tout chambarder pour prendre le pouvoir ».

L’auteur vient greffer à ce loyalisme traditionaliste et monarchiste son indispensable catholicisme, siamois d’une pensée bicéphale.

En effet, l’idée chapaisienne est de faire de l’Église le vecteur principal de l’émancipation des Canadiens français. Dans cette optique, le loyalisme chapaisien n’est pas « forcement anti nationaliste » – lorsque le nationalisme ne rime pas avec républicanisme et extrémisme – puisqu’il vise à obtenir des « gains constitutionnels » pour les Canadiens français.

Même si cela oblige à « reconnaitre et à prêter allégeance aux institutions britanniques ». C’est d’après Bélanger le loyalisme de conciliation et de modération.

 

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Dans l’esprit de Chapais, l’élargissement des libertés religieuses et politiques pour les Canadiens français ne peut se faire qu’avec des « stratégies circonspectes » et par l’ « étapisme ».

Face à l’ « outrance » des rebellions ou à l’ « agitation patriote » animée de « revendications intempestives », voire « chimériques », dont les conséquences catastrophiques n’ont pas fait avancer les intérêts Canadiens français, il prône la flexibilité, la patience, le « réalisme froid ».

Pour ainsi dire le « bon-ententisme » est plus efficace:  « maintien des lois et coutumes françaises », « intégration des Canadiens français dans l’administration », « octroi du parlementarisme », « l’Acte de Québec, une législation libératrice et réparatrice », « avènement du gouvernement responsable et de la Confédération ».

L’auteur en arrive à montrer que la pensée chapaisienne, si elle parait pour certains contemporains indubitablement « figée dans le passé », « inconditionnelle du pacte fédératif » ou « ultra », est essentiellement le produit des « conditions sociales et matérielles ».

 

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En conséquence, elle est influencée par la famille (« Père et grand-père, Pères de la Confédération »), le milieu socioculturel (le loyalisme chapaisien est le reflet de la culture politique de l’Est québécois), l’éducation (le milieu universitaire fréquenté par Chapais à l’université Laval est imprégné du bon-ententisme).

Bélanger note que Chapais est issu de l’establishment canadien français, qu’il doit sa carrière au pouvoir établi et aux institutions non électives. Il échoue à se faire élire en 1891 aux élections fédérales, un échec qui n’est pas sans effets sur son attitude hostile – c’est un euphémisme – envers la , ce lieu de « délibérations tumultueuses des foules » et d’une « absurdité criminelle ».

 

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L’intellectuel ne pouvant être complètement confiné, réduit, à sa seule pensée, il est important de le saisir dans la totalité de son époque et de son environnement. Peut-être parce que comme le dirait Paul Feyerabend chaque penseur est préalablement l’aboutissant d’un cheminement diversifié d’influences majeures de la communauté d’intellectuels à laquelle il appartient, en cela il convient de relativiser certains aspects du loyalisme chapaisien comme procède Bélanger.

 

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Damien-Claude Bélanger sous le prisme de la pensée chapaisien tente de définir le loyalisme canadien français de la fin du XIXe siècle s’ancrant fortement dans l’intellectualisme victorien (de droite, clérical, monarchiste).

Il ne se limite guère dans sa démarche à une analyse stricto sensu de la pensée chapaisienne, mais ose l’élargissement en considérant les facteurs socioculturels afin – et c’est le plus agréable – de saisir sa quintessence.

ce qui lui permet de voir dans l’apparente dualité de Chapais (entre adulation pour la Couronne britannique et pragmatisme « éclairé et clairvoyant » pour la survivance du fait français) non pas l’expression contradictoire d’un courant élitiste opportuniste et « vendu », mais d’abord une conviction « sincère » en cohérence avec son époque et héritier d’une logique sans doute poussée à l’extrême.

Idéologie conservatrice, le loyalisme chapaisien est donc « tributaire d’un providentialisme catholique », « instrumental » tout en étant « vécu » comme sujet de la « bienveillance du pouvoir britannique ». Il n’est pas pour autant anglophile, ni impérialiste.

Et Thomas Chapais malgré tout demeure pour beaucoup « l’archétype de l’homme de lettres Canadien français » dont l’œuvre immense et érudite a influencé l’historiographie moderne.

 

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