« Vos chiens ont plus d’esprit que les nôtres » : histoire des chiens dans la rencontre des Français et des Amérindiens » de Denys Delâge


Denys Delâge sous un prétexte éthologique effectue un examen anthropologique et sociologique de deux groupes de personnes (l’Amérindien et le colon européen) dont la cohabitation est relativement nouvelle en Nouvelle-France.

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Denys Delâge offre dans son article une analyse éthologique des relations entre le chien et deux groupes de personnes que sont les Amérindiens et les colons européens venus s’installer en Nouvelle-France.

Il observe la nature des liens de chacun d’eux avec l’animal. Liens fortement inhérents à l’environnement social et culturel dans lequel ils ont évolué.

 

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D’un côté, il note le caractère ambivalent de l’interaction entre l’animal et l’autochtone, à la fois « impur et sacré ».

 

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Une interaction imprégnée d’animisme, car le chien chez l’Amérindien est à la fois une «offrande propitiatoire de communication avec les forces de l’au-delà » et une incarnation de « manitou ».

 

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Mais également, l’objet central de la mythologie  sur la prépondérance de « l’origine animale de l’homme », en même temps que la source de la proximité transgressive des « frontières entre l’animal et l’humain ».

Tout en assumant un rôle utilitariste au sein de la communauté autochtone : « dressés pour la chasse », remplissant les fonctions de « bêtes de somme » et alimentaires (de nourriture en cas de situation de famine ou de péril), ainsi que de nettoyage et de coprophage.

 

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Le chien amérindien – terme générique recouvrant la quinzaine de races dénombrées – apprivoisé sans jamais être domestiqué, aux caractéristiques morphologiques particulières (épaisse fourrure et souvent de grande taille, se rapprochant du loup européen, hurlant plus que jappant) est le compagnon du chasseur.

 

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Tandis que de l’autre côté, chez le colon, le chien est un « animal de maison-compagnon » ayant développé des habilités différentes de celui de l’Amérindien.

Habilités allant de la chasse à courre au rôle de gardien du troupeau en passant par celui de sauveteur-secoureur. Et servant de symbole canin de la puissance et de la supériorité du colon.

 

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En outre, la relation entre le chien originaire d’Europe et le colon est beaucoup plus « affectueuse » ; dénuée de spiritualité, de mysticisme.

Dès lors, pour l’auteur l’étonnement teinté d’admiration des Amérindiens devant le « génie » supposé du chien européen relève plus de l’expression du choc culturel (l’« incompréhension culturelle ») que l’aveu d’une quelconque infériorité.

 

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Denys Delâge sous un prétexte éthologique effectue un examen anthropologique et sociologique de deux groupes de personnes (l’Amérindien et le colon européen) dont la cohabitation est relativement nouvelle en Nouvelle-France.

Un travail intéressant dans la mesure où il met en exergue le pouvoir des a priori -l’influence du bagage socioculturel – sur l’interprétation que l’un à de l’autre.

De l’ethnocentrisme du colon européen, chrétien influencé par les manières de faire issues de l’aristocratie qui trouve dans la relation entre le chien et l’Amérindien l’ « indice de la barbarie » mettant l’autochtone « hors civilisation ».  C’est-à-dire dans la sauvagerie.

 

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la « force de l’intelligence » de l’Amérindien qui avec de modestes moyens parvient à accomplir des prouesses irréalisables par le colon.

 

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Ce travail suintant le relativisme culturel est d’une modernité saisissante dans le sens qu’il illustre le malentendu originel qui structure encore de nos jours les tentatives de hiérarchisation des peuples ou des différences conduisant aux idéologies de distinction culturelle ou raciale dans leur majorité inhumaines.

 

 

Les Autochtones occupent peu de place dans notre mémoire collective. C’est comme s’ils n’étaient pas là. Ou si peu. Comment comprendre ce trou de mémoire?

Denys Delâge : C’est assez énigmatique, d’autant plus que la proximité était très grande entre les colons et les premiers habitants du territoire, sous le régime français particulièrement. Quand on consulte les documents de l’époque de la Nouvelle-France, les Amérindiens y sont omniprésents.

Les colons qui s’installent sur les terres sont impressionnés par le courage des Amérindiens qui vivent dans des conditions qu’il leur serait difficile de supporter, la plupart étant nomades, sans maisons fixes, passant l’hiver dans le bois. Les colons leur empruntent énormément de choses : plantes médicinales, techniques de survie en forêt, de chasse et pêche, déplacement dans le bois en hiver, etc. C’est aussi vrai pour le commerce des fourrures et pour la guerre. Les Innus, associés aux Algonquins, associés aux Hurons sont en guerre contre les Iroquois et souhaitent l’appui des Français. Le rapport entre les uns et les autres s’est fondé davantage sur le mode d’une alliance à des fins commerciales et militaires que sur celui d’une conquête. Ils font des expéditions ensemble, les colons apprennent à faire une guerre de guérilla et d’embuscade, comme le faisaient les Autochtones. On dit à l’époque qu’un guerrier amérindien vaut deux soldats canadiens, et qu’un soldat canadien qui a appris des Amérindiens, deux soldats français entraînés à faire la guerre sur des grands champs de bataille.

Cette forte interdépendance qui s’est tissée entre colons et Amérindiens transforme radicalement les représentations que les Français se faisaient des « Sauvages ». L’image du barbare demeure tenace à l’égard de l’ennemi, les Iroquois et leurs alliés, à cause de leurs pratiques guerrières, notamment la torture infligée à l’ennemi, jugée dégradante – les méthodes européennes ne l’étaient pas moins, sauf qu’elles répondaient à des rituels et à une symbolique différents. Mais elle laisse vite place à de l’étonnement mâtiné d’estime et d’admiration donnant même lieu à un questionnement sur soi. Leur société égalitaire, la manière très libre d’éduquer les enfants, sans corrections physiques, les impressionnent beaucoup, de même que le respect des conventions et de la prise de parole de chacun dans les conseils, et l’attention avec laquelle on écoute chacun débattre.

Le témoignage du père Lejeune, jésuite, est le plus bel exemple de ce changement de perspective. La description qu’il fait d’une communauté innue dans laquelle il passe l’hiver 1634, au sud de Rivière-du-Loup, n’est pas loin d’un peuple barbare. Par contre, vers la fin de sa vie, en 1658, il écrit des textes qui pourraient être attribués à un anthropologue contemporain tellement ils relèvent d’un profond relativisme culturel : « Nous les jugeons barbares à certains égards, ils nous jugent barbares à d’autres égards, ils ont autant raison que nous, leurs préjugés sont aussi peu fondés que les nôtres […].» Sauf à propos de la religion.

Par ailleurs, à cette reconnaissance, il faut ajouter, l’important métissage, dès les années 1660, dû en grande partie au déséquilibre entre les hommes et les femmes dans la société coloniale. À cette époque, beaucoup d’hommes, partis vers les Grands Lacs pour le commerce des fourrures, y trouveront une femme. Les couples métis deviennent amérindiens ou construisent des communautés métisses francophones.

Pour résumer, on peut dire qu’à cette époque l’influence amérindienne sur les valeurs, les comportements et l’identité est indéniable. On pourrait même dire que les Amérindiens assimilent bien plus les Français que l’inverse.

Jean-Claude Ravet,  Des influences refoulées, entrevue avec Denys Delâge, Revue Relations.

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