Le vote obligatoire est un fascisme


Rendre le vote obligatoire, c’est nier le libéralisme philosophique sur lequel les sociétés modernes sont construites. C’est anti-libéral, anti-démocratique, et, par bien des aspects, fasciste.

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Le Parti libéral du Canada explore de nouvelles idées  dans le but de moderniser la société canadienne. Après la légalisation du cannabis, il envisage de rendre le vote obligatoire.

Pour ce Parti, la re-dynamisation de la démocratie, de la vie politique et la contribution citoyenne au débat,  passent par la retrait d’un droit et son remplacement par un devoir.  

La contrainte. Voilà  donc la solution qui fera sortir de sa léthargie l’électeur canadien qui préfère son canapé, son match de hockey, sa bière, son spa, le party – à l’isoloir, cet endroit sombre et anxiogène.

La coercition. C’est donc cela le changement promis par M. Trudeau, la révolution tant attendue qui renversera la tendance abstentionniste constatée dans la plupart des démocraties libérales et démontrant que le Politikus a perdu de sa superbe, confondu désormais à un marchand de tapis ou un vendeur à la sauvette. 

 

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Le devoir. Comme dans Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg. Aller chercher cet être égaré qu’est l’électeur, le sauver de son irresponsabilité chronique et le ramener parmi les siens, dans les longues files d’attente devant les bureaux de vote.

C’est une question de survie de la démocratie, le Comité de salut public libéral le pense l’urgence est là. La Civilisation entière est menacée d’un épouvantable péril: le désamour politique de l’Électeur.

 

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Le vote obligatoire, quand le libéralisme est un fascisme

 

Le vote pris dans son sens étymologique votum est la formulation d’un vœu, individuel, collectif, qui avec le temps est devenu une pratique des démocraties, sans leur être exclusive.

 

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En effet, les régimes soviétiques – pour prendre un exemple venant spontanément – ont montré que l’on n’organisait pas des élections pour les perdre, et que le vœu  était davantage l’expression exigée, arrangée, d’un plébiscite populaire en faveur de ces gouvernements. C’était le bel âge du culte de la personnalité.

L’usage de l’imparfait dans la phrase précédente est volontaire. C’est un indicatif renseignant sur la fragilité même de la notion de démocratie, pointant vers tous ces Etats antidémocratiques et voyous qui, au XXIe siècle, sont à contre-courant et contre-nature. Même si quelques fois le monde refuse de voir, surtout quand l’odeur du pétrole, les espèces sonnantes et trébuchantes des matières premières, la loi du business, plient toute conviction. Real Politik, comme ils disent.

Pas étonnant dès lors que la typologie des régimes politiques reconnue par la nébuleuse Communauté internationale soit quelque peu perturbante. Des exemples?  Le Kazakhstan est une république présidentielle, l’Arabie Saoudite une monarchie, la Libye rien, et le Zimbabwe une dictature.

Les libyens sous Kadhafi le psychopathe étaient martyrisés; après Kadhafi ils ne sont rien (merci Sarkozy & BHL).

Quant au Zimbabwe,  Mugabe n’a ni pétrole ni uranium, ni véritablement de métaux rares, beaucoup de platine et quelques diamants, mais surtout une grande gueule de maquisard anticolonialiste.

Et les grandes gueules, c’est bien pour la radio ou la télévision; dans les relations internationales ça finit à la Cour pénale internationale. Laurent Gbagbo en sait quelque chose. 

Bref. Parenthèse fermée. 

 

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Voter n’est pas à lui-seul la démocratie comme ne pas voter n’est pas une attitude irresponsable.

Voter avec un revolver sur la tempe, une kalachnikov menaçante dans son dos, une bombe explosant pas loin, des bidasses comme observateurs, et puis le triomphe stalinien à 99% des voix exprimées, ce n’est pas la démocratie. Kamarade. 

 

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Voter lorsque le système électoral favorise l’émergence et le règne sans partage de deux grands partis politiques (le bipartisme), quand les politiciens cessent d’être incorruptibles et inspirants, à l’heure où les sondages dictent les convictions, l’info-spectacle, le populisme et la démagogie, à l’instant où les stratégies électorales sont bâties en fonction de quelques circonscriptions et non à partir de l’intérêt général, pendant que le vote populaire ne garantie par l’obtention d’un nombre de sièges correspondant au parlement, alors voter n’est pas la démocratie.

Dès lors, croire que l’obligation de voter redonnerait un second souffle à la démocratie, c’est être soit naïf soit de mauvaise foi. Ou pire, jouer à Benito Mussolini fou. La redondance est voulue. 

 

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Qu’est-ce qui peut passer dans la tête d’un libéral qui envisage de nier une liberté pour en faire une astreinte, une servitude?

Qu’est-ce qui peut bien motiver un libéral – dont la doctrine philosophique est la sacralité du choix et la responsabilité assumée des conséquences découlant de ce choix, dont la doxa est la limitation du pouvoir du souverain – à faire acte d’une telle apostasie?

 

Le libéralisme est une pensée de nature philoso­phique avant d’être économique ou politique. C’est une philosophie morale de la responsabilité individuelle et des justes droits dans l’égale liberté individuelle de tous […]

 

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Qu’est-ce qui justifie qu’un libéral emprunte au fascisme l’effacement de l’individu devant l’Etat, la masse ou une problématique prétendument supérieure ?  

Qu’est-ce qui dans l’esprit d’un libéral permet l’acceptation de la  négation d’un droit fondamental et la volonté d’infantiliser l’électeur? 

 

Le véritable libéralisme est de nature déontologique. Il affirme des principes qui doivent être respectés par tous, en toutes circonstances et quelles qu’en soient les conséquences. Son dogme fondateur est « tous les hommes sont libres et égaux en droits », ou comme disait Diderot : « aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres».

Cette idée qu’aucun être humain n’a le droit d’exercer une contrainte sur un autre être humain est au cœur de la pensée chrétienne, de l’humanisme de la Renaissance et de la philosophie des Lumières. Elle se traduit entre autres par la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789.

Notons bien que ce n’est pas de « l’Homme » abstrait que parle cette philosophie, mais de chaque être humain individuel concret. Elle ne se contente pas de dire in abstracto : « l’Homme est libre » ; le Principe de Liberté qu’elle énonce est : « chaque être humain est libre d’agir comme il l’entend conformément à ses aspirations, à sa situation et à ses capacités. »

Gérard DréanQu’est-ce que le libéralisme ?, Contrepoints, 26 décembre 2014

 

 

« Bella ciao », chant de révolte italien sur le combat mené par les partisans contre les troupes allemandes et le fascisme durant la seconde guerre mondiale.
Il est considéré depuis 1963 comme un hymne à la résistance, dans le monde entier.

 

Le vote obligatoire: plus une légitimité des statistiques qu’une légitimité politique réelle

 

Le vote obligatoire n’est pas inintéressant en soi.

Cela dépend de la question à laquelle on veut répondre.

 

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Source Wikipédia

 

Si elle est celle du taux de participation aux élections, alors le vote obligatoire est une bonne solution.

Car la mobilisation forcée de l’électorat fera gonfler les chiffres, et les politiciens pourront se vanter d’avoir une légitimité – pour le moins des statistiques.

Si elle est celle de vivifier la démocratie, alors le vote obligatoire est une bonne vraie fausse idée.

Car la mobilisation forcée de l’électorat ne signifie pas adhésion, et aucun gouvernement ne pourrait prétendre raisonnablement disposer de l’appui du peuple. Surtout si le vote dit blanc, contestataire, n’est pas reconnu et pris en compte.

 

Au Pérou, lorsque deux tiers des électeurs votent blanc, le scrutin est annulé, c’est-à-dire que le peuple possède en quelque sorte un droit de veto.

[…] En Colombie, d’après la loi 1475, le vote blanc reflète « une expression de la dissidence politique, d’abstention ou de désaccord avec les politiques », il est aussi précisé que “le vote blanc est une expression valable de la dissidence à travers laquelle la protection de la liberté de l’électeur est promue”. 

 

En fin de compte, avec le vote obligatoire, et le vote blanc ignoré, on en arriverait avec des politiciens élus par plus ou moins un tiers de l’électorat avec 95% du taux de participation.  La démocratie n’en sortirait pas réellement grandie et forte.  

 

 

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Le vote obligatoire ne résout donc pas la question ni de la légitimité politique ni de la démocratie tout en restant un emprunt au fascisme.

En même temps qu’il montre l’incapacité des acteurs politiques à effectuer leur propre introspection sur le constat de désamour du peuple envers ses représentants.

Des politiciens qui sont prompts à blâmer toujours, sempiternellement, le peuple de leur stérilité, leur inconsistance, leur aridité et leur vacuité. Alors que ce peuple-là ne demande qu’une chose: être inspiré, être respecté, être reconnu et se sentir compter. 

 

Après tout, on a tout essayé : proposer un projet de société emballant, présenter des politiciens qui soulèvent l’enthousiasme, apporter des idées rassembleuses… Bon, bon, d’accord : j’arrête cette liste avant que vous mouriez de rire. Bien évidemment qu’on n’a pas vraiment essayé tout ça. 

 

[…] Dans un Canada où le vote serait obligatoire, les candidats ne seraient pas plus intéressants, les partis d’opposition continueraient à n’avoir du pouvoir sur rien et le parti au pouvoir pourrait régner toujours en roi avec seulement 39 % des voix.

Mais comme par magie, tout cela serait cependant plus légitime, parce que le taux de participation serait élevé. Fantastique.

Le vote obligatoire, ou l’obligation de finir son assiette de foieL’actualité, 02 septembre 2014

 

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Inspiré le peuple. Le porter à rêver d’une société meilleure, plus juste. Coller à ses aspirations profondes.

Avoir le courage de ses convictions et défendre ses valeurs. Faire montre de transparence, d’authenticité, d’honnêteté.

Cela ne semble pas beaucoup parler au politique aujourd’hui. Pourtant, il y gagnerait.

 

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M. Obama avec son Yes We Can pourrait en témoigner.

Paradoxalement, M. Trudeau aussi. N’a-t-il pas été élu chef d’un gouvernement majoritaire en octobre 2015 avec un taux de participation de 68% – inespéré compte tenu des 61% en 2011 et des 58% en 2008?

Et ceci sans un vote obligatoire, seulement en créant le désir du changement, en méritant la confiance des électeurs, en incarnant une vision de la société canadienne partagée par une majorité.

M. Trudeau est son propre contre-exemple.

 

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Vote ou abstention : un droit individuel, inaliénable et indéniable. Fondamental. 

 

Autant il est entendu que la liberté de conscience est le droit du croyant et le choix de l’incroyant, le vote est une décision qui revient exclusivement à l’individu. S’il opte pour l’abstentionnisme, c’est sa décision. Dont il assume toutes les conséquences. 

 

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S’abstenir de participer à un scrutin électoral est un acte politique, un geste militant, que l’on le veuille ou non. C’est quelques fois s’opposer à la mascarade électorale, à la médiocrité du jeu politique, et une sanction.

C’est demander au politique de revoir sa copie, de lui signifier son mécontentement, sa désapprobation, sa déception.

Ce n’est pas comme le voudrait le faire croire un caprice, une insouciance, une paresse, une inconscience de l’Électeur.

Au contraire, c’est un geste politique fort, composante de la liberté d’opinion et d’expression comme garantie par l’article 2 de la Charte canadiennes des droits et libertés. C’est donc un droit fondamental. 

Une autre interprétation juridique s’opposant au vote obligatoire serait celle de l’article 3 de la Charte canadienne qui accorde le droit de vote. Ce droit sous-entend que l’on possède la liberté d’en disposer comme on le souhaite (ou presque), de l’exercer de la manière qui semble la plus appropriée, incluant le refus de participation.

Refuser ou s’abstenir de participer est l’expression d’une opinion. C’est contribuer sainement à la vie démocratique en manifestant son désaccord (profond) avec le processus électoral et l’ensemble de ses acteurs. 

Dans l’arrêt Figueroa c. Canada, la  Cour suprême a considéré que cet article 3 est une garantie constitutionnelle dans la mesure où il permet au citoyen de jouer un rôle important dans le processus électoral mais aussi contraint le gouvernement au respect de la diversité des croyances et des opinions.

 

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Si l’on poursuit dans cette interprétation généreuse, large et libérale (le juge Dickson dans l’arrêt Hunter) et  même dans une interprétation évolutive de ces dispositions constitutionnelles (articles 2 et 3), le vote obligatoire tel qu’envisagé par le gouvernement libéral actuel serait anticonstitutionnel.

Puisque l’abstention serait une libre expression de son opinion, et un élément incorporé, implicite, du droit de vote (la liberté de ne pas voter). Et donc encore une fois un droit fondamental. 

Ceci est une fiction juridique, bien évidemment. C’est la nôtre. Elle se défend comme elle se défend. Sans prétention. 

En continuant dans cette optique, une restriction ou une suppression de ces droits fondamentaux devrait répondre impérativement aux critères établis dans l’arrêt Oakes. C’est-à-dire :

  • que le gouvernement libéral devrait démontrer de l’existence d’un objectif réel et urgent (selon les valeurs d’une société libre et démocratique) justifiant une telle restriction;
  • que le moyen de la restriction (le vote obligatoire) serait proportionnel (ce qui signifie qu’il devrait avoir un lien rationnel avec l’objectif poursuivi, que celui-ci devrait le moins possible porter atteinte aux droits en question (d’opinion, d’expression, d’abstention) – c’est l’atteinte minimale, et que le bénéfice obtenu par cette restriction est plus important que l’effet de la restriction). 

 

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Comme vu plus haut, le vote obligatoire ne solutionne ni la question de la re-dynamisation de la démocratie ni la légitimité politique.

Et l’abstention, moins qu’un problème et davantage une liberté, est certes réel mais est-elle si intolérable dans une société démocratique au point d’en faire une priorité, une urgence? L’abstention est-elle si insupportable et incompatible au concept de société libre et démocratique ? 

 

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En somme, le droit de vote est avant tout de nos jours le choix de voter ou non. C’est  l’expression d’une opinion, l’adoption d’une attitude de contestation, ou la manifestation d’une incompréhension,  du système électoral, du jeu politique et du spectacle mediatico-politique.

Aussi de l’indifférence, ou plus justement de l’absence de confiance. 

Le contrat civique, moral, tacite au droit de vote est celui de l’implication active du citoyen à la gestion de la Cité par la formulation et l’expression d’un vœu.

Si ce vœu peut être traduit par un bulletin (coché ou blanc) glissé dans l’urne, il peut être également le fait de s’abstenir.

Ce sont deux attitudes qui dans une société libre et démocratique se valent.

Interdire l’abstention, c’est interdire le boycott.

Le boycott ou boycottage est le refus systématique de consommer les produits ou services d’une entreprise ou d’une nation. La pratique du boycott peut s’appliquer également à des élections ou à des événements.

Le premier boycott de l’Histoire, même s’il ne portait pas encore ce nom, eut lieu en 1830. Aux États-Unis, la National Negro Convention décida de ne plus acheter de produits fabriqués par des esclaves, pour lutter contre ce traitement inhumain.

Mais le boycott le plus célèbre, pour les progrès civiques et sociaux qu’il a permis, reste celui des bus de Montgomery, en Alabama, mené par le révérend Martin Luther King Jr.

En 1955, dans le sud des États-Unis, la ségrégation entre noirs et blancs fait rage. Le 1er décembre de cette année, Rosa Parks, une afro-américaine, refuse de céder sa place dans le bus à un blanc. Elle est arrêtée et très vite, la communauté noire de Montgomery décide de boycotter les bus.

 

Rendre le vote obligatoire, c’est nier le libéralisme philosophique sur lequel les sociétés modernes sont construites. C’est anti-libéral, anti-démocratique, et, par bien des aspects, fasciste. 

Si le Parti Libéral du Canada veut absolument renverser la tendance abstentionniste, il devrait commencer par écouter ceux qui s’abstiennent. Les écouter vraiment. 

A reformer le mode de scrutin et le système électoral. En profondeur. 

Mais ce n’est pas obligatoire. 

 

 

 

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