L’uberisation est une fumisterie


L’entreprise réalise l’un des plus grands fantasmes du capitalisme sauvage: ne rien risquer, ne rien payer, et ramasser toute la mise. Tiercé gagnant. Bingo. Destination les Bermudes.

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Est-il besoin de présenter Uber? L’entreprise américaine qui défie les gouvernements, menace le corporatisme des métiers et des industries, le David de la Sillicon Valley nouveau matador de l’ordre actuel – et déjà ancien? 

Est-il nécessaire d’épiloguer sur Uber et du bourdonnement qu’il suscite? D’entamer un babil interminable s’ajoutant à la littérature abondante entre les euphoriques commentaires et les scepticismes attendus en passant les diseuses de bonne aventure qui par ailleurs n’ont rien vu venir mais qui ont la certitude de l’après, bouleversé, révolutionné, éclaté?

 

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Ou pour adopter le jargon adéquat, disruptif

Tout le monde sait ce que c’est qu’Uber. Et pourtant tout le monde n’est pas chauffeur de taxi.

La saturation médiatique autour de cette organisation a atteint – en un laps de temps – une resonance assourdissante. L’uberisance.

Et pour paraphraser Fred Cavazza, personne n’y échappe

 

Uber, what’s that? 

 

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Donc, c’est quoi Uber? Certains spécialistes en parlent comme un fournisseur de services, technologiques.

L’entreprise elle-même se désigne comme une plate-forme technologique permettant aux utilisateurs des applications mobiles ou des sites Web d’Uber […] d’organiser et de planifier des déplacements […].

En fait, dans l’idée, Uber ce sont Les Pages jaunes, pour taxis sans être véritablement des taxis, version 2.0, soit par l’intermédiaire d’une plateforme procédant à une mise en relation directe d’un particulier demandant un service (de transport) à un autre le lui offrant.

Pas original.

Si aujourd’hui l’inspiration Uber paraît extraordinaire – construite à partir d’une mésaventure racontée comme une fable que jalouserait de La Fontaine et ayant l’effet d’un conte pour enfants, il faut le reconnaître cette ancienne startup  sait raconter d(s)es histoires –  c’est qu’elle a su voir l’opportunité, eu l’intelligence de la saisir, et se laisser happer par la migration technologique importante s’appuyant sur le potentiel du 2.0 (application, géolocalisation, immédiateté) constatée depuis une dizaine d’années.

En ce sens, Uber n’a pas inventé l’eau chaude, mais elle est passée maîtresse dans l’art de la maintenir en ébullition. Un peu pour les besoins de sa valorisation boursière. Comme toute bonne startup qui se respecte. 

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Que la lumière soit, et Uber fut

 

Avant le boom Uber, il y avait le numéro de téléphone réservé pour commander un taxi.

On pouvait le faire aussi en le demandant gentiment à une serveuse sympathique, un barmaid un peu cute (en existe-t-il des moches?),  ou en sortant dans la rue, en sifflant et en levant la main.

Il est vrai que quelques fois il fallait subir la voix grisée ou blasée de l’opératrice. Reprendre un dernier verre ou prolonger une discussion par forcement des plus emballantes. Etre obligé de jouer des coudes pour rentrer le premier dans le véhicule.

Pire, attendre sous moins trente degrés Celsius, et se les geler, grave.

Avec Uber, tout ça s’est terminé. L’instantanéité. A peine commander, déjà arrivé. Le taxi Uber, c’est Superman dopé à la Lance Armstrong. C’est le génie de la lampe dans Aladin qui surgit en un effleurement tactile. Magique. Le monde entier fait yeeeeeeeah!

 

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L’entreprise naît officiellement en 2009. Au début l’utilisateur devait envoyer un texto afin de recevoir son chauffeur privé. […] aujourd’hui Uber est une application mobile permettant de localiser l’ensemble des véhicules estampillés « Uber » afin de pouvoir réserver une course quelques minutes avant.

 

On n’oublierait presque les applications Taxi Québec 5191 (2013) devenu avant le débarquement quasi normand d’Uber Taxi Coop, Paxi (2014), ou plus récemment celles de TaxiDiamond, de Le Lift

 

Développée dans la capitale, l’application « Taxi Québec 5191 » est offerte depuis septembre mais son impact demeure marginal. Ainsi, sur les 200 000 commandes reçues chaque mois par l’entreprise, seulement un millier transitent par des clics.

Afin d’y avoir accès, vous devez télécharger l’application dans votre téléphone intelligent et créer votre compte (nom, téléphone). Pour passer une commande, vous activez la géolocalisation sur la carte (le GPS). Et quand l’adresse où vous vous trouvez apparaît, vous appuyez sur le bouton « commander ».

Une fois la commande confirmée, on vous indique quand une voiture est en route et vous pouvez même la localiser. Idéal pour les consommateurs qui n’aiment pas attendre. L’hiver par exemple on peut attendre tranquillement à l’intérieur et sortir juste à temps.

Lorsqu’il y a plusieurs véhicules, vous évitez aussi de vous tromper puisque l’outil indique le numéro du véhicule qui vous est destiné.

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Et toutes les autres applications qui n’ont pas attendu la vague déferlante venue de San Francisco pour passer à la digitalisation et offrir au client un service de qualité.  

En plus d’être, relativement, sécuritaire, en termes de protection physique du client. 

 

Michigan: un chauffeur d’Uber accusé de six meurtres

La vérification des antécédents judiciaires des chauffeurs [de taxi] s’inscrit dans la ferme volonté de la Ville de Montréal d’assurer une sécurité adéquate aux clients comme aux membres de l’industrie […]

 

Et de couverture financière en cas d’accident ou de contentieux. 

 

Le gouvernement albertain avait conclu en juillet dernier que le service d’assurance d’Uber ne respectait pas les critères de la loi provinciale sur les assurances.

Uber Canada indique pourtant que tous les trajets – organisés par l’entremise de la plateforme UberX – sont couverts par une assurance automobile de 5 millions de dollars qui comprend les blessures physiques et les dommages aux véhicules.

[…] 

À la suite de la décision du tribunal albertain, le Bureau des assurances du Canada a recommandé aux chauffeurs affiliés à Uber de vérifier avec leur fournisseur d’assurance que leurs véhicules étaient bien enregistrés pour une utilisation commerciale.

Selon l’organisation, les assureurs seraient en droit de refuser de rembourser des réclamations à ses clients qui sont couverts pour un usage personnel seulement.

 

Mais là où Uber surpasse toutes ces alternatives, c’est qu’il a des dirigeants qui sont des surdoués de la communication, du marketing et des relations publiques.

Parce qu’en arriver à faire croire à une révolution non seulement du service mais aussi du modèle d’affaires, avec la bienveillance médiatique et l’enthousiasme exuberant du monde technologique, sans parler de l’appui considérable des cercles d’influence économique, il faut le reconnaître c’est brillant. Toujours rendre à César ce qui est à César.

 

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Et face à Uber, c’est le bigotisme.

Des chapelles sont élevées et les masses sont conviées à la prosternation.

Uber, c’est moderne, c’est la logique évolutionniste du darwinisme, c’est l’irrémissible marche du progrès. The Future Now!

The Future is Now - Ornate Clock

 

De plus, cerise sur le gâteau, c’est l’économie collaborativede partage. De l’horizontalisation des procédés, de la mutualisation des biens et des ressources, de l’organisation en réseau dématérialisé, bref le capitalisme communautaire ou socialisé

 

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Uber en serait l’illustration parfaite, murmure-t-on. La nouvelle donne.  Celle de la chute du mur producteur-consommateur, qui a depuis la (seconde) Révolution Industrielle cloisonné les rapports socio-économiques (hiérarchiques), pour laisser émerger un humanoïde tout neuf, flamboyant: le prosommateur.

Etre hybride, archétype d’un genre particulier, à la fois producteur et consommateur, consommateur et acteur, acteur et utilisateur, utilisateur et collaboratif, collaboratif et social, social et digitalisé, digitalisé et instantané, instantané et… uberisé

Tout ça demanderait que l’on rentre en recueillement et que l’on lâche dévotement un : Amen! Uber, que ton nom soit loué!

 Sauf que, la déité Uber est une imposture. 

 

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Uber, la grande imposture

 

Le modèle économique ou – pour faire entre amis branchés dans une soirée hype au Mayfair à Montréal – le business model (yes, sir!) d’Uber est fort simple.

Prélever une commission (de 20% pour UberX et de 25% pour UberPool) sur chaque transaction financière opérée via sa plateforme.

Jusque-là, pas franchement glamour.

Tout l’intérêt réside en un unique aspect, d’une intelligence stupéfiante : 

 

VOUS RECONNAISSEZ QU’UBER NE FOURNIT PAS DE SERVICES DE TRANSPORT OU LOGISTIQUES ET QU’ELLE N’AGIT PAS EN QUALITÉ DE TRANSPORTEUR ET QUE L’ENSEMBLE DESDITS SERVICES DE TRANSPORT OU DE SERVICES LOGISTIQUES SONT FOURNIS PAR DES PRESTATAIRES TIERS INDÉPENDANTS QUI NE SONT PAS EMPLOYÉS PAR UBER OU L’UN OU L’AUTRE DE SES AFFILIÉS.

 

Tout en majuscules.

Le quidam est prévenu. Uber n’a ni véhicules en son nom, ni chauffeurs accrédités et réglementaires (ce n’est pas son problème), ni les moyens logistiques dédiés; et toutes ces personnes qui se font nommer ‘chauffeurs Uber’ n’en sont réellement pas.

L’utilisateur en demande du service de transport est présenté via un algorithme entremetteur à un autre qui – pour arrondir les fins du mois difficile ou pour quelques sous en extra – lui propose de faire affaire.

Uber n’est que l’intermédiaire et l’agent d’encaissement.

 

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Aucun investissement autre que le maintien et le développement de sa plateforme. Aucun risque apparent et majeur à prendre. Tout est externalisé, y compris les bénéfices astronomiques qu’enregistrent l’organisation, à la grande satisfaction d’actionnaires extatiques. 

 

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Puis, si les chauffeurs de taxi ne sont pas contents, ceux qui subissent des contraintes administratives et reglementaires drastiques, qu’ils aillent bien voir ailleurs si Uber y est.

Et Uber y est, bien naturellement.

 

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En outre, puisque Uber est dématérialisé, n’emploie aucun chauffeur, ne gère aucune de ses transactions financières au Canada, la nouvelle lettre dominante des NATU ringardisant les GAFA, pesant environ 50 milliards de dollars US, à la fois partout et nulle part, ne paie pratiquement pas d’impôts. 

Vive la mondialisation, des profits. 

 

Au Canada, toutes les sociétés qui ont un établissement stable sont soumises à des impôts avoisinant les 30%.

Mais grâce à une structure complexe de filiales internationales basées aux Pays-Bas et aux Bermudes, Uber semble être exemptée des impôts sur les revenus qu’elle tire du service UberX.

[…] la filiale néerlandaise Uber BV récupère une commission de 20%. L’argent part ensuite aux Bermudes. En effet, Uber BV appartient à une holding baptisée Uber International CV, simple boîte aux lettres n’employant aucun salarié, qui est immatriculée à la fois aux Pays-Bas et aux Bermudes. 

Rappelons que l’impôt sur les bénéfices est nul aux Bermudes, et de 25% aux Pays-Bas. Mais c’est encore trop pour Uber, qui, pour échapper au fisc batave, utilise une niche fiscale du code des impôts néerlandais.

 

Le chauffeur de taxi montréalais, cet homme à qui l’on demande à coups de remontrance de vivre avec son temps – s’adapter ou crever, homme du passé et du passif tel que le cracherait revanchard Mitterrand à la face de Giscard, lui cet homme-là paie ses impôts au Québec.

Contribuant modestement au maintien du modèle social provincial permettant entre autres choses la gratuité des services publics primordiaux, l’assurance santé, le logement social et un minimum (fragile) de décence humaine.

 

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Les ‘chauffeurs Uber’ qui espéraient échapper à l’imposition sont désormais dans la ligne de mire du gouvernement.

Dès lors, le petit extra serait en fin de compte une couleuvre fiscale à avaler. Uber ne les aidera pas. Ce n’est pas son problème.

 

Ils vivent comme des intermittents du spectacle : ils travaillent à la tâche, attendent qu’on les engage, sont sur un catalogue, et leur salaire varie en fonction des notes que leur donne le public.
Frederic Taddeï

 

Si jamais ils ne sont pas aussi heureux que le chauffeur de taxi montréalais, qu’ils retournent à leur précarité. 

 

Uber peut résilier immédiatement les présentes Conditions ou tout Service à votre égard ou, d’une manière générale, cesser d’offrir les Services ou toute partie de ces derniers ou en interdire l’accès, et ce à tout moment et pour quelque motif que ce soit.

Uber vous accorde une licence limitée, non exclusive, sans droit de sous-licence, révocable et non cessible […]

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Uber, c’est l’horizontalisation, la mutualisation, le collaboratif, comme on sort les poubelles.

Merci bonsoir.

Ainsi toutes ces plates­formes reposent sur le même système:

permettre la rencontre d’une offre et d’une demande en organisant une concurrence dans laquelle une partie des acteurs (qui souvent complètent ainsi leurs revenus) sont prêts à brader le prix de leurs biens ou services parce qu’ils n’ont pas les mêmes contraintes que les acteurs institutionnels (pas de charges sociales, revenu d’appoint).

C’est banco pour les plates­formes rémunérées en commissions et c’ est à terme la paupérisation de l’ensemble des autres acteurs avec la destruction de nombreux emplois et une fragilisation de tout le système social financé par des cotisations adossées sur le travail rémunéré.

 

Alors on comprend aisément pourquoi Uber est porté aux nues.

L’entreprise réalise l’un des plus grands fantasmes du capitalisme sauvage: ne rien risquer, ne rien payer, et ramasser toute la mise. Tiercé gagnant. Bingo. Destination les Bermudes. 

Cela porte désormais un nom: l’uberisation.

Et c’est promis, encore une fois, personne n’y échappera. Ce n’est pas uniquement Fred Cavazza qui le martèle.  

 

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L’uberisation, une fumisterie

 

Uberisation rime avec disruption et paupérisation.

Entre néologisme et barbarisme, sortie tout droit de l’esprit fertile de Maurice Lévy, influent publicitaire et patron de Publicis, papotant dans le Finacial Times, l’uberisation comme tous les mots-slogans calibrés pour un bourdonnement maximal semble être le truc qu’il faut placer quelque part dans une conversation pour montrer que l’on est in, ou pleinement en raccord avec le meuglement ambiant. 

Soit. Uberisons donc. 

 

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En économie, dans les industries, en communication, dans les médias, il est convenu que l’uberisation est disruptive. C’est-à-dire innovante, un changement brutal (une révolution), une rupture, bien plus qu’une optimisation de l’existant (une évolution).

Le terme semble être dérivé de disruption. Et à l’origine, selon son inventeur Jean-Marie Dru, Disruption, dont l’emploi dans la business est récente, est un adjectif qui caractérisait les traumatismes liés à une catastrophe naturelle.  

Tsunamique. L’uberisation, c’est l’avenir.

L’usage des nouvelles technologies (2.0, plateforme) pour mettre en relation des utilisateurs quasi instantanément (géolocalisation), tout en réduisant presque à néant les coûts de revient (investissements, dépenses, risques, etc.), et au final, enregistrer des bénéfices faramineux par une sorte de mondialisation des revenus (rebondissant partout dans le monde en transitant d’un paradis fiscal à un autre). 

 

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L’uberisation est collaborative, sans être participative.

 

L’ économie collaborative ou économie participative : Le principe est de participer au design de nouveaux produits, à l’exemple de Wikipédia. Le mode de fonctionnement y est décentralisé, horizontal et s’organise sans coordination hiérarchique. L’économie collaborative se caractérise par une absence de transaction effective (vente de produits).

 

Ce qui signifie permettre la mise en contribution des utilisateurs, des acteurs, en leur offrant un outil de mutualisation.

Les infrastructures dites lourdes sont rasées (trop coûteuses) pour faire place à la digitalisation massive, la collecte orwellienne des données, l’absence d’horizontalité hiérarchique (les utilisateurs n’ayant aucun contrôle sur les cadres de la collaboration), et l’inexistence du pacte social.

 

L’automatisation croissante, allant avec le numérique jusqu’aux tâches managériales, permet l’émergence d’un modèle mécanique.

Celui-ci consiste en un donneur d’ordres, commandant par machines interposées une myriade d’individus avec lesquelles il n’a aucune relation humaine.

Ces individus n’ont aucune compétence particulière et sont comme des caractères d’imprimerie, spécialisés mais interchangeables.

 

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Le collaboratif uberien est une fumisterie.

 

 

« Economie collaborative », le terme sonne bien.

On imagine une communauté d’utilisateurs, soudée, qui s’envoie de jolis messages pour partager des biens ou s’offrir des services. Tout cela orchestré par une jeune start-up à l’esprit tellement cool.

La réalité, ce sont des entreprises capitalistes comme Uber, Airbnb, Blablacar, valorisées à plusieurs milliards de dollars et avec pour objectif principal : gagner de l’argent le plus vite possible.

 

Parce qu’elle sous-entend que la communauté des usagers a un quelconque pouvoir sur  l’entreprise, qu’elle est partie prenante – puisque ‘bottom up’, co créatrice – de l’organisation, alors que dans la réalité elle est sans liens de pouvoir ou juridiques.

 

Le bénévolat médiatique est une arme à double tranchant : ainsi, lors de la vente du Huffington Post à AOL, un certain nombre de bloggeurs ont demandé une part de la vente,estimant être la valeur du journal en ligne.

La stratégie de défense du journal, bien connue dans l’univers des UGC, a été de se défausser sur un donnant donnant : les contributeurs ne sont pas payés en nature, mais en exposition.

 

On dira, après tout, c’est du donnant-donnant. Effectivement. Et cela traduit avec limpidité l’état de déliquescence morale qu’a engendré la Troisième Révolution Industrielle et sa promesse d’un capitalisme distribué, aux 1%.

 

Le rapport sur les inégalités d’Oxfam révèle que le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde dépasse désormais celui des 99% restants.

L’ONG appelle les participants au Forum de Davos à se mobiliser contre les paradis fiscaux qui privent les États de ressources importantes.

 

Promesse tenue donc. 

 

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Si l’uberisation n’est pas une économie collaborative prise dans le sens de corporative, solidaire et sociale misant sur une communauté d’utilisateurs qui souscrivent à des parts sociales, jouissant de droits reconnus, discutés, négociés, ou protégés, et participant à la gouvernance de l’organisation par l’influence concrète sur sa structure, qu’est-elle au final?

Une évolution sans être une révolution.

Un changement sans être un progrès.

La mutation d’un paradigme fondé sur la vente directe aux clients vers un autre où l’intermédiaire permet la rencontre des parties grâce à la technologie, prélevant sa commission au passage.

Encore là, à part l’immédiateté, rien de nouveau sous le soleil (cf. Airbnb, Blablacar, etc.). 

 

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Ce qui est extraordinaire. C’est la rapidité avec laquelle cette uberisation louée et acclamée avec tant de ferveur religieuse veut dynamiter les derniers remparts sociaux contre l’hypercapitalisme sous un vernis faussement sharing mimant – c’est le plus ironique ou audacieux – le marxisme.  

 

L’invention de la sharing economy – ou sa publicité – tient beaucoup au succès de deux plateformes : AirBnB et Uber. AirBnB permet de louer son logement, tandis qu’Uber est un service de taxi.

Mais ce « partage » de la ressource n’est ni plus ni moins que la location personnelle d’un bien, voire de soi. Rien de partagé, et rien de nouveau : il y a ici juste une substitution d’une activité autrefois dédiée à l’entreprise par une activité individuelle, sans le cadre réglementaire existant.

De fait, l’individu s’exonère de toutes les contraintes liées à une activité professionnelle : impôts et taxes, assurances, contrats préexistants, qu’ils soient de droit public ou privé.

Cette irresponsabilité est industrialisée par des plateformes qui s’enrichissent sur une économie grise; elles ne sont pas les donneurs d’ordre, et ne sont donc pas impliquées dans les atteintes au corps social. Comme l’indique un article récent de Fortune, si les attentes d’un site de « partage » comme Sidecar se réalisent, alors les Etats-Unis perdraient 23 milliards de dollars en taxes issues de ce marché.

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Quid de l’uberisation des médias

Fred Cavazza offre quelques pistes de réflexion, quelques fois dans un grand fouillis, ou une certaine précipitation. De la digitalisation de la presse à un nouveau modèle économique (la fin des bannières publicitaires, l’émergence de la publicité native, l’impact des adblockers) en passant par les médias collaboratifs (des pure players, des contenus adaptés à la communauté, social content, profilé, etc.).

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L’approche n’est pas inintéressante, loin de là.

Seulement, peut-être souffre-t-elle d’un emballement, certes légitime, mais qui touche une multiplicité de sujets, plus ou moins complexes, qui n’ont pas toujours la même portée, et qui semblent avoir été regroupés sous la même appellation. Sans doute à des fins pratiques. Fred Cavazza n’ecrit pas une thèse, ou un essai. C’est tant mieux. 

Les règles d’un billet de blogue sont assez connues pour les rappeler. Certains y dérogent (voir le blogue de Jeanne Emard). D’autres y tiennent mordicus. C’est comme ça. Et c’est tout le charme du blogging

Ce qui est certain c’est qu’à force de faire dans la concision on en arrive à une pensée famélique, passant à côté des interrogations aussi larges que l’uberisation des médias. Pour n’être plus qu’une sorte de fourre-tout énumérant des phénomènes sans vraiment éclairer sur l’enjeu.

 

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On lit et on se demande en quoi les médias sont uberisés? Qu’est-ce que cette uberisation des médias qui manifestement a peu de choses dans sa nature à voir avec l’uberisation économique? 

 

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Fred Cavazza d’entrer de jeu le dit sans fards, l’uberisation des medias c’est la transformation digitale qui elle-même n’est pas nouvelle (le minitel en est un des précurseurs, les dinosaures d’entre nous savent de quoi il s’agit – Remember le  3615 ulla). 

Dans le contexte médiatique, l’uberisation des medias se resume en trois points essentiels :

-la fin de la domination des plateformes de distribution de contenus 

-l’arrivée tonitruante des adblockers

-l’apparition de nouveaux entrants disruptifs (bien naturellement)

Une transformation qui force une redistribution des cartes, une modification des rapports de force et une recherche de nouveaux modèles de croissance (le consommateur n’est plus une cible marketing en tant que tel, il est dorénavant le levier potentiel à la croissance de l’entreprise). 

 

 

Donc, l’uberisation des medias, c’est la digitalisation des medias (développement des technologies) et l’évolution du modèle traditionnel vers un concept à la fois relevant du social marketing, de la communautarisation et la robotisation des contenus, de la mutualisation (l’optimisation de l’usage sans la liberté d’agir sur le cadre), l’avènement d’un nouveau type de ‘travailleur’ (douillettement qualifié d’indépendant pour dire précaire, qui prend tous les risques sans être convié à la table des profits; travailleur dérégulé extrait du corporatisme et libéré de tous ces liens qui sont considérés comme une entrave insupportable au libéralisme du marché), etc. Etc. 

 

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L’uberisation des medias, c’est tout ça, et en même temps rien. Nullement révolutionnaire, dans le sens de disruption. Fred Cavazza l’avoue lui-même :

 

J’insiste sur le fait que nous assistons ici à un phénomène d’évolution naturelle, il n’y a pas de perdants ou de gagnants, simplement un environnement concurrentiel qui évolue.

 

Tout dépend de ce que l’on comprend par gagnants et par perdants.

Les GAFA qui oligopolisent le marché technologique en rachetant à tour de bras toutes les startups constituant une menace à leur prédominance ne sont sans doute pas de grands perdants de cette nouvelle étape de la Troisième Révolution Industrielle (la communication en réseaux dématérialisés- l’Internet).

On ne peut en dire autant du chauffeur de taxi montréalais, du journaliste, du col bleu, de l’ingénieur, du médecin, de l’avocat, etc., futurs uberisés.  Ou serait-il approprié de dire bientôt hypercapitalisés?

 

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Alors l’uberisation? Hypercapitalisation disruptive.

Une fumisterie. Et c’est euphémique. 

 

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8 commentaires sur « L’uberisation est une fumisterie »

  1. « Aucun investissement autre que le maintien et le développement de sa plateforme. Aucun risque apparent et majeur à prendre.  » D’après moi le fait que la compagnie s’engage à protéger tous les chauffeurs affiliés et leur voiture veut dire qu’elle sait que plusieurs risques existent et qu’elle est prête a les affronter.. Un plaisir de te lire, le ton sarcastique est très divertissant

    J'aime

    1. Merci pour votre commentaire, il me permet de clarifier un point.

      C’est que Uber ne s’engage pas à ‘proteger’ les chauffeurs (qui ne sont que des utilisateurs et non des ‘affiliés’ – juridiquement c’est important), encore moins leur voiture.

      Oui Uber est consciente des risques et les fait porter aux utilisateurs (les assurances que l’organisation propose à ses utilisateurs sont si particulières que les autorités publiques conseillent vivement aux ‘chauffeurs Uber’ de se tourner vers leur propre assureur). Je crois que je l’évoque (peut-être trop vite) dans le billet.

      Merci encore une fois pour ta judicieuse remarque et au plaisir de te lire bientôt.

      J'aime

  2. Article intéressant. C’est vrai le «phénomène Uber» prend de plus en plus d’ampleur parce qu’il est adapté à la réalité 2.0; il fonctionne comme un outil libre-service et nous épargne des pertes de temps inutiles. Je pense que son ascensiion s’en ira encore plus grandissante et aussi il coûte moins cher que les taxis réguliers.

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