Lise Thériault, la Condition féminine n’est pas un féminisme. Du tout.


L’ancienne responsable de la sécurité publique provinciale, mutée à la Condition féminine, n’aime pas le féminisme, ou n’y comprend rien. Le doute subsiste.

De toutes les façons, elle le fait savoir.

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Lise Thériault, la ministre de la Condition féminine, a le secret des sorties médiatiques fracassantes.

Après ses larmes publiques devant le scandale des femmes autochtones, du mensonge, et sa mise au vert forcéeprolongée par son patron, elle nous revient plus en forme que jamais. 

 

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Depuis la fin du XIXe siècle, les Canadiennes se sont regroupées pour redéfinir leur place dans la société et pour exiger égalité et justice. Par des moyens juridiques et politiques, le mouvement féministe leur a permis d’obtenir une certaine égalité formelle.

 

L’ancienne responsable de la sécurité publique provinciale, mutée à la Condition féminine, n’aime pas le féminisme, ou n’y comprend rien. Le doute subsiste.

De toutes les façons, elle le fait savoir. 

 

Son approche envers la cause des femmes se veut beaucoup plus pragmatique que théorique, plus terre à terre que militante, plus individuelle que collective.

Son style s’apparente à celui d’un motivateur. Le conseil de la vice-première ministre aux femmes est le suivant: «Tu veux prendre ta place? Faire ton chemin? Let’s go, vas-y!».

 

Puis, elle rajoute:

 

Je suis beaucoup plus égalitaire que féministe.

 

Donc pour résumer:

-le féminisme est plus théorique que pratique,

-plus militant que terre à terre,

-plus collectif qu’individuel.

En outre, avec son appel à l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, de la question des quotas, le féminisme est, finalement, contraire à la méritocratie.

 

« Il faut faire attention de ne pas tomber dans le piège de présenter des femmes pour présenter des femmes. »— Lise Thériault, ministre de la Condition féminine

 

L’on le sait, une femme qui en a et qui en veut, vraiment, peut y arriver.

Elle n’a pas besoin d’une politique incitative à une meilleure représentativité de genre dans l’organisation sociale.

Nul besoin de contraindre le boys club, seuls l’effort, le travail, l’abnégation suffisent. 

Let’s go, vas-y!

 

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C’est une manière de voir. Mme Lise Thériault, coach personnel ou motivateur, est une femme qui sait de quoi elle parle.

Partie de rien ou presque, elle s’est construite toute seule, à force de gnaque, d’énergie et de dynamisme.

Elle en a bavé, entre les attitudes imbéciles et la présomption de stupidité, Mme Thériault a guerroyé farouchement pour être invitée dans les fumoirs cossus de l’Assemblée nationale, et prendre place à la table du Premier ministre.

C’est une self-made woman, une combattante, une dur-à-cuire. Qui peut pleurer lors d’une conférence de presse. Qui peut péter un câble durant le conseil ministériel. Et se faire suspendre illico presto.

Mme Thériault n’est pas un homme. Elle n’est pas M. Yves Bolduc, ses maladresses chroniques et ses rémunérations multiples.

 

En juillet 2014, des médias rapportent que pendant les 19 mois où il a été député dans l’opposition, Yves Bolduc aurait pratiqué la médecine et pris en charge environ 1 500 patients, touchant ainsi environ 215 000 dollars canadiens en incitatif salarial et 151 000 $ en salaire d’omnipraticien en plus de son salaire de député de 89 950 $.

 

Elle n’est pas M. Sam Hamad l’inventeur de la roue à trois boutons et du très Confucius: Il ne faut pas s’asseoir sur nos oreillers. Sans parler ces quelques autres : 

 

Mme Thériault est juste une femme qui ne connaît pas le plafond de verre, qui l’a pulvérisé par son travail, sa persévérance, sa réussite.  

Ainsi, lorsqu’elle hérite de la Condition féminine, pour son grand retour au boys club gouvernemental, elle a pu se sentir désemparée, comme on nommerait un vétérinaire à la tête du service de neurochirurgie. 

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Non seulement le premier ministre n’a pas respecté sa promesse électorale d’atteindre 40 % de femmes au sein du Conseil des ministres, mais une analyse fine révèle également que les ministres femmes actuellement en poste ne gèrent en fait que 9 % des dépenses du Québec.

« Il y a longtemps que les femmes ont détenu si peu d’influence au sein d’un gouvernement québécois », a déploré mardi la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, dans une lettre adressée au premier ministre Philippe Couillard.

Mme Lise Thériault, Vice-première ministre, ministre responsable des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Allègement réglementaire et du Développement économique régional, ministre responsable de la Condition féminine et ministre responsable de la région de Lanaudière.

 

La Condition féminine dans mon titre ministériel? Philippe

 

Paraît que c’est bon pour l’image… Tu peux en dire deux trois mots, tu vois pour montrer que les femmes l’égalité ce n’est pas seulement Trudeau… 

 

Mais Philippe, personne n’ m’écoute plus, comment je fais? 

 

Beh, dis n’importe quoi… Comme Sam, tu vois il s’en sort pas mal… 

 

Okay boss! 

 

Voilà, ceci explique cela.

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La Condition féminine peut-elle être non féministe? 

C’est comme si on se demandait si le Capitalisme peut-il être autre chose que la propriété privée et la réalisation des profits?

C’est aussi possible que Wall Street se convertisse au léninisme.  MacCarthy est mort, et avec Bernie Sanders être un sociolo gauchiste ne mène plus à la chaise électrique.

Encore que, rien n’est moins sûr. Hillary n’a pas dit son dernier mot.

 

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Quelques fois, l’impossible n’est rien. Il suffit de faire les contorsions intellectuelles qu’exige l’exercice. 

C’est sans doute ce à quoi s’est adonnée Mme Thériault. Et ce n’est pas joli joli. 

 

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Pourrait-on lui expliquer que la Condition féminine est étroitement liée aux mouvements d’émancipation de la femme?

Qu’il n’est nulle nécessité de réfléchir longtemps pour comprendre que son portefeuille ministériel est un symbole de la reconnaissance des luttes féministes qui ont marqué l’histoire de la société québécoise? 

Qu’au-delà de la symbolique, la Condition féminine est un engagement permanent rappelant que malgré les progrès réalisés la femme égale véritable de l’homme, ce n’est pas toujours une évidence?

 

Faudrait-il en une minute faire comprendre à Mme Thériault que le mouvement féministe n’existe pas, qu’il y a le féminisme et ses différentes manifestations regroupées en de nombreuses factions comme il y aurait le libéralisme et sa multitude de courants?

Que le féminisme c’est autant les Femen, les Pussy Riot que Emma Watson, comme le libéralisme c’est M. Philippe Couillard et son cabinet sous-représentatif des femmes mais c’est aussi M. Justin Trudeau et la parité gouvernementale?  

 

Que Mme Thériault le veuille ou non la Condition féminine est un féminisme.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de sémantique, de théorie.

Il est question d’âpres batailles menées par des féministes déterminées pour que Mme Thériault puisse avoir l’opportunité de voter, de se présenter à une élection, de jouer le rôle qu’est le tien dans la sphère publique, de pouvoir se prévaloir d’une égalité constitutionnelle.

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Et lorsque Mme Thériault déclare qu’elle croit :

 

Encore une fois, Mme Thériault passe à côté du sujet et de l’importance historique de sa responsabilité ministérielle.

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Le ministère de la Condition féminine, qu’est-ce que c’est que ça? 

Le ministère de la Condition féminine est celui de la déconstruction sociale de la représentation de genre. Celui qui est en charge de porter le discours gouvernemental dans les lieux où le féminin n’est pas invité et ne vaut pas autant que le masculin.

Celui qui se doit d’élaborer des politiques publiques incitatives, d’éducation et de sensibilisation s’opposant aux images traditionnelles de la femme dans le patriarcat. Celui qui propose des moyens d’inclusion dans un  objectif de normalisation.

Le ministère de la Condition féminine n’est pas un ministère de l’individu, ni uniquement celui de la réduction de l’écart hommes-femmes aux postes de commande. Il va bien au-delà, plus en profondeur.

 

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Et ce n’est pas tout à fait un hasard si en même temps que Mme Thériault s’occupe de la Condition féminine qu’elle ait la responsabilité des PME (Petites et Moyennes Entreprises) ainsi que celle du développement économique régional.

La promotion de l’entrepreneuriat au féminin, de cheftaines d’entreprise, de dirigeantes économiques et de modèles de réussite qui puissent inspirées des générations qui – malgré leurs efforts constants et démesurés (tout le monde n’a pas la chance de Mme Thériault) – se heurtent souvent violemment au plafond de verre. 

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Ainsi,  Mme Thériault semble ne pas saisir la nature de ses responsabilités et le fait qu’elle soit tributaire d’un engagement féministe passé et présent.

Mais est-ce si étonnant de la part d’une libérale?

Doit-on souligner que libéralisme et féminisme n’ont été en amour, des amants bécotant sur les bancs publiques? Que la sacralité libérale de l’individu était d’abord celle du citoyen, de l’homme?

Même si quelques fois ils ont entretenu des liaisons dangereuses, le libéralisme et le féminisme se sont toujours regardés en chiens de faïence, au point que les Lumières ne résistèrent à la tentation de confiner  la femme à l’espace domestique.

Sans parler des Patriotes québécois concevant  une République des hommes dans laquelle la femme s’occupait des paisibles soins de la famille et du ménage, exclue mais respectée, dont la fonction naturelle était de procréer et de seconder son époux. 

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La Condition féminine, l’émancipation de la femme et le féminisme: indissociables

 

La Condition féminine c’est la position de la femme dans les rapports sociaux de sexe. Autrement dit, le traitement de la construction sociale d’un statut bien particulier au genre féminin.

Comme le souligne Michelle Zancarini-Fournel :

Ainsi, elle est révélatrice  de ces ‘normes’ et ‘injonctions quotidiennes’ qui participent de la disparité de genre faisant de l’homme, le mari, le chef et le bon père de famille, dépositaire de l’autorité, pendant que la femme reste soumise à la volonté de son époux

 

 

Egalement, elle est dénonciatrice de l’institutionnalisation de l’infériorité de la femme, moins qu’un Deuxième Sexe: le sexe faible.

A tel point qu’osant le parallélisme marxiste Engels écrit:

 

Dans la famille, l’homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du prolétariat.
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La Condition féminine, plus qu’un ministère, c’est une prise de conscience de l’importance de la femme dans le développement de la société.

Une importance qui n’est pas celle de la procréation ou des tâches domestiques, mais de leur participation effective tant économique que sociale, dans la gestion publique des affaires de la Cité. Ce qui n’est pas toujours un automatisme. 

C’est tout le sens de la définition de l’ONU et de lUNIFEM:

La Condition féminine est la situation spécifique et défavorisée des femmes […].

Dès lors, pour les mouvements d’émancipation de la femme, la Condition féminine devient un moyen d’analyse du déséquilibre dans l’égalité homme-femme et un outil de résolution de cette situation.

Ce qui définit d’une manière singulière la situation de la femme, c’est que, étant comme tout être humain, une liberté autonome, elle se découvre et se choisit dans un monde où les hommes lui imposent de s’assumer comme l’Autre […]
Le drame de la femme, c’est ce conflit entre la revendication fondamentale de tout sujet qui se pose toujours comme l’essentiel et les exigences d’une situation qui la constitue comme inessentielle.
Comment dans la condition féminine peut s’accomplir un être humain ? Quelles voies lui sont ouvertes ? Lesquelles aboutissent à des impasses ? Comment retrouver l’indépendance au sein de la dépendance?

C’est le propre d’une responsable de la Condition féminine de se poser de telles questions. Et cela la contraint à regarder avec lucidité que l’énergie, la volonté, sont largement insuffisantes.

Parce que ces dernières ne répondent guère par exemple à la réalité salariale qui fait que pour le même rendement, la même productivité les femmes sont toujours en termes de revenus  aussi mal traitées comparativement aux hommes. La motivation et la détermination ne suffisent pas à une véritable équité salariale

Parce que celles-ci n’ont aucune emprise sur le fait qu’une femme qui tombe enceinte ou qui a la charge de sa famille se voit fermer des portes donnant à la reconnaissance et l’avancement professionnels.

Obligée de faire le choix entre la carrière et le désir de maternité,  à qui l’on offre gentiment l’éventualité de congeler ses ovules pour qu’elle puisse tout consacrer à l’entreprise et à la performance, comme un homme. La virilité du leadership. 

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Parce que :

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En somme, on ne conseillera pas à Mme Lise Thériault d’ouvrir le dictionnaire, de se plonger dans un peu d’histoire, d’aller en autres choses au Musée McCord afin de s’imprégner du caractère indissociable de la Condition féminine, du féminisme et de l’émancipation de la femme.

Ce serait mal venu, mal interprété et vain. 

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La sortie médiatique de la ministre libérale n’est pas l’expression d’une hébétude.

Au contraire, c’est une attitude cohérente avec les fondements du libéralisme  et sa relation avec le ‘genre féminin’, citoyen passif et secondaire. 

 

Mme Thériault ne dit que ce que pense sa famille politique et ce que lui dicte son allégeance idéologique. C’est légitime, même si cela peut décrocher les mâchoires

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Et il n’est donc pas étonnant de la part de Mme Thériault que les coupures budgétaires imposées au Conseil du statut de la femme, la fermeture de ses bureaux régionaux, de la réduction des moyens du Secrétariat à la Condition féminine, soient finalement en adéquation avec sa volonté de tourner une page du passé, des années 1970 et de la Révolution tranquille, ne correspondant plus aux enjeux  d’aujourd’hui, parce que les gens ont évolué.

Les gens ont évolué. C’est réel. Majoritairement, au Québec comme partout ailleurs, ils continuent à décider entre hommes, dans la quiétude de l’entre soi masculin.

Les libertés, l’égalité, c’est beau. Quand vient l’heure des vraies affaires:

Mes dames, veuillez nous excuser…

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On pourrait penser comme Mathieu Charlebois que Mme Thériault souffre du Syndrome de Stockholm, mais ce serait trop facile. 

Et on ne pourrait rien dire de plus sans être traité de misogyne. Ironiquement. 

Alors, on va laisser faire.

Et attendre sa prochaine mise au vert, la partition féministe qu’elle et ses acolytes joueront pour montrer comment le monde politique est un gros salaud, malotru, sexiste, rétrograde.

Tout le monde aura oublié que pour Mme Lise Thériault n’est pas une féministe, juste un individu fonceur, n’ayant peur de rien ni personne, et prête à sortir les griffes

Superbe. 

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