Les Africains, ces sauvages qui ne connaissent pas Facebook


L’Afrique est un drôle de no man’s land.

Pas d’Internet. Pas de 2.0. Pas d’iPhone, d’iPad, de MacBook, de Galaxie. Pas de Facebook et ses abrutissants nouveaux emojis. Pas de Like & Share. Pas de Snapchat. Pas de Twitter, d’Instagram. Surtout pas de Tinder.

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— […] Vous savez, pour la majorité des Américains, l’Afrique n’est qu’un village géant plein de SIDA, de huttes et d’enfants qui meurent de la famine, « que vous pouvez aider pour seulement 5 centimes par jour ! ». Mais il y a une toute autre face de l’Afrique, que vous ne voyez jamais.

— Oui, comme cette vidéo sur YouTube, où un lion chassait un buffle, et un crocodile surgit et l’attrape, c’est trop cool !

Dialogue-sketch entre Jon Stewart et Trevor Noah, dans The Daily Show, décembre 2014

 

L’Afrique est un drôle de pays.

On y parle une drôle de langue, l’Africain. Les gens semblent avoir abusé du bronzage. Ils se promènent vêtus de cache-sexe, vivent dans la brousse, dans la forêt, avec les lions, les éléphants, les girafes, les antilopes, parlent aux arbres, vouent un culte aux pierres, croient aux forces de l’esprit, se réclament de l’animisme, et communiquent encore à l’aide du tam-tam.

 

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L’Afrique est un drôle de village.

Il y fait sombre la nuit, ensoleillé le jour, il pleut de l’eau, il tempête du vent. Les gens rient quand ils sont heureux, pleurent quand ils sont malheureux, mangent quand ils ont faim, et vont déféquer quand le besoin se fait pressant. Et c’est vraiment étrange, ça sent pareil qu’ici. 

 

 

L’Afrique est un drôle de cimetière. 

Il n’y a pas de lumières, ni d’eau potable. Il n’y a pas de gratte-ciels, ni de routes. Quelques sentiers à peine visibles dans la broussaille. Des déserts chauds où les dromadaires crèvent de soif. Des touaregs qui sont un peu comme les clochards à la sortie de Berri-Uqam, traînant ici et là, nomades de la misère croisant les colonnes de zombies qui vont d’un pas décidé se noyer dans la Méditerranée. Ou finir esclaves dans les nouveaux champs de coton –  au-delà des murailles barbelées de l’Occident – qui approvisionnent le low cost alimentaire de la Western Civilization, la modernité misérabiliste

 

 

L’Afrique est un drôle de zoo.

Les singes sont bipèdes, bouffent des bananes, ont de grosses lèvres, sentent mauvais, ont un gros sexe et ont plusieurs guenons. Les guenons sont aussi bipèdes, bouffent des bananes, ont de grosses lèvres, sentent mauvais, ont un gros cul et… un seul singe. What did you expect? Faut quand même pas déconner.

Quand ils sont contents ils poussent des cris bizarres, s’enlacent, se font tactile, se lancent des Bro!, des Sister!, des yo!, font de larges sourires qui laissent entrevoir une dentition ivoire phosphorescente, comme pour signaler de leur présence dans l’obscurité. Parce qu’ils n’ont pas d’électricité.  Et les bougies, ça coûte cher. 

Ils ne sont pas très intelligents, ni très cultivés, faut leur parler avec le langage des signes, ou des singes – c’est selon, et leur drôle d’accent est incompréhensible. Leur culture est primitive, car ils ne connaissent pas Dvorak, Chopin, Stravinsky, Karajan, Strauss. Ils ne savent pas apprécier un Modigliani, un Jackson Pollock et ses drippings all overiens, un Vlaminck, un Cézanne, ou un Matisse. Ils ont du folklore dans l’ADN, du rythme dans le sang, mangent avec leurs doigts dans un grand bol déposé à même le sol.

Et comme Sarkozy l’a dit:

 

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire.

Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

 

Sarkozy aime l’Afrique. Son fric. Ses dictateurs. Un peu moins sa jeunesse, casse-couille, grande gueule, profiteurs de l’Occident, qui empêchent la Françafrique de faire le plein de pognon.

Bien sûr, c’est n’importe quoi. La Françafrique roule à plein pot. Et comme qui dirait:

 

Y a comme un goût d’Afrique dans les caisses de la France

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L’Afrique est un drôle de no man’s land.

Pas d’Internet. Pas de 2.0. Pas d’iPhone, d’iPad, de MacBook, de Galaxie. Pas de Facebook et ses abrutissants nouveaux emojis.

Pas de Like & Share. Pas de Snapchat, l’auto-correcteur a suggéré Natacha, Goldman sort de ce corps.

Pas de Twitter, d’Instagram. Surtout pas de Tinder. C’est peut-être mieux ainsi. Les Africains ce n’est pas George Clooney. Avec leur nez épaté comme des phacochères, leurs narines comme des lunettes de soleil. Ebola. Tinder, pour eux, serait (très) inutile. 

 

 

— Pour être honnête, je suis un peu nerveux, parce qu’entre votre police et votre Ebola…

— WOHOHOH, « Notre » Ebola ? Vous vouliez dire « Votre Ebola », à vous, les Africains !

— Non non, SUD-Africain. Nous n’avons pas eu un cas d’Ebola depuis plus de 18 ans, en Afrique du Sud ! Et d’ailleurs mes amis m’ont mis en garde, ils m’ont dit « Trevor, ne va pas aux États-Unis, tu risques d’attraper Ebola ! » et je leur ai répondu « Non les gars, ce n’est pas parce qu’ils ont eu un ou deux cas d’Ebola qu’il faut couper le trafic aérien vers tout le pays, ce serait de l’ignorance pure et simple », n’est-ce pas, Jon ?

— Oui… Ce serait… de l’ignorance… C’est vrai qu’on a tendance à oublier que l’Afrique du Sud n’est pas juste à côté du Libéria !

— Oui, il y a 4 000 miles de distance.

L’homme africain n’est pas assez rentré dans Facebook

 

L’homme africain est extraordinaire.

Il est capable de faire la guerre, des génocides, des attentats terroristes, kidnappés des enfants, violer des femmes, piller des existences, mourir de faim sous l’œil d’une caméra occidentale excitée par tant de sensationnalisme, tout en étant connecté sur Facebook.

C’est un sacré bonhomme.

 

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Cela vaut bien un selfie avec Mark Zuckerberg, cet autre homme qui veut maintenir l’Africain connecté au XXIe siecle.

 

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Merci Mark. C’est sympa.

 

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L’Afrique fébrile était dans une attente messianique, priant que Facebook a giorno apparaisse pour se développer, avoir une jeunesse éduquée, ambitieuse, moderne et innovatrice.

 

 

VÉRONE MANKOU, LE « STEVE JOBS » CONGOLAIS

Vérone Mankou est l’un des jeunes voltigeurs de cette Afrique désormais en marche. Il a vingt-sept ans. Il est le président-fondateur de la société congolaise VMK (« Vou MouKa », soit « Réveillez-vous », en dialecte kikongo, version SMS), créée en 2009. Une sorte d’ovni du secteur des télécoms dans son pays.

Il est aussi le père de la première « tablette » africaine, la Way-C, lancée en décembre 2011, du premier smartphone africain, Elikia (« Espoir » en lingala, la langue nationale du Congo), mis sur le marché fin 2012, et de l’Elikia Mokè, un portable polyvalent plus usuel, sorti en septembre dernier et déjà le plus acheté au Congo, selon son concepteur.

Ce missionnaire en guerre contre la fracture numérique a vite été repéré sur le continent. Dès 2011, il recevait à Abidjan le prestigieux Africa Telecom People Award pour « la meilleure initiative privée ».

En 2013, « Forbes » le classait dans le Top 30 des « meilleurs entrepreneurs africains de moins de 30 ans », et l’hebdomadaire économique et financier « Les Afriques » le plaçait dans son Top 12 des « hommes de l’année en Afrique ».

Des projets plein la tête, le « Steve Jobs africain » ne va visiblement pas s’arrêter en si bon chemin.

 

Non. Avant Facebook, Google, et les autres, l’Afrique c’était le Moyen-Âge.

Et encore.

On bloguait sur des tablettes d’argile, sous le ciel étoilé, la nuit tombée près du grand feu, avec une voix ancestrale contant les fantasmagoriques histoires de Soundiata Keïta et de Chaka Zoulou.

Tout ça, c’est terminé. Le vieux est abandonné dans un mouroir que l’on nomme pudiquement résidence pour personnes âgées. Ses histoires font l’objet d’un billet posté sur blogspot ou wordpress, intercalé dans la newsfeed entre les 10 meilleures bottes-trending-chic lorsqu’il y a une tempête avec 50 cm de neige et les 5 meilleurs prénoms que portent les personnes sexy

 

Linda Ikeji, une nigériane de 35 ans, la blogueuse africaine qui vaut 10 millions de dollars

Grâce à son blog hébergé par la plateforme blogspot.com, cette jeune femme est l’une des personnes médiatiques les plus importantes du Nigéria.

Fait étonnant, elle n’a même pas de nom de domaine attitré […]. 

Son blog, Linda Ikeja Blog, cité par la presse américaine, CNN ou MSN, entre autres, fait le buzz tous les jours avec des visites conséquentes.

Linda Ikeji en chiffres:

Il y a ici son interview en audio sur BBC http://www.bbc.com/news/world-africa-19722763

Toute son histoire ici en anglais http://www.wealthresult.com/2015/01/linda-ikeji.html

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L’Afrique et l’Internet: no signal (?)

 

Tout le monde sait que l’Afrique est un bloc uniforme. Comme l’Amérique ce sont les Etats-Unis. Le Canada, le 51e Etat américain.

Et l’Amérique du sud, rien. Sauf si on veut un peu d’exotisme pas très onéreux, faire quelques photos pour Instagram, Facebook (c’est du pareil au même) comme un doigt d’honneur à tous ces friends & followers caillant là-bas au Québec, cet irréductible village gaulois, sous -30 degrés Celsius, sans humidex. 

 

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On aura beau essayé de le répéter un million de fois que l’Afrique est un mythe, tout le monde n’en a cure. En plus, TVA nouvelles dit le contraire, alors…

Pourtant, il n’y a pas une Afrique, mais plusieurs.

Celle de Marrakech n’est pas celle de Tripoli, celle de Cotonou n’est pas celle de Dakar, celle de Luanda n’est pas celle de Bamako, celle de Yaoundé n’est pas celle de Kinshasa, etc.

Et en termes de connectivité, de vulgarisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), certains pays sont moins bien lotis que d’autres. A peu près comme Montréal est plus 2016 que Natashquan est un hors-monde projeté hors du temps. 

 

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En 2000, on comptait environ 5 millions d’africains connectés à l’Internet, en 2011 ils étaient presque 140 millions.

De plus, 70% d’entre eux utilisaient leur téléphone portable pour se connecter et environ 57% fréquentaient les cyber-cafés.

Sans oublier qu’aux alentours de 460 millions de clients africains, fin 2011, se connectaient exclusivement via l’internet de leur téléphone portable, soit la deuxième région au monde devant l’Europe et les USA.

 

L’Afrique a précédé le reste du monde dans le passage de la téléphonie fixe vers la téléphonie mobile, indique un rapport de l’Union internationale des télécommunications.

L’histoire récente offre peu d’exemples d’adoption aussi rapide de la téléphonie mobile et d’innovation aussi profonde […].

André-Michel EssoungouLa fièvre des médias sociaux gagne l’Afrique, Afrique Renouveau, Organisation des Nations Unies (ONU), décembre 2010, p.3

 

En novembre 2015, selon l’Internet World Stats, le continent africain dans sa globalité comptait environ 331 millions d’utilisateurs de l’Internet, soit plus ou moins 10% de la population mondiale, dont quelques 124 millions de facebookers.

Fin 2014, le taux de pénétration de l’Internet en Afrique avoisinait les 13.5%, un an plus tard il est de 28.6%. L’évolution est exponentielle. 

 

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Comparativement, en Amérique du nord (Etats-unis et Canada), le nombre d’utilisateurs de l’Internet est d’environ 314 millions, dont 213 millions de facebookers.

En Amérique du sud, c’est 249 millions d’utilisateurs et 210 millions de facebookers.

En Amérique centrale (Mexique, Guatemala, Honduras, Costa Rica, etc.), c’est 78 millions, avec 76 millions de facebookers

 

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En Europe, c’est 604 millions d’utilisateurs de l’Internet, dont 309 millions de facebookers

 

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Il est important de remarquer que l’Afrique, encore une fois prise dans son ensemble, c’est plus d’un milliard d’habitants dont la moitié est Millennials, et en 2013 elle comptait environ 200 millions de jeunes âgés de 15-24 ans. 

Si la tendance se maintient d’ici la fin du siecle 40% de la population mondiale sera africaine

 

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Maintenant, vous vous dîtes:

Mon Tabarnak! On va se faire envahir par tous ces osties d’importés!

Pas de panique.

Sortez. Allez faire un tour. Respirez. C’est peut-être vous qui migrerez en Afrique. 

En effet, le XXIe siècle sera probablement africain. La firme Deloitte, l’une des Big  Four, va jusqu’à parler de Marché du XXIe siècle.

 

Le continent africain est la deuxième région économique à la croissance la plus rapide, derrière l’Asie.

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Traditionnellement à la traîne des statistiques, le continent, pétri de valeurs qualitatives dégagées des obsessions arithmétiques, compterait-il enfin dans les batailles de chiffres ? À droite, l’Afrique bande fièrement le biceps d’une croissance économique qui la propulse au rang d’eldorado fantasmatique.

 

Il est à préciser que si le continent africain compte plus d’utilisateurs de l’Internet que le Canada et les Etats-Unis réunis, cette donnée doit être relativisée proportionnellement au poids démographique de chacune des zones géographiques.

Ceci dit, il faut aussi tenir compte que la connectivité en Afrique est un phénomène récent par rapport à l’Amérique du nord, et que la performance africaine est à la fois fulgurante et massive. 

Particulièrement, pour ce qui est de la mobilité Internet. 

 

Même tendance sur tout le continent : le taux de pénétration de la téléphonie mobile est passé de 1 % en 2000 à 54 % en 2012.

Il y a actuellement plus de 754 millions de connexions en Afrique subsaharienne et plus de 35 opérateurs sur le continent.

Plusieurs pays, dont les Seychelles, la Tunisie, le Maroc et le Ghana affichent un taux de pénétration qui dépasse 100 %. La Tunisie, avec 120 %, compte 10,8 millions de téléphones portables de plus qu’elle n’a d’habitants. 

 

En 2014, on estimait que la connectivité via le téléphone portable, serait doublée dans l’année suivante. 

 

The African region is witnessing one of the strongest increases in mobile data use in the world. Forecasts suggest that mobile internet traffic across Africa will double between 2014 and 2015, and will see a 20-fold increase by the end of the decade. 

 

L’un des éléments pouvant l’expliquer est la propension des utilisateurs Africains à être de grands consommateurs (webovores) du 2.0, des médias sociaux.

 

De toute évidence, […] les Africains associent à leur massive utilisation des téléphones portables, une passion plus récente pour les médias sociaux en ligne pour lancer une nouvelle tendance : le passage à l’Internet mobile, dont les médias sociaux sont les principaux vecteurs.

Mary Meeker, analyste américaine de l’Internet, confirmait récemment que l’Internet mobile et les médias sociaux enregistrent le développement le plus rapide dans le monde.

 

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Les Africains, internetophages et webovores

 

Facebook en 2015 en ouvrant son premier bureau africain a compris plusieurs choses :

-que les Africains sont de gros utilisateurs de l’Internet

-que cette dynamique est soutenue par une population Millennials majoritaire et férue de nouvelles technologies

 

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-que les générations plus jeunes (15-24 ans) sont davantage connectées et plus enclines à web socialiser

 

 

 

-qu’économiquement, l’Afrique connaît une croissance plus importante que l’Amérique du nord et l’Europe, qu’une classe moyenne très moderne au pouvoir d’achat conséquent y voit le jour 

 

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-que la tendance n’est pas prête de s’essouffler avec la réduction des coûts jadis exorbitants de la connectivité, l’entrée de nouveaux acteurs en télécommunication, la privatisation et la fin progressive des monopoles étatiques

 

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et finalement que les guerres, l’Ebola, le Sida, la famine, le cache-sexe, le safari, Cecil le lion plus célèbre que  la dernière innovation des petits agriculteurs d’Afrique de l’Est et Bertin Nahum (béninois d’origine classé en 2012 4ème  entrepreneur le plus révolutionnaire du monde, juste derrière Steve Jobs,  Mark Zuckerberg et James Cameron) ou bien encore la fascinante histoire de Sangulani Chikumbutso, que tous ces clichés vendus et véhiculés c’est excellent pour émouvoir la ménagère de moins de 50 ans – ou l’adulescente montréalaise qui place des ‘genre’ bêtifiant plusieurs fois dans une courte et simple phrase, qui croit que tous les Africains sont haïtiens, accessoirement chauffeurs de taxi, un peu pas vite vite, et qui a lu Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière, parce que c’est pratique pour un One Night Stand, parce que Dany ce n’est pas si con que ça (désormais le premier et le seul québécois Académicien), parce qu’une petite dose de culture ne fait jamais de mal bien qu’au Québec ce soit un grand mot, parce que Bell Canada a suspendu son abonnement Internet pour impayés… mais que tout ça, ça n’enrichie pas son mastodonte facebookien

 

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Mark Zuckerberg a donc compris que le Continent noir et maghrébin est une mine d’or qu’il serait peu intelligent d’ignorer, de snober ou de mépriser. 

 

La concurrence sera rude. Toutes les multinationales qui œuvrent dans le secteur de la web-économie vivant principalement de la publicité en ligne, font les yeux doux à ce marché gigantesque que représente le continent.

Pour relier l’Afrique à l’ensemble de la Toile mondiale, les grandes firmes redoublent d’efforts aujourd’hui pour proposer de nouveaux services sophistiqués.

 

D’où son initiative Connect The World et ses opérations de charme pour séduire ses new friends africains (Free Basics, une application, permettant une connexion gratuite à des services tels que Wikipedia, Facebook, etc.).

Derrière, les grands discours philanthropiques et humanistes de contribution au développement des zones les plus reculés du monde – en l’occurrence de l’Afrique, il y a de fortes intentions, considérations, pécuniaires.

C’est comme dans les relations internationales, une bonne action est toujours intéressée. Facebook, ce n’est pas l’abbé Pierre, l’Armée du Salut, ou Les Enfants de Don Quichotte.

 

Mark Zuckerberg a aussi annoncé ce week-end qu’il allait travailler avec l’agence des Nations unies pour les réfugiés afin de rendre Internet accessible dans les camps de réfugiés, mais sans préciser quand ni comment.

 

Et Google?

Le G des  GAFA (Google Apple, Facebook Amazon) n’est pas en reste.

Si en 2015 pour Google Maps, l’Afrique était une terre inconnue, en février 2016 elle ne l’est plus tout à fait.

Entre les projets Link (création de fibres optiques dans des pays à la connexion limitée à l’Internet) et Loon (des ballons dans le ciel pour connecter les zones rurales reculées), le géant s’allie à l’un des opérateurs télécoms les plus établis sur le  Continent.

 

 

Un positionnement stratégique dans le sillage de Facebook qui tend également à contrer l’usage de plus en plus répandu du web social local à l’instar du sud africain Mxit.

 

 Lancée en 2004 en Afrique du Sud, elle servait au départ de moyen de communication par SMS. Après quelques difficultés qui l’ont contrainte à l’agonie, MXitest réapparue en 2011, plus forte et avec un nouveau concept.

La plateforme de messagerie instantanée s’est muée en réseau social.

Ses abonnés s’inscrivent gratuitement, remplisse un profil et peuvent discuter par messages textes instantanés avec d’autres membres, ajouter des amis, écouter de la musique, publier des photos, envoyer des fichiers, chatter, créer des groupes de centres d’intérêts. 

 

 

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La popularité de Google sur le Continent est tel qu’en 2014, elle a dressé un profil des mots-clés (ici selon le pays) les plus recherchés par les Africains. C’est assez surprenant, comme toujours avec ce genre de classement.

Le magazine panafricain Jeune Afrique les schématise brièvement avec une certaine délectation, qui fait sourire. 

 

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Le web social comme outil d’engagement politique

 

Les révolutions printanières arabes (débutées en décembre 2010) furent l’occasion pour le monde de découvrir que l’Afrique n’était pas en marge de l’appropriation des nouvelles technologies aux fins d’expression et de revendications politiques. 

Tunisie, Egypte, Libye, la jeunesse africaine a démontré que plus qu’une autre elle savait et pouvait s’organiser par l’intermédiaire des réseaux sociaux (Facebook, Twitter) pour faire entendre ses exigences démocratiques. 

Sa mobilisation web social, inédite, a entraîné la chute des régimes autocratiques de Ben Ali, Kadhafi, Moubarak ouvrant la voie à une tentative de reforme libérale de la société maghrébine. 

 

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Bien que finalement, cette tentative eût avortée à cause de :

– le hold-up  des forces (ultra)conservatrices (Les Frères musulmans dans l’ombre de Morsi en Egypte avant le coup d’Etat militaire d’Al Sissi, la Tunisie et le désenchantement),

– la caste oligarchique et militaire (Al Sissi et les généraux en Egypte),

– la gestion occidentale (française) irresponsable et catastrophique de l’après-Kadhafi, plongeant le pays dans l’enfer du chaos (Libye)

Il n’en demeure pas moins que ces événements supportés par le 2.0 ont constitué un tournant majeur dans la construction et l’émergence du jeune mouvement contestataire africain.

 

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Les médias sociaux représentent désormais un espace d’opinion, de discussion, de proposition et d’action échappant souvent à la censure étatique (l’Etat policier) de ces gouvernements dictatoriaux accrochés au pouvoir (corrompu, clientéliste, sous le joug du néocolonialisme).

La preuve. Le mouvement des jeunes burkinabés qui est parvenu à renverser en 2014 Blaise Compaoré (président du Burkina Faso depuis son coup de force militaire en 1987). 

 

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Il n’est donc pas surprenant de constater que les dirigeants politiques africains, vestiges de l’ancien ordre colonial, déploient une batterie de moyens (logistiques, filtrage, flicage virtuel, etc.) afin de surveiller étroitement le 2.0.

L’exemple chinois restant pour eux un modèle singulièrement fascinant. Le confinement web des internautes chinois, la violence et la permanence de la censure orwellienne, faisant du pays un énorme et vaste intranet. Comme une sorte de goulag numérique. Le web chinois est un fantasme pour les monarchies républicaines africaines. 

En outre, avec l’expansion économique du Dragon d’Asie, en Afrique comme partout dans le monde, peu attaché au respect des valeurs de démocratie libérale, de nombreux présidents à vie s’en inspirent.

La Chine a réussi à convaincre bien des esprits que la démocratie n’est pas garante de l’essor économique.

Ainsi, lorsque dans certains pays comme le Rwanda, la Guinée Equatoriale, le Cameroun, la matraque attendrit les passionnés révolutionnaires et les quémandeurs du changement, les arrestations arbitraires routinières calment les enthousiasmants démocrates, cela ne semble plus d’être d’une importance cruciale pour la plèbe.

Puisque sa panse est remplie, le taux de chômage est au plus bas, le pouvoir d’achat au rendez-vous. Finalement, importe le bonheur du goinfre. La satisfaction d’être gavé des miettes tombant de la mangeoire. 

 

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Le web social pour les Africains, une caverne d’Ali baba

 

Le web social avec ses infinies possibilités est une caverne d’Ali baba.

Les applications telles que Stig, Change.org, bien entendu les classiques Facebook, Twitter, offrent aux Millennials africains – nés après les indépendances, ne connaissant pas le rapport de soumission aux anciens colonisateurs néocolonialistes, décomplexés et lucides, mondialisés sans être culturellement désintégrés, placides ou dédaigneux de l’ethnocentrisme, souventefois surdiplômés et formés aux meilleures écoles occidentales – des moyens de l’agir.

 

Staying focused

 

En somme, l’Afrique est un drôle de pays, de village, de zoo, de cimetière, de no man’s land. On la fantasme plus que l’on ne la connaît. On en parle la plupart du temps quand on n’en sait rien, ou peu.

 

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Sur Instagram, Jeunes Africains Hyper Connectés 

 

On la regarde aussi drôlement, avec la curiosité de l’exotique, ou avec l’effarante bêtise, sans la regarder comme elle est réellement.

 

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Une Afrique plurielle, moderne, innovatrice, riche, jeune et connectée. Très connectée. 

 

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Une Afrique qui initie déjà ses enfants au code informatique, ce langage du XXIe siècle.

Une Afrique de l’entrepreneuriat technologique, du leadership numérique.

De Casablanca à Pretoria, de Nairobi à l’Île Maurice, de Tunis à Douala, de Johannesburg à Alger.

 

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Hélène Quénot-Suarez : Comme vous le dites, c’est une question de perception et de ce que montrent les médias du continent qui est très mal connu par les Occidentaux puisqu’il ont sur lui beaucoup d’images fausses. Dans les faits, l’Afrique subsaharienne est logiquement très diverse car c’est un immense continent.

 

 

Alors, les Africains, ces sauvages qui ne connaissent pas Facebook? 

C’est à vous de voir.

Pour Mark Zuckerberg, la question ne se pose même pas.

Pour les Africains aussi. 

 

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—  […] Je vais être honnête avec vous Jon. L’Afrique s’inquiète pour les États-Unis. Vous savez ce que les mères africaines disent à leurs enfants, chaque jour ?

« Sois reconnaissant pour ce que tu as. Parce qu’il y a des enfants obèses qui meurent de faim dans le Mississippi. »

4 commentaires sur « Les Africains, ces sauvages qui ne connaissent pas Facebook »

  1. J’aime ton style. Il y a quelquechose de très particulier que je n’arrive pas à identifier. Cependant, je pense que tu aurais dû séparer cet article en parties. J’ai trouvé le texte un peu trop long et à un certain moment, cela m’a fait perdre la concentration.

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