Divine cigarette

Lady: Do you smoke?

Guy: Yes I do.

Lady: How many packs a day?

Guy: 3 packs.

Lady: How much per pack?

Guy: $10.00 per pack.

Lady: And how long have you been smoking?

Guy: 15 years

Lady: So 1 pack is $10.00 and you have been smoking 3 packs a day which puts
your spending per month at $900. In 1 year, it would have been $10,800. Correct?

Guy: Correct.

Lady: If 1 year you spend $10,800, not accounting for inflation, the past 15 years puts your spending total at $162,000. Correct?

Guy: Correct.

Lady: Do you know if you hadn’t smoke, that money could have been put in a step-up interest savings account and after accounting for compound interest for the past 15 years, you could have by now bought a Ferrari?

Guy: Oh. Do you smoke?

Lady: No.

Guy: Then where’s your fucking Ferrari?

 

 

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J’aime fumer.

L’odeur du tabac est mon oxygène. La nicotine un anesthésiant d’un quotidien toujours en demande, exigeant du trop-plus.

Je vais avoir une fin dégueulasse. Mais y a-t-il une belle mort?

Cette personne décédée dans un accident de la route, a-t-elle eu une belle mort?

Cette autre piégée par les flammes, a-t-elle une belle mort? 

Ce grand-père souffrant d’un cancer de la prostate, dont les larmes font pleurer les enfants, les petits-enfants, cet homme brave, robuste, devenu moins qu’un enfant, un invalide et portant seul sa lourde croix, a-t-il eu une belle mort?

Ceux qui s’éteignent dans leur sommeil sans avoir pu dire au revoir à leurs proches, ceux qui s’en vont victimes de la furie d’un tsunami, aspirés par le souffle d’un cyclone,  d’un ouragan, d’une tempête, ceux qui dorment pour toujours le ventre vide et la peau sur les os, dans le froid au coin d’une rue, dans l’indifférence loin dans un désert, ceux qui crèvent sous la canicule, qui ne survivent à l’hiver, ont-ils une belle mort?

Ceux qui sont assassinés parce qu’il ont la foi et des rêves, ceux qui sont assassinés parce qu’ils n’ont ni foi ni loi, ceux qui sont assassinés pour augmenter le Capital, ceux qui sont assassinés pour faire de la place, ceux qui sont assassinés pour que le bien triomphe, ceux qui sont assassinés pour que le mal s’impose, ceux qui sont assassinés parce que finalement tuer procure du plaisir, comme chasser, massacrer, exterminer parce que ça fait jouir. La jouissance du pouvoir. Mieux que la cocaïne. Et toutes les autres saloperies.

Tous ceux-là, et les restes, ont-ils eu une belle mort?  

Je ne sais pas.

Ceux d’entre vous qui en savent davantage, lèvent la main, et disent à ceux qui ne sont plus la chance qu’ils ont eue.

 

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Il y a des jours que je fumerais bien volontiers. Pour qu’ils soient réduits en cendres. Et des nuits auxquelles je ne survivrais pas sans cette sensation d’intensité que me procure de longues bouffées.

Je suis accroché à ma pathologie. Addicted. Compulsif. Névrosé. L’industrie de la mort m’a eu, peut-être parce que la bonne vie, la saine vie, est une caste de privilégiés, de saints, hors de laquelle périssent les pas assez souchard, les non suffisamment sang bleu, ceux qui n’ont pas de soie pour péter dedans. Les non aristocrates de la flatulence au doux parfum de billet vert.

Je n’ai jamais été admis dans le saint des seins. Jamais su téter. Encore moins péter dans la soie. Ce n’était pas le genre de la maison. Chez nous, la décence, c’était un savoir-être. 

Alors je me suis contenté de la mauvaise vie, la vie malsaine, débaucharde, à la Bukowski: cigarettes, sexe, vin, et retour à la case départ. Bis repetita placent  ad vitam æternam. Ou comme le dirait HoraceHaec decies repetita placebit. Le carpe diem de l’épicurien.  

 

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Je fume.

Je n’ai pas d’ailes. Je ne sais pas voler. Je ne sais que marcher comme Dante, à travers les Cercles de l’Enfer, Heiner Müller comme guide, à la place de Virgile, qui ferait passer le Diable pour le Christ. Tant mieux. Le Christ ne fume pas. 

 

C’est Electre qui parle. Au cœur des ténèbres. Sous le soleil de la torture. Aux métropoles du monde. Au nom des victimes. Je rejette toute la semence que reçue. Je change le lait de mes seins en poison mortel.

Je reprends le monde auquel j’ai donné naissance. J’étouffe entre mes cuisses le monde auquel j’ai donné naissance. Je l’ensevelis dans mon sexe.

A bas le bonheur de la soumission. Vive la haine, le mépris, le soulèvement, la mort. Quand elle traversera vos chambres avec des couteaux de boucher, vous connaîtrez la vérité.

Heiner Müller, Hamlett-Machine, 2003

 

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Et je descends plus loin, là où ceux qui sont foutus rampent dans la boue. Et je fume. La gueule qui pue. Les mains affreuses, qui puent aussi. Les mains sales. Comme Sartre, je suis irrécupérable.

 

Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Et bien, reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongés dans la merde et dans le sang.

Jean-Paul Sartre, Les mains sales, 1948

 

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J’ai été trop longtemps un enfant sage. Aussi sage qu’une image. Je ne sais pas de quelle image dont on parle. Ce n’est sans doute pas celle de L’Origine du monde de Courbet.

Puis, faut toujours se méfier des enfants sages. 

 

Ce sont les enfants sages, Madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu’un bonbon à la fois, mais plus tard ils le font payer cher à la société. Méfiez-vous des enfants sages !

Les mains sales. 

 

Encore plus des adultes sages. 

 

 

De la boucane dans mes cieux obscurs. L’éclipse du soleil est rougeâtre. Les nuages empoisonnés. C’est beau. Presque du William Blake.

 

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Superbe vision que je peins en écriture abstraite. La fresque écarlate aux contours nuit, s’étale d’ici jusqu’au bout de l’horizon.

 

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Je fume chaque couleur, et je lâche sur l’arc-en-ciel, le monochrome gris et ses nuances. Paquet après paquet, je fume les égouts. Et je dégoûte la vie saine des gens saints. 

Ma bouche est une cheminée d’où s’échappe une fumée aussi blanche qu’un linceul. Elle n’est pas annonciatrice de l’érection d’un pape sur le trône de Saint-Pierre. Cela fait un moment que l’Habemus papam  est passé de mode chez les puritains, désormais seul l’Habanus papal est ordonné aux dévots pour que la foi bien profonde remplisse d’or les églises en marbre.

Les pauvres vont au paradis, dit-on, sauf que le paradis est une arnaque.

 

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Et je fume ma vie. Un peu de celle des autres. Parce qu’ils m’enfument sans scrupules, à chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

Alors, je fume ce à quoi ils tiennent tellement. Je n’attends pas le karma, je ne suis pas une oeuvre de Beckett. C’est trop de patience pour une cigarette qui brûle. Je suis le karma. Je suis Godot. 

 

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Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable.

Samuel Beckett, En attendant Godot, 1952

 

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J’aime fumer.

Cigarettes après cigarettes.

Dans le meilleur dans le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Oui.

Je crois que cela me tuera, un jour. Il faut bien mourir de quelque chose. De toutes les morticides, j’ai choisi celle-là.

Je souffrirai. Un cancer. Je maudirai la première bouffée, le premier Cercle des Enfers.

 

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En même temps, la mort peut-elle tuer un mort?

Je ne sais pas. C’est possible. Comme Jésus qui ressuscite des morts.

Jésus qui ne fume pas, qui transforme l’eau en vin et pour le plaisir de Bukowski célèbre l’amour orgiaque au mont des Oliviers. 

Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.

 

Jésus est un gros cochon, en fin de compte.

Il a juste oublié une chose:  ne jamais trop séduire le cœur des hommes.

On finit souvent crucifié. 

 

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La cigarette me tuera.

En attendant, je me fais plaisir.

Un peu d’épicurisme dans ce monde étrange, où les gens s’aiment en s’ignorant ou en détestant; et laissent d’autres choisir à leur place ce qu’ils sont, ce qu’ils doivent être, ce qu’ils seront.

Et tout ce beau a lu Schopenhauer, cela se voit, s’entend, se lit. L’art de perdre la raison. 

 

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Imagine-t-on un démon créateur, on serait pourtant en droit de lui crier en lui montrant sa création : Comment as-tu osé interrompre le repas sacré du néant, pour faire surgir une telle masse de malheur et d’angoisses ? 

 

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Je fume.

Je ne possède pas une arme. Je n’envoie personne à la guerre.

Je n’ai jamais voté.

Je ne milite nulle part. Je n’ai pas d’Église. Trop athée pour le sacro-saint. Trop croyant pour les incroyants. Mes convictions et mes idées sont incertaines, et c’est là la seule certitude.

Je sais une chose: je ne sais rien. Parce que je suis nu. Nu de savoir. Nu comme le premier jour. Nu comme le souffle. Nu comme le vent. Nu comme la nuit. 

Je ne veux pas être habillé. Je n’aime pas les étoffes. Tous ces manteaux que l’on met sur soi parce qu’il faut bien finir par être, parce que sans paraître on naît rien. 

 

Serge Gainsbourg

 

Et j’aime aussi comme Jésus les prostituées. Les vraies. Celles qui s’assument. Celles qui sont nues. Pas les Pharisiens et autres politiciens. Non. Une pute n’est pas une salope. L’une en a dans la culotte. L’autre, une escroquerie. 

Oui. J’aime ça les putes. Depuis mon passage chez les Jésuites. Une belle école de la mort. 

Et si l’on demande après moi, dites – leur que je suis sorti.

Sous terre. Près du septième cercle des Cercles de l’Enfer.

Avec Heiner Müller dans le fumoir des damnés.

Avec pincée par des lèvres qui font nuit, une divine cigarette qui part en fumée.

 

Lorsque ta vue veut pénétrer trop loin dans les ténèbres, il advient qu’en imaginant tu t’égares.

La Divine Comédie, L’Enfer, chant XXXI.

 

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La révolution n’a plus de patrie, ce n’est pas nouveau sous ce soleil qui ne brillera peut-être jamais sur une nouvelle terre, l’esclavage a de multiples visages, nous n’avons pas encore vu le dernier, ni toi Sasportas, ni nous Galloudec, ce que nous avons pris pour l’aurore de la liberté n’était peut-être qu’un nouvel esclavage plus effroyable, comparé auquel le règne du fouet dans les Caraïbes et ailleurs n’est qu’un aimable avant-goût de la félicité du paradis, et ta bien-aimée inconnue, la liberté, quand ses masques seront usés, peut-être n’aura-t-elle pas d’autre visage que la trahison : ce que tu ne trahis pas aujourd’hui te tuera demain.

MORT AUX LIBÉRATEURS telle est la vérité dernière de la révolution.

 

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