La langue française n’est plus sexy


En cette semaine de célébration de la langue française, il serait peut-être judicieux de parler de commémoration d’une langue morte et enterrée sous une pluie de Like.

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Si elle plaît autant dans l’amphithéâtre, c’est qu’il est rempli de statisticiens. Pardon, de data scientists, comme on les appelle aujourd’hui. Jean-Paul Isson, l’animateur — pardon, le keynote speaker — sait flatter une salle. […]

Son intervention est censée porter sur les predictive analytics, ce que les données permettent de prévoir. […]

« Fais attention », m’a prévenu un texto ami en arrivant, « big data, c’est souvent big bullshit ». Mais comment s’en apercevoir, en écoutant tous ces experts en machine learning et data lake.

Guillemette FaureLe big data fait des petits, Le Monde, 14 mars 2016 

 

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S’il est une chose que le progressisme technologique a ringardisé, c’est la langue française. Jamais sans doute de toute son histoire la langue de Molière n’a autant perdu de sa modernité, de sa force de séduction, et de sa capacité à incarner l’innovation.

Aujourd’hui, pour être branché, ou comme on le dirait dans cette soirée mondaine au cœur des quartiers chics de Montréal, stylish, il faut savoir placer plusieurs anglicismes de rigueur dans une phrase télégraphique.

Entre le dernier stunt d’une agence lambda et l’uberisation des médias, la trend qui fait fureur, le big data révolutionnaire pour la business, l’open innovation dans l’open space organisationnel, l’egosurfing pour mesurer et surveiller la puissance du selfie posté une minute avant, ainsi que l’intensité du Me Myself & I, en passant par les Digital Natives et le Social Web, le français est devenu une espèce de bizarrerie langagière. Un peu archaïque, un peu has-been, frappé du caractère villageois du vernaculaire. 

 

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La langue française, pas assez cosmopolite

 

Pour les modernes, le verbe français ressemble à un objet ornemental, possédant l’attractivité de la désuétude.

Le cosmopolite, l’ultra connecté n’est pas français.

Souvent dans l’entre-deux franglais, tendance yankee aux consonances Silicon Valley, calquant allègrement le in de l’Upper East Side new-yorkais et adoptant beaucoup de ce bohème oiseux, cet avant-gardisme de pacotille du Greenwich Village dont l’inane Plateau Mont Royal et le byzantin Mile End sont de pâles copies. 

Le français hype est celui où il n’y a presque plus de trace de français, medium de la nouvelle sémantique mondialisée dite modernisée qui plagie à outrance les représentations triomphalistes de l’Uncle Sam et de la City londonienne.  

Ce vocabulaire français nouveau empruntant le discours des success stories outre-atlantique, celui de Steve Jobs, celui de Mark Zuckerberg, celui de Kim Kardashian, s’impose dans les conversations, dans les manières de faire, et dans la transmission du savoir.

 

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 Ici la puissance se diffuse dans la dimension invisible, la plus redoutable puisqu’elle vise à la fois à conquérir l’opinion des masses et à séduire les esprits les plus précieux dans l’ordre de la technique et de l’enseignement.

Jean-Marie Domenach, « L’empire américain », Esprit, n° 380, Paris, avril 1969, page 644.

 

Il n’est donc pas surprenant d’entendre en francophonie, dans les universités, dans les entreprises, dans les espaces publics, beaucoup plus de termes et expressions anglophones que de français.

Cette colonisation de la langue de Racine, insidieuse et efficace, favorisée par l’enthousiasme des masses, parvient à réécrire le sens que l’on confère aux choses, renforçant la domination intellectuelle anglo-saxonne.

Car si l’on fait usage d’un vocabulaire qui est celui issu de la langue d’autrui, l’on épouse sa conception du monde, puisque fondamentalement chaque langue possède sa propre relation avec l’extérieur. 

 

La fascination intellectuelle du colonisé ne se suffit pas à elle-même. Elle doit être nourrie, entretenue par l’empire qui utilise à cette fin tous les moyens modernes de communication et de publicité.

Cette propagande sait éviter les pièges grossiers du slogan brutal et de l’affiche tapageuse. Insidieuse, elle se déploie dans les universités, la presse, la télévision, le cinéma, les sciences humaines, etc.

Au nom de la libre circulation des idées, elle les canalise à son gré en vue d’imposer un modèle culturel qui charrie avec lui les dogmes politiques, les conceptions économiques, les schémas sociaux élaborés pour servir les intérêts de la puissance dominante.

L’impérialisme culturel, Le Monde diplomatique, décembre 1974, page 7. 

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L’impérialisme culturel du franglais

 

On parle français mais on réfléchit, vit, jouit, américain.

On se réclame d’une identité langagière urbanisée, internationalisée tout en reprenant les codes d’un certain impérialisme culturel anglo-saxon; des francophones assujettis à la langue de Shakespeare version MTV, avec sa poétique coolitude L.A, son côté wassup et borough du Bronx, son allure Hamptons, et sa jovialité people YMCA

 

While thou liv’st, keep a good tongue in thy head

(Surveille ta langue aussi longtemps que tu vivras)

William Shakespeare,  The Tempest, The Harvard Classics (1909–14).

 

En cette ère du multilinguisme qui a fait de l’anglais la langue officielle, le francophone semble avoir réussi sa conversion en sujet docile, accroché à son smartphone et courbé sur son laptop, mâtant le dernier House of Cards  ou Game of Thrones en se disant : «C’est juste pas possible ce show!»

 

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L’impérialisme culturel ne répond pas à des principes sensiblement différents de ceux qui ont présidé à la naissance de l’empire économique ou militaire.

Comme eux, l’empire culturel répond à un besoin : la société ne consomme pas uniquement des métaux rares, du pétrole ou des produits tropicaux, elle est aussi avide d’œuvres d’art, de science, de littérature, et elle les importe dans la mesure où elle en a besoin.

A cela s’ajoute le besoin d’exporter : elle vend ses films, investit l’étranger des capitaux pour éditer des livres ou des journaux.

Claude Julien, L’Empire américain, 1968, Grasset, Paris, éd. revue et corrigée, 1972, pages 362-363.

 

La semaine de la langue française ou la commémoration d’une langue morte?

 

Et ce n’est pas la France qui dira le contraire, pays de l’e-mail et de l’acronymie gouvernementale (SMILE, YOU &GRID, ou le très corneilléen FLEXGRID). La France quelques fois est le meilleur représentant, le plus brillant avocat, de l’anglicisation du français.  

Et non, la faute ne revient pas uniquement à ces adulescents 2.0 qui préfèrent le «J’ai uploadé une photo de profil sur mon Facebook» au « j’ai téléversé une photo de profil sur mon Facebook » . 

La faute dépasse le générationnel touchant aussi bien les névrosés de la quarantaine que les crépusculaires baby boomers qui peuvent lâcher dans une réunion «Ce reporting est incomplet. En plus, Christophe n’a pas respecté le process métier!» 

 

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En cette semaine de célébration de la langue française, il serait peut-être judicieux de parler de commémoration d’une langue morte et enterrée sous une pluie de Like.

La Francofête désormais étant le rituel cérémoniel du dépôt de la gerbe de fleurs sur la tombe du soldat inconnu qu’est le français, trucidé par ses propres enfants.

Le parricide symbolique quotidien des échanges ordinaires, quand le «J’peux pas te parler, je suis dans le rush. Je suis hyper speed, là!» devient le standard, le référentiel.  

Et de constater que l’impératif français n’est pas seulement une question de poids démographique mais de qualité, d’excellence, de l’entier et bon usage d’un système de signes, de signifiants, de signifiés, qui constituent une affirmation de soi dont découle une façon singulière de sentir, de voir, de se mettre en correspondance avec le monde.

 

C’est rappeler que parler une autre langue provoque des transformations chez le sujet lui même. Parler une autre langue, c’est faire la découverte et éprouver par exemple, que l’on a une autre voix, que celle que l’on a dans sa langue dite maternelle, mais c’est aussi pouvoir ou ne pas pouvoir lever certaines inhibitions.

Patrick Anderson et Laseldi-Grelis , « De la langue originaire à la langue de l’autre. », mars 2003, Ela. Études de linguistique appliquée, no 131, p. 343-356

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Langue française ou une façon de définir et de se définir

 

Le français n’est pas qu’une langue, il est un marqueur d’identité, loin du fait culturel ou social (communautaire), proche d’une manière de se définir en tant qu’individu, en tant que je (conscience et représentation de soi), et de définir (la vision qu’à le sujet du monde). De se penser (psychologie) et de penser (cognitif).

 

En effet, chaque langue a des structures qui lui sont propres, ce qui signifie que le cheminement de la pensée de locuteurs de langues différentes ne sera pas le même. Dans chaque langue, il existe des expressions que l’on ne peut pas traduire littéralement dans une autre langue.

Les expressions imagées reflètent la vision du monde d’un peuple, elles ne peuvent par conséquent être identiques, d’une langue à l’autre même lorsqu’elles expriment le même concept, comme le prouve l’exemple suivant : Quand les poules auront des dents / quando gli asini voleranno.

Sylvie Robert, Rôle des langues dans la construction de l’identité des immigrés italiens et de leurs descendants, 2009, Université Stendhal Grenoble 3 – Master 1 Français Langue Etrangère. 

 

Ainsi, la langue a une influence importante sur l’identité et la pensée du sujet  – l’hypothèse de Sapir-Whorf

 

L’hypothèse énonce que le langage n’est pas seulement la capacité d’exprimer oralement des idées, mais est ce qui permet la formation même de ces idées.

Quelqu’un ne peut pas penser en-dehors des limites de son propre langage. Le résultat de cette analyse est qu’il y a autant de visions du monde qu’il y a de langages différents.

Edward Sapir, Selected Writings in Language, Culture, and Personality, University of California Press, 1985

Benjamin Lee Whorf, Language, thought and reality : selected writings of Benjamin Lee Whorf, J. Wiley & sons, 1956

 

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De là se comprend qu’une langue (française ou pas) n’est pas neutre, c’est autant un système d’idées qu’un acte idéologique,  et que le parler contribue à perpétrer des valeurs, assumer un héritage historique, intellectuel, moral, quelques fois à incarner une résistance. 

« Morta a lingua, mortu u populu » – La mort d’une langue est la mort d’un peuple

 

Il est également clair que la langue nous rend comptables du passé, crée une solidarité avec celui-ci, fait que notre identité est pétrie d’histoire et que, de ce fait, nous avons toujours quelque chose à voir avec notre propre filiation, aussi lointaine fût-elle. 

Patrick Charaudeau , « Langue, discours et identité culturelle. », mars 2001, Ela. Études de linguistique appliquée , n° 123-124, p. 341-348

 

Dès lors, la cannibalisation du vocabulaire français par la toute-puissante anglicisation du monde signe le fléchissement progressif d’une certaine identité, avec les perceptions qui lui sont propres. Elle est là une des véritables préoccupations du français dans le monde actuel. 

 

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S’il est vrai que démographiquement le nombre de francophones a augmenté ces dernières années – beaucoup grâce à l’Afrique, cette donnée devrait être relativisée, parce que elle n’indique pas de quelle manière le français, utilisé et approprié par les individus, contribue à son renforcement, à son enrichissement, et au développement de la communauté des cultures francophones.

 

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Encore moins, elle ne dit pas quelle est sa place dans la propagation du nouveau glossaire issu des progrès technologiques et de la communication, de la révolution numérique, des échanges et comportements 2.0.

Elle ne répond pas à la question de l’attractivité du français dans ce réel qui est un nouvel ordre prédominé par la culture anglo-saxonne.

Une domination culturelle, mais aussi intellectuelle.

 

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Le français, intellectuellement dépassé?

 

Si l’innovation technologique ces deux décennies fût incontestablement atlantiste, elle a également pensé et imposé de nouvelles théories comme autant de tendances sociales, organisationnelles, comportementales : la Netflixisation des organisations, Googlelisation de l’information, l’Uberisation de l’économie, l’Amazonisation du commerce, la Facebookisation des communautés, la Twitterisation du discours, l’Applelisation de l’accessibilité et de la connectivité, etc.

Là une fois de plus le français en tant que langue éprouve quelques fois des difficultés à intégrer ces conceptualisations construites à partir de schèmes qui lui sont exogènes.

Il en résulte souvent un imbroglio théorétique étrange, dans lequel l’impossibilité apparente d’uniformisation sémantique accentue l’incompréhension généralisée ou l’illusion d’une compréhension qui la plupart du temps ne résiste pas assez longtemps à l’évaluation critique. Chacun y allant de sa propre interprétation, perception, sans que l’on ne sache exactement de quoi on parle et vers quoi on se dirige. C’est le cas de l’Uberisation

 

 

Cette faiblesse de mettre du sens dans des phénomènes découlant d’une intellectualisation opérée en dehors de la langue française, semble réduire celle-ci à un simple canal de diffusion (ou de répétition) par lequel s’exprime des idées qui lui sont souventefois insaisissables. Le français-perroquet. 

L’une des conséquences directes de cette situation est la multiplicité des anglicismes illustrant à la fois la traduction mot à mot (littérale)  – motamoter – et l’intraduisibilité idéelle (Traduttore, traditore – traduire, c’est trahir)

 

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De ce constat, il s’avère que le français, moderne, techno-compatible, 2.0, n’est plus un vecteur d’éclaircissement, de compréhension de la logique des pensées, ou pour paraphraser Ludwig Wittgenstein  de l’essence de la proposition (les énoncés déclaratifs), mais une langue tétanisée par le rythme effréné du progressisme, qui tente par des transferts du vocabulaire de s’y arrimer au lieu de renverser le rapport de force.

C’est dans cette optique qu’elle semble être intellectuellement dépassée, techniquement déclassée, se contentant d’une fonction de reprise ou mimétique, demeurant dans une position de suiviste. Et cette impression est assez désagréable. 

 

La langue déguise la pensée. Et de telle manière que l’on ne peut, d’après la forme extérieure du vêtement, découvrir la forme de la pensée qu’il habille; car la forme extérieure du vêtement est modelée à de tout autres fins qu’à celle de faire connaître la forme du corps.

Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus (Logisch-Philosophische Abhandlung), 1921, (trad. Gilles Gaston Granger), Gallimard, coll. Tel, 1993, p. 50 

 

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Des anglicismes pour faire hot

 

En fait, l’exponentielle profusion d’anglicismes dans la langue française courante est symptomatique d’une forme de déculturation (acculturation). L’effacement lent, méthodique, d’une certaine idée du français (les phénomènes de déperdition de culture) pour une langue avatar de l’anglais.

Ce n’est pas comme tendent à le faire croire les encenseurs de la mondialisation une  interpénétration des civilisations ouvrant à l’homogénéité linguistique mais bel et bien à la prépotence anglo-saxonne.

Il est rare de voir l’anglais courant de nos jours envahi d’expressions françaises, ou d’autres langues (russe, mandarin, hindi, arabe, etc.).

 

 

L’interpénétration est unidirectionnelle, le choc des langues plus qu’un choc des civilisations n’a – en fin de compte – pour seule finalité que le triomphe d’une et l’extinction des autres. Et la prétention de l’anglais à l’universalité (parlé, répandu partout), à la modernité (la langue de l’innovation), conforte cette réalité. 

Une réalité hétérogène valorisée par l’attractivité quasi irrésistible du succès de son modèle culturel (symboles de réussite culturelle), économique (la vigueur et le dynamisme), politique (les slogans Yes, We can, figures publiques – M. Barack Obama). 

 

 

Dès lors, user d’anglicismes dans la langue française c’est quelque part manifester de son universalité et de sa modernité. C’est s’associer à la mondialisation, c’est faire partie prenante du disruptif, de la créativité, des pratiques transformationnelles.

C’est démontrer de sa faculté à saisir le sens des évolutions et autres bouleversements ainsi qu’à s’y inscrire, à les diffuser même si cela se fait avec des approximations, dans un idéationnel chaotique.  

On comprend donc mieux la jubilation qui accompagne la reprise, la vulgarisation du vocabulaire anglophone. C’est hot. C’est sexy.

Et tout le monde a envie d’être hot & sexy, car sinon à l’heure actuelle on n’est pas, on n’existe pas.

Et le français dans tout ça?

Il est bon pour le romantisme avec cet accent séduisant qu’affectionnent les histoires à l’eau de rose. Sans parler de sa complexité congénitale et de ce côté élitiste, arrogant.

Le français, ce n’est pas la simplicité et l’accessibilité du génialissime t-shirt de Mark Zuckerberg. Ce n’est pas la concision gazouillis de Twitter. C’est beaucoup plus verbeux, pédant, et tellement snob. 

 

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[…] de la même manière que l’American way of life s’est imposé en matière de consommation, l’American way of thinking gagne du terrain de jour en jour. Mais à la différence du secteur industriel, les Etats-Unis, dans le domaine culturel, n’ont guère besoin de prendre des participations financières pour contrôler l’industrie de la pensée.

 

La présence de l’anglais dans la langue française ne serait pas si problématique s’il s’agissait d’une cohabitation ou un effet de mode, ou bien même de l’émergence d’une nouvelle identité linguistique inhérente au francophone du XXIe siècle, internationalisé, moderne et pluriel.

On se dirait que buzzer, brander, web socialiser, periscoper, facebooker, twitteriser, snapchatter, tinderiser, viner, youtuber, soundclouder, spotifyier, clouder, sharer, liker, sont moins une absence de vocabulaire ou sa non-maîtrise qu’une tentative d’inventer une langue véritablement mondialisée en fusionnant deux ou plusieurs existants.

Sauf que ce n’est pas le cas. Il est question d’un impérialisme, débordant largement du contexte spécifique de la langue.

 

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La culture française a du mal à se faire Roi-Soleil comme autrefois. Aujourd’hui, elle se contente d’ouvrir un Louvre à Abu Dhabi, ferme les centres culturels, et recycle les vieilles recettes qui ne marchent et n’impressionnent plus personne.

La littérature française traîne une image poussiéreuse, sans audace singulière, avec son petit monde de l’édition qui ressemble tant à un baisodrome dans lequel les auteurs sont l’herpès que l’on se refile.

L’économie française sonde et tutoie les profondeurs abyssales de l’apathie, déterminée elle maintient le cap.

La politique française sclérosée s’échange des roublards appartenant à la même caste monochrome. Et la voix de la France en Europe comme dans le monde à un fort accent allemand.

On passera sur son attitude quelques fois dédaigneuse du riche potentiel que pourrait constituer la francophonie, particulièrement de l’Afrique francophone, de plus en plus convoitée par d’autres. 

 

De même, c’est l’action conjuguée des pays francophones, menés par le Canada et la France, qui a permis l’adoption, le 20 octobre 2005, malgré l’opposition des États-Unis, de la Convention « sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles », bien que celle-ci, comme le signale Serge Regourd, « reste dépourvue de tout contenu normatif et ne formule aucune disposition de nature à neutraliser les tendances à l’uniformisation inhérentes aux processus de concentration et d’hégémonie des grands groupes économiques ».

 

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Si le français n’est plus sexy. C’est parce que la France est davantage dans l’imaginaire mondialisée un plaisant et divertissant folklore: la Tour Eiffel, les Champs-Elysées, la baguette de pain, le camembert, les musées, les livres, l’intellectuel des salons cossus partant en guerre la chemise immaculée et ouverte à la BHL dans une gesticulation ridicule d’un grand amateurisme (parce que brasser du vent, c’est une affaire de professionnels), l’amour, le coup de foudre, la caricature de l’amant et de la maîtresse français, etc.

Le folklore du french me. Exotique. Dépaysant. Mais hors du temps. 

Même l’art culinaire français, légendaire, n’échappe pas à cet état. 

 

Pendant des siècles, l’art de la cuisine et du vin a été porté en France à un niveau d’excellence inouï et élevé au rang d’art de vivre.

Mais la crise économique, politique et sociale que nous traversons depuis trente ans a fini par atteindre ce domaine clé de notre exception culturelle.

Non seulement il faut désormais chercher en Espagne les chefs les plus inventifs, mais c’est l’ensemble de notre cuisine qui est aujourd’hui en péril […]

 

La french touch, ce fameux doigté français, exilée aux States, devenue dans la Silicon Valley la french tech entretient l’espoir. Un espoir aux doux noms de Deezer, Streamnation, FireChat, TextMe, Leading Club, Docker. Comme quoi, sous la bannière étoilée on parle tous pareil. 

 

 

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Elle est là la réalité du français. Ce n’est plus la première chose à laquelle on pense quand on parle de créativité, de modernité, d’inspiration, de transcendance. Ils sont chinois, sud coréens, américains, britanniques, indiens, brésiliens, sud-africains, puis peut-être s’il reste encore de la place, français.

Cette bataille, le français est entrain de la perdre. Cela s’entend et se voit. Et lorsqu’elle essaie de se ressaisir c’est pour emprunter aux autres des codes qui ne sont pas intrinsèquement les siens. 

 

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La vieille langue française – ses vieilles règles grammaticales et ses formes orthographiques so crazy,  ses mots à cinq cents dont on n’a pas besoin pour performer et gagner plein de cash – est une joke

Son raffinement, son élégance, à l’heure de l’emoji, du fast fashion, de la Facebookisation et autres, le monde n’en a cure. Il va chez  Forever 21, fait ses courses chez Ikea ou Walmart, bouffe chez McDonalds, fait un régime bio et équilibré en se gavant chez Subway, écoute Justin Bieber, lit James Patterson, s’achète des iPhone et des Galaxy pour pouvoir s’adonner à la Food Porn; snapchatter et facebooker tranquille le stunt publicitaire en trending sur sa newsfeed.  

Et quand on lui suggère que le stunt publicitaire, ce n’est pas si révolutionnaire que ça parce que c’est juste en fait un bon vieux coup de pub’, il lève les yeux vers le ciel, hoche la tête et lâche un soupir :

Dude, tu dois update ton brain asap ! For real !

 

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L’acculturation linguistique est certes l’un des indices les plus inquiétants de l’aliénation culturelle des Québécois francophones.

Elle se manifeste d’une double manière, par la perte et l’abandon de la langue française au profit de l’anglais mais aussi par une détérioration graduelle de la langue parlée et de la langue écrite.

C’est un fait reconnu qu’à peu près la moitié des cégépiens qui entrent à l’université, dans les facultés de sciences sociales à tout le moins, ne sont pas en mesure d’écrire le français correctement. Il y a bien entendu, le manque de vocabulaire pour traduire leurs idées et leurs sentiments.

Mais il y a aussi la pauvreté du style, les erreurs graves dans la construction de la phrase, les fautes grammaticales, les expressions erronées, les anglicismes et les autres défauts du langage.

Que dire, aussi, de la mollesse de l’élocution! Si la perte graduelle de la langue maternelle apparaît comme étant plus dramatique en courte période, la détérioration insidieuse du langage parlé et écrit représente une perte culturelle d’importance par rapport à la survie des patrons culturels.

On me rétorquera que toute langue est dynamique et que les évolutions structurelles ne représentent pas de réels dangers pour l’avenir de la francophonie.

Je ne nie pas les dynamismes linguistiques: j’essaie de comprendre comment ceux-ci découlent ou ne découlent pas de principes qui reflètent des filiations étrangères. J’ai peine à croire qu’il n’existerait aucune continuité entre identification et conduite.

Marc-Adélard Tremblay, L’identité québécoise en péril (1983), p. 203 

2 commentaires sur « La langue française n’est plus sexy »

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