Note blues


A Amin.

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Je rêve d’horizons lointains, poussé dans mon désir d’exil par le grand froid qui fige la nature dans l’ennui et la plonge dans l’hibernation. 

Mon songe singe le bonheur debout sur le sable chaud et blanc de Manafaru.

 

Manafaru
Manafaru, Maldives.

 

Il ressasse les petits instants solitaires d’une marche dans le calme, loin de tout, jamais aussi proche de soi, le regard happé, hypnotisé par le bleu divin des eaux de Navagio Beach et l’esprit en contemplation de la magnificente vision crépusculaire du soleil couchant.  

Là-bas, j’ai goûté à l’édénique. Ici, je parcours l’espace recouvert d’un mince manteau de neige, c’est inerte, il n’y a que le vent pour rappeler que tout n’est pas encore totalement sans vie.

 

navagio beach
Navagio Beach, Grèce. 

 

Le bonheur sous les tropiques ne meurt jamais. Il a l’immortalité de l’éternel recommencement. Khépir au levée, au zénith, Atoum qui introduit l’Épicurienne Nyx comme une promesse toujours renouvelée d’un plaisir sans fin. 

J’ai le blues de ces échappées belles dont on ne profite jamais suffisamment pour oublier, jamais repu de ces cocktails d’émotions que rien ici ne surpasse, malgré la modernité et les petits riens jouissifs, malgré ma campagne et ses bois, malgré les livres et leur richesse, malgré les musées et leurs trésors, malgré le Jazz, Dave Brubeck, Wes Montgomery, Chet Baker, Miles Davis, malgré l’écriture et les pérégrinations de l’esprit dans des mondes où les possibles et les humanités sont les seules choses qui vaillent. 

 

 

J’ai la nostalgie de ces ailleurs qui sont à contre-sens de la marche du monde. Des massifs étheriens de West Railay Beach qui imposent l’humilité, sa verdure luxuriante  qui invite à se perdre pour tenter la réconciliation ardue avec Phra Mae Thorani, déesse de la terre. 

 

Railay
Railay Beach, Thaïlande.

 

Des blocs de rochers à Luskentyre, échoués loin du rivage écossais, désespérés de ne pas pouvoir un jour goûter aux eaux froides de l’île Harris.

Je me sens un peu comme eux, piégé par mon temps, permanemment en transit dans ce réel un peu vaudevillesque où la comédie des mœurs se transforme quelques fois en actes de tragédie.

Dehors, une tempête de flocons s’abat sur les premières respirations du Printemps. 

 

Luskentyre
Luskentyre, Île Harris. 

 

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Île Harris, Ecosse. 

 

Surplombant l’immensité de la dépression urbaine, les gratte-ciel montréalais sont terrifiants de fadeur. Je ramasse ce que ce Pandémonium ne m’a pas encore pris et je détale, là-bas, en dehors des foules au pas hâté dont la course finit immanquablement au même endroit: sous terre, dans les cercueils que tire le métro.

Et je repense à Torghatten, à Vaeroy, à Ramberg, à Preikestolen, ces lieux qui n’ont pas encore offert leurs âmes à la damnation. J’y suis d’une certaine façon né.

 

 

Le Salut de ce qu’il me reste aujourd’hui sera norvégien, à mille années-lumières du rythme du monde, celui aux platines en or sur lesquelles surfent un Disc Jockey – pardon, un DJ. On ne gratte plus les guitares à la John Lennon, les Imagine désormais sont un bam bam boum aussi assourdissant qu’abasourdissant. 

 

 

 

Le vent frigorifiant brûle mon torse nu. J’ai quitté le confort, de cette maison perdue au milieu de nulle part, coupée de la civilisation et entourée de silence.

Je me suis avancé dans la nuit, marché sans traces, mes pas n’en laissent pas, jamais. Puis, j’ai respiré. Ici, dans ma campagne, comme là-bas à Svolvaer, je suis chez moi. Je suis moi. 

 

svolvaer
Svolvaer, Norvège.

 

Le blanc est la couleur de l’enfer.

En été, tout le monde se sent comme au Paradis, tout le monde essaie de noircir, bronzage maximal pour le teint idéal.

Je suis naturellement l’idéal, et je fuis le Paradis pour l’enfer blanc. Il est hivernal, et il n’y a personne. C’est l’essentiel.

C’est un peu comme aller à La Havane alors que l’on a plus d’espace, de calme, d’authenticité, à Los Roques.

C’est exactement ça. 

 

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Archipel de Los Roques, Venezuela.

 

Ici, nu, seul, j’ai une révélation: j’aime l’hiver.  

L’hiver qui cache si bien la salissure des hommes. L’hiver des grands espaces parsemés de forêts resplendissantes de l’immaculé. L’hiver du méditatif.

Aussi apaisant que Nakupenda (Stone Town) en Tanzanie.

Aussi transcendantal que Legzira (Sidi Ifni) au Maroc.

Aussi modeste et lumineux que Bai Dai Beach (Phu Quoc) au Vietnam. 

 

 

Je rêve d’horizons lointains dont je ne suis jamais entièrement revenus. Partir, c’est mourir, dit-on, mais revenir c’est encore pire. 

Mon songe singe ce qu’il peut des souvenirs qui rient sous la neige. Montréal est si loin d’ici. Je n’entends plus les sans-abris sous les cartons. Ni le vacarme des éboueurs qui libèrent les rues des corps non réclamés. Le munificent silence, partout, autour, de moi.

 

 

 

Et c’est presque irréel. Comme mes horizons lointains.

 

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