De l’art de la critique 2.0


Wow n’est pas un commentaire. C’est une onomatopée. C’est hot ça! n’est pas un commentaire, c’est un rien. J’adore! est une expression de jouissance, sans plus. Je te trouve superbe est un savoir-vivre, une pré-proposition à une offre sexuellement contractuelle.

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Récemment, une personne et moi échangions lors d’une rencontre de travail. La discussion était des plus courtoises, et il est arrivé quelle soit agréable. Au cours de celle-ci, cette collègue a eu cette phrase: Je ne suis pas d’accord avec la confidentialité des commentaires via l’anonymisation du médium. Elle serait le pendant de la critique négative. 

Sa réflexion m’a laissé perplexe. Parce que dans mon esprit obtus, la confidentialité des commentaires ou leur anonymisation peut ne pas être la boîte de Pandore qui libérerait la vilenie des utilisateurs, leurs abjections et autres sordidités.

Au contraire, dans certaines situations, anonymiser les opinions est salutaire, contribuant à créer une émulation entre les participants, sans parler de l’opportunité qui leur est offerte de dire ce qu’ils pensent réellement sans craindre le regard chosifiant et réprobateur d’autrui. Ou le suivisme moutonnier, l’adhésion par copinage, par proximité affective. En ce sens, l’anonymisation est une purge, libératoire. C’est une catharsis. 

 

L’adjectif Katharos associe la propreté matérielle, celle du corps et la pureté de l’âme morale ou religieuse.

La Katharsis est l’action correspondant à « nettoyer, purifier, purger ». Il a d’abord le sens religieux de « purification », et renvoie en particulier au rituel d’expulsion pratiqué à Athènes la veille des Thargélies.

(…) La Katharsis lie la purification à la séparation et à la purge, tant dans le domaine religieux, politique que médical. 

Jean-Michel Vives, « La catharsis, d’Aristote à Lacan en passant par Freud », Recherches en psychanalyse, no 9,‎ 2010, p. 22-35

 

L’anonymisation du verbe comme une libération émotionnelle dans une logique freudienne, un allègement dans la conceptualisation aristotélicienne, une expulsion  de la pensée profonde, pulsionnelle,  véhiculée par la parole ou l’écrit, permettant en fin de compte de séparer l’âme de son ignorance crasse (Le Sophiste, 231b).

 

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A une époque contemporaine où la parole se veut libre, et qu’elle semble si silencieuse à cause des récriminations et incriminations permanentes d’un ordre moral dominant (la pensée unique), une époque qui voit des mouvements tels que les Anonymous déclarés le droit à l’anonymat dans le cyberespace comme un principe fondamental de la société démocratique, donner la possibilité à cette majorité aphone, taiseuse, honteuse, peureuse ou apeurée devant les minorités bruyantes ou agissantes, c’est aussi prendre de court son exploitation politique.

 

Ainsi, la notion de « majorité silencieuse », si elle passe aujourd’hui pour traditionnelle dans nombre de récits qui choisissent cette crise comme sujet apparaît comme une invention opératoire, forgée au cœur de la crise et qui a permis au gouvernement Pompidou de gagner l’opinion à sa cause.

Ce à quoi renvoie la « majorité silencieuse », c’est moins au mouvement réel de l’opinion qu’à la 4 représentation que les gouvernants français avaient, et surtout voulaient donner de cette opinion, dans le but d’armer leur politique de gestion de la crise d’un soutien auto-proclamé de la population française.

Frédéric Bas et al., « La majorité silencieuse  : une construction du pouvoir ? », Lettre d’information, irice Univ. Paris 1, no 17,‎ 1996

 

Lynton Crosby, spin doctor australien, surnommé Le Magicien d’Oz ou le Master of the dark political arts, pour sa capacité à faire triompher électoralement les formations politiques à qui personne ne donne plus aucune chance, adulé par les partis conservateurs  (Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Sri Lanka, Australie, Canada) et autres groupes d’intérêts économiques (les industries du tabac, du pétrole, etc.) illustre parfaitement cette manière de mettre des mots/maux (The Wedge strategy) sur le silence pesant de l’opinion publique majoritaire. Parce que le silence, incontestablement n’est pas dépourvu de sens. Et qu’il convient de lui en donner un, quitte à ce qu’il soit outrancier. 

 

Si les silences sont multiformes et polysémiques, silence et parole restent organiquement tissés l’un à l’autre, inséparables comme les deux faces d’une même pièce de monnaie. […] L’interprétation des silences dépend ainsi de données contextuelles qui peuvent leur communiquer une signification complexe. 

[…] Cette prétendue majorité est celle dont l’opinion ne s’exprime pas, et dont la voix est construite en somme par un processus qui évoque la figure appelée prosopopée.

Denis Barbet Denis et Jean-Paul Honoré, « Ce que se taire veut dire. Expressions et usages politiques du silence. », Mots. Les langages du politique 3/2013 (n° 103) , p. 7-21

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J’ai compris que derrière le propos de ma consœur, se cache plus une crainte de dérapage que d’un refus anxiogène de la parole anonymisée. Elle a raison. Trop souvent, construire un lieu d’expression sans obliger l’identification de la parole qui se manifeste a conduit à une violence inouïe, à des batailles épiques (flame wars), à des échanges à l’intensité disproportionnée.

Les clashs des egos aussi infects que la pestilentielle odeur des égouts, le narcissisme nombriliste qui prend beaucoup trop de place (et cela a l’air jamais assez), l’absence de civilité, les trolls et autres nuisances, sont des pollutions dont la toxicité marque durablement. 

 

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Les blogues transformés en des arénas de gladiateurs où l’écoulement hémorragique d’hémoglobines (insultes, injures, ton vindicatif, propos incendiaires, discours haineux, intolérants, ou simplement stupides) refrènent l’envie de s’y attarder tout en encourageant la désertion des lecteurs.

Les sites Internet submergés par des comportements, des réflexions, qui – comme le souligne Adam Felder dans The Atlantic – font presque perdre foi en l’humanité

 

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Il n’est donc pas très surprenant de constater que certains blogues, sites Web, ont fait le choix du radical: la fermeture pure et simple de la section commentaires (BloombergThe Verge, Reuters, The Chicago Sun-Times, Vice Motherboard, CNN). 

C’est une décision compréhensible. Surtout si le trafic vers ces plateformes (qui n’ont plus vraiment plus grand chose d’interactif) est important de telle sorte que la modération humaine (approbation du commentaire par un modérateur avant publication) devient difficile.

 

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Parce que cela exige du temps, de l’énergie, quelques fois de l’argent, et un degré certain de compréhension de la langue. Car les insultes ne sont pas toutes d’un même niveau. Comme les intelligences.

Certains internautes ont cette faculté bien singulière de prendre les autres pour des cons sans jamais prononcer le mot. Par exemple, traiter doucereusement l’auteur d’un commentaire de coprolithe (merde fossilisée), d’alburostre (blanc-bec), d’orchidoclaste (casse-couille) ou de nodocéphale (tête de nœud) ne résonne pas de la même force que lui crier Vous êtes d’une imbécillité rare! ou un Trou du cul!

Pareillement, si vous dîtes à un internaute : Votre commentaire est une pétition de principe. Il y a de grandes chances qu’il ne se doute pas que vous le traiter d’andouille, et le modérateur qui n’est pas aguerri aux badineries sémantiques pourrait le valider. 

 

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Mais je ne vous conseille pas – comme il m’est arrivé de lire à la fin d’un courriel – de faire usage de cette délicate attention: Je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations fécales. 

Inspirez-vous plutôt de Gilles Guilleron avec Le Petit livre de gros mots. Vous pourrez alors enrichir votre lexique personnel de termes  loin d’être dithyrambiques et dont on ne soupçonne point (aisément) la ladrerie. 

Entre temps, voici quelques propositions qui sauront combler votre besoin irrépressible de faire part à autrui de votre déconsidération à son endroit

  • gastéropode des synapses, 
  • développer à l’encontre de son prochain des stratégies spécieuses,  
  • souffrir d’une altération de ses facultés cognitives, 
  • intermittent de la raison, 
  • victime de la tectonique crânienne, 
  • névrosé du signal d’alarme, 
  • concentré de miasmes putrides, 
  • cohérence à durée déterminée, 
  • alpiniste de plaines, 
  • dérangé du bocal
  • gangrené de l’âme… 

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La fermeture des commentaires est une décision qui vaut ce qu’elle vaut. Tout dépend bien entendu de l’objectif que l’on souhaite atteindre. Objectif quantitatif, qualitatif ou seulement une émission (unidirectionnelle) sans chercher la rétroaction (la bidirectionnalité). De ce fait, certains blogues fermés aux commentaires sont comme des livres que l’on consomme avec plaisir sans qu’il soit besoin de dire (de l’écrire).

Certains sites Internet sont des silences monastères qui invitent à une lecture dans un processus de recueillement. Autant que d’autres plateformes sans commentaires, sont des cimetières, des déserts. Le silence ou l’absence de gesticulation verbale ne va pas à tout le monde. 

 

La parole est cet instrument précieux qui nous lie aux autres, elle est au cœur de toutes les relations sociales, en ce sens elle est fondatrice de la condition humaine.

Cependant la parole contemporaine témoigne d’une nette ambivalence. Jamais elle n’a connu un tel déploiement, mais elle sert le meilleur et le pire. Si elle élabore un espace de substitution à la violence à travers le débat entre les acteurs, une conflictualité pacifiée qui implique un échange dans un cadre de civilité, et si elle contribue en permanence à transformer le monde dans une réciprocité aux autres, elle est aussi manipulée ou brisée par les puissants.

Souvent elle est difficile à prendre ou bien elle reste sans écho, et nombreux sont les sans-voix dans nos démocraties contemporaines. Le silence est nécessaire à la parole, il introduit un espace de respiration, de méditation.

Il est le souffle des conversations et leur tempo. Mais le silence tend à être chassé de mille manières de l’environnement social. Le bruit ne cesse de gagner et de rendre parfois la parole inaudible.

Il est difficile aujourd’hui de s’abstraire, de trouver les conditions d’une intériorité. Le silence se fait rare. Mais peut-on parler sans se taire et donc sans écouter l’autre, peut-on penser dans le bruit ? La parole, dans ce sens, est étroitement solidaire du silence.

Philippe Breton et David LeBreton, Le silence et la parole contre les excès de la communication, 2009

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Mais avant de décider de cette rupture, il est bon de savoir qu’il existe des moyens aidant à contrôler les commentaires qui peuvent être émis sur sa plateforme, tels que celui développé conjointement par The Washington Post, le New York Times, Mozilla, qui est un logiciel de reconnaissance de mots. Il ne vous préservera pas de tout, il ne sera pas à 100% efficace, mais c’est un compromis acceptable, raisonnable. 

On se laisse déjà à rêver de ce jour miraculeux où comme avec la publicité intrusive (Adblock) l’on pourra flouter ou rendre invisible des opinions indésirables.  En attendant… 

The most ambitious aim of the project is to create a feature that would efficiently highlight the most relevant and pertinent reader comments on an article, perhaps through word-recognition software. Another feature would categorize and rank commenters according to their previous postings. Such a function wouldn’t eliminate “trolls” — readers who post intentionally inflammatory or abusive comments — but it might diminish the “incentive to be the loudest voice” and would foster communities of commenters, said Greg Barber, The Post’s director of digital news projects who is part of a steering group. A highlighting system might also make it easier and more practical for journalists to interact directly with reader-commenters, he said.

 

Et si vous tenez à vous armer contre les comportements asociaux ou antisociaux (les termes  n’étant pas nécessairement interchangeables) sur votre site Web, lisez aux fins de compréhension l’étude de Justin Cheng, Cristian Danescu-Niculescu-Mizil et Jure Leskovec, professeurs à Stanford et à Cornell intitulée Antisocial Behavior in Online Discussion Communities :

 

[…] Les Communautés peuvent jouer un rôle dans l’incubation de comportement antisocial. En fait, les utilisateurs qui sont censurés trop tôt dans leur vie sont plus susceptibles de manifester un comportement antisocial plus tard.

En outre, alors que les communautés semblent initialement pardonner (et sont relativement lentes à interdire ces utilisateurs antisociaux), elles deviennent moins tolérantes envers ces utilisateurs plus ils restent dans une communauté.

Il en résulte une augmentation du taux auquel leurs posts sont supprimés, même après ajustement de la qualité du post

 

 

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Upvoted, the new site from Reddit, is being presented as a “way to introduce people to Reddit” and people are highlighting the absence of comments.

But this is just a part of the story. Upvoted curate, write introductions and illustrate some of the best contributions from redditors. And there is a lot of amazing stuff happening there.

You can’t talk about “comment sections” on Reddit, because it’s a forum, but I think it represents the same idea: the editorial team is giving back to the community a way of presenting itself in a more meaningful (and beautiful) way to the rest of the world.

 

A l’ère 2.0, il semble que l’on assiste, contrairement aux promesses vendues, à une juxtaposition des opinions, aux petits bavardages qu’à une véritable conversation.

Les boutons Like & Share jadis plébiscités par les marketeurs, les blogueurs, les gestionnaires de site Internet, les médias, le consommateur, sont désormais les symboles de la stérilité interactive du 2.0. Les emojis quant à eux présentées comme la transcription numérique des émotions ressenties tendent à limiter l’échange à une espèce d’émotionnel quelques fois puéril. 

Il est maintenant accepté par tous que tous ces moyens d’expression ont trucidé l’idée du débat public riche et intéressant dans le cyberespace. De l’intersubjectivité menant à une construction mutuelle faisant sens et ayant pour finalité – inconsciemment – de rendre le sujet moins bête qu’il l’est.

On vise dorénavant le feeling ou le gut feeling, le défouloir du sentiment comme une crise pubertaire. Ou une crise d’hystérie, c’est selon. 

Il m’est arrivé d’entendre dire que le commentaire devrait susciter la conversation. Facile à dire, en effet. Dans une communauté virtuelle, un groupe, où les gens n’en ont généralement rien à faire de la substance, qu’ils s’excitent sur des niaiseries, tout le monde n’est pas aussi enclin à discutailler sur le vide. D’ailleurs, à quoi cela servirait-il? 

 

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Anonymiser les commentaires pour libérer la parole? Vous me direz que c’est irresponsable, et que c’est l’une des causes principales des comportements odieux qui pullulent dans le 2.0. Et vous aurez raison. 

Proscrire l’anonymat n’a pas aidé non plus.

 

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Et ceci malgré ce qu’en pense Maria Konnikova de The New Yorker dans sa Psychologie des commentaires en ligne.

 

Si vous vous considérez comme beaucoup moins responsables de vos actes, notamment en vous abritant derrière l’anonymat et la masse, vous avez plus de chances d’avoir des comportements moralement douteux.

Le célèbre psychologue spécialisé dans les questions sociales de l’Université de Stanford, Alfred Bandura, dans ses études sur le rôle des groupes et des médias dans la violence montre que quand la responsabilité individuelle devient plus diffuse, les gens ont tendance à déshumaniser les autres et à devenir plus agressifs envers eux.

 

Dès lors, quelle solution?

Anonymiser ou pas?

Bloquer ou libérer?

Suspendre à l’approbation ou censurer?

Quel cadre? Quelles limites?

 

CNN a choisi la solution de facilité en invitant ses lecteurs à se rendre sur les réseaux sociaux pour débattre. Vice revient au XXème siècle et propose à ses lecteurs… d’envoyer une lettre à l’éditeur.

 

Lorsque que ma consœur a partagé avec moi sa réflexion, je me suis demandé comment pouvait-on parvenir à commenter, à critiquer dans le 2.0 façon 2.0?

Tout de suite, elle m’a dit: Je crois que pour moi la critique ou le commentaire doit être positif. Personne n’aime le négatif.

Là encore, elle m’a laissé perplexe.

 

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Je n’ai jamais cru qu’un commentaire ou une critique était soit négative soit positive. En fait, je crois profondément que le négatif ou le positif dans l’opinion que l’on exerce n’existe pas.

Je pense qu’au lieu de la négativité ou de la positivité, il y a dans le commentaire ou la critique deux catégories bien distinctes:

  • la critique ou le commentaire que l’on ne comprend pas
  • la critique ou le commentaire que l’on comprend

Dans la première, on retrouve deux sous-catégories:  

  • le hors-contexte ou hors-sujet (Ovni ou Alien)
  • le non-sens ou le sens stéganographique (souvent illustrer par le charabia, le meuglement verbeux, ou plus intellectuellement par un niveau d’hermétisme qui tient à l’écart et en respect le néophyte)

Dans la seconde, il y a également deux sous-catégories :

  • l’évident (celui qui est attendu, normal, du même acabit que dire la pluie pleut, qui fait suite ou qui initie une série de la même verve, qui souvent est une juxtaposition)
  • l’inspiré (celui qui dénote, inattendu, qui complète, évalue, une valeur ajoutée, un dépassement, une ouverture, un questionnement, un renversement)

Ainsi, la première catégorie se différencie fondamentalement de la seconde par la présence d’une forme de stérilité (la critique ou le commentaire qui ne mène à rien / qui mène à quelque chose). Il y a là un apport / une aridité. Du substantiel / de la vacuité. De l’inspiration féconde / de l’agénésie. 

 

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Prenons un cas concret. C’est beau.

Est-ce de l’ordre du commentaire ou de la critique que l’on comprend ou ne comprend pas?

Il est clair que prima facie le sens va de soi, il est limpide. On apprécie.

Seulement, le lecteur pourrait répondre : C’est gentil, mais quoi précisément?

Parce qu’il ne sait pas véritablement ce que l’on apprécie, d’où vient cette manifestation de béatitude, où mène-t-elle, vers quel chemin conduit-elle, à quoi renvoie-t-elle? C’est beau, point final. Voilà la stérilité. Le commentaire ou la critique qu’au fond on ne comprend pas. 

Par contre, si l’on écrit ou glisse : C’est beau. Ça me fait penser aux couleurs du printemps lorsque j’étais enfant. C’était un autre temps. Je le regrette presque. 

Ce commentaire part de quelque part, mène à une intériorité, partage une émotion, donne envie d’en savoir davantage, ou juste à apprécier. On comprend, on contextualise, il propose un signifiant, il conduit à quelque chose. 

 

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Autre cas. C’est laid.

O.K. Mais encore? Autrement dit: en quoi, pourquoi, qu’est-ce ça veut dire pour vous C’est laid

On pourrait plutôt dire : C’est laid. La chose la plus détestable que j’ai eue à lire. Aucune profondeur. Aucune originalité. Rien. 

Voilà qui est mieux.

Dès ce moment, une conversion peut être entamée. Ou pas.

On sait que C’est laid parce que selon nos propres standards et autres représentations il n’y a pas grand-chose à en tirer. Le commentaire ou la critique s’inscrit dans un contexte, part d’un point et conduit à un autre. Il y a du signifiant, quelque chose d’embryonnaire certes, mais qui n’est pas limité ou limitatif.  

 

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Au-delà donc de la question de l’anonymisation du commentaire, du positif ou du négatif de la critique, de la censure ou de la fermeture des opinions exprimées, s’il nous est impossible de garder le silence ou de faire silence, alors comment devrions-nous y prendre? De quelle critique 2.0 devrait-on être des disciples? 

 

La question n’est pas tant de parler ou de se taire. Tout dépend de ce qui se dit et à quel moment. Une telle affirmation n’a rien de nouveau. La sagesse populaire avait toujours reconnu la valeur du silence. Tout le monde connaît le proverbe : la parole est d’argent, le silence est d’or.

Nazir Hamad, « Le silence se donne comme la parole. », La revue lacanienne 1/2009 (n° 3) , p. 19-21

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L’art de la critique 2.0 est celle du respect de 5 points essentiels: 

  1. Comprendre le sens global de ce que l’on veut critiquer ou commenter. Si ce sens vous échappe, faîtes preuve d’austérité du verbe. Mieux, mettez-le en suspend. Mais s’il advienne que vous vouliez tellement dire alors relisez ou réfléchissez. 
  2. Résumer brièvement, en quelques mots, le sens global que vous croyez avoir compris. Paraphraser l’idée principale, de l’objet en discussion ou proposée, si besoin est. Ou commencez votre critique ou votre commentaire par des propos qui contextualisent de votre réflexion. 
  3. Ouvrir la discussion. Ne laissez pas votre commentaire ou votre critique se complaire dans une sorte de solitude. Il est important qu’il puisse d’une manière comme d’une autre produire une envie d’aller plus loin que l’objet de la réflexion. 
  4. Répondre toujours ou autant que possible aux commentaires sur votre plateforme (blogue, site Web, Page, etc.), qu’importe leur intérêt qualitatif, adopter une approche qui s’appuie sur le pourquoi, le comment, soulignant que la réflexion ou le commentaire est important pour vous. 
  5. Rester soi-même. Ne pas renier votre phrasé qui fait partie intégrante de votre personnalité et de votre identité, sans toutefois tomber dans le niais, le benêt. Soyez donc authentique, mais pas s’ankyloser cérébralement.   

 

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Cet art de la critique ou du commentaire n’est pas celui du bavardage 2.0. La nuance est cruciale. Si le premier vise à faire sens, le second intentionnellement ou inconsciemment vise à échanger comme on tourne en rond, pour tuer le temps, pour remplir le silence, pour se débarrasser d’une obligation de dire. Les deux n’ayant pas intrinsèquement la même finalité.

Wow n’est pas un commentaire. C’est une onomatopée. C’est hot ça! n’est pas un commentaire, c’est un rien. J’adore! est une expression de jouissance, sans plus. Je te trouve superbe est un savoir-vivre, une pré-proposition à une offre sexuellement contractuelle, une hypocrisie, un mensonge, une sincérité bébête ou galvaudée, une compassion. Ce n’est pas un commentaire. Tout au plus le début d’un bavardage. 

Dans un bavardage on ne questionne pas, on ne cherche pas réellement à savoir, à comprendre, on est ailleurs, loin de la substance, le questionnement est une politesse.

Dans la critique ou le commentaire, il est l’envie d’aller en profondeur, de creuser ne serait-ce qu’un peu plus, il est la question en filigrane. Dans cette perspective comme l’écrit Ta-Nehesie Coates dans Une Colère noirele questionnement comme rituel, le questionnement comme exploration plutôt que comme recherche de la certitude.

Mais après tout, ceci dépend de vous.

 

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