Eternal Darkness of the Spotless Mind


A Alexander Pope

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Lorsque Étienne Branchelavoix se mît à clabauder les non moins commodes mots de Cerise, auteur téméraire aux collusions suspectes du Voyage au bout de la Folie, qui traita – une Gauloise pincée par des lèvres sèches et craquelées – d’un pauvre mec à la petite graine son ancien amant et désormais rival Charles Alexandre George Léopold Henri de Saint-Hecszupetry, je sus instinctivement que cela finirait mal.

 

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Non pas pour le caractère allusif des attaques ad hominem de Cerise contre celui qui se perdit en mer après avoir essuyé son existence entière de grands vents, ni pour le courant d’air que fût Saint-Hecszupetry dans ce monde si délicat des Lettres, et dont l’ouvrage à la fois mémoire et bourrasque Terre des Gnomes traînait encore sur les étagères en bois précieux des bibliothèques d’endoctrinement de la supercherie élitiste, mais parce qu’il m’était apparu clair que même dans un dîner de cons certaines limites d’indécence et de vulgarité ne pouvaient être aussi effrontément franchies. 

 

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Étienne Branchelavoix croyait, par une maladresse compréhensible, inhérente à tout arriviste se respectant, impressionner la jeune Yvonne de Bovoard en pillant plus qu’en empruntant quelques phrases autrefois méprisées, revenues au goût du jour grâce au génie réenchanteur d’un critique d’art de type apollinairéen, et en les crachant si haut qu’ils tombèrent dans la gueule grande ouverte de l’auditoire médusé.

 

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Toutes ces nuits blanches à assimiler et à crier à tue-cœur le lyrisme nuageux d’un auteur gâteux, Étienne Branchelavoix, petit Prince qui aimait enfant se faire dessiner des moutons, qu’il comptait pour s’endormir, rêvait d’incarner la grandeur de l’Âge doré oublié dans les palais.

Le petit Prince, se voyait porter aux nues par la clameur bacchanale de l’auditorium, ressentait en lui et autour de sa noble personne lunaire l’éther des Anciens, sous le regard vaincu et attendri d’Yvonne de Bovoard dont la légendaire beauté dépassait de loin toute la fiction qui lui était consacrée.  

Étienne Branchelavoix, vague parenté de Pierre Bézoukhov dont le paternel Stoïtol avait autrefois peuplé la littérature de son temps de quelques illustres bâtards, mâchait, ou conviendrait-il de dire écrabouillait comme on  écrapoutirait une araignée sous son pied, l’oeuvre d’abord embarrassante puis encensée de Cerise que l’on retrouva dans un bain d’acide, le bras levé et rigide d’Adolphe lui servant d’accoudoir. 

 

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Il les avaient mâchonnés jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Le matin précédant la soirée, il avait répété devant un reflet flatteur d’un miroir généreux, et il s’était trouvé merveilleux. Non. Plus que merveilleux, Apollon.

Et ce soir, il se sentait irrésistible, divin. Le petit Prince, issu des bas-fonds de Pugras aux boulevards thuneux de L’Oseylles, du petit trafic aux grandes salles feutrées où il menait le monde entouré de financiers et de conseillers prestigieux, avait enfin été invité à la table des Grands.

Le sang bleu buvant dans la même coupe que le sang vert, rue Schwartz, au numéro 1943, en face de l’hôtel particulier Raphle appartenant au comte Paytin de Vichyescu, premier magistrat du pays.  

Il avait acquis la conviction que l’argent pardonnait tout, lavait de tous les péchés, rédempteur et carte d’accès VIP (Very Important Pourriture) au paradis. Il en était heureux.

Puisqu’il n’avait pas lésiné sur les moyens, heurtant les murs, défonçant, dynamitant, les portes à l’hermétisme sonnant et trébuchant, mettant des balles dans les têtes de l’adversité en hydre de Lerne, traversant d’un calme olympien les nuits aux longs couteaux, violant la prude morale drapée de cette immaculée posture qui l’excitait tant. Irrésistible, Étienne Branchelavoix. 

 

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Ce soir, invité à la table des de Bovoard, vieille lignée aristocrate descendant d’un prince strabique passé dans l’histoire comme celui qui osa uriner sur Dieu, il exigeait de lui-même une prestation sans faute. Éclatante.

Et quelque part, il avait toujours senti que les de Bovoard possédait dans leur génétique cette petite déviance qui faisait d’eux des êtres à part dans leur monde monochrome, proches de ce qu’il était au fond de lui. Un insoumis. Un inclassable. Une rupture.

 

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Yvonne de Bovoard, portant admirablement les parures scintillantes de la belle jeunesse élevée au foie gras et aux bonnes manières caviar, était – on le murmurera jamais assez – une femme renversante et gâtée par la nature. A tel point que généreuse elle lui avait gratifiée de deux sexes. Une singularité qu’elle ne manqua de philosopher dans sa réflexion intimiste Le Second Sexe (traduit en plusieurs langues d’une pudicité étonnante sous le titre L’Autre Sexe) qui marqua des générations entières d’hermaphrodites, et qui déboucha dans la conceptualisation d’un courant intellectuel, politique, et militant: les Hermen.

Étienne Branchelavoix ignorait tout de cette singularité. Il n’écoutait jamais les mauvaises langues, sauf quand il éprouvait le besoin de les couper pour nourrir l’estomac délicat de ses chiens pure race. Un brave homme.

Yvonne de Bovoard était une personne libre. Insoumise aussi. Avec elle, la pudibonderie pouvait aller se déshabiller. Elle se délectait des repas phalliques et autres impudicités sans jamais cesser d’en avoir toujours envie. Elle était prisonnière de sa liberté chaque corps qui se présentait. Elle l’appelait vivre pleinement. Et tout le monde se bousculait pour être digne de sa bouche, gourmande, insatiable. 

Étienne Branchelavoix ignorait tout cela.  Il n’écoutait jamais les langues de pute. Elles ne lui servaient qu’aux fins d’anulingus. En dehors de cette pratique essentielle à sa jouissance, il n’en avait cure.

 

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Étienne Branchelavoix, petit Prince, était loin d’être un enfant de chœur. Premièrement, aucun prélat ne le voulait sous sa soutane, il souffrait de claustrophobie et d’achluophobie qui le rendaient si fou qu’il lui était une fois arrivé d’éclater les burnes d’un prêtre.

Deuxièmement, la fornication était sa seconde nature, et sa langue vipérine son principal outil de cunnilingus sans lequel il n’aurait certainement pas obtenu quelques grâces. Les femmes de ses clients appréciaient particulièrement. D’ailleurs, il leur consacrait un livre pour la rentrée littéraire prochaine: Les Monologues de la noune. Clairement, un futur chef d’oeuvre.

Troisièmement, il savait faire avaler tout ce qu’il éjaculait. Des frigidaires aux Inuits, des salons de bronzage aux Touaregs, des arbres aux Pygmées. Avec une cupidité qui forçait le respect.

Étienne Branchelavoix et Yvonne de Bovoard semblaient faits pour s’entendre. Ils ne le savaient pas encore.

 

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Étienne Branchelavoix avait clos sa prestation par une piètre improvisation qui tomba comme les mâchoires qui se décrochèrent et vinrent fracasser le plancher avec la sonorité d’une pomme pourrie sur le crâne sans perruque de Nyouthon – célèbre découvreur des lois d’attraction, responsables de tant de catastrophes.

Étienne Branchelavoix, sans se démonter, tenta de rattraper le coup en rajoutant quelques vers paillards d’une chanson rabelaisienne tirée de son impressionnante inculture. Ce fut savoureux. Un double suicide de soi. Rarissime. Yvonne de Bovoard eut une érection. Et quelque chose de semblable clitoridiennement.

Cerise sur le gâteau. Elle en tomba amoureuse. Tout le monde eût un fou rire. Le musicien joua le n° 7 du Ein Sommernachtstraum op. 61 de Jakob Ludwig Felix Mendelssohn Bartholdy. Un air de marche nuptiale. 

Et il n’eurent pas beaucoup d’enfants.  

 

 

 

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