Tremblay, le taxi


A Montréal, se faire appeler un taxi et être surpris de voir un blanc au volant. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses. Je refuse d’embarquer. L’homme étonné me demande pourquoi, et je lui réponds qu’il a sans doute voler le taxi. Il reste estomaqué.

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O.K.?

*psss psss * (ne cliquez pas sur les hyperliens)

 

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A Montréal, se faire appeler un taxi et être surpris de voir un blanc au volant.

Ce n’est pas normal. Ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses.

Je refuse d’embarquer. L’homme étonné me demande pourquoi, et je lui réponds qu’il a sans doute voler le taxi. Il reste estomaqué.

 

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Un blanc qui conduit un taxi à Montréal c’est comme un père Noël noir, c’est possible et très singulier. 

Puis je souris. Il n’en revient pas. Je ris à gorge déployée. Il ne la trouve pas drôle. Du tout. Il m’a traité de raciste mille fois dans sa tête.

Au moins il sait maintenant ce que c’est qu’être une minorité visible. La suspicion dans chaque regard. La présomption de voyourisme dans chaque attitude. Et je passe sur la certitude de stupidité, les noirs sont doués pour le sport, l’intelligence pas sûr.

J’ai un fou rire peu contagieux. Finalement, je rentre dans le taxi de M. Tremblay, on jase de tout et de rien. Il m’avoue qu’il comprend mieux mon attitude. Je souris.

Quelques heures plus tard, on arrive à destination. Mes errances à Montréal sont toujours longues. C’est comme visiter un cimetière avec des gratte-ciel aussi majestueux que des pierres tombales.

 

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On passe par le centre-ville. Souvent, j’ai passé du bon temps chez Sir Winston Churchill Pub Complex, me suis régalé avec une petite brune filiforme aux yeux vert au Sho Dan,  au 400 Coups avec une blonde anorexique à l’imposante poitrine, au Pastaga pour le m’as-tu-vu et pour accélérer la transition restaurant-chambre d’hôtel avec une autre blonde tout aussi maigrichonne, au Europea avec ma femme parce que c’est mon préféré.

Aujourd’hui, le programme est légèrement différent. Il fait un temps de chien. M. Tremblay ne me quitte pas du regard, son rétroviseur est comme un revolver braqué sur moi. M’en fous. Un peu. Je me dis qu’au fond, je pourrais lui racheter sa bagnole juste pour le foutre au chômage.

Tout ça me donne soif. On vire de bord. Je vais me changer les idées à la SAQ Signature avec une rousse qui n’assume pas ses éphélides,  M. Tremblay laisse le compteur tourner. Je le sens pas très sûr de son affaire. La rousse me laisse un suçon au cou. Elle ne perd rien pour attendre.

J’invite M. Tremblay à un concours de bouffe au Toqué!, il y a une autre brune à la chevelure amérindienne qui nous mâte. Je fais signe au pingouin qui nous sert et qui se souvient qu’à une époque c’est un nègre qui était à sa place. J’écris un mot sur un mouchoir, le pingouin va de sa démarche ridicule donner à la chevelure amérindienne mon numéro de téléphone. Je reçois un texto. Cette fin de semaine, je chevaucherai une Walkyrie. Yihaaa.

M. Tremblay est plein à craquer. On rembarque dans le taxi. Direction je-ne-sais-pas, roule ma poule! Roule!

On passe devant le Vinum, j’y ai acheté mon cellier Transtherm Ermitage et quelques autres bidules. J’aime le vin. Les orgies aussi. Surtout quand je suis le seul Mâle. C’est l’effet d’une bonne bouteille de vin. A partir de la deuxième, on dit FuckFest ou comme Amin poétique: Fuck! La fesse! 

 

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M. Tremblay est sur Saint-Jacques ou le petit Wall Street. Sans déconner. Ces québécois et leur américanité. Désespérant. 

Maisonneuve, Boulevard René Lévesque, le sempiternel et ennuyeux défilement du stupre, grouillent de troupeaux de citadins qui se la jouent riches, winners, Im beautiful, Im dope. Affligeant. Ou comme le lâcherait Elise, assise à la terrasse du Café de Flore à Saint-Germain-Des-Prés: Merdique.

La Place des Arts. J’ignore ce qu’elle a d’artistique. Je n’ai sans doute pas les yeux qu’il faut. Ou me faut-il changer ma paire de lunettes. C’est une question rhétorique. La Place des Arts est une place du désastre. Épouvantable. Et ce n’est pas seulement de la faute de mes lunettes. Ni de celle de ces pseudo artistes qui font les originaux en pondant des bouses en longueur de temps. Non. Ils ne sont pas coupables. Les responsables sont ceux qui jouissent devant ces gadoues. Et ils sont légion. Jesus-Christ. Prononcez [ˈdʒi:zəs kraɪst] plizz

On remonte la grande avenue, cette espèce de boulevard des allongés, puis on roule jusqu’au Plateau Mont-Royal où l’on mange et baise bien. Comme qui dirait: Pas pire. Normal, c’est l’autre département français d’Outre-mer. Ahh, la fameuse French Touch.  Ceci explique cela. 

On s’arrête pour une clope dans le Vieux-Montréal, moins catacombe que le reste de la métropole, des pavés en lieu et place des nids de poule, il m’a toujours fait penser au XVIe à Paris.

Je n’entends plus jaqueter la foule, le Vieux est civilisé, et j’ai  cette drôle d’impression qu’il est  le seul endroit montréalais qui fasse XXIe siècle.

Je vais à L’Épicier avec une fausse blonde au p’tit cul mais qui en jette, elle travaille à KPMG, diplômée de McGill, surdiplômée de Columbia, elle a des lèvres en Q. C’est ma comptable. Et mon conseil. Dans mon téléphone elle porte les initiales D.T. DeepThroat. Elle a l’art de tout avaler. Tout faire disparaître. Tout dépend du lieu. Belize. Liechtenstein. Delaware. Les Îles Vierges Britanniques. La vie est belle

On quitte le Old Montreal, comme on remonte le temps. XIXe siècle. Avant la Grande noirceur. J’ai dans ma tête la voix de ma femme qui résonne: C’est vraiment laitte. Hmm. Disons chérie que c’est sans âme. Et croire que l’on paie une fortune pour y habiter. Faut être maso ou n’avoir pas le choix. That’s life

 

 

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On arrive à la destination finale.

 

 

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M. Tremblay me confesse qu’il va rentrer chez lui, retrouver sa femme et ses garnements. Ils me montrent des photos de famille. Belles têtes, bien faites. Une chevelure grisonnante. Sa femme n’a plus la fraîcheur des jeunes années. Il rajoute que c’est sa plus grande fierté. Je le crois sur parole. Et qu’en vingt ans de taxi, il n’a jamais rencontré un client comme moi. Il laisse tomber: Tu sais, les personnes de ta nature ne se croisent pas tous les jours. Les gens sont tellement rendus à l’argent, c’est écœurant. L’humain est mort.

Je pense à mon frère Chrispy qui aurait eu un infarctus en l’écoutant me tutoyer. Chrispy est un petit bourgeois snobinard de français. Nous avons dix années qui nous séparent et il m’a beaucoup filé des claques. Je suis convaincu qu’il m’en filerait encore là, à cause de ce tutoiement si irrévérencieux.

Chrispy n’est pas québécois. Il y a un océan qui nous sépare. Il ne sait rien de ce tu qui est hospitalier, une égalité, une bise amicale. Le Quebec n’a jamais été une monarchie, les gens n’ont pas un bâton planqué dans le cul.

Chrispy me re-filerait une autre claque. C’est quoi cette façon de parler, si Maman t’entendait!

 M. Tremblay lui fouterait son poing dans la yeule. Chrispy a de la chance, lui qui a souvent pensé qu’au Québec il n’y avait que des trappeurs vivant dans le sous-bois, il rigolerait moins la yeule baisant l’asphalte. 

M. Tremblay est ému, visiblement. Il ne cesse de parler. La facture est salée. Mais je n’en ai cure. L’argent n’est pas un problème. Cela dépend encore une fois de ce que l’on en fait. Et il me fait plaisir d’émouvoir M. Tremblay. C’est ma B.A. pour les cinq prochaines années. Minimum.

Maintenant, je peux tous les faire acquitter. Les violeurs, les pédophiles, les pervers de toute sorte, les voleurs propres sur eux, les criminels avec qui je visite le Musée d’Art Contemporain de Montréal sous le regard étonné de ces agents de sécurité noirs. Dans un musée de cette envergure, plongé dans le monochrome pure laine, je suis le cheveux crépu dans la poutine. Quelques fois, c’est indigeste. Je comprends ça. Et sincèrement, je n’en ai rien à faire.

M. Tremblay me tend la main, et je n’ai pas le sentiment qu’il vérifie que rien ne manque dans son taxi. Pour moi, c’est rarissime. Un peu comme un blanc se ferait contrôler no where par la police à Paris. J’en ai connu des fouilles au corps dans le Marais. Il paraît que j’ai une tronche patibulaire.

Demandez au mec qui me colle aux basques au supermarché, cette fille qui ne me lâche pas du regard chez Simons– depuis l’affaire de l’ex-bâtonnière Lu Chan Khuong, il y a des gueules qui ont quelque chose de louche et c’est toujours les mêmes.

Demandez à ce préposé qui me check du coin de l’œil à Moores’, et à cette jeune blondasse bimbo chez Birks qui aime ça être dans mon ombre, en même temps j’adore son parfum. Je le veux dans mes draps.

Cela fait un moment que je ne traîne plus chez Simons. Le scandale m’a donné des nausées.

Je suis retourné à mes vieilles habitudes. Harry Rosen. Holt Renfrew. Ça va de soi (of course). Ils ont toujours semblé avoir compris l’essentiel: l’argent n’a pas de couleur. M. Tremblay, finalement, aussi.

La prochaine fois, nous irons ensemble.

Avec D.T.

La chevelure amérindienne.

La fausse blonde.

La rousse. La brune.

Les gros seins. Le p’tit cul. Les lèvres en Q. 

Etc. Etc. Etc.

 

 

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7 commentaires sur « Tremblay, le taxi »

  1. Est-ce basé sur une histoire vraie? Te lire peut rendre quelqu’un facilement perplexe. Tu nous transporte dans cet espèce de zone grise où il n’y a que du brouillard. On ne peut distinguer le vrai du faux et je pense bien que c’est le but recherché. Tu as une façon de faire disparaître l’écrivain derrière le texte, car il est presque impossible de percevoir sa vraie personnalité. Où peut-être est-ce moi qui ai besoin de changer de paires de lunettes* J’aime bien ce genre de texte. C’est ce que j’ai envie de lire; des textes clairs, courts et concis. Tu as aussi cette façon d’écrire qui arrive à complètement captiver le lecteur. Tu es un provocateur dans l’âme et tu maîtrises bien ton art. Mwen renmen sa.

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    1. Mesi pou presans nou nan rankont la . Rebz. Il serait présomptueux de parler d’écrivain. Je n’ai rien d’autre que la prétention de rien. De rien du tout. Et tu sais que je suis une inexistence. Merci Rebz pour tes mots qui me sont offerts dans l’authenticité nue, celle que l’on ne peut contrôler. J’aime ça.

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  2. Bon jour,
    Percutant au sens de la balle qui traverse de part en part le bastion de l’ordinaire , mouche le quotidien en épopée 🙂
    (J’adore, mais je le dis tout bas)
    Aux propos de Rébecca Méhu, qu’importe réalité ou fiction (ou les deux) l’essentiel est dans le ressenti du vivant du texte, la possession du sujet, le jus qu’il en sort, que dis-je le nectar.
    Max-Louis

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  3. iotop: On ne ressent pas seulement des choses au travers des lectures que l’on fait, mais on ressent aussi des choses au travers des expériences que l’on vit. S’arrêter aux  »parois » de ce texte c’est refuser d’admettre les vérités de cette réalité dont l’écrivain s’est inspiré. Que cette histoire soit basée sur des faits réels importe encore plus.

    Aimé par 1 personne

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