Pourquoi devenir Nazi en 3 raisons

by dave

Ou voter extrême-droite.

 

Mme Tess Asplund

L’une des actualités les plus virales de ses dernières heures se tient en une image. 

Mme Tess Asplund, le poing levé devant des dirigeants Nazi lors d’un défilé en Suède. Le courage, l’héroïsme du geste. Une femme face à des hommes qui à une autre époque l’auraient pendue au bout d’une corde attachée à un arbre. Lyncher comme on disait. Euphémique, presque poétique.

L’image est belle. Elle est forte. La femme, la photographie. Elle se passe de mots. C’est aussi là la beauté de la chose. 

Mme Tess Asplund comme le raconte L’Obs passait par là. Une passante, ordinaire. Mais pas si ordinaire que ça, finalement.

Elle aurait pu baisser les yeux et se faire très discrète devant cette horde d’hitlerons.

Elle aurait pu faire semblant d’avoir quelque chose de plus important à faire avec son téléphone intelligent.

Elle aurait pu juste prendre une photographie, faire un selfie, la poster sur les réseaux sociaux en hurlant sa colère approuvée sans doute par une masse de Like, et ne rien faire dans le réel.

Elle aurait pu s’en indifférer, parce que des apprentis SS c’est une affaire pour d’autres, ou se dire qu’elle ne pouvait rien y faire, elle et sa petite personne, la crainte au ventre, la peur de l’engagement. Elle fragile, insignifiante.

Elle aurait pu attendre des autres qu’ils réagissent, et eux attendant qu’elle en fasse autant. Et rien ne se serait fait. Comme à l’accoutumée. L’ordinaire. 

Elle aurait pu trouver mille raisons d’agir différemment, toutes auraient sans doute été légitimes, respectables, compréhensibles.

Mme Tess Asplund était dans la rue, elle a vu l’inacceptable, et a réagi de la manière la plus extraordinaire possible, en étant simplement humaine.

Un petit corps frêle, un mur infranchissable, faisant barrage à la marche sépulcrale des barbares.

Seule, debout, le poing ferme. La dignité même.

La pose rappelle la statue de la Liberté. Les jeux olympiques d’été de Mexico en 1968. Le regard confiant, déterminé de Jesse Owens à Berlin en 1936. La solitude du courage, l’invraisemblable audace, le superbe culot, la petite folie suicidaire, de l’homme de Tien’anmen en 1989.

La pose est historique. Il y a là plus qu’un symbole. Plus qu’une icône. Il y a là une force, une puissance indicible. 

« Un individu posa cette question à un autre : « Où est ton frère? » L’interlocuteur surpris et un brin agacé lui répondit : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère? »[1]  Ce dernier aurait pu comme Jean-Marie Gueullette[2] poursuivre en disant : « Mon frère n’étant pas un animal, ni un prisonnier, je n’en suis pas le gardien. » Il aurait été dans son droit le plus légitime. De façon générale, l’autonomie de la personne et le respect de la liberté individuelle récusent « toute forme de responsabilité à l’égard du frère, de sa personne comme de ses comportements. » Dès lors, aucune personne n’est a priori – hormis les exceptions prévues par la loi, les acceptations culturelles, les convictions religieuses et philosophiques – contrainte à être le gardien de l’Autre.

Être le gardien de l’Autre sous-entend deux choses : la surveillance de son agir et la responsabilité de veiller sur lui. Veiller ou « se préoccuper de » l’Autre signifie avoir à cœur son sort, sa condition. La surveillance quant à elle veut dire « observer avec attention le comportement de » l’Autre. La veille est une vigie dans le sens de « se montrer alerte » – ne pas baisser la garde; la surveillance un contrôle de conformité par rapport à un attendu, à une norme préétablie, ou le fait de s’assurer en évaluant que les attitudes, les choses, se déroulent, évoluent, se font sans que l’acteur n’enfreigne la règle, ne se mette en danger ou ne mette en danger les Autres. Les deux notions semblent similaires et ont tendance à être interchangeables, seulement ce n’est pas nécessairement le cas; la première – la veille – implique une constance et une permanence tandis que la seconde – la surveillance – peut ne pas s’exercer dans une continuité (processuelle) et peut être occasionnelle. 

[…]

En effet, la question « Suis-je le gardien de mon frère? » est le cœur de notre propos. Le fil d’Ariane. Car elle interroge le droit ou non de s’indifférer de l’Autre, elle reconnaît implicitement le choix de l’affirmative comme de la négative – pour dire qu’elle laisse la liberté à tout individu d’accepter ou non sa part de responsabilité vis-à-vis de ce « Je » hors de soi qu’est l’Autre. Elle sous-entend le devoir moral de ne pas s’indifférer de l’Autre, c’est-à-dire de s’obliger à faire de la préservation de sa dignité une préoccupation majeure et sans discontinuité. Ou pas. Puisque veiller sur son « frère » est une décision qui incombe à l’individu, elle vient de lui et ne peut véritablement lui être imposé[8]. En ce sens, veiller sur l’Autre est d’abord une question d’éthique[9], de responsabilité éthique. Et l’éthique ne se décrète pas[10], elle est la résultante d’un processus intérieur[11], d’un cheminement personnel – in utero. Mouvement perpétuel qui voit se négocier dans l’intériorité du sujet les sens et les valeurs des idéaux que sont la justice, la fraternité, l’égalité, l’équité, la collectivité et l’individualité. Comme le dirait de manière plus appropriée René Bobet[12] : « Le projet éthique, le projet de liberté de chacun d’entre nous surgit au milieu d’une situation qui est déjà éthiquement marquée, par des choix, des préférences, des valorisations qui ont déjà eu lieu et qui se sont cristallisés dans des valeurs. » De telle sorte que « la loi [morale, l’obligation morale, à laquelle on accepte de se conformer] constitue le moment terminal de cette constitution de sens ». L’éthique entendue comme un ensemble de règles de conduite adoptées par l’individu dans sa relation avec les Autres est l’aboutissement d’une construction personnelle, du sens donné à des valeurs à la représentation des obligations qu’il se fait par rapport à cette extériorité qu’est l’Autre. Cet aboutissement n’a rien définitif, il est la photographie d’un moment, d’un instant, l’individu et ses valeurs n’étant pas immuables ou à même d’être pour l’éternité réduits à une définition close. »

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Nazisme et extrême-droite, pas d’amalgame svp! 

L’héroïsme de Mme Tess Asplund est comme le dirait Marine Le Pen un mépris envers la démocratie puisqu’il vient interférer gravement dans le droit de manifestation et d’opinion du vrai peuple, des vrais gens, de la vraie vie. En ce sens son attitude est fasciste. 

Si vous pensez que c’est un peu tiré par les cheveux – et même si vous êtes chauve – alors vous avez encore quelques trucs à apprendre pour comprendre les rudiments du discours nazi.

Votre  première leçon consiste à sortir de la logique conventionnelle, celle des bisounours. De jeter aux orties votre rationalité de bien-pensant. Ensuite, prenez un bocal, vide de préférence, ou avec un peu d’eau et quelques piranhas, puis mettez-y votre cerveau.

Ça y est, c’est fait? Bravo. Vous êtes officiellement en voie d’admission au club très aryen des Chevaliers de la Croix Gammée. Félicitations. 

Bien entendu, il ne faut pas faire d’amalgame entre le nazisme et l’extrême-droite. Le dernier se veut plus sérieux. Ce n’est plus juste une question de chambres à gaz et de fours crématoires. On va au-delà de cette sauvagerie. La haine, ordinaire elle aussi. Celle qui ne veut pas totalement achever cet autrui taré, parce que maintenir en vie aussi longtemps possible sa victime sublime la torture. Elle est plus jouissive paraît-il. Du moins, c’est ce qu’il se laisse montrer. 

Non, il ne faut pas confondre nazisme et extrême-droite. Deux modus operandi radicalement différents. Le premier s’est contenté d’idéaliser le racisme en l’expérimentant presque à l’échelle planétaire avec le même enthousiasme qu’un savant fou, le second se veut d’un racisme pragmatique, républicain, patriote, national, monochrome, de souche.

En ce sens, il a la modestie de ses ambitions. La haine contenue dans l’espace des frontières fermées et des barbelés repoussoirs, c’est plus acceptable et davantage si le tout est feutré et insonorisé.

Et si jamais une odeur incommodante s’en échapperait, on ferait semblant que cela ne se peut, car les odeurs nauséeuses c’est comme le nuage de Tchernobyl ça s’arrête aux frontières. Parce que la peur d’être pris en chasse comme le migrant clandestin est dissuasive. Il paraît. C’est ce qu’il se crie dans les microphones ouverts des meetings politiques. On le sait tous, des politiques en campagne sont vrais. Comme le vrai peuple. Les vraies gens. La vraie vie.  

Non, le nazisme et l’extrême-droite, ce n’est pas pareil Messieurs et Dames. Du tout. Le nazisme est antinomique au principe démocratique, même si Hitler est arrivé au pouvoir grâce à lui. C’est après que ça a viré en couilles, comme le dirait pertinemment mon voisin de table. Mon voisin est ivre. Il ne vote pas extrême-droite. Il n’a pas la lucidité qu’il faut. En plus, il m’a l’air un peu basané.

L’extrême-droite, elle adore le principe démocratique, le suffrage populaire. Ce n’est pas la même chose que le suffrage universel. Celui-ci va plus loin dans l’inclusion. Et quand on va trop loin dans l’inclusion on passe à côté du vrai peuple, le souchard. Alors le suffrage populaire cadre mieux avec la démocratie à la sauce extrême-droite où les droits de l’homme sont conduits devant un peloton d’exécution.

La démocratie version populaire donc, celle des vrais gens, de la vraie vie. Celle qui n’est bisounours avec ces juges et autres donneurs de leçon.

Celle qui prend le petit nègre du coin, l’arabe et son halal, le tzigane et sa roulotte, bref cet Etranger qui est une anomalie dans le paysage champêtre du vrai pays, de la véritable nation, et lui fait subir la terreur permanente. La torture. Et quelques fois, pour le fun, un meurtre, comme pour se remémorer le bon vieux temps.

« Qu’est-ce qui peut pousser une personne ordinaire à agir comme un monstre, pourquoi une personne ordinaire peut-elle se conduire de façon monstrueuse avec une autre – l’Autre, qu’est-ce qui permet d’expliquer le fait qu’une personne ordinaire devienne un monstre – le mal en soi? Une personne ordinaire comme une personne totalement banale, vous et moi, le passant, le quidam, presque un « nobody » – un anonyme. Qu’est-ce qui a fait que le banal Adolf soit devenu le monstrueux Hitler, qu’un banal étudiant dans la vingtaine avec une vie somme toute banale se soit transformé en un monstrueux bourreau? Etc.

Cette série de questions est plus que jamais celle que l’on se pose quelques fois en observant notre contemporanéité (nos actualités), mais cela fait au moins plus que cinquante ans que les sciences humaines et sociales en ont fait des objets d’étude afin de comprendre ce qui semble apparemment difficile à saisir ou à concevoir : qu’est-ce qui fait en sorte que nous, sujets ordinaires, personnes sans problèmes particuliers, « Je » d’une commune banalité, puissions nous livrer participer à un moment donné à des actes d’inhumanité comme le génocide la torture la maltraitance les massacres (etc.) des autres êtres humains? Que nous puissions soutenir approuver (d’une façon comme d’une autre) de tels actes d’inhumanité?« 

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Non, il ne faut pas confondre nazisme et extrême-droite. Le père paraît souvent moins respectable que l’enfant, surtout s’il a été blâmé de ses conneries sanglantes, génocidaires.

L’enfant ne veut pas répéter les erreurs du père, il se pare de convenance, cesse de crier  Sale juif! pour un Sioniste! Profiteur du petit peuple! Mais l’enfant au fond finit par répéter les erreurs du père, c’est une question de temps. Et ceci n’est pas seulement une psychanalyse de comptoir. 

Etc.

Il y a beaucoup d’extrême-gauche dans le nazisme, il y a comme un air marxiste dans les mouvements d’extrême-droite. C’est sans doute ce que Jean-Yves Camus nomme les extrêmes-droites mutantes. Moi je dirais corsaires. Le pillage, l’usurpation, l’imposture, le délictuel sous un vernis de légalité. Goebbels grimé en Jaurès. Marx en Göring. C’est efficace, parce que tout le monde s’y perd. Les extrêmes se rejoignent, gauche droite centre, le peuple en otage, dans le noir – pardon – dans le brouillard, se donne à corps perdu. Des noces pourpres. 

Les extrêmes-droites corsaires au discours social qui ne laisse aucune des âmes désœuvrées insensibles; l’accent populiste qui parlent comme dans la vraie vie avec ses simplismes et son intelligibilité qui mime assez brillamment le sophisme le plus inspiré; la verve nationale pour la nostalgie et le glorieux passé ainsi que pour le paysage dénaturé, tout ça n’est pas dénué de sens. Tout ça est percutant. L’absurde sans complexes.

Surtout qu’il incarne les aspirations du peuple d’en-bas. Et vous ne semblez pas être issu du peuple d’en-bas, du moins je le présume. Mme Le Pen non plus n’est pas issu du peuple d’en-bas, au contraire.

Comme elle, vous devez impérativement changer de perspective pour prendre conscience des souffrances atroces du peuple méprisé et réduit en esclavage par ceux qui financent son parti et les autres nazophiles.

Mme Le Pen n’a pas inventé l’eau chaude, Hitler avant elle s’est appuyé sur les colères populaires et sur l’argent des riches pour arriver au pouvoir. Hitler n’était pas capitaliste – du moins il le hurlait sur tous les toits. Mais il avait tout compris. Les dirigeants des extrêmes-droites aussi. 

La cupidité ou l’instinct de survie des élites bourgeoises a ce quelque chose de fascinant, rien est suffisamment immoral tant que la caste (et ses privilèges) est sauve. 


« L’attrait qu’exercent les mouvements totalitaires sur l’élite, aussi longtemps qu’ils n’ont pas pris le pouvoir, est une source de perplexité parce que les doctrines positives du totalitarisme, évidemment vulgaires et arbitraires, sont plus apparentes à l’observateur extérieur que la tendance générale diffuse dans l’atmosphère pré-totalitaire.

Ces doctrines différaient profondément des critères généralement acceptés, qu’ils soient intellectuels, culturels ou moraux. Aussi pouvait-on conclure que seuls, une insuffisance fondamentale, inhérente au caractère intellectuel, « la trahison des clercs » (J.Benda), ou un pervers masochisme de l’esprit, expliquaient le plaisir avec lequel l’élite acceptait les « idées » de la populace. 



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Une question obsède l’Allemagne et l’Europe depuis quatre-vingts ans : comment un peintre raté, sans fortune ni éducation, un marginal désaxé, incapable d’entretenir une relation humaine stable, a-t-il pu prendre le pouvoir dans l’un des Etats les plus avancés du monde ? Sans la complaisance puis la complicité d’une partie de l’élite allemande, écrivez-vous dans votre monumentale biographie de Hitler, rien n’aurait été possible. Pourquoi ?

– A plusieurs étapes cruciales de son ascension, Hitler a bénéficié de protections en haut lieu. Cela n’explique pas tout, évidemment. L’humiliante défaite de 1918, l’hyper-inflation de 1923, la grande crise économique de 1930, le rejet de la République de Weimar, les talents d’orateur de Hitler et bien d’autres facteurs ont concouru à cette prise du pouvoir. Mais celle-ci n’était pas inéluctable. De 1919, quand tout a commencé, à 1933, nombre de responsables politiques, judiciaires ou militaires auraient pu stopper la carrière du futur dictateur. Mais la plupart n’ont même pas essayé. Pis, beaucoup l’ont favorisée pensant qu’ils pourraient en tirer profit. […]

Mais, selon vous, Hitler serait resté un « vulgaire agitateur de brasserie » s’il n’avait, au début des années 1920, bénéficié d’autres puissants soutiens en Bavière.

– A l’évidence. Plusieurs personnalités de la grande bourgeoisie l’ont aidé à faire son entrée dans les salons respectables de la capitale bavaroise, en particulier le poète Dietrich Eckart, qui publiait un hebdomadaire violemment antisémite et possédait une fortune. C’est grâce à lui, et à un certain Lüdecke, playboy et « homme du monde », que Hitler pénètre dans des milieux où, normalement, il n’aurait pas été admis. Son style rugueux, son chapeau mou et sa cravache surprennent mais font merveille. Au nombre de ces riches convertis de la première heure, on trouve un diplômé de Harvard, rejeton d’une grande famille de marchand de tableaux, un éditeur en vue ou un célèbre fabricant de pianos – des mécènes qui feront les fins de mois du parti pendant plusieurs années.



Pourquoi devenir Nazi, voter extrême-droite en 3 raisons chrono

Si après votre admission au cheminement menant au Club Heil Hitler! rebaptisé Le Peuple et la Nation d’abord! vous n’êtes pas totalement convaincu de la pertinence de votre démarche, voici 3 raisons qui devraient vous décider. 

Pourquoi devenir Nazi, voter extrême-droite? Ben coudonc, quelle question! 


Tel est le terrible enchaînement des langages. Le « Cours d’été » heideggerien de 1935, qui paraîtra en 1953 sous le titre « Introduction à la métaphysique », s’achève sur ces mots : « Ce qui est mis sur le marché comme philosophie du national-socialisme (…) n’a rien à voir avec la vérité interne et la grandeur de ce mouvement… » Quelle est cette « vérité interne » du nazisme pour Heidegger ? Où l’emphase d’une prétendue vérité rencontre-t-elle la fureur meurtrière ?

Elle vise un « ennemi intérieur »… Elle le nomme étrangement « l’Asiatique » – fantasme inouï, que le maréchal nazi von Reichenau précisera lourdement en 1942, félicitant le Führer de parer au « danger judéo-asiatique ». Là s’annonce le massacre acharné des juifs de Russie et de l’Europe occupée.

Heidegger affirme même en 1935 que « le vrai et unique Führer fait signe dans son être vers le domaine des demi-dieux… ». Qualité que souligneront les Œuvres complètes.

Qu’un intellectuel puisse être un bourreau, jusqu’ici rien de nouveau. Mais qu’une bonne partie des « concepteurs de l’anéantissement », selon l’expression des historiens Götz Aly et Susanne Heim, aient été issus des filières d’ex-cel-lence, voilà qui rompt avec une idée reçue tout en posant une vraie question.

L’idée reçue, héritée d’une historiographie en vogue après-guerre, veut que les dirigeants nazis aient été des déclassés, des fous ou des ratés. Or on sait que la réalité est plus complexe : en cela, l’étude de Christian Ingrao s’inscrit dans une tendance plus récente de la recherche, qui insiste sur l’implication des élites traditionnelles dans la politique de répression hitlérienne.

Ses conclusions rejoignent par exemple celles d’un Wolfram Wette qui, dans un livre récent, rappelait que l’armée n’avait pas été une sorte de caste aristocratique immunisée contre le venin nazi, mais avait délibérément participé aux pires exactions du régime (Les Crimes de la Wehrmacht, Perrin, 2009).


Pendant plusieurs mois, le médecin a passé des dizaines d’heures à échanger avec l’un des plus intrigants de ses patients, Hermann Goering, le plus haut gradé nazi aux mains des Alliés. Leurs sujets de conversation: la Seconde Guerre mondiale, les politiques mises en place par le régime nazi et les perspectives de cet homme désormais capturé. En plus d’entretiens approfondis, le psychiatre a fait un usage intensif de différents outils de diagnostic, dont le test de Rorschach ou le TAT.

Ce qu’il a découvert l’a violemment perturbé. Le bras droit d’Hitler n’était ni fou, ni anormal. Les dignitaires nazis n’étaient atteints d’aucune pathologie psychiatrique.



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« Ainsi, à l’heure dit-on du « Grand remplacement »[48], du déclin[49], ou du grand effacement, où les arguments de l’être-avec[50][51][52] semblent sans effet sur le populisme[53][54], le nationalisme[55], les ethnismes[56], les identitarismes[57][58] et tous les -ismes de l’intolérance prônant l’édification des murs berlinois entre les souchards ou les pure laine et les impurs ou importés, le droit international doit se contenter de réaffirmer les principes fondamentaux, c’est-à-dire «  la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables », de rappeler à ces membres de la famille humaine que « la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie » ayant autrefois révoltés «  la conscience de l’humanité »[59] et que le but collectif poursuivi par cette famille humaine reste « un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère »[60]. Le droit international en est aussi réduit à brandir la menace de la sanction devant les risques de dérapages et les cas manifestes[61] d’abus des libertés d’expression et d’opinion[62]. Entre la posture christique et la matraque du Gendarme de Saint-Tropez[63], cette plurivocité du droit international est le sujet de notre seconde partie.

Mais cette plurivocité en tant que parole plurielle est-elle réellementaudible face aux appels patriotiques du type « Aux armes citoyens ! » qui demandent à la nation des Originels de « Former les bataillons ! » pour la protéger de ces « féroces soldats » de « cohortes étrangères » venant des Ailleurs pour « Égorger »[64] fils et compagnes ? Le droit international avec ses textes juridiques contraignants face au verbe aussi stigmatisant que déshumanisant[65] du Chef d’État[66] de la « meilleure démocratie du monde »[67], à l’acte de fermeture des portes de l’asile si chère à l’extrême-droite[68] par la « Patrie des droits de l’homme »[69] aux colonnes de migrants-réfugiés sous le prétexte de ne pouvoir accueillir toute la misère du monde[70][71], aux mots politiques rappelant les origines raciales religieuses de la nation comme le fait de signifier aux communautés de citoyens en dehors de ces origines identitaires qu’elles ne sont pas et ne sauraient être des membres à part entière de la famille nationale[72] – qu’elles ne sont que des nationaux de papier[73], ne serait-il au fond qu’un chien (édenté) qui aboie tandis que la caravane de la haine passe sans se sentir véritablement inquiétée ?

[…]

Le discours de haine : « Je suis », cri phobique d’une identité de soi insaisissable

Il n’est pas utile de remonter jusqu’à Mathusalem pour retracer les premières expressions de la haine de l’Autre comme une négation de sa dignité et de son unicité. Du fratricide[116] biblique de Caïn[117][118] au récent marché lybien aux esclaves Africains subsahariens en passant par cet ancêtre de l’Homme (post)moderne[119][120] qu’est le singe kubrickien[121] assoiffé de pouvoir et de domination tuant son congénère avec un os, haïr semble être le propre de la personne. Détester et vouloir l’anéantissement de l’Étranger – cet ennemi symbolique mythique ou réel – le naturel en chaque individu. Cela explique sans doute toutes les odes à l’amour (fraternel et universel) – inspirées par le premier crime haineux – dont la nature incantatoire se comprend comme le fait de vouloir conjurer le Mal (en nous). De nos jours, l’Homme (post)moderne se dit civilisé et amoureux de Lui-même[122][123]. Il n’utilise plus un os pour fracasser le crâne de son semblable, mais Il poste un message ou un commentaire nauséeux sur les réseaux sociaux[124], Il appuie sur le « J’aime » comme un pouce approbateur du propos xénophobe ou raciste, Il met des cœurs rouges sur une publication photographique dans laquelle l’intolérance pixelisée est criarde, Il partage sur son profil réseau social les prises de position enflammées haineuses de chroniqueurs et autres influenceurs médiatiques[125] drapés de cette conscience patriotique très ethnicisée, Ilrejoint dans la rue les groupuscules identitaires revendicatifs vindicatifs contestataires battant le pavé (marchant contre les « Eux autres », contre la dictature de la pensée unique ou le fascisme de la bien-pensance) et n’hésitant pas quelques fois à faire la salut hitlérien. Les mots pour balles, les mots pour machettes, mais toujours la parole qui tue d’une façon comme d’une autre[126][127].

Le civilisé d’aujourd’hui, c’est monsieur Tout-le-monde, en colère, angoissé, phobique ; en quête de sens dans un monde contemporain tumultueux aux rapides et disruptives mutations permanentes, un monde qui semble lui échapper ou qu’il n’a pas l’impression de pouvoir saisir et contrôler ; pris dans l’espace anxiogène d’une intériorité vidée de repères identificatoires ou saturée de sens renversés bouleversés brouillés, et qui afin de s’en sortir ou de le supporter réactive le soi historique culturel ethnique[128] rassurant puisque immuable familier (avec tout son puissant sentiment de nostalgie et d’idéal passéiste onirique crucial à la revivification du soi – être ou se sentir vivant). Une réactivation qui se met forcement en opposition de l’Autre – incarnation de cette nouvelle réalité inconnue insaisissable que la simple existence impose la coexistence, c’est-à-dire une rencontre transformationnelle de laquelle jaillit nécessairement des identités métamorphosées et incertaines. L’incertitude identitaire comme une ignorance d’avenir, et l’ignorance d’avenir comme une anticipation de l’éventuelle disparition du soi historique culturel ethnique. M. Tout-le-monde nie ainsi l’Autre pour préserver dans sa pureté ce soi originel auquel il est accoutumé, qu’il idéalise, qu’il fantasme. M. Tout-le-monde va en croisade contre l’Autre afin de protéger ce construit identitaire – ce bunker dans lequel il s’abrite, dans lequel il se sent Lui, chez lui. Vivant. Ou encore en vie.

Dès lors, le verbe (oralement formulé ou écrit) résonne telle une survie identitaire. Également, il est le canal qui véhicule la souffrance[129] ou le tourment narcissique identitaire[130]. Il est le moyen de faire entendre une phobie de l’Autre comprise non pas comme une crainte irrationnelle hystérique ou excessivement émotive de ce « Je » en dehors de soi, mais peut-être davantage comme une rationalité qu’il est difficile de raisonner et qui est une volonté très affirmée de ce soi chéri de rester inchangé face à l’inéluctable mue résultante des interactions (interpersonnelles et inter-groupales) qu’oblige le partage du champ d’expérience qu’est l’existence[131]. Une mue dont M. Tout-le-monde ignore les conséquences sur ce sens identitaire qu’est le soi historique culturel ethnique.

D’un autre côté, ce verbe est aussi à l’instar du singe kubrickien usant de son os une conquête et une préservation du pouvoir, l’os du primate étant désormais dans la compétition politique une arme (un outil de guerre) – au-delà de la sincérité ou non des convictions affichées – au service de ce but ultime. Dès lors, l’aryanisme dans discours politique ou l’aryanisation du discours politique est un prétexte, un cynisme contestable certes, mais d’une efficacité indéniable. La preuve, la montée des extrêmes-droites en Europe[132][133], l’alignement des partis politiques[134] dits traditionnels (gauche[135][136][137] et droite) sur les revendications populistes et nationalistes (la mise en commun d’un lexique politique identitaire, l’adoption de politiques similaires, etc.)[138].

Dans cet espace de la parole identitaire où finalement à quelques détails près tout le monde est d’accord, les voix dissidentes se trouvent non pas dans les appareils politiques principaux ou dans les structures médiatiques dominantes, mais dans la société civile (nationale et internationale) qui voit émerger cette espèce de variante inattendue de l’Homo Sapiens : le « Bisounours »[139][140]. Individu idéaliste ayant l’outrecuidance dans le monde contemporain hobbesien, huntingtonien, d’invasions Barbares[141], de regarder l’Autre comme une opportunité d’un monde meilleur. Tandis que l’Identitaire envers l’Autre dit la présomption de culpabilité, le Bisounours rappelle la présomption d’innocence (c’est-à-dire le préjugé en faveur de la non-culpabilité, celui du regard et de la parole qui ne prononcent pas la condamnation ou l’inverse avant la prise de connaissance de l’Autre). Présomption d’innocence qui est consacrée par le droit international[142] ainsi que par l’État de droit à travers des textes juridiques nationaux[143] dont l’évocation de certains d’entre eux tels que l’Habeas corpus (1679), le Bill of rights (1689), la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), la Déclaration des droits (1791) ressuscite dans l’imaginaire collectif et la mémoire historique le combat de l’être humain pour la dignité et la liberté.

Ce sont tous ces différents aspects du discours de haine qui sont abordés dans cette première partie.

  1. Le discours de haine ou le bunker de l’identité de soi face au monde Étranger

« Le monde est aux prises avec une montée en force sans précédent des discours « déshumanisants » depuis les années 1930, y compris de la part de démocraties jouant un rôle de premier plan […] »[144].  Le verbe de haine domine le discours politique, la rhétorique xénophobe est désormais une banalité dans le débat public, l’opinion raciste dans la conversation privée n’étonne plus (voire ne choque plus), et dans les forums dématérialisés que sont les Internets[145] la quasi norme[146] est le pugilat haineux dans lequel la liberté d’expression va jusqu’à souhaiter la mort d’un nouveau-né accusé d’être un futur terroriste parce que sa mère porte un voile et son père une barbe[147] (et bien évidemment il n’est pas un hipster[148]).

Dire sa haine de l’Autre ne semble plus connaître de frontières. Ce n’est plus une affaire de classes sociales (prolétaire[149] contre bourgeois, bourgeois contre artistocrate), d’analphabètes contre lettrés, de cosmopolite[150] habitant les villes-monde (ou les métropoles mondiales[151]) contre ruraux (considérés comme hors temps, hors champ, de la modernité), de peuple contre l’élite[152], le discours haineux est aujourd’hui sans étiquette d’appartenance, tout le monde ou presque s’y met[153]. Si un tel discours est aisément reconnaissable entre autres choses par sa stigmatisation et sa chosification de l’Autre, il n’est pas toujours aussi évident que ça de reconnaître son signifiant au-delà de la négation d’Autrui. Que signifie ce discours de haine de la part d’individus qui souvent n’ont jamais eu accès (fréquenter ou côtoyer) à cet Autre vomi ? Que veut dire cette parole d’apartheid de la part de personnes instruites et en contact avec cet Autre ethniquement culturellement historiquement différent ? Que devrait-on comprendre par le « Nous autres » érigeant le mur de séparation d’avec le « Eux autres » qui prolifère dans le discours du politique ? »

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En fin de compte, Mme Tess Asplund n’est ni tendance ni intelligente, encore moins sociale ou une femme d’affaires avertie, pragmatique. Ne soyez pas comme elle. 

Ne levez le bras que pour saluer comme il se doit le drapeau du IIIe Reich. Allez jusqu’au bout de votre cheminement, beaucoup ne comprendront pas, ils n’ont pas votre génie. Puis, comment voulez-vous convaincre des personnes qui sont vendues, aveuglée par leur haine et leur intolérance, qui briment votre liberté d’expression, votre épanouissement personnel?

Parce que oui vous avez raison, le geste de Mme Tess Asplund est du racisme anti-blanc. Il ne serait pas surprenant que cette pauvre dame soit un agent très actif du Grand Remplacement

Et si vous êtes jugés pour vos choix, n’en ayez cure. Vous êtes supérieurs. Aryens. Au-dessus des tares. Et dîtes-vous bien deux choses:

Les Hommes n’ont aucune mémoire et L’Histoire en tant que mémoire des Hommes a des trous de gruyère. 

Post-Scriptum: N’oubliez pas également que lorsqu’il ne restera que des souchards comme vous et moi, l’impureté sera traquer dans la génétique, l’ADN et tout le bazar. La soif de sang a horreur du verre vide. C’est là le propre de la nature humaine. 

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Au Canada, les néonazis sont souvent perçus comme des gens du milieu ouvrier, peu instruits, bref des laissés-pour-compte comme le sont les punks de la rue. Ce stéréotype nous permet de les ignorer et d’avoir comme réflexion : « Pas dans ma cour ! » et « Pas dans mon école ! ». Si certains d’entre eux sont effectivement des punks, ce n’est pas le cas pour tous. Je connais personnellement ou j’ai entendu parler de 17 néonazis qui sont soit étudiants, soit diplômés de quelque huit institutions postsecondaires ontariennes.

Je ne peux expliquer pourquoi des personnes instruites sont attirées par le mouvement. Chacun a sans doute ses propres raisons. Ce que je ferai, c’est vous raconter mon histoire à partir du moment où j’ai été séduite par le mouvement jusqu’au jour où j’ai pris la décision de le quitter. Au delà de ce récit, ce dont je veux vous faire prendre conscience, c’est pourquoi et comment vos amis, vos voisins ou des membres de votre famille peuvent devenir des racistes extrémistes.

Si une personne est intéressée à joindre les rangs d’un groupement comme le Heritage Front, c’est qu’un certain racisme doit couver en elle. C’est vrai que j’étais raciste avant d’être présentée au groupe. Plusieurs personnes pensent que le racisme naît dans la famille. Cependant, en ce qui me concerne, mes deux parents étaient assez libéraux. C’est donc dire que, dans mon cas, le racisme m’a été enseigné à l’école. J’avais des amis blancs qui se plaignaient amèrement de l’invasion du voisinage par les « Chinetoques ».


by dave

5 réflexions sur “Pourquoi devenir Nazi en 3 raisons

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