Rêver à l’envers


A Prince

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Je suis passé près d’un homme, il portait une écharpe rouge. Il était assis sur le trottoir. J’ai d’abord cru que c’était une poubelle, du consumérisme, déposée là négligemment, et boudée par des éboueurs une fois de plus en grève.

J’ai mal vu, c’était pire. C’était un être humain relégué à la nature de poubelle. 

J’ai pensé que ce pays devenait un foutoir. Que les gens passaient leur temps à rester là dans leur vie comme des ordures, quand ils ne grevaient pas contre eux-mêmes. J’ai ressenti de la colère.

Qu’aurait pensé le Grand Charles de cette ruine qu’était devenue l’orgueil national.

De ce pays dans lequel il avait fondé d’immenses espoirs, qui tournait désormais autour de son misérabilisme, avec tous ces politiques incapables, ce peuple d’assistés, ces allogènes voyous bouffant halal, égorgeant des moutons sur la place publique, boudant l’hymne national, violant notre richesse culturelle avec leur vocabulaire indigent, sauvage, insupportable.

Où allait ce pays dont l’histoire prestigieuse rappelait la grandeur, ses monarchies illustres, ses personnages flamboyants. Sa blancheur historique.

Aujourd’hui, il n’en reste plus rien. Sauf des hordes de barbares. Mendiantes en pleine rue. Entassées dans les cités-mouroirs, et qui en veulent tant à nos valeurs. Et j’ai fixé quelque chose dans le ciel obscur de cette soirée d’automne, un point imaginaire, pour ne pas regarder cette salissure qui venait chercher en moi le plus fort dégoût. Je me suis dit en regardant les étoiles, là-bas, tout haut, loin:  Bon Dieu! Que fait donc la police!

 

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Elle m’a dit Tu ne te coucheras pas trop tard, j’ai glissé un Je vais juste éteindre les lumières et je te rejoins. Elle m’a regardé avec ses yeux incrédules qui me disaient Je sais que tu racontes des conneries. Et j’ai attendu l’aube, où commençait ma nuit, dans le silence cathédrale d’une maison endormie.

J’ai attendu les premières lueurs au bout de l’horizon, celles qui donnent tant d’innocence à la terre, une impression de douceur et de virginité, et j’ai eu ce sentiment d’assister au premier jour de l’humanité, à la première esquisse de la création du monde.

 

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Je n’ai pas dormi, comme à l’accoutumée. J’ai le sommeil à l’envers, et je commence mes rêves par le mauvais côté, le renversé et quelques fois par la fin.

J’ai été beaucoup aimé par ma mère, cela a l’air de n’avoir aucun rapport, comme si c’était tiré par les cheveux et que l’un d’eux c’était retrouvé dans la soupe, mais les apparences sont trompeuses. Elle m’a toujours conseillé de renverser la table, mes certitudes, mes vérités, mes rêves avec. De n’avoir rien de sacré que la dignité et le don de soi. Et j’ai commencé et vécu mes rêves par la fin. A l’envers. De manière renversée. 

 

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Je me suis placé sur le balcon et j’ai levé les yeux vers le ciel, à la recherche des étoiles. J’ai imaginé en leur absence à quoi elles auraient pu ressembler.

Auraient-elles eues l’éclat timide des nuits d’automne? Cette pudeur distante des belles choses que l’on n’a pas envie de vraiment posséder, juste de pouvoir les admirer encore et encore, inlassablement, jusqu’à qu’elles disparaissent. Mais au fond, non. Ces belles choses-là ne disparaissent jamais, elles demeurent dans le souvenir, jusqu’au bout de l’éternité.

Auraient-elles été secrètes, frigides, un brin arrogantes, partageant chichement leurs faveurs aux âmes solitaires et errantes? J’ai pensé à elle, là-bas, de l’autre côté de l’océan, également debout sur son balcon, plusieurs fuseaux horaires nous séparent, et j’ai essayé de voir avec ses yeux la magie de ce ciel qui nous unissait.

Dans un soupir, j’ai écrit des mots que j’ai lâchés dans le ciel, comme une bouteille à la mer, en faisant le vœu que le courant interstellaire les emporte aussi loin que possible, aux confins de l’univers. Près d’elle. Près d’une autre âme, bohémienne, qui les trouvera, les lira, saura qu’elle n’est pas, bien malgré les apparences, tout à fait seule. Et qui me retrouvera, ici, sur ce balcon, en-dessous duquel il y a cet homme qui traverse effaré cet autre avec cette espèce de nœud rouge, noué pauvrement autour d’une dignité à la ramasse.

 

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Je vois passer de l’autre côté du boulevard, une petite fille qui tient dans ses mains un ballon rouge, une vieille femme se fait percuter par un hamster volant, un homme qui prend un café en compagnie d’un fou, et un autre se jetant d’un balcon en s’écriant Maman m’a beaucoup aimé.

L’aube est magnifique.

Alors?

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