Conte postmoderne pour adultes désincarnés


Dans ce lointain présent, les enfants vivaient les contes de fées, et les fées étaient transgenres, entre x et y, fusionnées, effacées, disparues, la norme sans norme. Tout était ainsi fait. Le ciel en bas, la terre en haut, le soleil au nord, le reste au sud, des océans sablonneux, des forêts en cendres, la poussière en oxygène et l’existence même en mode vacuité.

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L’homme se désincarne, sort de sa condition pour créer une image omnisciente.

Bernard Andrieu, Les Cultes du corps : éthique et sciences,  1994

 

Il était une fois, dans une contrée lointaine, en des temps avancés, les hommes chevauchaient les licornes comme ils étaient chevauchés par leurs épouses – descendantes d’Andromaque en califourchon sur les phrygiens.

Les licornes domptées voyageaient parmi les étoiles, d’un bout à l’autre de l’univers, à la conquête de l’infinité, juste parce que rester surplace était d’un ennui mortel.

En effet, vous l’aurez deviné, les licornes étaient immortelles. Et les hommes ne pouvaient malheureusement pas prétendre à une telle malédiction, eux se contentaient de se nourrir du sein de leurs femmes, les grandes déesses nourricières aux mamelles pointant vers la terre. Aride et austère.

La terre qui n’était plus qu’un amas rocailleux suspendu dans le vide, aux yeux de nombreuses divinités célestes étaient une sorte d’OOPArt. Et l’univers entier se demandait chaque jour ce qu’il fallait en faire.

 

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Dans ce lointain présent, les enfants vivaient les contes de fées, et les fées étaient transgenres, entre x et y, fusionnées, effacées, disparues, la norme sans norme. Tout était ainsi fait. Le ciel en bas, la terre en haut, le soleil au nord, le reste au sud, des océans sablonneux, des forêts en cendres, la poussière en oxygène et l’existence même en mode vacuité.

En ces temps-là, Michael Jackson était dieu, car il aimait bien les petits enfants qu’il faisait rentrer dans le saint des saints.

On lui vouait un culte stalinien, et tout le monde y croyait dur comme fer. La preuve, la procession se faisait en moonwalk, l’humanité avait enfin trouvé une façon de marcher dans le sens adéquat et véritable de sa nature. Et depuis cette illumination, tout allait plutôt bien.

On avait réussi à tout anéantir sans passer par les futilités d’usage que sont les grands discours pour la paix, les déclarations universelles des droits de l’homme, des mouches, et le tralala habituel. On était allé droit au but. C’est difficile après de se déchirer pour le néant.

 

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Dans ce futur immédiat, les enfants ne vieillissaient pas du cœur, ils grandissaient sans cœur, arraché dans un rituel initiatique, et donné en offrande à l’ogre mangeur des innocences.

Devenant des hommes, ils étaient conduits hors de la civilisation qui ressemblait un peu, beaucoup, à ce que nous avons de barbarie.

Dans cet au-delà barbare, l’exil débutait dans la souffrance, loin des grandes déesses nourricières et leurs énormes seins pointant vers la terre, de la solitude dans l’obscurité.

En face de l’innommable anéantissement, ils s’enfonçaient toujours plus en avant, jusqu’aux frontières de l’horizon sombre aussi glaçant que du sang séché.

Lorsqu’ils survivaient à ce périple digne d’une épopée homérique, ils étaient toujours sans cœur, ils revenaient sans âme.

Accrochés à leur ceinturon des crânes d’autres hommes, ceux qui vivaient là-bas aux frontières de l’horizon et qui n’étaient pas tout à fait des hommes avec leur physique difforme, adipeux, recouvert de pilosité bestiale.

La boucle étant bouclée, ils réintégraient la civilisation, prenant leur place dans ce qu’il était du rien.

 

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De temps à autre, les licornes nomades descendaient sur terre comme la pomme newtonienne. La chute équivalait celle des étoiles filantes d’aujourd’hui, sauf que là où nous faisons des vœux, eux ils sacrifiaient d’autres hommes.

Parce que le sacrifice était un moyen de s’assurer qu’il y ait assez de licornes à chevaucher pour tous les hommes. Sur les ceinturons, ces crânes-là aussi étaient exhibés, c’était signe de puissance.

Michael Jackson de son trône olympien, bénissait de son style inimitable cette débauche sacrificielle, et la foule en délire, en transe, jouissait sous une pluie d’hémoglobines.

Dans un coin, Jeff Koons, cryogénisé par des princes de l’art contemporain, sortait de son emmurement léthargique, et se lançait dans une immortalisation déroutante de cette orgie sacrificatoire : un Balloon Dog fait de boyaux humains.

Michael Jackson regardait ça d’un œil bienveillant, et fit appeler un enfant. Peter. Peter Pan.  

 

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Dans cette contrée lointaine, en ces temps avancés, les princes charmants et les petites princesses finissaient dans un bordel, enchaînant passe sur passe. Rien de bien dramatique. C’était en ces temps-là l’une des seules façons d’être libre.

Et l’on montrait le tableau de Delacroix aux enfants, en leur enseignant à quel point l’idéal était libre, les seins en l’air, et un tas d’hommes courant après.

Les enfants dormaient tranquilles, les rêves hantés de cette liberté putain.

 

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