From the inside


Rester les doigts figés au-dessus du clavier, inertes, sans vie. Le regard égaré, hors de soi, ailleurs, sans jamais savoir où.

Disséquer les pensées qui affluent, qui tambourinent contre les cavités cervicales trop étroites pour contenir la violence du flux. Batailler pour trouver celles qui en valent la peine, et finalement se laisser submerger, noyer dans le flot déversé.

Ecouter les pesants silences dont l’éloquence jette un froid terrible sur chaque respiration, tenter de les hacher en griffonnant quelque chose, en vain.

Fixer la feuille blanche, monochrome blanc, angoissant, comme on fixerait son reflet dévoré par les ombres d’une nuit fauve, et se laisser hanter par le Skrik glaçant des spectres rôdant autour de soi. 

S’arrêter un moment, se lever, tirer une cigarette, l’écraser, puis recommencer le même rituel jusqu’au premier écrasement d’un doigt sur une touche, n’importe laquelle. Sentir un léger tremblement annonciateur d’une vague déferlante de lettres et de mots en furie et les plaquer de manière hystérique, partout, dans le moindre espace. 

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Avancer, dans ce griffonnement chaotique, tanguant entre les abysses obscurs et les éclats de lune.

Avancer encore au rythme haletant des âmes pendues au bout d’une corde.

Avancer toujours en tirant sur le trait, en violant les règles fondamentales, en piétinant les lignes qui retiennent prisonnières les envies, de l’audace et de l’apocalypse, en expulsant des tripes l’acide qui rongent la bile, en explosant les digues de l’ordre impérieux.

Hurler dans les phrases torturées saignées à noir, taper plus fort sur le clavier, sentir les os se briser dans un craquement qui donne envie de continuer.

Entrer en écriture automatique, faire ce voyage astral à l’intérieur de soi comme un voyage bordélique au centre de la terre, aligner les paragraphes qui en réclament davantage, tourmenter chaque émotion du cœur, prendre les colères et les manger cru. Pénétrer dans le sanctum sanctorum de la morale, passer au feu tout ce qui y vit, et laisser les tempêtes de sable rouge comme la mer ensevelir tout ce qu’il en reste.

 

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La possession.

Ne tendre l’oreille qu’aux murmures souterrains montant des entrailles en putréfaction à la thyroïde, les sentir agripper le souffle d’une respiration fragile, les sentir au fond de la gorge comme un morceau de basalte pondu par un dieu déchu longtemps constipé..

Poursuivre l’éclatement des écrits en jets de sang, plus vite plus impropre, du pissat cervical griffonné dans la transe baudelairienne d’une nuit sans étoiles.

Puis mourir.

Jusqu’à la prochaine. 

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