Cloîtrophile


Je vis et j’existe dans un univers qui ne connaît pour seule réalité que la substantifique moelle des choses. Un univers dans lequel la causalité inversée est une norme servant de rectification du passé. Je suis un rêveur pour le reste de l’humanité, et cette vérité sentencieuse est comparable à l’outrecuidance d’un cuistre.

Au fond, c’est bien ainsi, l’opinion gnomique a ceci de rassurant qu’elle ne s’encombre point de nuances. La complexité est un mal en soi, puisqu’elle rend dingue.

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– Voyez-vous, jeune homme, je crois que nous n’avons pas la même
conception du mot « sentiment ». Pour moi, vouloir casser la gueule à quelqu’un,
c’est un sentiment. Pour vous, pleurer dans la rubrique « Courrier du cœur » d’un
magazine féminin, c’est un sentiment.
– Et pour vous, qu’est-ce que c’est ?
– Pour moi, c’est un état d’âme, c’est-à-dire une jolie histoire bourrée de mauvaise foi qu’on se raconte pour avoir l’impression d’accéder à la dignité d’être humain, pour se persuader que, même au moment où on fait caca, on est empli de spiritualité.

Amélie Nothomb, L’Hygiène de l’assassin, Albin Michel, 1992

 

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Je suis cloîtrophile, un peu, beaucoup, cloîtromaniaque obsessionnellement compulsionnel . Je n’aime pas le monde et il me le rend bien. J’aime cette réciprocité qui sans le vouloir ni le chercher construit une distance nécessaire à mon épanouissement mental.

Je n’aime pas le monde et je lui préfère la modestie du silence, l’indigence de cette absence de tout qui recouvre de froideur chaque pulsion du temps. Le mien. 

Sérénité et obscurité. Je ne trouve la paix que dans mon intérieur-monastère où il n’y a pas l’urgence du présent, ni le brouillard du jour d’après, encore moins le raffut assourdissant de la bacchanale essayant tant bien que mal d’occuper son ennui. 

Je n’aime pas le monde et c’est de l’humanisme misanthrope comme une déclaration d’amour de Prétextat Tach. Les autres sont un bordel où toutes les prostitutions sont permises. Les autres sont individuellement le pandémonium où l’agitation, le bazar, la corruption, la mauvaise foi, sont un mode d’existence populaire. Et donc foncièrement vulgaire.

Dois-je expliquer que le vulgaire est d’abord avant tout l’ordinaire, le commun, le courant, le trivial, l’unidimensionnel. Dois-je préciser ma pensée plus qu’il n’en faut. Ce sont des questions rhétoriques dont un certain mutisme est la seule réponse appropriée.  

Je suis la bonace que les tempêtes évitent, celles qui s’obstinent finissent englouties dans mes abysses. Le châtiment est à la hauteur de l’insolente impertinence. On ne trouble pas une eau calme.

 

– Je n’aime pas la transparence. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je suis si gros : j’aime qu’on ne voie pas à travers moi.

Prétextat Tach

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La quiétude de mes eaux est un tourment pour bien des esprits, et mon non-savoir contraste avec l’ignorance populacière qui prend la parole et s’agite dans tous les sens. Un non-sens qui passe bien aux yeux de cette plèbe scatologique et puante. Cela rassure, et moi j’en suis troublé. Ce n’est pas forcement une bonne chose. 

Je vis et j’existe dans un univers qui ne connaît pour seule réalité que la substantifique moelle des choses.  Un univers dans lequel la causalité inversée est une norme servant de rectification du passé. Je suis un rêveur pour le reste de l’humanité, et cette vérité sentencieuse est comparable à l’outrecuidance d’un cuistre.

Au fond, c’est bien  ainsi, l’opinion gnomique a ceci de rassurant qu’elle ne s’encombre point de nuances. La complexité est un mal en soi, puisqu’elle rend dingue.

Les autres ne veulent pas être dingues. Ils veulent être normaux. Gnomiques. Des idées générales. Dans le moule comme des tartes.

Ils s’empressent de vivre cette normalité avec un appétit gargantuesque. Aussi gargantuesque qu’un orateur pontifiant devant un auditoire moribond, et qui assénerait des connaissances d’une platitude à provoquer chez le plus éveillé des esprits des crises de narcolepsie.

La normalité somnifère. Soporifique. Anesthésique. Hypnotique. Zombie. 

Je contemple ce spectacle de la normalité qui vit sa vie carpe diem comme si c’était la seule et la dernière. Existence goinfre à l’image d’une société, d’une époque, à l’obésité endogène. C’est à vomir.

Je suis carnaval, sans clameur. A la fois déterminé et libre. Toujours dans ma caverne, c’est mon côté néandertalien. Je m’enferme à triple tour dans ma platonicienne grotte, l’ombre projetée sur les murs à des contours spinozistes. Dissous dans l’espace vide, ou le néant plein.  

Aujourd’hui, il a plu, comme un lâcher de salopes. Ce n’était pas drôle mais ça faisait passer le temps. Le vent a porté jusqu’à mon silence le hourvari de la meute aux abois et de sa caravane qui passait. Mêlé à la force du souffle de la nature rageuse, cela faisait un assourdissant tohu-bohu. Les gens étaient heureux. Et j’étais heureux pour eux. Le charivari de leurs chaînes me rassurait. Le monde allait bien. 

 

La plupart des gens ne lisent pas. A ce sujet, il y a une citation excellente, d’un intellectuel dont j’ai oublié le nom : « Au fond, les gens ne lisent pas ; ou, s’ils lisent, ils ne comprennent pas ; ou, s’ils comprennent, ils oublient. »

Prétextat Tach

 

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