Huis clos


A Jean-Paul Sartre

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Dans le silence du confinement, je me suis assis face à moi-même. Une cohorte de mes différents moi, la bouche barrée en x de sparadrap, cherche dans ma nudité quelque chose qui les nourrira. Cerca trova. Il y a des nuances grises avec de légères tâches blanchâtres sur les parois qui emprisonnent ma conscience, et des bouts rongés par le temps. Je m’observe, mes scarifications invisibles, les cicatrices des crises qui m’ont vu déchirer ma chair, ôter de mes ongles l’épaisse peau crasseuse, dans l’espoir fou de me purifier.

Et tous ces moi assis plantant leur regard froid dans mon âme comme on lapiderait une prostituée, font peser sur le silence le poids de la pierre sisyphéenne.

Une fois, je me suis demandé pourquoi j’ai construit tous ces labyrinthes. Mendacium. Ces tunnels qui vont aussi loin que les histoires qu’ils enferment. Loin, sans en toucher le bout.

Ces couloirs recouverts de tapisseries en forme d’écrans plasma où sont projetées des fictions sortant – en courant – de mon imaginaire, tordu.

Ces chemins aux chutes vertigineuses, croisant des héros sans têtes, ayant perdus leurs lauriers dans l’obscurité, et des diables sans queues, des ombres ailées avec des auréoles, des saints cornus la langue vipérine traînant sur le sol rougeâtre et poussiéreux.

Tous ces labyrinthes chtoniens, dans lesquels j’ai lâché tous ces moi qui me font désormais face. Dans les profondeurs de l’esprit, j’ai vraiment pensé qu’ils n’y survivraient pas. J’ai eu tort. Je dois les assumer. On n’échappe pas à ce que l’on est. Monstrueux. Angélique. Toujours cyclopéen. 

 

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Ici. Il n’y a pas de sortie. Je me suis mis en quarantaine, et je navigue en eaux troubles. je n’ai pas voulu prendre de risque. Prévenir vaut mieux que mourir. Ou l’inverse. Cela dépend quelques fois de ce que l’on a à perdre.

Je suis entré dans ma conscience par une porte dérobée, que j’ai effacée derrière moi. Il n’y aura pas de secours de l’extérieur, ni d’intervention humanitaire, l’autarcie est de mise, et rien à faire si la banque fait faillite. Elle l’aura bien méritée.

 

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Pour l’instant, la horde de mes moi, divers et ondoyants, la bouche sparadrapée, clame silencieusement leur dû. Je saigne et je me vide. Je souffre et je me libère. Et cette nuit, je m’enfante. Comme toutes les autres. Sous un ciel sans étoiles.

 

Je ne peux pas supporter qu’ on attende quelque chose de moi. Ça me donne tout de suite envie de faire le contraire.

Jean-Paul Sartre, Huis Clos (1944)

 

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