Burkini, bikini & string


On ne se mentira pas le burkini est une problématique importantissime.

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L’été est une drôle de saison. Une comédie shakespearienne, à la différence près que l’on y rit plus que l’on devrait réfléchir. L’humour estival a ceci d’intéressant – hormis du fait que le soleil rend définitivement stupide – que la légèreté justifie tout. Le fait divers, banal, insignifiant, transformé en une question de société, en un débat virulent sur l’égalité homme-femme, sur l’identité nationale, et sur tout ce qui pourrait meubler le vide que provoque les départs en vacances, la saturation de l’ennui. 

C’est donc l’histoire d’une blague estivale qui a fait hurler dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les parlements. Le burkini. Ou l’islamisme en bikini. Déjà, présenté comme ça, cela a quelque chose de comique. Mais bon, on n’a pas tous le même humour.

Et les plages, ces hauts-lieux de la laïcité et de l’égalité, sont désormais souillées par la présence insupportable de ce burkini. Au point d’en arriver à l’émeute et au trouble de l’ordre public.

 

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Oui les gens se sont battus dans des guerres atroces pour que d’autres se sentent suffisamment libres pour entrer en guerre contre un vêtement. Ou plus précisément contre la manière avec laquelle quelques uns s’habillent. Au nom de la liberté. De l’identité nationale. De tout ce que l’on trouve pour légitimer l’absurdité.

Il faut bien faire quelque chose de cette liberté de haïr comme on l’entend. Ce serait emmerdant pour les morts de la laisser comme ça dans son ennui. Offensant même. Alors, on déteste librement. Les musulmans. Les femmes musulmanes en burkini que l’on déshabille comme on stigmatisait, humiliait en d’autres temps celles qui osaient la mini jupe. Ce n’est pas terminé

Maintenant, l’epoque postmoderne veut que le féminisme soit en string. Les fesses en l’air, topless, ou pratiquement.

 

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Là on est dans la conception moderne de décence et de respect de l’ordre public. Cela fait plaisir aux mâles que nous sommes, de voir tant de femmes libres et à poil. L’hyper chosification de la femelle émancipée. Cela est aussi comique, en plus de nous faire bander. 

La postmodernité est celle de la transparence. Nous sommes tous des voyeurs. Et ce qui tente d’échapper à ce New Normal, est en effet contre-nature, suspicieux, indécent, constituant un trouble à l’ordre. Presque une paraphilie. La perversion.

 

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L’été est devenu l’incarnation de cette postmodernité. Les plages grouillent de nudités qui s’instagrament en longueur de journée.

C’est beau, tous ces muscles apolliniens, ces courbes qui miment l’érotisme Playboy. C’est la liberté dans ce qu’elle a aujourd’hui de substantiel.

Les morts, eux aussi d’une certaine façon à poil, en sont sûrement fiers. 

 

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On ne se mentira pas le burkini est une problématique importantissime. Elle dépasse de loin le chômage, la précarité, l’évasion fiscale, la finance folle, l’environnement, le fait que 1% des riches détiennent, sont propriétaires, directement ou indirectement, de l’existence des 99% de l’humanité.

C’est une urgence qui supplante toutes les autres, l’éducation, la santé, la culture, la justice. Parce qu’elle nous empêche de bander, librement. 

 

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Et tout le monde sait que bander est essentiel au fonctionnement du monde, à l’épanouissement individuel, à la sérénité, à la paix. Ceux qui en doutent devraient ouvrir les livres d’histoire. 

Et puisqu’il faut être désormais égalitaire on dira de mouiller, aussi. Après tout, histoire est féminine. En apparence. C’est l’académie française où le masculin prédomine qui en a décidé ainsi. Dans un effort de générosité. Ou pour mettre fin à la gréve du sexe dans les chambres à coucher. Who knows

 

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La liberté est préservée. L’ordre public est sauf. Le burkini de la discorde, manifestation vestimentaire de la soumission féminine au patriarcat et l’énième expression d’une religion rétrograde, est retiré des plages. La blague estivale a assez duré. Autumn is coming

 

Il ne suffit pas de parler, il faut parler juste.

William Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été, 1605

 

Toute autre existence doit se débattre laborieusement pour émerger à ses côtés, en existence que l’on tolère mais que l’on ne se propose pas.

Friedrich Willhelm Nietzsche, La naissance de la tragédie, ou, Héllénisme et pessismisme, 1872

 

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Plus largement, l’ordre public demeure une notion juridique, qui n’entend pas pénétrer sur le terrain moral.

Dans son précis de droit administratif, Maurice Hauriou relevait déjà que l’ordre public revêtait un élément « matériel et extérieur ». Il ajoutait que   « la police […] n’essaie point d’atteindre les causes profondes du mal social, elle se contente de rétablir l’ordre matériel […].

En d’autres termes, elle ne poursuit pas l’ordre moral dans les idées ».

Le doyen Hauriou s’en réjouit car reconnaître un ordre public moral reviendrait à verser dans « l’inquisition et l’oppression des consciences ».

Ordre public et libertés publiques,  Bernard Stirn, Président de section au Conseil d’État, professeur associé à Sciences Po – Intervention du 17 septembre 2015 lors du colloque sur l’Ordre public, organisé par l’Association française de philosophie du droit les 17 et 18 septembre 2015

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Du pantalon, longtemps interdit, au bikini qui a fait scandale, du string qui a fait débat dans les lycées au foulard, le vêtement féminin a toujours fait l’objet de surveillance et de débat. Trop court, trop long, trop moulant, trop religieux : la société, parfois confortée par le législateur, charge le corps des femmes de symboles et de messages. Et ce sont généralement les hommes qui ont le dernier mot. L’exposition « Le Bikini a 70 ans » est l’occasion de se pencher sur la question.

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La jupe a-t-elle toujours été un vêtement féminin ?

La jupe a existé bien avant l’invention, au XIe siècle, du mot arabe «djoubba» qui désigne une sorte de robe que le prophète a portée. Selon les régions, elle était revêtue par les hommes ou par les femmes. Mais cela fait maintenant des siècles qu’en France, elle symbolise le genre féminin.

Ne symbolise-t-elle pas surtout une forme de domination masculine ?

Oui, la religion en est un des vecteurs. La Bible interdit (Deuteronome)aux femmes de s’habiller en homme et aux hommes de s’habiller en femme. En France, l’Eglise catholique s’est chargée de faire respecter cette loi morale. Jusque dans les années 60, un prêtre pouvait refuser la communion à une femme en pantalon. Les pouvoirs publics aussi, ont repris cette interdiction. Ainsi, en 1800, une ordonnance de la préfecture de police de Paris interdit aux femmes de s’habiller en homme (elle n’est d’ailleurs toujours pas abrogée).

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En activant une polémique sur la «mode islamique», la ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, oublie que le droit de disposer librement de son corps s’applique à toutes les femmes. Quelle que soit leur confession.

Au lieu de nous délivrer ses leçons de laïcité, madame la ministre pourrait déjà apprendre, par exemple, que tous les musulmans et musulmanes de France ne sont pas des islamistes. Et reconnaître que toutes les femmes qui portent les jupes courtes et les vêtements sexy imposés par la mode (souvent créée par des hommes) ne sont pas non plus spécialement «émancipées».

Nous sommes, nous, femmes, soumises à un diktat, entré profondément dans notre imaginaire, et auquel nous obéissons, le plus souvent inconsciemment, pour plaire aux hommes. Le modèle de séduction imposé reste quasi inaccessible à la majorité d’entre nous. Un modèle d’extrême minceur, plutôt blond, grand, «glamour», contribuant à un «enfermement du corps des femmes» qui n’a rien à envier à celui que Mme Rossignol dénonce quand elle évoque certaines musulmanes. Ne sont-elles pas aliénées dans leur corps même, celles qui sacrifient leur santé par des régimes dangereux, se résolvent à des opérations chirurgicales douloureuses, se condamnent à l’anorexie, et vivent dans la frustration ? Mesurer le niveau d’émancipation des femmes au degré de raccourcissement de leurs jupes, il fallait y penser ! La nudité du corps des femmes comme outil de leur libération ?

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Lien: La naissance du costume de bain.

 

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