Salut Septembre


Je suis l’automne et tu ne m’en voudras pas de squatter.

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Salut Septembre. Je voudrais t’adresser quelques mots. Cela va être aussi court que tu peux être frisquet. Un peu pâle, un peu jauni. Quelques fois grisâtre. Je suis l’automne et tu ne m’en voudras pas de squatter.

Pour dire vrai, je n’ai nulle part où aller. L’hiver marmoréen est déjà occupé par les gens grincheux ou euphoriques, partagé entre ceux qui sont insupportés par sa présence et ceux qui le célèbrent parce que Noël – ses guirlandes, son bonhomme barbu et pansu, le réveillon, la Saint-Sylvestre, ça les fait triper.

En outre, vois-tu l’hiver est tempétueux pour un rien. Derrière la façade monochrome et impavide, il y a une colère qui lorsque qu’elle éclate enfouie tout, sous elle. Ce n’est pas agréable. Pour lui, c’est jubilatoire, et je me passerai volontiers des joies de l’hiver. Tu vois, je préfère les colères, les joies, les riens dans des proportions raisonnables.

C’est peut-être pourquoi j’affectionne tant le printemps. Rien ne déborde du cadre. Tout émerge. Et les couleurs se propagent sur l’humeur en une lente et certaine progression. Il sort les poètes de leur hibernation, la plume est moins douloureuse quand elle est portée par une main heureuse. On la voit dessiner son bonheur en vers et rimes enjoués. Le printemps des poètes. Folâtre et plein d’entrain. Romantique. Mièvre. 

Tu comprends, le printemps est aussi nécessaire qu’il est parfaitement sans dimension. Sa seule utilité, à part les poètes qui germent avec la mauvaise herbe, réside dans le fait qu’il sert d’introduction aux jouissives estivales.

Cette utilité est comparable à quelqu’un qui vous ouvre la porte quand vous pouvez vous même le faire. C’est un peu de cet ordre. Je te le dis Septembre je crèverai d’être le larbin insignifiant de quelqu’un d’autre. Certains y trouvent leur compte. Tant mieux.

Mais pour te dire vrai, ce n’est pas cela qui me dérange chez lui. C’est l’odeur. Cette odeur de boue, fraîche, collante, visqueuse. Cette odeur des égouts absolument enivrant pour qui sait apprécier la fétidité dans tout ce qu’elle a de surprenant. Je n’ai pas la culture olfactive d’un grand raffinement. J’ignore tout de ce sublime. Et je préfère, Septembre, d’autres odeurs, comme celle d’un café corsé. Comme celle d’un cou dénudé que j’embrasse délicatement. Comme celle des lèvres qui frissonnent. Je suis de cet ordre, ce qui signifie qu’il est de ma nature de n’être point printanier. 

Et de l’été me diras-tu? Qu’en est-il? En termes d’odeur et de goût, c’est l’empyreume. La transpiration et les ivresses. Nues, grossièrement, vulgairement. Nues et transparences. L’été déborde du cadre. En ce sens, il est épouvantable.

Je crois, Septembre, que s’il m’était donné d’être le régulateur du cycle, je m’incrusterai chez l’été un soir de fête ou de festival, j’attendrai le moment opportun pour refroidir toutes ses chaleurs qui brûlent d’un feu incendiaire. Entre toi et moi, je te le dis, je lui pisserai dessus. 

T’imagines-tu le spectacle? L’été refroidi dans ses ardeurs et aussi brumeux qu’un sauna. Je crois que cela ravirait les artistes, les philosophes, l’inspiration. Il y aurait des œuvres qui enchanteraient l’esprit. Quel bonheur ce serait. 

Voilà, Septembre, pourquoi c’est toi que j’ai choisi. Tu es la transition du caniculaire, de l’éblouissement à l’austère, à l’ombre. Le moment éphémère qui tue et éteint. Le lieu où je suis le plus moi. Automnal.  

 

Alors?

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