La grosse bouteille de vin qui voulait perdre du poids


Jusqu’au jour où elle a lu que Mme Anne-France Pitbull Goldwater songeait à devenir mairesse de Montréal. Ce fût l’électrochoc. Les grosses bouteilles valent autant que les pitounes à fourrer des douchebags. Les grosses bouteilles qui savent se bouger le cul « don’t run the world », c’est pour les « girls ». Les grosses bouteilles « lead the world ».

Publicités

C’est l’histoire d’une bouteille de vin qui voulait perdre du poids. Après avoir engraissée des années au fond d’une cave, et s’être laissée convaincre que c’était bien ainsi.

Elle se souvient qu’avant pour complimenter on disait « wow t’es belle ma cocotte t’as pris du poids! », cela voulait signifier que l’on était en santé, vigoureux, puissant, riche. L’expression prendre de la bouteille ne voulait pas encore dire prendre de la place, devenir un fardeau, une anomalie, penser à une rectification, pire à une suppression.  À l’époque, c’était de mode. C’était une autre vérité. Les temps changent.

Aujourd’hui, elle s’en rend bien compte, au milieu de toutes les nouvelles qui la toisent et se moquent. Elle prend trop de place. En fait, elle n’est plus à sa place. Les critères du beau sont maintenant filiformes, fines lames aiguisées pour racler le gras sur le squelette.

Les bouteilles ratées et pauvres sont grosses et moches. À la vue, dans la masse, il est facile de les distinguer des autres. C’est une question de dimension, de proportions, et de flasque. De manque de rigueur et de discipline. De laisser-aller et de négligence. De beurk. De arrrk

On ne s’aime pas quand on est gros, plus encore quand on est grosse. Sauf si on a un gros cul, arrondi, bombé, rebondissant, et pouvant causer des commotions comme des airbags. Les gros culs sont trending, du moins jusqu’à ce que la mode des petits culs reviennent, qu’une Paris Hilton détrône Kim Kardashian dans les critères de l’esthétique contemporain. Les petits culs et les sans-culs gardent espoir, et guettent d’un œil anxieux la resonance de la callipyge qui buzze sur Instagram. Tels les apôtres attendant la résurrection du Christ. 

Les gros culs sont des squelettes avec une difformité postérieure. Il y a quelques années, cela se nommait Photoshop. Aujourd’hui, Photoshop va au gym. Torture sa colonne vertébrale pour maximiser l’impact du gros cul. Des yeux voient ça, et toisent avec dégoût les petits et sans-culs. Et la grosse bouteille avec son cul à la matante d’un certain âge, archaïque, anarchique, disgracieux, à vomir, reste coincée au fond de la cave.

Les autres bouteilles sont de qualité supérieure. Diététiques. Bio. Végétaliennes. Yoga. Fit-cross. Santé comme elles disent. La grosse bouteille, elle n’a pas les moyens de cette santé, onéreuse, hors-prix. La grosse bouteille bouffe comme une merde les cochonneries en low-cost sur les étagères. Elle n’est pas pauvre, elle est misérable. Il est vrai que d enos jours, cela revient au même.

Aux riches la santé, aux pauvres le graissobèsetique aiguë. La grosse bouteille l’a compris, et c’est décidé elle perdra du poids ou cassera.

Cela fait quelques semaines qu’elle essaie d’être belle. Perdre du poids pour une grosse lui a-t-on dit est une question de motivation et de volonté. Go! T’es capable! Lâche pas t’es bonne! Les encouragements ont oublié de lui dire: Tu sais, t’es belle comme t’es. Peut-être parce que aucune ne le pense. Elle est laide. Elle veut ne plus l’être.

Elle a entamé une cure d’amincissement calquée sur les meilleurs régimes des « stars » de la cave, celles que l’on retrouve aux premières pages des magazines-ragots, entre une publicité pour une futilité et une fausse confidence d’une has been sur le retour.

Elle a essayé tous les trucs que l’on lui a conseillés. La salive de crocodille. La pisse de chauve-souris. La bave de crapaud. Le gland récemment divorcé du corps d’un transsexuel. Elle s’est même désabonnée à tous les fast foods environnants. Elle a cessé d’être exclusivement carnivore, elle a commencé à brouter avec les chèvres, et à avaler un peu de tout, surtout toutes les salades.

Au début, c’était pénible. Brutal. Elle s’y est habituée. La popularité des belles bouteilles était comme la carotte au bout de son ambition. 

Jusqu’au jour où elle a lu que Mme Anne-France Pitbull Goldwater songeait à devenir mairesse de Montréal. Ce fût l’électrochoc. Les grosses bouteilles valent autant que les pitounes à fourrer des douchebags. Les grosses bouteilles qui savent se bouger le cul « don’t run the world », c’est pour les « girls ». Les grosses bouteilles « lead the world ».

Elle cessa de déprimer. Au même moment, une main qui passait par là la prit avec elle. Elle l’examina d’un œil expert et se dit qu’elle lui conviendrait, son âge et sa grosseur, elle lui semblait parfaite.

La grosse bouteille de vin fût amener et déposer sur une table. La main l’étrangla avec un plaisir certain. Elle planta un tire-bouchon dans son crâne qui fût arraché du reste du corps. Puis, elle la vida. Le nectar écarlate se savoura sous la pâleur des chandelles. La lune romantique couvrait de toute sa bienveillance ce moment intime et précieux. Une voix féminine fit: Oui, je le veux. Et l’histoire ne dit pas s’ils eurent beaucoup d’enfants.

 

 

14570271_1198630366875490_5610013876301480744_n

Alors?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s