Il était une fois. Une fée.


La fée d’une beauté peu ordinaire donc, aux courbes manuscrites comme l’écrirait l’autre, entre nous cela ne veut presque rien dire, mais c’est si élégamment dit, ça fait bobo-chic et verbe-suppositoire, dans les canons du Goncourt.

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Il était une fois.  Dans un pays lointain. Une fée. Avec de grandes et belles ailes. D’une beauté dont il se disait qu’elle était à nulle autre pareille, si bien que les trois mages se détournèrent de leur voie pour déposer à ses pieds les offrandes destinées à un autre. Que les plus imminents savants se disputèrent durant des siècles, dans une rivalité terrible et impitoyable, pour savoir lequel d’entre eux était parvenu à en faire le centre du monde, puis de l’univers.

Copernic, Galilée, s’étaient sacrifiés pour l’éclat de ses yeux, Milton lui avait offert une couronne de lauriers en guise d’allégeance, et les dieux sur terre comme partout ailleurs commirent tous des crimes abominables que l’esprit ordinaire et blasé par l’hémoglobine cathodique à la Game of Thrones, piégé dans son canapé format américain, ne saurait même sous l’effort gym d’une imagination aux stéroïdes, concevoir.

Des dieux génocidaires, psychopathes, sadiques, psychotiques, avec une belle gueule de Grey, les innombrables nuances écarlates, ce n’est pas nouveau. Mais des dieux-vers de terre amoureux d’une étoile ça ne rampe pas dans la poussière, on dira pour les grands citadins que nous sommes devenus, ça ne mord pas le bitume, parce que malheureusement nous courrons les rues.

La fée d’une beauté peu ordinaire donc, aux courbes manuscrites comme l’écrirait l’autre, entre nous cela ne veut presque rien dire, mais c’est si élégamment dit, ça fait bobo-chic et verbe-suppositoire, dans les canons du Goncourt.

Dans le ghetto, parce qu’au fond depuis Varsovie tous sont les mêmes, on y tire plus à balles réelles mais c’est tout comme, la misère humaine et ses grands murs tâchés de sang et de noirceur, qui ne laissent échapper que ceux qui ont plus de sept vies. Ici, on les surnomme les affranchis. Ce n’est pas mafieux, et pour les diamantaires de souche, aristocrates de lignée aussi pure que la cocaïne colombienne, les arrivistes les survivants les frondeurs du destin et les mafieux c’est un peu pareil.

Elle avait des courbes manuscrites, s’il faudrait la décrire en utilisant des termes d’aujourd’hui, en imitant le style vogue ou fashion-photoshopé, il ne serait pas ridicule d’affirmer que c’était un mélange de Rihanna sur carpet (red en l’occurrence) et de Kim Kardashian jouant au naturel – d’ailleurs avec talent – le grand rôle de sa vie dans son illustre sextape.

On l’aura compris, la fée était un centaure. Mi femme-mi cochonne. Au féminin, cela donnerait à peu près ‘sent-or’. On n’en voudra pas à l’auteur de ce colportage de rapporter textuellement les barbarismes reconnus et introduits dans les dictionnaires de la langue par le comité d’adulescents qui y officient. On aura l’indulgence d’en sourire. Il faut vivre son époque.

Elle avait autrefois été sur le trottoir, durant la grande raideur de l’austérité, suite à la vague immense de licenciements opérés chez les siennes. Sans syndicat hussard, elle avait vu rouge avant de porter le noir et d’entreprendre un pèlerinage sur les pavés gris, le corps tarifé en objet sexuel.

Elle s’était laissée convaincre que c’était ça être libre, de disposer de soi, et en partageant une partie d’elle-même avec des inconnus. Puis, au bout de nombreuses passes plus ou moins fructueuses, la gueule quelques fois amochée, elle s’était reconvertie dans la pornographie comme on rentre au monastère en ayant reçu une sorte de révélation, durant une prestation, l’histoire ne dit pas si son client était un prélat. On s’en contentera.

Reconvertie, armée d’une foi inébranlable quant à ses chances de succès, elle entreprit son périple passé à la mythologie comme l’Odyssée, on peut faire confiance aux scribes de cette époque où la pédérastie était une expression culturelle de savoir-vivre.

Une fée clamant des ‘oooh ouiii’ poétiques tandis qu’elle en reçoit pas mal partout ce n’était pas aussi commun, elle inaugurait une nouvelle catégorie de cantatrices, reconnaissons-le assez talentueuses, et dont les performances vocales endurcissaient beaucoup d’hommes. En même temps on fera remarquer à juste titre que la pornographie sans ses sonorités particulières, c’est comme un opéra aphone, entre nous ce serait une escroquerie.

La fée, hardeuse hors-paire, excella, et devint une icône pour laquelle les hommes puis les dieux firent les gladiateurs, et les eunuques se suicidèrent privés de ce plaisir que les bonnes manières nous obligent à taire, mais suivez mon regard, derrière mes Ray Ban m’as-tu-vu.

Vous vous dites sans doute que jusqu’ici vous en avez lu de plus trash, vous avez sûrement raison, c’est vous les lecteurs, vous avez tous les droits.

Cela ne change rien à l’affaire, on va se garder une petite gêne, au moins par respect pour les eunuques, les pauvres. La fée du haut de son nouveau statut commanda un culte de soi sur mesure, le genre d’adulation que la madone avec son cinquantenaire catastrophique n’eut jamais connu du temps de son ‘Like A Prayer‘, une hystérie sauvage. 

La fée, après avoir massacré toute sa race pour qu’il n’en resta qu’une comme toute légende qui se respecte, se laissa monter dans les cieux rejoindre ce fameux Père dont se réclamaient les hommes et les dieux, afin de faire valoir sa légitimité.

Il se dit que le Père devant la démonstration exceptionnelle de la fée, un effeuillage de très haute facture qui ruinerait Las-Vegas tout entier, de peur de céder à la tentation, se jeta de son royaume et s’écrasa comme un œuf, ironie du sort, sur le trottoir.

La fée, prit sa place.

Et depuis ce temps, toutes les princesses, les Cendrillon et les autres ont compris que pour réussir dans la vie, ce n’est pas si compliqué.

 

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