Abattez le mur !


Des “Mur de Berlin”, l’on en voit tous les jours traverser les ruelles, diviser les carrefours. Ils sont les barrières de la ségrégation sociale, le plafond de verre pour les âmes mal nées, la discrimination raciale, le sexisme, le fascisme féministe, l’oligarchie, les préjugés imbéciles.

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C’est la drôle histoire d’un monde qui a le sens des commémorations, et qui sait donner à ses héros la place particulière qu’ils méritent dans le panthéon si élitiste de la Mémoire.

Un monde vacillant sur ses acquis d’hier, fragilisé par les bouleversements de cette époque rapide qui semble prendre plaisir à réécrire le sens des choses, en imposant subtilement sa propre transformation à une humanité désenchantée, désensorialitée, perdue et inquiète.

L’humanité a perdu la maîtrise de la marche de l’Histoire, elle est en ce début de siècle la spectatrice angoissée des accélérations du temps, craintive de cette incertitude vers laquelle elle est menée sans ménagement.

Et lorsque l’on ignore où l’on va, la sagesse voudrait que l’on se retourne sur ce que l’on a été afin de puiser dans ce passé lourd de vérités, l’énergie nécessaire pour se projeter vers l’avenir. L’euphorie des commémorations de la chute du Mur de Berlin, symbolisant l’effondrement du communisme en Europe mais aussi le glas des démocraties populaires, un certain 9 novembre 1989, permet de se satisfaire des luttes ô combien louables de ces ordinaires qui ont su avec un courage exceptionnel faire tomber, dans le dos des politiques, l’unique barrière qui les séparait d’une certaine liberté.

Mais cette leçon de bravoure célébrée montre aussi qu’à cette époque – la nôtre – la prolifération des “Mur de Berlin” touche désormais tous les aspects de la Civilisation, au point que les hommes aujourd’hui donnent l’effroyable sentiment d’être des bunkers d’individualisme face aux enjeux colossaux actuels, face à des urgences sociales terribles affectant la vaste majorité de leurs semblables.

Que valent les récits d’héroïsme égrenés depuis quelques jours dans les médias à des hommes qui n’ont de cesse de faire preuve de lâcheté devant cet immense Mur de l’indifférence dressé entre les plus nantis et les plus marginalisés ?

A quoi bon se souvenir des combats de ces allemands animés de justice qui se sont confrontés à l’adversité d’un Mur réputé indestructible, lorsque l’on conçoit et tolère l’aggravation de la précarité, l’accroissement de la pauvreté, la spoliation des couches défavorisées?

Des “Mur de Berlin”, l’on en voit tous les jours traverser les ruelles, diviser les carrefours. Ils sont les barrières de la ségrégation sociale, le plafond de verre pour les âmes mal nées, la discrimination raciale, le sexisme, le fascisme féministe, l’oligarchie, les préjugés imbéciles.  

Que dire de ce Mur d’arrogance, de condescendance construit entre les pays riches et les pays pauvres ? Des systèmes de pillage économique au niveau mondial qui plongent dans le black-out l’autre grande partie silencieusement agonisante de l’humanité ? Des frontières d’où s’élèvent des fils barbelés à l’encre des politiques communes du rejet ?

Les Murs de l’incompréhension et de l’intolérance bâtis sur l’exclusion de l’autre, l’intrus, mais surtout sur la stigmatisation politique de l’identité culturelle de cet inconnu qui ne saurait être rien de plus qu’un étranger.

Ces Murs là, debout contre vents et marées, dont le maintien est plus que jamais justifié par l’indispensable repli identitaire, scindant le monde en des inégalités assassines.

Quand les dirigeants mondiaux se recueilleront devant les vestiges du Mur de Berlin, quand ils feront de belles et touchantes déclarations afin que vive la flamme de la dignité humaine, qu’ils se rappellent leur incapacité à pulvériser le Mur de la déshumanisation du capitalisme fou qui a conduit à des attitudes irresponsables, à des situations dramatiques et à des comportements destructeurs.

Du sacrifice de cette dignité humaine tant sacralisée dans les grandes conventions internationales contre la frénésie du chiffre et le culte du bénéfice.

Car derrière les Murs de l’injustice, à l’ombre d’une crise financière et ses nouveaux milliardaires aux profits faramineux, survivent des citoyens en souffrance qui n’ont plus la force de creuser des tunnels pour échapper à leur cauchemar. Et qui s’éteignent dans l’indifférence. 

Lorsque les Prix Nobel et le reste des Glorieux s’égosilleront à magnifier les espérances d’un monde plus juste dépourvu de sanglantes déchirures et des haines en plomb, que l’odeur des corps calcinés entourant le Mur de l’impunité érigé sur le cadavre du rapport Goldstone hante à tout jamais leur conscience. S’ils en ont une.

Que les complaintes étouffées venues de l’autre coté du Mur de la honte planté comme un poignard dans le coeur de la Paix au Proche-Orient, poursuivent jusque dans leur sommeil les dirigeants de cette Communauté internationale moribonde. Complice.

Et tandis que la terre est souillée par la folie du modernisme, qu’elle souffre du Mur épais de l’indécision internationale – de Bali à Copenhague, des broutilles de la Conférence de Paris – protégé par des intérêts égoïstes, des vies entières disparaissent en même temps que s’envole en pollution notre avenir commun.

Si l’on a la force d’admirer l’héroïsme de tous ces anonymes qui ont bousculé leur destin pour mieux se l’approprier, et qui ont fait montre d’une bravoure extraordinaire dans la conquête de leur liberté, il faudrait qu’en ce jour anniversaire que les hommes, tous dépositaires de cet événement historique, s’opposent à une bunkérisation dangereuse qui nierait cet héritage formidable qu’offre la chute du Mur de Berlin.

Et que l’exigence citoyenne soit désormais résumée en un seul cri, comme un souffle d’espoir, à l’adresse des leaders mondiaux : Abattez le Mur !

 

Publié le 10/11/2009

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