Trump est président. La terre tourne toujours sur elle-même.


Trump est un violeur présumé qui est désormais à la tête de l’une des plus grandes puissances mondiales. Ce n’est pas une première. Bill Clinton, ce jeune et beau gouverneur de l’Arkansas, candidat démocrate en 1991, accusé par des jeunes femmes d’agressions sexuelles, avait réussi par devenir président en janvier 1992 face à George H. Bush, le père de l’autre. Le monde s’en est remis.

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Trump est président. La terre n’a pas cessé de tourner. Ce matin, il fait frais comme prévu. Comme un mois de novembre.
Je suis persuadé que Trump décevra ses électeurs. Je doute que ceux-ci croient réellement qu’il apportera un quelconque changement au système qu’ils abhorrent. Je pense qu’ils sont assez lucides et conscients de la puissance des accointances et de la main-mise de l’oligarchie.
Trump sera un président que le poids de la fonction et le jeu politique encadreront et disciplineront comme tous ceux qui l’ont précédé ces dernières décennies. Il sera l’hôte du Bureau ovale sans en être le maître. Ce sera la forme plutôt que le fond, et ce malgré un Congrès républicain. 
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Le vote des colères: anti-mondialisation, anti-système. Le vote « anti », tout court. 

Trump est président. Les marchés financiers paniquent. Paul Krugman, le prix Nobel de l’économie et auteur du très critique Pourquoi les crises reviennent toujours? – pamphlet anti ultra capitaliste dans ses quelques moments de lucidité, prédit une « récession économique mondiale« . Rien que ça.
Au fond, c’est leur problème. A tous. 
Pas celui de ceux qui vivent au-delà de Wall Street, et dont Wall Street ignore jusqu’à l’existence.
Ceux qui ont subi les conséquences directes et néfastes de l’irresponsabilité des financiers, des banquiers, des chantres de la mondialisation des profits, aux débuts des années 2000 avec les Hedge Funds, les fonds vautour. En 2008 avec la crise des subprimes.
Une « récession mondiale », une de plus, qu’est-ce que cela change fondamentalement pour ceux qui sont déjà endogés? 
La mondialisation ou l’écart de plus en plus abyssal entre les (très) riches et les (très) pauvres. La mondialisation des délocalisations dans les ateliers de la honte où les grandes et belles Conventions des droits de la personne n’existent pas.
Celle de la destruction du tissu économique local au nom du marché libre qui est faussé parce que inéquitable. Favorisant la concurrence déloyale et malsaine de ceux qui savent tricher, corrompre le politique, et jouir de la légalité de l’impunité.
Le libre marché, c’est s’adapter ou mourir, nous dit-on. Le darwinisme économique. Sauf que, nous ne vivons pas dans la nature, sans foi ni loi. Le libre marché n’est pas un Far west. Et encore. Le libre marché dans la Civilisation, c’est que chacun ait les mêmes chances de l’emporter. Or sa réalité est une inégalité des chances. Un peu comme si Usain Bolt serait au départ d’une course dans laquelle ses concurrents seraient des athlètes para-olympiques. Ce n’est pas juste. C’est biaisé. 
Mais cette réalité, on veut que nous l’acceptions sans broncher, sans rechigner, et que l’on fasse confiance à l’autorégulation du marché. Comment Usain Bolt ferait-il pour s’autoréguler? Se briserait-il les jambes volontairement? Si Usain Bolt ne peut pas courir contre des athlètes para-olympiques, c’est parce qu’une autorité externe en a décidée ainsi. Le juste, encore une fois. 
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Hillary a produit Trump

Trump est président. Ce n’est pas Che Guevara. C’est un milliardaire qui a tout d’un véritablement escroc. Il a gagné face à l’incarnation de ce que l’on peut trouver de rationnel et de compétent, Hillary Clinton. 
Trump a gagné dans un climat délétère, une tonalité médiatique d’une agressivité sans précédente. Trump ne valait pas que l’on se rabaisse à son niveau. Les médias en le méprisant de la sorte n’ont pas compris qu’ils méprisaient l’électeur désespéré derrière lui.
Celui à qui ne profite pas la mondialisation, le libre marché, l’ultra libéralisme, la personne du « basket of deplorables« . En le traitant d’ignorant et d’idiot, les médias ont choisi la facilité et se sont contentés, déconnectés du réel de l’électeur ordinaire et en colère, de se refiler les mêmes pathétiques analyses qu’affectionnent tant l’entre-soi. La masturbation orgiaque.
Ils se sont dits: « Ce mec de Trump on va le carboniser comme nul autre avant ».
Ce matin les médias sont en cendres. Les Unes expriment avec une certaine stupéfaction à quel point le journalisme est foutu. Et c’est un euphémisme. 
Trump est un violeur présumé qui est désormais à la tête de l’une des plus grandes puissances mondiales. Ce n’est pas une première. Bill Clinton, ce jeune et beau gouverneur de l’Arkansas, candidat démocrate en 1991, accusé par des jeunes femmes d’agressions sexuelles, avait réussi par devenir président en janvier 1992 face à George H. Bush, le père de l’autre. Le monde s’en est remis. 
Pourquoi? Parce que Bill incarnait pour l’électeur l’espoir du changement radical de la direction du pays après les longues années de Reaganisme. L’électeur était prêt à tout pour cet espoir. Bill fût élu.
Et pour une partie de cet électorat, il fût une déception puisqu’il renforcera durant ces deux mandats le système ultra libéral de Reagan. L’Alena. La déréglementation de Wall Street avec l’abolition de la loi anti-trust Glass-Steagall, la « réforme de l’assistance publique qui privait d’aides plus de onze millions de familles pauvres« .
Autrement dit, la mise en pièces de la protection sociale qui était en vigueur depuis les années 1930, sous le New Deal du président démocrate Franklin Delano Roosevelt. Sa femme Hillary fût aux premières loges de cette tragédie. Elle l’approuva.
L’électeur d’hier, blanc, afro américain, latino américain, homme, femme, ne l’a pas oublié. 
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L’Amérique qui a voté Trump est le produit de l’ère Clinton. Trump n’est au fond qu’un exutoire. Elle n’a pas nos grands diplômes, mais elle n’est pas stupide.
Ce n’est pas un vote pour. Mais un message clair et cinglant envoyé au système qui a tout fait, du favoritisme dont a joui Hillary durant la primaire démocrate (la direction du Parti démocrate ayant barrée la voie à Bernie Sanders) à la condescendance médiatique, pour qu’il soit contraint de choisir entre la peste et le choléra.
L’Amérique a fait pour les traumatisés de l’élection de Trump le choix de l’apocalypse, mais l’Amérique a fait le choix du ras-le-bol. Comme d’autres peuples partageant la même réalité socio-économique. C’est ce que Serge Halimi désigne par « Le temps des colères« .
La gauche a capitulé. La droite s’est radicalisée. Le conservatisme est plus que jamais un repli identitaire xénophobe, racial.  Le capitalisme est passé à la dimension ultra. Et aucune véritable alternative crédible ne semble convaincre. La société est une composite de tribus qui sont animées par la dynamique clanique.
Oscillant entre confrontations, affrontements, rages et indifférences. La personne est un humanoïde désincarnée dans une Civilisation où l’être est uniquement une question de valeur matérielle. Sans plus. Ni moins. 
Tout ça n’est pas nouveau. L’histoire est une grande et éternelle répétition. Nous avons la mémoire courte. Les médias, plus que tout le reste. 
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Les médias doivent faire leur autocritique en toute humilité, l’élection de Trump est la chute de l’intellectualisme médiatique, des « bonnes manières », de caste et du snobisme. Ça fait un drôle de bruit. Et ça a une drôle de tête. La gueule de bois ou celle de l’après bad trip.  C’est moche. C’est un peu risible. 
Nous qui pensons être des personnes normales, comme les médias, nous devons nous regarder dans la glace. Trump est notre échec collectif et individuel. L’échec de notre incapacité à écouter et à comprendre ce que nous dit autrui, trop sûrs de notre vérité, de notre savoir péremptoire.
Nous avons tancé, humilié, ridiculisé, infantilisé autrui. Cela nous a fait du bien, nous nous sommes sentis supérieurs, et ce matin autrui nous fait un doigt d’honneur.
L’échec de notre incapacité à converser avec autrui dans le respect et la dignité, malgré les emportements, les préjugés, et même l’illogisme apparent. A accepter sa colère, à la saisir dans sa totalité, et à trouver les actions pouvant permettre un discours consensuel, un projet commun. Nous nous sommes braqués, ulcérés par ce que nous considérons comme des idioties, des « scandales ». Autrui nous a laissé parler. Nous avons cru triompher. A tort. 
Dans un monde où la conversation tend à céder la place à la juxtaposition des commentaires, Trump, le Brexit, et bien d’autres, montrent que le retour aux fondamentaux du contrat social n’est plus une option, c’est un impératif pour tous les démocrates et humanistes. Le juste comme valeur cardinale. Le juste qui avantage et satisfait certains, quelques uns, une minorité, au détriment du reste. 
Sans cette prise en considération du fait que ce que nous croyons vrai et bon n’est pas frappé d’universalité, nous sommes condamnés à subir, à fuir, et à pousser des cris d’orfraie.
Mais ça c’est une vérité que nous autres les « bonnes personnes » ne voulons pas entendre. Car cela exige de tomber de notre piédestal, de sortir de notre confort, de plonger dans ce que nous pensons boueux et dégueulasse.
Cela demande la fin de notre naïveté. En ce 9 novembre date anniversaire de la chute du mur de Berlin, c’est faire tomber cet autre mur d’incompréhension et de ségrégation qui nous sépare les uns des autres. Lesquels d’entre-nous auront ce courage? 
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La Génération des connectés déconnectés, de l’hédonisme, de l’adulescence et du suivisme

Bref, que si ce travail d’introspection n’était pas fait, Trump c’est juste – comme l’autre dirait – les « préliminaires » d’un phénomène qui va être généralisé, normalisé.
Je ne suis pas le seul à le dire, Paul Krugman, encore lui, dit grosso modo  la même chose dans The New York Times lors de cette « nuit de terribles révélations« . Nous les « belles valeurs », nous sommes (trop) déconnectés de la réalité que vivent les couches sociales les plus fragilisées. « Nous ne comprenons rien au pays [au monde] dans lequel nous vivons (Paul Krugman). 
La vérité est que Trump nous montre que nous sommes enclins au suivisme tels des moutons de Panurge. Ce qui est « trend » et « hot », la superficialité vide et le manque de profondeur et de substance, la volonté de paraître, font de nous des citoyens ni libres ni éclairés.
On s’en fout de tout, même du fait que l’on soit des zombies, des esclaves. Jamais dans l’histoire de l’humanité nous avons eu aussi facilement accès au savoir (Google, Wikipédia, Les médias alternatifs, les informations sur les réseaux sociaux), et jamais nous avons été aussi analphabètes. Limités.
Nous sommes dans la culture de l’hédonisme (du sempiternel plaisir, du rejet du moindre effort), de la paresse, du manque de savoir-vivre (avec cette connerie du Love Yourself qui masque à peine la vulgarité la plus crasse, l’individualisme le plus nombriliste).
Les gens se permettent de « s’assumer » tout en manquant de respect à tout et exigent que les autres les respectent. Aucune éducation minimale, aucune notion du vivre-ensemble. La facilité (« on veut que ce soit simple, accessible » pour dire médiocre), l’absence de contraintes.
Nous sommes à 20 ans, 25 ans, 30 ans, 40 ans, de gros adolescents. C’est effarant. C’est déprimant. Et ceux qui « savent » regardent les autres avec arrogance et mépris. Et ceux qui ne « savent pas », se complaisent dans le matérialisme stérile, l’émotionnel puéril, de leur vie qui au fond est une inexistence. Parce qu’elle n’est pas grand-chose dans le monde dominé pas le 1% de la population, propriétaire indirect ou direct des 99%.
L’être humain est désormais un banal bien de consommation. Une simple donnée statistique. Un emploi-poubelle et jetable. Un précariat. Une misère dans la richesse du surendettement. Un simplisme dont on lui dit que le plus essentiel c’est la jouissance, immédiate, de tout. Un tweet. Un buzz. Un like. Un stunt. Exhibitionniste comme un  Instagram. Ephémère comme un Snapchat. Trump est le produit de tout ça.
Et, à lire tout ce qu’il se dit depuis ce matin, j’ai bien peur que ce ne soit que le début. Personne ne veut faire son autocritique. Ou pire, les gens s’en foutent. Comme la terre qui continue de tourner sur elle-même. Comme un mois de novembre, froid. 
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