La saturation du vide


La saturation du vide est nécessaire quand l’impulsion créative est morte, lorsque l’esprit est debout, au bord de la dépression, en pleine dérive ou dans un profond délire. Il est important au cours de ce voyage du quotidien de faire la grève de l’inspiration, de laisser partir les mots, d’arrêter de se battre pour les mêmes idéaux, de ne plus « s’émouvoir sans rien ressentir » et de se soustraire à ce qu’il semble convenu de nommer le trop plein de non-sens.

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Il flotte sur cet exil un air de fuite, d’une dérobade face non pas à l’adversité mais à la fatalité qui revient sans cesse tel un boomerang cogner violemment contre les espérances.

Les mots s’éclipsent devant l’impuissance de l’esprit à mettre fin aux puissances de l’horreur, de l’infamie, de l’injustice. C’est une guerre d’usure qu’ils acceptent certaines fois de perdre afin que s’arrête l’agonie des émotions à l’épreuve de la réalité.

Cet exil à la fois vital et cruel, aux frontières de l’anéantissement et de la renaissance, va à la quête d’autres sens.

Les mots des existences charcutées à chaque transpiration par des prédateurs toujours insatiables, à force de subir les assauts répétés des perversités du monde et de son imaginaire, finissent en lambeaux, de vieux torchons accrochés aux pages d’une production souvent amochée, d’obscurs hiéroglyphes peints avec l’encre d’une émotion en sueur sur de pauvres feuilles innocentes.

Les mots des vies adoucies par l’or avec la magnificence du diamant accroché depuis le berceau sont des ponts jetés entre une rive à la déprime et une autre se noyant dans une noblesse argentée dont l’inspiration joyeuse malheureuse cache mal la détresse.

Les mots des séducteurs qui parviennent à faire du mensonge une agréable vérité, les mots des leaders qui volent dans les cieux vers lesquels ne vont plus aucun regard, les mots des artistes qui baladent les âmes au bout des symphonies vulgairement porcines rarement divines.

Au bout de tout, il ne reste plus grand-chose, juste une confusion des genres dans laquelle l’excellent côtoie le niais, l’authentique embrasse l’imposture. C’est à ces moments que cette dérobade des mots devient salutaire pour tous ceux qui ressentent le besoin d’une saturation du vide. 

 
 

La saturation du vide est nécessaire quand l’impulsion créative est morte, lorsque l’esprit est debout, au bord de la dépression, en pleine dérive ou dans un profond délire. Il est important au cours de ce voyage du quotidien de faire la grève de l’inspiration, de laisser partir les mots, d’arrêter de se battre pour les mêmes idéaux, de ne plus « s’émouvoir sans rien ressentir » et de se soustraire à ce qu’il semble convenu de nommer le trop plein de non-sens.

Quand les balles entrent par le poste de télévision, que le sang jaillit des paroles, des séparations difficiles et des virages de l’existence mal négociés, les mots qui quelques fois parviennent au viol parfait des sentiments intimes, se retrouvent porteurs de la noirceur de tout ce qui fait le moins honneur à l’esprit.

En ces instants d’errance à l’intérieur de soi, pataugeant dans la crasse des colères mal enterrées, le verbe est une malédiction qui peut rendre toxique la pensée. Le silence, le recul, l’abandon de tout, sont des bouées de sauvetage dont l’on doit se saisir pour essayer de tenir aussi longtemps que possible dans la mer des sentiments déchaînés.

Il faut apprendre à laisser parler le vide, s’emplir du silence, ouvrir l’âme – prisonnière de toutes les immondices du réel mais aussi de l’imaginaire – aux senteurs de la renaissance. Arrivé aux limites des capacités de la conscience, incapable d’encaisser le choc des drames existentiels, l’être se décroche du monde comme une feuille d’automne emportée par la brise matinale vers une fin inconnue.

Décoller les étiquettes placées sur les maux, les laisser anonymes sur les étagères de l’existence, se refuser de s’interroger sur le sens que l’on pourrait accorder aux tragédies, marquées au fer rouge, ou aux bonheurs sincères, dessinés sur du papier arc-en-ciel, ce n’est pas cesser de vivre mais trouver le courage d’exister différemment qu’au travers d’un système dans lequel l’indigestion émotionnelle est une contrainte. La saturation du vide est une bouffée d’air apportée dans des vies confinées à s’auto-polluer indéfiniment jusqu’à leur disparition. 

 

Les mots, ces traites préférés des confidences qui ont depuis perdu leur culpabilité silencieuse et qui n’osent s’assumer, soufflent sur les braises en même temps qu’ils s’engagent à éteindre les incendies. Ils font le paradis et trop souvent l’enfer. Malmenés par les époques pendant lesquels ils sont confrontés aux hérétiques de la société underground, torturés par une jeunesse rebelle qui en veut à l’univers entier sauf à elle-même, rigidifiés par les conservatismes intransigeants, les mots violés et abusés sont à l’image d’une évolution contemporaine débridée où l’homo sapiens n’a plus grand-chose de moderne.

Devant une barbarie croissante, transformée en jouissance populaire, les mots jouent le rôle de catalyseur des besoins inhumanistes. L’odeur du sang, répandue comme une traînée de poudre partout où la civilisation a fait son nid, se mêle au goût de fiel des baisers qui se distribuent presque gratuitement à n’importe quel carrefour.

L’amour, cette autre imposture que l’on considère comme étant l’expression indiscutable de l’humanité en l’homo erectus, est une boulimie charnelle des bouches brûlées par le désir, des mains pressées par l’envie, des sexes en éruption et un cerveau en effervescence. Les mots réussissent à transmettre par des meuglements assez consternant le degré d’animalité de cet amour de plus en plus généreusement offert sur le plateau de la mort. 

 
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La drôlerie de la vie est parfois grisante pour ceux qui ont le sens de l’humour, c’est-à-dire pour pas grand monde.

Parce que l’ironie du sort est une calomnie du destin, qui tue le hasard et semble condamner les âmes à l’effort de Sisyphe. Il faut toujours repartir du rien pour arriver au tout. Et le tout n’est jamais atteint.

La fuite des mots, leur désertion encourage l’esprit essoufflé par les sempiternels recommencements à s’arrêter un instant sur l’écoulement de cette existence en argile façonnée par des influences étrangères, d’observer l’immensité du néant sans toutefois chercher à se l’approprier. Il se pose au milieu d’un vide absolu et s’y noie complètement.

Cette saturation du vide est une forme d’accouchement d’un nouvel esprit qui se définira autrement en portant sur son environnement un regard différent. 

Alors?

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