First date


Les petites balades romantiques, à pieds, non seulement ce n’est pas hygiénique, la transpiration des bobettes, en plus les discussions zigzaguent et ne mènent à rien.

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Le premier rencard est une chose délicate. Le choix du lieu, les atermoiements vestimentaires, l’odeur, le langage, la gestuelle, un nombre incalculable de préoccupations aussi essentielles que futiles se posent selon si c’est un ardent désir libidinal, un épisode passionnel, une collision atomique, ou un acharnement égotique.

On ne le dit pas souvent mais il y a tellement d’ego dans le fait que les gens veuillent se mettre en couple, la poursuite d’un assouvissement personnel, intéressé, avec des intentions cachées, le besoin d’être aimé, la fuite de la solitude, le manque d’affection, l’envie de meubler quelque chose par n’importe quoi.

Le partenaire que l’on recherche doit être un trophée, une espèce de projection de la haute idée que l’on se fait de soi-même, on doit pouvoir le brandir comme pour hurler Voyez comme il est beau et intelligent!

L’autre doit être le prolongement de notre propre perfection que l’on pourra éventuellement modeler selon nos insatiables capricieux fantasmes.

Alors oui le premier rencard est délicat. Et de cet acte découlera une (més)aventure que l’on pourra raconter tard le soir après plusieurs grands verres de vin, à la suite d’une cousine éloignée inhibée avouant dans l’arrière fond de minuit qu’elle adore la sodomie. Juste une histoire de personnes bourrées. On est trop ivres pour être choqués. On en rigole. Puis le lendemain, parce que demain ne meurt jamais malgré la gueule de bois, on ne regarde plus la cousine de la même manière. Quelques fois, ça rapproche. Quelques fois, ça fout la merde. 

J’ai connu un couple d’amis qui pour leur premier rencard était allé au cinéma. Entre nous je n’ai jamais compris l’idée. Qu’est ce qu’on peut bien se dire plongés dans une salle obscure, à moins d’être certain de pouvoir obtenir une discrète fellation, je suis assez curieux de savoir.

Apparemment ça a marché – pas la fellation, je n’en suis pas sûr – ils se sont mis ensemble. En même temps, les connaissant avant, ils avaient été sur tous les sites de rencontres, essayé tous les moyens afin de s’extirper de leur solitude exaspérante. Alors le cinéma, c’était un moindre mal.

Il y a aussi cette histoire du restaurant. C’est une terrible idée.

Je vais être franc, à moins d’être certain de coucher avec la personne le plus vite possible, à moins d’être certain que c’est l’âme sœur – ce qui est aussi certain que les prédictions sondagières annonçant la victoire d’Hillary Clinton – ne jamais pour le premier rencard aller dans un restaurant.

C’est suicidaire, financièrement surtout.

J’ai connu des filles et des femmes qui ne savaient pas comment se tenir à table, la question des coudes, le dos droit, la bouche remplie qui jase constamment et comme bonus le petit rot pas très discret. On pourrait se dire que ce n’est pas courant et que même si ça l’est les bonnes manières On s’en crisse-tu! Mouais. Tout est une question d’éducation. Moi je n’ai pas de penchant pour les superbes blondes plantureuses qui ont des façons néandertaliennes.

A un moment donné, c’est ben cute l’emballage, mais voilà sourire avec un morceau de fromage piégé entre les dents et l’ôtez avec le bout d’un ongle parfait fraîchement manucuré, Noooo! Ou mastiquer son bout de gum comme une chèvre jamais repue, Noooo! 

Le restaurant, a very bad idea people! Aussi parce que si vous êtes un mec vous devez payer l’addition. Non, ce n’est pas parce que les femmes, les filles, n’en ont pas les moyens, c’est juste une question de gentry, de savoir-vivre, de galanterie, vous savez cette connerie que l’on a oublié de nos jours, et qui était au fond une façon d’exprimer son respect et sa considération pour l’autre.

Aujourd’hui, la plupart des femmes, des filles, diront Non, on partage! N’en faîtes absolument rien. Soit c’est un piège, et si vous le laisser faire vous êtes cuits. Ou bien, c’est une Femen qui n’hésitera pas à vous émasculer comme il faut le moment venu. Ne la laissez pas payer, et barrez-vous illico presto.

Bon. Bref. Oubliez le restaurant.

Les petites promenades en amoureux aussi.

À moins d’être féru de sport, ce que je ne suis guère, j’ai laissé derrière moi l’âge des abdominaux impeccables, il est très loin. Avec ma silhouette ventripotente érigée en chef d’oeuvre de l’art contemporain et qui pousse vers le bas cachant la seule partie intime qui compte. Au point que je suis une créature étrange. Un black avec une bite d’asiatique.  

Les petites balades romantiques, à pieds, non seulement ce n’est pas hygiénique, la transpiration des bobettes, en plus les discussions zigzaguent et ne mènent à rien.

Ça fait beau dans les films, dans la réalité c’est moins glamour. C’est sûr que si la vie était comme dans les films on sortirait avec des Zoé Saldana (j’ai toujours eu un faible érectile pour elle) ou des Channing Tatum. Il y aurait d’incroyables couchers de soleil, de superbes baisers, des coups de foudre au ralenti, des courses dans la rue poursuivant cet amour qui s’en va, des beaux gosses riches intelligents, de sulfureuses donzelles voluptueuses et prédatrices. La vie n’est pas un putain de film.

La vie, c’est assez low-cost. On ramasse ce qu’il y a sur les étagères (je veux dire sur Tinder) et on fait avec. Et quelques fois on regarde ce que les autres ont trouvé et on se dit Merde! Je l’ai échappé belle!

Alors, oubliez les marches amoureuses, ce n’est pas bon pour le caleçon. Et pas que.

Il y a aussi les grands dîners aux chandelles, et tout le bazar.

Personnellement, je ne sais pas pourquoi ça impressionne toujours autant. Et à la question de savoir si c’est moi qui est fait ce savoureux confit de canard, je réponds oui en me demandant si j’ai bien caché les cartons d’emballage et la facture du service traiteur.

J’t’ jure, il y a des questions… Comment peut-on croire que je vais me taper des heures de cuisine gastronomique pour juste un peu de sexe. Le point d’interrogation est omis, c’est fait sciemment. Ce n’est pas une question, c’est rhétorique. On ne sait jamais, on n’est jamais certain de l’analphabète fonctionnel qui nous lit.

Oui, la date, first ou pas, c’est d’abord du sexe dont il s’agit. On baise, puis on avise. La complémentarité sexuelle est fondamentale pour déterminer si on peut ou non se mettre en couple. C’est Laurence qui me l’a dit l’autre jour. Nom de Dieu, ai-je pensé. Je ne suis pas le seul salaud dans l’affaire. Thanks God!

Avec le nombre de personnes affligeantes qui dévorent Marc Levy, l’amour est un roman de gare. Seuls les désespérés y tiennent particulièrement. Les autres sont beaucoup plus vivants. Du cul. Et puis, Next!

Le dîner aux chandelles. Faut arrêter avec cette connerie. Je ne cuisine que pour moi et si la question se pose je mens. Ce n’est pas grave de mentir lors du premier rencard, c’est très vivement conseillé.

L’autre ne veut pas savoir notre vérité, elle veut que je réponde à une attente, un fantasme. Et elle aussi ment. Sur son tour de poitrine avec son Wonder Bra pompeux, sur sa dernière relation pendant laquelle elle a viré psychopathe, sur sa sacro sainte règle de ne pas coucher le premier soir alors que la veille elle se faisait culbuter sauvagement derrière un bar par un inconnu, sur ses défauts qui n’en sont pas en réalité – par exemple elle ne dira pas qu’elle est d’une jalousie maladive et que ça peut friser la démence. Non, elle ne dira pas ça. Oui, elle ment, parce qu’elle veut répondre tout comme moi à une attente, à un fantasme.

Mais surtout ça ne se fait pas d’ouvrir ses tripes et les montrer dès la première rencontre. C’est répugnant. Un manque de classe et de savoir-vire (encore). Alors, oubliez le dîner aux chandelles, et tout le bazar.

En fin de compte, oubliez le premier rencard. Tout court. C’est emmerdant, sauf si cela nous pousse à prendre une douche. En cette période de grands froids, l’eau et la douche sont comme le purgatoire. Personne n’a vraiment envie d’y faire un tour.  

Oubliez le premier rencart. Soyez l’inconnu qui culbute la fille ou le mec derrière le bar, la fille qui s’envoie en l’air l’inconnu trop musclé et cute comme on s’achète un sex toy. Vous aurez la chance de n’avoir payé qu’un verre, d’avoir pu plaire en étant trop ivre pour vous en rappeler. Et le plus important d’être là, derrière le bar.

 

first-date-photo-art-by-manuel-rodriguez-sanchez

 

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