C’est ainsi que meurent les anges


Et les anges revenaient souvent du paradis pour s’offrir de jeunes vierges. Et les hommes en fantasmant sur ce paradis parfait ne déviaient que très peu du culte. Ils étaient heureux. D’un bonheur cannibale.

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À une époque oubliée, quand les il était une fois eurent la gorge tranchée pour qu’aucune belle histoire ne puisse être dite, les cieux touchaient la terre et il arrivait parfois que les anges y descendent pour rendre visite aux habitants du monde.

Durant de telles visites, on déshabillait les jeunes filles vierges, leur corps pré-pubère très apprécié, et on les donnait en offrande afin d’honorer convenablement la venue des seigneurs du ciel.

Elles étaient ainsi conduites auprès d’eux, et pendant six jours et autant de nuits participaient à d’interminables orgies qui ne se terminaient qu’à l’aube du septième – jour consacré au repos des guerriers.

Ce même jour, les hommes organisaient un grand festin fait de la chair des jeunes sacrifiées, et tout le monde plongeait dans la soupe aux tripes, gueules et âmes. Puis les anges repus, après une séance de bénédiction transformée en exercice de dédicace, quelques gribouillis signés dans le vide en signe de croix, quelques scarifications sur le front, sur la poitrine, se retiraient gracieusement dans l’antre duquel ils étaient sortis. Et les hommes face écrasées contre le sol, les remerciaient.

 

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Les anges rendaient visite aux hommes, et le rituel était scrupuleusement respecté. Ils leur racontaient de temps en temps que chez eux, c’était le paradis, un immense jardin féerique où les fleurs chantaient et les animaux buvaient du vin jusqu’à s’embrasser sur la bouche.

Les hommes extasiés rêvaient tous d’y entrer. Mais certaines règles se devaient d’être suivies rigoureusement, attendre le mariage avant de s’envoyer en l’air. Honorer les aînés, aimer son prochain, et ainsi de suite.

On initia un culte, diffuseur et gardien, qui inventa le sacré afin que chaque homme ne puisse oublier, ni transgresser les dites règles.

Et les anges revenaient souvent du paradis pour s’offrir de jeunes vierges. Et les hommes en fantasmant sur ce paradis parfait ne déviaient que très peu du culte. Ils étaient heureux. D’un bonheur cannibale. 

 

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Il vint un moment sentant que la foi commençait à vaciller, l’impatience prenant la forme du doute, les anges expliquèrent aux hommes que l’atmosphère particulière du  paradis leur était nocive et mortelle. Leur corps d’humain ne pouvant supporter une telle pureté. Les anges dirent aux hommes: Vous devez vous en libérer!

Les hommes hochèrent la tête, et s’émancipèrent tour-à-tour, collégialement, de ce corps impur. Les jeunes filles vierges continuèrent à être sacrifiées sur l’autel de l’insatiabilité des anges. 

Au fil des âges, de générations en générations, on perpétua le rite. Le culte devint le sacré, autoritaire, les transgressions étant punies par le bannissement ou le feu que l’on nomma le bûcher des transgressifs.

Les anges affirmèrent aux hommes que les transgressifs se retrouvaient damnés pour l’éternité, expédiés à la prison du diable, un personnage exilé par le chef des séraphiques paradisiaques. Le diable il y a longtemps fût chassé des cieux à cause de sa propension à la rébellion. Porteur du germe d’insubordination, vicelard, intraitable, pervers. Le diable ou lucifer avait entamé sa chute par ce Pourquoi? qui ne passa pas au paradis. 

Les anges expliquèrent aux hommes que se poser la question Pourquoi? relevait du péché, un crime absolu d’insubordination selon le code pénal du paradis. La peine encourue était cette damnation éternelle, dans le feu incendiaire d’un enfer pénitentiaire.

Alors les hommes craintifs et apeurés n’osaient guère de commettre l’irréparable. Les brebis égarés comme ils désignaient ceux qui osaient même dans leur pensée rompre avec le culte, étaient extirpés du groupe à coups de pied dans le derrière. Ils étaient jeté dans le précipice et la noirceur la plus totale les engloutissait.

 

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Puis, un jour arriva un jeune fou. Adepte de la secte des Sceptiques. A l’aube d’une orgie, il avait été contaminé par la syphilis, cette lèpre que les anges afin de marquer clairement les fornicateurs comme on marque au fer rouge le bétail, glissèrent entre les cuisses des jeunes filles, et tout le reste.

Le jeune fou la portait sur lui. Défiant les fondements du culte, il entreprit la croisade de Zarathoustra, armée seulement de la glaive de la parole et de la conviction que le doute était en fait l’unique chose sacrée, la véritable liberté.

Il entra dans le maquis, leva des bataillons d’infidèles, rasa des temples, et inventa la guérilla du dogme.

Les anges furieux ordonnèrent que l’on brûla tout ce qui aurait pu abriter un tel soulèvement. On incendia les bibliothèques secrètes de la secte des Sceptiques, on écartela ses responsables présumés, et on procéda à la vérification de la virginité des jeunes filles, les impures passées dans l’histoire comme la caste des putes, furent publiquement lapidées.

Mais le jeune fou demeura pendant longtemps introuvable.

Il s’écoula une immortalité durant laquelle la confusion née de la répression souleva une telle poussière de sang, qu’il fût difficile de  distinguer le fils du bâtard. La vierge de la pute. Le fornicateur et de la masturbation du vierge. Tout était confondu et confondant. Le jeune fou à l’abri dans sa clandestinité qui feint l’oubli, eût le sourire. Le bordel était installé dans le monde des hommes.

 À cette époque incertaine, les anges laissèrent les hommes remettre de l’ordre dans leurs affaires, et décidèrent de suspendre leurs régulières visites. Une autre histoire raconte que le jeune fou parvint à tuer certains d’entre eux dans une embuscade qui est connu de la mémoire pour être la conversation maïeutique.

La persécution s’intensifia. Aussi effroyablement que la contagion se faisait virulente.

Les fidèles des Sceptiques face à la monstruosité du culte grandissaient en nombre jusqu’à devenir une majorité redoutable et puissante. L’affrontement final eût lieu au pied de la pyramide pythagoricienne.

Ce fût la bataille de l’apocalypse. Le ciel contre la terre.

 

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Le jeune fou grimpa la pyramide jusqu’au paradis pour rendre justice à toutes ces vierges consommées par les divins phallus.

Il trouva les anges et leur tranchèrent la tête qu’il ramena sur terre en hurlant: Dieu est mort! Dieu est mort!  

C’est ainsi que s’acheva l’ère des anges, le sacrifice des vierges, le culte, et la sacré.

 

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Voilà, fils. 

Mais maman, et le diable?

Oh lui? Un errant du nom de Dante descendit en Enfer pour avoir sa propre version des faits que lui étaient reprochés. Bien sûr il nia tout en bloc. C’était une femme.

Fils, tu sais à quel point les femmes n’ont jamais tort.

Dante était Sceptique. Il fît son rapport à l’assemblée du Nihilisme composé de tous les Sceptiques de la Grande bataille.  Celle-ci décida de tout raser. On y dépêcha une troupe  qui ne laissa rien derrière elle. Leur commandant, Sartre le Strabique, exposa au Panthéon de l’Existentialisme – Tu sais là où ton père travaille – le buste du diable dont les seins pointent comme tu le sais toujours vers le crépuscule.

Voilà, c’est tout pour ce soir, c’est maintenant l’heure de dormir.

Maman, c’est une belle histoire. Tu me raconteras une autre demain?

Si tu restes Sceptique, fils…

 

 

Alors?

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