Lettre à mon Ami Luc


J’ai la foi, oui c’est spirituel. Je respecte et j’aime ceux qui ne croient pas. Mais j’ai souvent l’impression dans notre société occidentale qui a tué Dieu pour être libre et tolérante que avoir la foi relève de l’inintelligibilité, presque une absurdité. Les croyants sont des personnes peu intelligentes, les athées des surdoués, en comparaison. Nous sommes dans une drôle d’époque qui clame et réclame le respect, et qui ne respecte pas ce qui un tantinet différent.

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Bonjour mon Ami Luc

Les anges vont très bien, elles s’épanouissent et grandissent trop vite.

Et toi? Le boulot? La famille? Les projets? 

Tu as raison Luc, la foi ou son absence est une part de l’intime de chacun. Un de mes enseignants Jésuites au secondaire m’avait un jour dit ceci à propos de la religion:

Mon Fils, la religion c’est comme les parties génitales, il est bien de ne pas les exposer aux yeux de tous, une question de décence et de respect.

Et tu as raison, le réalisateur du documentaire est en fait un exhibitionniste de plus dans une société de voyeurs. Que veux-tu c’est l’époque qui veut ça. 

J’ai la foi, oui c’est spirituel. Je respecte et j’aime ceux qui ne croient pas. Mais j’ai souvent l’impression dans notre société occidentale qui a tué Dieu pour être libre et tolérante que avoir la foi relève de l’inintelligibilité, presque une absurdité. Les croyants sont des personnes peu intelligentes, les athées des surdoués, en comparaison. Nous sommes dans une drôle d’époque qui clame et réclame le respect, et qui ne respecte pas ce qui un tantinet différent. 
Comme toi, la religion et la foi m’ont été au départ imposées. Je m’emmerdais grave le dimanche à l’église et je trouvais épouvantablement interminable le bénédicité. J’avais 8 ans-9 ans.
A 11 ans, ma mère – la grande conservatrice – m’a offert Alfred de Vigny (Les Destinées) et les poèmes « La Maison du berger« , « Le Mont des Oliviers » et « La Mort du Loup » furent un ébranlant choc de valeurs. Baudelaire (Les Fleurs du mal et « Les Litanies de Satan« ) m’achèvera à 12 ans. Nietzsche (Ainsi parlait Zarathroustra) sera l’oraison funèbre de ce storytelling chrétien que l’on m’avait toujours conté. 
De 13 ans à 16 ans, j’ai pris cette foi imposée et je l’ai foutue aux vidanges. Dieu était mort, je l’avais tué, et son cadavre pestilentiel n’en finissait plus d’asphyxier cette nature, ma personnalité, que je sentais en gestation en moi. Socrate m’a mis au monde. Et j’étais libre. 
Seulement, à 17 ans – 18 ans, cette liberté avait un goût bien étrange. Enivrant. Jouissif. Mais sans véritablement sens. Croire en ce que l’on veut et faire ce que l’on veut comme on l’entend était un slogan assez enthousiasmant.
« Il était interdit d’interdire« . « Faire l’amour, pas la guerre« . « Humanisme« . Cette autre foi m’est rapidement apparue comme un insupportable gaspillage, une irresponsabilité, une escroquerie.
L’interdiction d’interdire conduisait mes congénères à exiger le libertinage tout en refusant d’assumer les responsabilités qui en découlaient.
Faire l’amour s’est transformé en une guerre du sexe, un cannibalisme, une érotisation des relations.
Quant à l’humanisme, à mes yeux, à cet âge-là, c’était une pure fumisterie et une ingénieuse façon de soumettre les autres à sa propre puissance. L’humanisme était sale, arrogant, ethnocentriste, moralisateur, vindicatif, guerrier et violent, et injuste. 
Et c’est cet humanisme, cette liberté, cette expressivité de l’amour contemporain, à 19 ans, m’ont réconcilié paradoxalement avec la foi chrétienne. Ou plus largement, le spirituel.
Je n’étais plus un enfant. Je voulais être une meilleure personne que ce que m’offrait l’athéisme et ses promesses d’émancipation, mais au fond de déliquescence.
Être dans mes actes de personne, le trait d’union entre la Spiritualité – la Rationalité – l’Humanité. Ou mieux l’harmonisation de ces apparentes contradictions. 
Les incohérences que l’on trouve dans la foi ou la croyance en Dieu ont été depuis pour moi non pas des motifs de rejet, mais plutôt des invitations à la réflexion. Des points de suspension bien plus que des points finaux. Le temps et l’expérience de la vie apportent des réponses à certaines questions que l’on considérait plus jeune impossibles, des sens aux problématiques insolubles. 
Pour moi, à 20 ans, croire en Dieu, prier, aller à l’Eglise (non pas dans un acte de soumission à Rome, mais comme entrer et être dans un Temple de recueillement), m’engager étudiant en droit pour défendre les droits humains (homosexualité, avortement, égalité homme-femme, environnement) et la justice avait une cohérence, une nécessité qu’il m’était impossible d’expliquer aux autres.
A 20 ans, je croyais en Dieu, j’étais chrétien, j’avais conscience du mal que la religion a faite aux Hommes, j’avais aussi conscience du bien qu’elle apporte à d’autres, et j’étais convaincu que le vie, le monde, n’était pas binaire. Ce n’est pas blanc. Ce n’est pas noir. C’est une pluralité de nuances de gris.
Je n’ai plus 20 ans. Et je n’ai pas beaucoup changé.  Je regarde le monde évoluer et j’ai de la misère à voir autant de misères dans l’opulence, le surmatérialisme, la place trop grande prise par l’affect, l’émotion, l’hystérie, la superficialité. Je suis Baudelairien, Nietzschéen, Alfredien, et Ecclésiaste. Dieu au-dessus dans des cieux improbables, Dieu parmi les Hommes, Dieu dans le cœur des Hommes.
Et lorsque j’ai fait baptiser ma fille, ce n’était pas pour me conformer à la doxa, mais parce que c’était ma manière de l’introduire à une forme différente d’amour, de vérité, d’authenticité, d’humanité et d’humilité. C’est ma responsabilité et ma conception de père.
Elle en fera ce qu’elle voudra, comme moi j’en ai fait autre chose. Elle trouvera sa voie dans tout ce que la vie et le monde lui proposent. Elle se choisira son bonheur, son équilibre, son émancipation. Et peut-être avec tout cela, sera-t-elle une meilleure personne. Du moins, c’est tout le mal que je lui souhaite. 
Voilà mon Ami. J’ai été trop long, pour pas grand chose. Je m’en excuse. 
Prends soin de toi et de tes proches. On se voit bientôt pour un café. 
Dave, le campagnard.
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