Ombres hivernales..

Où sont-elles allées ces douceurs exquises dans leur voile chantilly, qui fondaient délicatement dans ma bouche en feu ? Où sont-elles passées ces illusions fugaces dans leur jupon en détresse, qui s’écroulaient dans mes bras généreux ?

Vers quelles chimères le vent de l’espoir les a mené, ces fragilités chancelantes que j’ai brisé, que j’ai laissé planté au carrefour ténébreux des désillusions retrouvées ? Ont-elles trouvé le chemin menant à l’autre rive, celle du bonheur tant désespéré ? Ou sont-elles restées prisonnières des rêves inaccessibles et des histoires à l’eau de rose souillées par le mensonge ?

Le temps est passé sur les années de ma vie à un rythme effréné ; les automnes ont assassinés des étés trop fragiles ; et les hivers ont survécu aux printemps intimidés par l’insolente froideur de mon cœur vaniteux..

Aurais-je été cette âme errante au milieu de ce no man’s land qu’est devenu le monde si j’eus donné à ces passantes douloureuses l’authenticité d’un amour assumé ? Serais-je comme en cette heure où les obscurs nuages recouvrent mes cieux jadis ensoleillés, le scribe des tristesses éternelles, obligé de transcrire la beauté nauséeuse de la perversité humaine ?

L’âme des hommes m’aurait parue plus noble et moins cannibale, je ne serais pas devenu ce zombie zigzaguant entre la haine de l’existence et l’indifférence des drames du quotidien.. Je n’aurais pas sur mes yeux aveuglés par le pessimisme infect, l’argile endurcie de l’innocence perdue.. Mes gloires et mes succès n’auraient pas le goût acide de la culpabilité silencieuse.. En badinant avec l’amour, j’ai troqué ma virginité candide contre un parfum de monstruosité, celui qui enrobe les jeux amoureux dangereux où les gladiateurs s’exterminent..

Ont-elles survécu aux aurevoirs ombrageux qui soufflaient dans les rosiers dénudés, aux souffrances anodines que je leur ai offertes, un jour ou un soir, un moment d’éternité évanouit dans mes souvenirs ingrats ?

Je suis coupable des atrocités infligées à mes immaculées passions, de leurs colères qui hantent mes nuits, et des larmes insupportables mouillant l’aridité si détestable de mon cœur..

Mon cœur est une nécropole grisâtre où sont enfouis les voluptés enivrantes que ma main gourmande et égoïste a cueilli aux bords de mes errances sentimentales.. Il y règne le calme lugubre des promesses bafouées, une symphonie funèbre qui fait valser les spectres du passé, lentement..

Elles sont là, présentes plus que jamais, ces ombres hivernales que ma nuit longue a ressuscitées.. Assises dans le décor de mon existence insensée, comme les gardiennes désabusées de toutes ces autres qui viendront meubler le vide immense de mon cœur libertin..

 

1997..

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