Le lévitant


Et un scorpion surgit du sable comme un monstre des sables, le pique et s’en va. Mourir derrière une dune. L’homme est immortel. Le scorpion ne le sait pas. C’est là sa malédiction. Le scorpion ignorant, crève.

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C’est l’histoire d’un homme, seul et entier, debout sur des fondations d’os, la sueur pour sang, le souffle brûlant, l’enfer dans les poumons, sous un soleil de satan.

À moitié dénudé, couvert d’ecchymoses, de l’esprit à l’âme. Couvert de gale, de la tête aux pieds. Il pointe d’un doigt accusateur le désert. Il stigmatise le vide, il n’a peur de rien et il sait qu’il a tort. Il n’a plus grand chose à perdre et il est déjà fou.

 Son doigt reste tendu, comme une flèche prisonnière d’une rage arc-boutée prête à partir frapper l’horizon lointain. Parce que l’on n’en veut toujours au lointain, quand tout est mort autour de soi.

Il bouge ses lèvres craquelées qui ont connu depuis une éternité déjà la sécheresse – de la parole.

Il remue l’air en des sons éteints, il a oublié qu’il s’est un jour tranché la langue pour ne pas se perdre, et scellé les voix de son for intérieur comme on tente d’emmurer ses démons. 

Il est jeune et si vieux, il est l’enfant dans l’homme, le vieillard dans l’enfant, le passé sans discontinuité dont les traces sont brouillées et perdues avec le passage des âges, le présent qui s’éternise peu, l’avenir qui est remis tout le temps à demain.

Il s’immobilise, statue de boue asséchée de vie, dans une posture punitive, parce qu’il a un jour osé se retourner, regarder tous les damnés être châtiés, et parce que ce qu’il a vu est d’une cruauté sans nom.

Il y a des horreurs qui plongent dans la cécité, des cris qui frappent de surdité l’oreille et le cœur qui les écoutent.

Et un scorpion surgit du sable comme un monstre des sables, le pique et s’en va. Mourir derrière une dune.

L’homme est  immortel. Le scorpion ne le sait pas. C’est là sa malédiction. Le scorpion ignorant, crève. 

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C’est l’histoire d’un prophète – qui marche dans la nuit au milieu d’une foule nombreuse, fervente, idolâtre – rasé de près et autant soit peu rasoir, ayant la gueule de l’emploi et tout ce qui va avec.

Il se balance, fait des miracles, comme un politicien en mascarade électorale, la foule hurle applaudit pleure s’étale se laisse marcher dessus, du pied gauche du droit des deux parce que ça porte bonheur aux anges, et enfin de compte, même le diable pourrait voter pour lui.

Il saisit la ferveur en plein vol, la lance contre les derniers remparts des esprits incrédules, transe-lucides, des éclats de verre se font entendre et les enfants qui traînent par là sautent dessus, la gorge tranchée, l’innocence se vide de son sang.

Il montre le ciel, son étoile, des nuages en errance viennent lui faire de l’ombre, la foule y voit la face d’un Père intermittent, se roule dans la poussière, goûte à ses origines. Les prélats courent, tombent, se relèvent, courent, trébuchent, et finissent par trouver refuge dans le labyrinthe où les attend l’homme-porc, minotaure des Temps modernes. 

Il affirme – parce qu’un prophète qui n’affirme rien cela n’existe pas. Il rythme la foule. 

Et au milieu d’une phrase lapidaire, d’une envolée christique, il se mord la langue, ravale sa douleur, retient ses larmes, les nuages sont passées, le karma est lunaire et éclaire d’une nuit nouvelle les paroles prophétiques.

Il ne dit plus rien, les gestes sont désormais le verbe, éoliens brassant du vent, la foule ne remarque pas, elle est dispersée aux quatre coins du vent, et le prophète avale son bout de langue qui va se coincer au fond de sa gorge.

Il s’étouffe, la foule est ailleurs, autour de lui, déjà sans lui.

Et le prophète s’écroule, comme un miracle.

Et le désert nettoie tout le bordel. 

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