Pisse & love


Et ils s’accordent tous sur le même faux air: bonne année! Tambourinements célestes, feux funestes, l’obscurité aspire tout, le néant recrache la pisse de l’asémantique et l’amour de l’inanité.

Les morts qui sont les derniers hommes ici bas ouvrent grande la bouche et avale. Pisse and love, cela fait un savoureux liquide séminal pour les esprits désincarnés.

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Pisse and love. Verres levés trinquant à l’insanité. Ce fût une belle année. Gants blancs, les mains sales sont au propre.

Une valse funèbre pour ouvrir le bal, les cadavres ont sorti les smoking et leur plus beau sourire, j’agrippe une Lady désossée par les hanches et nous dansons merveilleusement.

La salle nous acclame, nous admire, je ne boude pas ces ovations silencieuses, ma Lady en perd la tête.

Elle roule sous les tables, jusqu’aux sabots du diable.

Quelqu’un lui tient la queue, et la prend dans sa bouche, et l’enfouit jusqu’au profond de sa gorge.

Ma Lady ne retrouvera plus sa tête. Ici, lorsque l’on perd la tête, on tient à la laisser à sa place.

Pisse and love. Le bal s’achève, on range les cercueils. Sous terre. Avec les restes des dernières personnes sensées.

Les autres. On s’embrasse, on culbute, les verres de sang presque vides. La fête est terminée. Les cercueils sont aussi chauds que l’année qui s’achève.

Dehors, l’hiver ressemble à une Saison blanche et sèche. Des pierres tombales pour rappeler que les légendes vivantes ne sont plus de ce monde. Beaucoup de bruit et d’ombres pour voir que les morts sont toujours là.

Et ils se regardent tous, jouissent les uns sur les autres, les uns avec les autres, les uns avec et sur eux-mêmes.

Et ils s’aiment tous, jusqu’à la morsure mortelle qui s’offre dans un baiser fougueux aux impitoyables épines.

Et ils s’accordent tous sur le même faux air: bonne année! Tambourinements célestes, feux funestes, l’obscurité aspire tout, le néant recrache la pisse de l’asémantique et l’amour de l’inanité.

Les morts qui sont les derniers hommes ici bas ouvrent grande la bouche et avale. Pisse and love, cela fait un savoureux liquide séminal pour les esprits désincarnés. My Lady en perd ses os. Le chien du maquis s’en réjouit. Le diable aussi, il y a toujours une gueule qui traîne pour lui sucer la queue. L’année fût bonne. 

L’année prochaine sera meilleure.

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Nous naissons dans l’esclavage. Et de là, si nous avons suffisamment la grâce, si nous sommes assez fous ou assez courageux, nous nous libérons […] Il n’existe que deux espèces de folies contre lesquelles on doit se protéger, Ben. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire. L’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire […]

André Brink, Une saison blanche et sèche (1982) 

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