Au parc des itinérances


Il m’a parlé de ses errances avec ses balluchons remplis de l’amour en babioles. Conté des anecdotes d’indigence sociale. Et de la connerie en mode recyclable, biodégradable, qui a remplacé les chiffons du vieux temps.

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Personnage théâtrale. Créature burlesque.  Fantasque du genre, autofiction permanente inspirée de l’ivresse. Auto-Tune en mode reverse. Auto-dérisoire en des proportions toujours plus grandes, fragile dans sa vérité nue, et triste dans son rire, éclatant, contagieux.

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Je n’ai jamais su son nom. Je n’ai jamais voulu  le connaître. Je n’y voyais aucune importance, ou plus justement cela n’avait aucune importance. Le nom est une petite cage, une petite case, la liberté de soi y est emprisonnée.

L’anonymat seul lui résiste. Il était anonyme, à mes yeux un résistant.

Je ne connaissais de lui que cette présence silencieuse et cette gestuelle qui hurlaient des maux inaudibles, fort et haut, de manière brouillonne, chaotique, avec justesse. Des mots sans son, mais avec le souffle des grandes indignations.

Je n’ai pas souhaité en savoir davantage. Cela aurait été sans intérêt. Excessif. Inutile. J’ai seulement pris le souvenir, je l’ai mis dans ma petite cage, ma petite case, le cœur et la mémoire. 

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Il jouait au parc des itinérances, où se croisaient sans se poser les errances solitaires, quelques fois en couple. Des binômes en solitude, de passage, sur les chemins qui ne sont les leurs. Des couples, en pleine traversée de soi. Des couples en déréliction. L’autre servant à fuir le silence du vide. Lui, il jouait au parc des itinérances, sa thébaïde, son ermitage, devant tous ces couples individuellement solitaires et souriant faussement.

Il déclamait des poèmes d’hier qui parlaient d’aujourd’hui. L’auditoire pluriel et monotone, attentif comme un léger sommeil, frissonnait de froid.

Des poèmes et une poésie amoureuse. De la vie. Pour des âmes amoureuses d’elles-mêmes. Il a remballé son attirail, les couples ont jeté au sol quelques pièces.  

Il m’a parlé de ses errances avec ses balluchons remplis de l’amour en babioles. Conté des anecdotes d’indigence sociale. Et de la connerie en mode recyclable, biodégradable, qui a remplacé les chiffons du vieux temps.

Il a levé les yeux pour sourire au croa croa des corneilles. Puis, s’en est allé tel un Monarque, les ailes déployées, valsant avec l’espace et le temps, l’ici et l’ailleurs. 

Ce fût un éclair. La foudre. Une lumière. Intense et si éphémère. Évanescente émotion. Et inoubliable. Taranis, au parc des itinérances.

Alors?

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