Gina


Gina est une silhouette élégante dont la finesse des courbes illustre tout le soin attentif qu’un Dieu créateur, parfaitement diligent et agile, a mis dans l’exécution de sa tâche. Rien de son aspect ne souffre d’errements, d’apathie et de négligence. Gina est superbe. Que l’on la regarde de loin ou de près, c’est toujours le même plaisir qui remplit et extasie l’œil observateur. De sa chevelure courte, aussi ordonnée qu’un militaire de carrière, jusqu’au bout de ses ongles d’un entretien impossible, en passant par un visage aux traits relâchés qui témoigne de la zénitude d’un esprit épanoui et éclos aux petits soleils de la vie, ceux que l’on remarque à peine, ceux qui sont pour la plupart des personnes des riens du tout. Gina est antique. Un classicisme sculpté dans la chair, les os, l’humanité. Passé entre les mains de Phidias, Polyclète et Praxitèle, que notre époque si désespéramment post-hellénistique n’a pas encore su découvrir. Encore moins voir. C’est peut-être mieux ainsi. Ce qui se cache au regard de l’homme postmoderne est sauf. Devant le nouvel Homo Lumière, il vaut mieux être dans l’ombre.

Gina a des perles aux couleurs de l’irréel. Des globes oculaires qui semblent capter l’invisible clarté et qui savent la diffuser en de lueurs diffuses. On les remarque dès le premier regard, et on n’ose s’y accrocher trop longtemps, de peur sans doute de s’y perdre. C’est le propre des choses envoûtantes, le piège et la perdition. Quelques fois, elle les ouvre grand, comme pour éclairer davantage ce qui se réfugie derrière l’apparent. A ces instants-là, les perles deviennent félines, et rien, pas même le regard détourné, les yeux abaissés, la gêne, la pudeur, la timidité, n’arrête leur élan carnivore. L’on est dévoré, entier. Et pour Gina, cela va de soi.

Assise ou debout, Gina est d’une stricte attitude, sans jamais être sévère. Chez elle, les bonnes manières, le savoir-vivre, la bienséance, ne sont pas seulement pour le décorum, l’étiquette, la mondanité. Les bonnes manières sont un respect, de soi et d’autrui. Son identité, presque sa revendication. Gina ne se laissera jamais aller à l’incongruité, insolente, inconvenante et sans-gêne qui se veut real ; c’est-à-dire une grossièreté, une vulgarité, aussi sans limites qu’elle se revendique libre. Elle restera – et même après plusieurs verres, lorsque tout fout le camp – d’une gracieuseté remarquable.

Il ne faudrait pas s’arrêter à cette image marmoréenne, les a priori sont des murs qu’il est souvent difficile de franchir. Il arrive parfois qu’ils soient des aveuglements. Encore que, les aveugles sont les seuls voyants au milieu des êtres humains. Rimbaud en faisait partie. Les autres, beaucoup trop, se bandent les yeux et cognent leur tête contre le mur, de leur pitoyable lamentation. Il ne faut pas se fier au premier abord, parce que Gina, aux royales manières, ressemble aussi à son prénom. Gitan dans son rire. Coquetterie latine. Opiniâtre dans son propos. Florale dans son humeur. Estivale sans la chaleur suffocante, la transpiration qui pue, la légèreté qui dit trop ce qu’il vaut mieux laisser deviner, la nudité qui en montre trop quand elle devrait sous-entendre. Question de curiosité. Question d’imagination. De stimulation. En ce sens, Gina sait se montrer sans tout dévoiler, captatrice, une présentation qui se termine toujours sur ces trois points de suspension terribles, un peu machiavéliques. Gina est vicelarde et perfide. Foncièrement. Le jeu retors d’un esprit exquisément vif. C’est pourquoi, comme toute bonne curiosité qui se respecte, Gina est addictive. A l’instar des a priori.

La voix de Gina rappelle à certains moments celle des Nuits de France Culture. Celle des archives avec cette singulière sonorité du ressuscité, qui dit cette cruelle vérité : la modernité est une mort, prétentieuse. La tonalité qui s’élève sans être haut perchée, comme jadis ces Cours du Collège de France, marchant sur les anciens Nouveaux Chemins de la Connaissance, parcourant Les Chemins de la philosophie, la Connaissance érigée en art au rythme pénitent de l’Apologie de la décence ordinaire. Une intonation aussi identifiable qu’indéfinissable, à elle seule un Continent Musiques en même temps qu’une Concordance des temps. La voix de Gina, ce sont ces divers aspects, Les Discussions du soir ou les brefs commentaires de couloir, la Dispute des perceptions, la rencontre des perspectives, la Fabrique des Émois autour de la Grande table des subjectivités en hashtag ou en LSD, invariablement Métronomiques. Un plan large parcouru d’un bout à l’autre par un écho mémétique et amplificateur d’une pensée supersonique. Gina réveille, ou empêche de s’endormir. Une nuit blanche.

Gina Chlofwig. Gina la Glorieuse Combattante. Gina Regina. Gina Reine. Une octave au-dessous, juste ce qu’il faut pour que la réflexion ne soit pas un gâchis de la puissance. Du moins, pour ceux qui n’ont pas encore perdu l’oreille, ou la faculté d’écouter et d’entendre véritablement. Quelque part, perché là-haut, ou traînant ici-bas, incognito, son Dieu créateur en posture méditative doit la regarder et se dire : C’est une belle œuvre.

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2 commentaires sur « Gina »

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