Il est né le divin vieillard


Plusieurs jours de carence, durant lesquels je suis habité par un grand vide. Sans vertige. Sans silence. Calme. Une douce béatitude. Au milieu de la foule, comme une transparence, cubique, translucide. Parmi les autres comme une absence, un éloignement. A la vue de chacun, comme un mirage, une évanescence. Je regarde les gens, le monde, la société, et je n’ai que du mépris.

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Le mépris. Quelle violence. Quelle arrogance. Quelle condescendance. Quel mépris. C’est un peu tout ça à la fois. Je suis un être foncièrement méprisant et naturellement méprisable. Dans le vide comme dans la saturation, c’est une de mes constances. Suis-je supérieur? C’est possible. Suis-je inférieur? C’est probable. Suis-je égal? C’est une escroquerie. Cela dépend toujours de qui est le référent.

Des jours comme les derniers, plongé dans ce vide serein, le regard rempli de mépris, le cœur ailleurs, l’esprit dans l’interrogation du pourquoi du comment du rien du tout, l’âme pécheresse, la béatitude ne traîne pas trop longtemps. Et lorsque cela arrive, quand elle fout le camps de la même manière que l’on ferait des infidélités, je suis projeté hors de ce vide, tel un amas de chair presque difforme, visqueux, d’un vagin déchiré et sanguinolent. Je renais au monde. La tête en premier, le cul ensuite, et le reste pour finir. C’est impeccable le travail de la vie, là, je ressemble à une merde en chair et en os qui respire par le nez et hurle de toutes ses forces pour signifier à ceux qui n’espéraient plus, à ceux qui attendaient fébriles, à ceux qui sont dans le couloir, à ceux qui sont des passant ou en transition, à ceux qui viennent incognito et croient que personne ne les voit, à ceux qui sont là franco parce qu’ils assument leur attirance amoureuse ou sexuelle pour l’étron, à ceux qui sont des intermittents de ce spectacle prodigieux mis en scène par un Ingmar Bergman d’un autre genre.

Tous, ou presque, se penchent pour accueillir le divin vieillard. Et ce dernier, grossier comme un romantisme à la Marc Levy, grotesque comme une intrigue à la Guillaume Musso, humoristiquement dramatique comme un blockbuster américain durant un été où les cervelles sont grillées tel un feu rouge, aussi palpitant qu’un J.K. Rowling laborieux et élevant des bestioles dans une ferme fantastique, moins intense que les influences québécoises à moitié à poil sur Instagram, mais tout aussi indécent dans sa nudité, quasiment pornographique. Alors, tous, presque, ouvrent les yeux, examinent le machin-truc, tentent de trouver une chose qu’ils pourraient se mettre sous la dent, malheureusement le divin vieillard est comme le père Noël, une ordure.

Et tous, presque, disent aux autres, à quelques uns, à personne – parce qu’en vérité on ne partage pas tout, on en garde un peu pour soi, l’amour de soi est une pensée prioritairement égoïste – que cet zibouiboui, le divin vieillard, est un phénomène – pour reprendre l’un des seuls chauves pour qui j’ai une certaine affection – « TRÈS » particulier. Les phénomènes de cette espèce ne sont jamais totalement et définitivement saisissables. Un peu de la même manière que le mystère de l’Immaculée Conception. Il y a des théories que chacun construit selon sa propre disposition à croire, les limites de son entendement, les cadres de sa sensibilité. Il y a des spéculations qui rivalisent avec les grands questionnements métaphysiques, des points d’interrogation soulevés avec beaucoup de poussière. Au final, tous ou presque repartent par les chemins et les solitudes qui les ont mené jusqu’à cette bouse née et qui vit.

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