Patrice


La silhouette de Patrice est aussi filiforme qu’un point i en police Raleway Thin.  Un trait fin, une courbe élégante. Sa seule vue laisse une impression de formalisme qui ne se laisse guère aller. Les proportions sont fixées dans une sorte d’immuabilité, où rien ne déborde. Le mouvement est contenu dans un cadre un peu, beaucoup, rigide. C’est la fonction. L’autorité. La figure institutionnelle. En ce sens, la silhouette de Patrice est un classicisme, d’un bout à l’autre.  Comme une colonne corinthienne de l’Eglise de la Madeleine. D.O.M. – Deo Optimo Maximo

L’homme est une réalité qui échappe à tout énoncé définitoire conventionnel. Pour dire, toute tentative descriptive ordinaire est vaine autant qu’elle est dérisoire. Car Patrice n’est pas une compilation de caractéristiques physiologiques ou un caractère que l’on placerait dans une boîte étiquetée.

Patrice n’est pas un cours magistral soigneusement préparé pour un auditoire attentif, endormi, distrait, ou simplement à un endroit autre que celui où il est. Patrice n’est pas un savoir encyclopédique qui finit souvent sur la plus haute étagère et qui se met hors de portée du curieux peu motivé ou égaré. Patrice n’est pas un scribe qui calligraphie sur des papyrus numériques des réflexions du temps présent.

Non. Patrice est plus. Un A+. Un ailleurs en plus, une valeur ajoutée à quelque chose de brillant, out of this world, et ce bien malgré lui. Le ramener à un qualificatif, à un nominatif, revient à faire le portrait de l’invraisemblable, c’est une folie en soi. Aussi fou que d’essayer de radiographier le tout qui est intrinsèquement substantifique et hors-sujet. La question et ses digressions. La connaissance et sa nécessaire absence de suffisance aussi bien que de son indispensable exigence. Patrice est en pointillé. Une suite symphonique de Joseph Haydn, No. 45 in F-sharp minor « Farewell ». Cela ne se dit pas. 

La première fois,  le regard inquisiteur, pris de saisissement, parcourt l’oeuvre de la même manière que le peintre observe l’objet de sa contemplation, de la même manière que le poète voit la nature des choses, en allant au-delà de l’apparent ou du présentoir. C’est d’une certaine façon un périple ontologique. Aucune certitude à la fin, juste quelques vérités incomplètes, éparses, capturées tant bien que mal dans leur fugacité évanescente. L’oeuvre composite, finalement, est un tableau de Georges de La Tour, qui tient à la fois de Le Caravage par le jeu en clair-obscur et de Charles Le Brun par la puissance narrative. Le souffle de L’Amarante de De Saint-Amant, et L’aria d’Umberto Giordano, La mamma morta. Cela prend aux tripes. 

Patrice dénote un grand classicisme. Il va s’en dire. Classicus, de première classe. Seulement, encore là, ce n’est pas tout à fait l’homme. Parce que ce dernier, c’est Warhol sortant d’un centre de désintox et qui est – pour une fois dans sa vie – plus talentueux qu’il ne le prétend, ou que l’on ne le fait croire. Warhol comme il devrait être, un génie sans les acides, sans l’Overated. Visuellement aussi sophistiqué que le serait un dandy so british en plein West End à Londres, entre Soho et Mayfair, déambulant avec cette Chic Touch que l’on retrouve sur la Bond Street, Old & New. Dans les couloirs, devant l’auditoire, à côté des autres, dans la foule, seule, l’ombre est une oeuvre d’art. L’Homme qui marche de Giacometti dans l’univers Flower Ball de Takashi Murakami. Cela est un choc.  Le Patricisme. A lui seul, un contre-courant culturel. Cela désarçonne. 

Patrice aime le verbe. Le dire et le lire. A l’écoute, ce sont les rapides de Lachine, l’intellect doit s’accrocher ou il se noie. Beaucoup boivent la tasse. A la lecture, ce sont des pièces aux contours respectueux des règles, au contenu qui les ébranle. Et à la fin, quand la dernière diapositive telle une ultime chute signe la délivrance des uns, le soulagement des autres, la fin d’une certaine jouissance pour les quelques restes, la silhouette se détache de la lumière pour plonger dans l’anonymat de l’ordinaire, comme si elle n’eût jamais existé. Les géants sont davantage titanesques parce qu’ils savent mieux que nul autre s’effacer pour faire une trop grande place aux insignifiances qui se pavanent. Le contraste frappe, et on se rend alors compte que les usurpateurs, les produits de substitution, sont de la camelote. Patrice est un titan.

Mais il ne faudrait pas le lui dire, il en serait gêné ou sceptique, car l’homme ne se trouve pas bon, encore moins exceptionnel, ce n’est pas que de l’humilité. C’est autre chose. Timidité du sachant érudit ou lucidité de l’éveillé, un peu sage, un peu philosophe. Détaché et distant, vis-à-vis de sa propre préciosité. Entre ça et ailleurs, il y a Patrice. L’Éclectisme en traitillé. 

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