Le regard qui viol


Toi qui te tenais près d’un carrosse luisant, aussi clinquant que ta goujaterie, et qui te prenais pour un prince à qui on doit tout, tu es un petit connard insignifiant. Je te le dis avec tendresse, sinon je t’en collerai une. Ce n’est pas mon genre. J’ai du respect pour tout le monde, même si quelques fois il n’en mérite aucun. Je te le dis franchement, tu es l’espèce de mec que l’on devrait extraire de la Civilisation comme on ampute un organe trop malade pour être sauvé. Parce que tu es un violeur.

Même si tu n’as pas mis tes mains dans la petite culotte de la fille qui circulait tranquillement devant toi, même si tu n’as dit mot, même si tu n’as fait que regarder, tu es un violeur. Parce que ton regard, lourd, insistant, qui déshabille, a été d’une telle violence que moi, cet autre mec, observateur pas loin de toi, je l’ai senti comme un assaut contre ma personne. Et je ne suis pas le type que l’on ébranle aisément ou qui se met en branle facilement. J’ai senti ton regard moche, dégueulasse, me salir. J’étais la fille qui passait. Comme elle, je te le dis, tu m’as sali. Pauvre mec. 

Toi qui a ce regard qui chosifie toutes les filles que tu croises, parce que tu te crois permis de laisser traîner l’œil sur ces formes presque dénudées, sur ces courbes bien en vue, sur ces silhouettes qui s’assument car elles se sentent belles, tu es un violeur. Ton regard dit : pute. Ton regard dit : t’es baisable. Ton regard dit : je veux te fourrer.

Elles ne veulent pas le savoir, elles n’en ont rien à foutre, tu peux le remballer et allez voir ailleurs, dans ton cul si possible. Et ne viens pas me dire que c’est la game, que c’est une façon d’apprécier leur beauté, sexy, non mec il n’y a rien d’appréciable ou d’agréable quand on se fait mater comme un morceau de viande par un prédateur qui remue la queue. 

Tu veux qu’elles sachent que tu les trouves hot, elles te plaisent, bien, respecte-les, arrête de saliver, cache tes crocs, comportes-toi en gentleman, et dis-toi que ces filles-là auraient pu être ta mère, ta femme, ta fille. Mec, je te le dis, ces filles sont l’origine du monde, sans elles tu n’existerais pas, tu serais le néant, le rien du tout. Peut-être cela aurait-il été mieux ainsi. Mec, juste un fucking respect. 

Toi qui te tiens avec tes potes, avec ta cool attitude de pacotille, ton regard barbare sur toutes ces filles qui ont eu la mauvaise idée de te croiser, toi et ta meute à l’affût, tu es un crétin. Je t’ai observé de l’autre côté de la rue, j’ai failli vous arranger le portrait, juste pour refaire votre éducation, mais au fond cela n’aurait été d’aucune utilité, je n’aurais fait que déplacer le problème, dans une autre rue, comme un cancer dont on ne peut définitivement se débarrasser. Mec, ton regard a violé toutes ces filles-là. Chacune d’elles t’a senti sous sa jupe comme un phallus qui pénètre dans un lieu où il n’a pas été invité, qui lui est refusé, parce qu’il a le pouvoir de le faire, qu’il prétend être propriétaire de l’intimité d’autrui, cet autrui qui a un vagin, ce sexe faible, inférieur, ce rien du tout dans notre société phallocrate. Mec, je te le dis comme ce phallus tu manques de couilles, lâche comme un trou du cul, tu me donnes envie de gerber. 

Toi la fille qui me regarde avec ce regard aguichant, qui me fixe et s’excite pour avoir mon attention, je te le dis bien franchement tu n’es pas sexy, encore moins attirante, même avec ton décolleté plongeant, tes petites manières de pimbêche, ta danse lascive, ton attitude suggestive, et tout le show dont tu es la piètre actrice me laisse de marbre.

Je ne suis pas la sorte de mec que ces conneries font tourner la tête, parce que je trouve ton intelligence plus séduisante que tes formes voluptueuses, ton humour plus renversant que ta démarche tsunamique, ton rire plus extatique que ton string que tu laisses voir comme on se vend dans un de ces temples du consumérisme, un attrape-nigaud, un attrape-bite. Ta personne plus importante que toute la longueur de tes cils, cette personne qui est ensevelie sous la tonne de make up, réfugiée dans ce cœur où ta véritable beauté se cache ou s’emmure.

Tu n’as pas besoin de te faire bitch pour te faire aimer, de céder à cette facilité du nu grossier et vulgaire, à ce comportement primitif, quasiment animal. Tu n’as pas besoin de provoquer pour être estimée, de rentrer dans la game dont les règles ont été conçues pour plaire en premier lieu à la phallocratie. Ta beauté n’est pas un présentoir minable dans un marché au cul. Tu vaux plus que ça. Je te le dis meuf, tu vaux vraiment plus que ça.

Sois une Lady et je ne t’échapperai pas. Meuf, je te le dis ce regard que tu poses sur moi est semblable à celui de ces pauvres mecs sur toi, un viol. Sincèrement, je te le dis, tu ne me fais pas bander. Respecte-moi. Respect, tout court. Le reste viendra tout seul. Ou pas. 

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