J’ai saigné le soleil


Oui. J’ai saigné le soleil. D’un coup sec. Ma main n’a pas tremblé. Cela faisait un moment que je voulais le faire. Et un jour comme aujourd’hui, sans les nuages qui la protègent, sans sa distance infranchissable, sans ses airs fuyants, je l’ai attrapé et je lui ai tranché la gorge.

Et je l’ai laissé se vider de sa lumière, et sur le bleu azuréen il y a eu comme une grande tâche noire, d’un bout à l’autre l’horizon. Le sang du soleil est noir, dans ses veines y coule la nuit. Il fait jour, le soleil se meurt, il fait noir.

Et je vois la torpeur des hommes. Cela me fait une bien.. fou.  Comprenez-vous? Non? C’est bien ce que je pensais.

Il n’y a rien à comprendre.

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Oui. J’ai poignardé la lune d’un millier de coups. Je l’ai attendue une éternité, derrière le rideau crépusculaire, j’ai avancé sur la pointe des orteils, pieds nus, âme nue, et avant qu’elle ne s’élance dans la voûte céleste, je l’ai saisi, elle m’a regardé et ce fût rageur.

Fou. La lune est morte, ses dernières pensées furent pour les poètes, les romantiques, les lunatiques.

Je m’en fou-tais, un peu. Un instant, j’ai ri. Son sang s’étendait sur l’univers comme une pluie de météores. Vu de la terre, cela ressemblait à une chevauchée d’étoiles filantes.

J’ai pris un torchon qui traînait par là et j’ai essuyé tout ce bordel. Le ciel était propre, il sentait le javel, aussi sombre qu’un trou noir. De toute beauté. Comprenez-vous? Non?

Je me disais aussi.

Il n’y a rien à comprendre.

 

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Oui. J’ai torturé les saints, j’en ai mis sur la croix, j’en ai brûlés un certain nombre. Comme jadis je fis pour Rome, la souillée. C’est moi, Caligula. C’est moi le pyromane césarien. C’est moi le dieu du feu, des flammes, des Enfers. Le Dieu.

Et moi seul ai incendié les temples, rasé le paradis et dévoré ses animaux possédés qui parlent, son arrogante paix, son insupportable prétention.  

J’ai marché sur son cadavre comme on passe sur un corps, bulldozer à fond, fast & furious. Violent et furibond. Tout est désormais plat, ouvert, froid. Enivrant. Comprenez-vous? Non?

Je ne crois pas.

Il n’y a rien à comprendre.

 

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Oui. J’ai mordu dans la pomme interdite, elle a un goût de pourriture. Et cela m’a plu. Et je l’ai enterrée dans la terre, pour nourrir les morts. Quelques uns ont ressuscité.

Ils sont pour la plupart dans ces jurés qui me jugent. A ma droite. Celle du bourreau. Et mes juges la guillotine comme livre de lois n’attendent pas le verdict populaire pour aiguiser la lame. 

Je pencherai la tête à gauche. Il n’y a plus grand monde de ce côté-là. Ni d’aube ni grand soir. Rien. Tant mieux.  Comprenez-vous? Non?

Comment en être surpris.

Il n’y a rien à comprendre.

 

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Oui. J’ai violé l’autre moitié de moi. Toutes les nuits. Toujours plus sauvagement. Elle était faible. Chérissant les fadeurs. Avec une sensibilité primitive, quand elle n’était pas simplement primaire.

Je l’ai violée durant neuf mois de suite. Dans son ventre, les germes d’une catastrophe génétique. Désormais, elle n’est plus. J’ai sauvé le monde. Comprenez-vous? Non?

Pathétique et prévisible

Combien de fois vais-je le répéter.

Il n’y a rien à comprendre.

 

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Oui. Coupable. Exécution immédiate. Que mon corps livré à vos griffes charognardes soit dépecé par la foule de barbares assoiffée de justice.

Que celle des revenants qui ont oublié qu’ils sont morts, que celle des Justes qui ne savent plus à qui ils se sont prostitués, que les lunatiques et les estivaux qui n’ont pas remarqué la lune absente et le soleil mort, que tout ce beau monde vienne et se servent. Voici ma chair, prenez et mangez. Voici mon sang, prenez et buvez. Je suis la vie éternelle.

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