Racisme arc-en-ciel


Un texte écrit il y a plus d’une dizaine d’années, en tant que jeune chroniqueur d’un média européen d’information.

Texte d’une certaine actualité. Retrouvé dans le bordel de mes placards. Par hasard. Et republié tel quel.

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Que l’on soit clair, mon propos n’est pas de victimiser une catégorie de personnes plus qu’une autre, ou de diaboliser qui que ce soit, mais de montrer que le racisme n’est pas l’apanage d’une civilisation, mais qu’il réside ailleurs, dans d’autres cultures et que chacun trouve une justification et une légitimité au racisme, au lieu de le combattre fermement.

 

« Schwarze sind hier unerwünscht ! » Ces paroles sont celles d’un videur allemand à l’endroit de trois jeunes noirs qui souhaitaient entrer dans un club la semaine dernière à Berlin. Une scène qui aurait pu se dérouler en Asie, en Amérique et même en Afrique. Car le racisme n’a pas de frontière et il n’est pas propre à une culture. Le racisme porte la haine du monde.

Et la haine, malheureusement, est universelle. Si pour Descartes la raison est la chose la mieux partagée, la négation d’autrui est le sentiment le plus commun à cet ensemble que l’on appelle, un peu pour masquer la réalité, humanité.

Pourtant, les blessures causées par les excès nationalistes du siècle dernier ne sont pas totalement cicatrisées, et dans les mémoires reviennent encore les images de ces camps où l’animosité humaine a atteint son paroxysme. Auschwitz, Treblinka, Birkenau, Dachau ou Buchenwald.

Personne n’a oublié que le racisme a laissé dans l’Histoire des pages entières écarlates souillées par le sang de millions d’innocents. Mais l’on continue à penser que les « chambres à gaz » avec leurs morts en millions ne furent pas « particulièrement atroces », que la colonisation a eu des « effets positifs » (la construction de routes par la mise en indigénat des « autochtones », l’extermination culturelle au nom de la chrétienté etc.) de façon à faire de « la repentance une haine de soi ».

L’oubli, la volonté de relativiser les souffrances passées et le révisionnisme viennent conforter les intolérances actuelles, contribuant à l’éclosion de comportements « légitimes ». Comme si l’on pouvait justifier l’inacceptable.

Entre cimetières musulmans et juifs profanés, entre jeunes étudiants africains assassinés dans le froid russe et les expatriés occidentaux brutalisés par la police zimbabwéenne, entre la montée de l’extrémisme de droite, des stades de football se transformant en arène pour skinheads et autres néofascistes, entre les discours xénophobes et le réflexe communautaire, entre les regards condescendants, le plafond de verre et les injures dans la rue, le racisme revêt toutes les formes de notre perversité au point d’être intellectualisé, idéalisé et même idolâtré.

On en est fier, on l’exhibe en revendiquant sa haine pour autrui. Cet autrui responsable de tous les maux sociaux (pauvreté, précarité, chômage, insécurité), de la perte identitaire, du cannibalisme économique et de l’autoritarisme politique. La colère et les frustrations sont les fertilisants qui font grandir le racisme, les préjugés et l’ignorance des excuses qui encouragent les actes les plus honteux.

Malgré les effets d’annonce, les collectifs et les multiples associations, des législations courageuses et des condamnations heureuses, le racisme est une tare qui se transmet de génération en génération d’une manière plus ou moins assumée. En pensée, en paroles, par omission ou par action, un jour ou l’autre nous avons tous été racistes. Et la jeunesse africaine n’échappe pas à cette « tradition ».

 

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La jeunesse africaine, ouverte à une mondialisation inéquitable et principalement fondée sur le marketing de l’illusion, n’est pas exempte de tout reproche. Au contraire. On retrouve en son sein deux formes de racisme. Le racisme anti-blanc, le plus répandu. Le racisme africain anti-noir, présent en Afrique du Nord. Et la xénophobie, qui est un phénomène omniprésent. Le tribalisme quant à lui, touche toutes les couches des sociétés africaines, expression des pires conflits armés et motif des plus grandes boucheries.

En marchant dans les rues des capitales africaines, il n’est pas rare de croiser des Occidentaux pris à parti par des groupes de jeunes, ou traqués, violentés lors de crises sociales, au nom d’une colère totalement injustifiée, illégitime et trop facile.

Il n’y a pas si longtemps à Abidjan, au plus fort de la guerre civile, la chasse au « Frenchy » était devenue un sport national. Aujourd’hui, c’est à Harare où il n’est pas bon d’être « Britannique ». Entre insultes dans la rue, regards méprisants, et rancœurs historiques tenaces, quelquefois dans les capitales africaines, les Occidentaux subissent l’antipathie de ces jeunes Africains qui semblent y trouver un moyen de dire leurs frustrations. A tort. 

Pour rappel, dans l’Egypte antique, hautement glorifiée par un bon nombre d’Africains, la mise en esclavage des populations étrangères était monnaie courante, et les Egyptiens n’hésitaient pas à sous-humaniser toute personne qui ne parlait pas leur langue.

Une pratique que l’on retrouvait chez les Romains, mais aussi dans la Grèce antique, berceau de la pensée occidentale.

Il est connu le mépris des Asiatiques pour les navigateurs étrangers qui foulaient leur sol, et le dédain des Espagnols pour les peuplades d’Amérique latine. Les autochtones n’étaient que des animaux, dépourvus de toute dignité et utilisés pour remplir des objectifs dits civilisationnels.

En 1865, les Etats-Unis mettent fin à l’esclavage sans proscrire le racisme, et leur belle déclaration d’indépendance deviendra, pour paraphraser quelqu’une, un paillasson sur lequel durant des siècles, les Blancs et les Noirs viendront essuyer la souillure du plus sombre racisme. Il y eut le Ku Klux Klan, les abus des Black Panthers, le nazisme, le colonialisme et l’apartheid, avec le nombre astronomique de victimes que l’on sait, le même sang rouge et noir abreuvant une terre repue.

Au XXIe siècle, le racisme est devenu plus subtil, mais n’en est pas moins efficace. Il se retrouve dans des formules du style « les étrangers, moi je les aime, du moment qu’ils restent chez eux ! », « les Blancs sentent tous mauvais ! », « les Chinois, ce sont tous des mangeurs de chiens ! », etc.

Il aura suffi, il y a cinq mois, d’un scandale sur l’exclusion d’un immigré clandestin gabonais et un reportage sur les conditions « musclées » de retournement de sans-papiers pour mettre le feu dans le cœur de jeunes Gabonais et exiger le rapatriement illico presto de tous les « Blancs » sans carte de séjour qui vivent depuis des années dans ce pays. Un discours repris par le gouvernement qui exigea le droit de « réciprocité ». On pourrait croire que le racisme anti-Blanc en Afrique se nourrit exclusivement des dérives racistes occidentales, qu’il est une réponse spontanée aux attitudes paternalistes, mais le mal est plus enraciné qu’il ne paraît. En fait, le racisme anti-Blanc est comme tous les racismes du monde, il est historique, générationnel et contextuel. Comme partout ailleurs, il suffit de peu de chose pour radicaliser les esprits et les pousser à l’extrémisme.

 

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A l’heure où se fait l’Occident forteresse, où les attitudes subtilement hypocrites et clairement moralisatrices s’imposent face aux « invasions » venues des contrées « perdues », les tensions semblent ne pas s’apaiser, et les propos de certains politiciens occidentaux ne font qu’attiser un feu qui risque de devenir, avec le temps, incendiaire.

Dès lors, il est important de ne pas encourager l’arrogance afin de calmer les frustrations. Les injustices et les incompréhensions nourrissent les intolérances. Ainsi plus que jamais le dialogue des cultures, l’ouverture aux autres, les politiques économiques équitables, le poids des mots et le respect des différences doivent être des piliers dans la lutte contre le racisme.

Le racisme est un phénomène arc-en-ciel qui n’est pas spécifique à une culture particulière ou à une civilisation. C’est simplement le reflet de la bêtise humaine, universelle et presque inscrite dans les gènes de l’homme. L’Histoire peut en témoigner. Des jeunes Maghrébins traitant de sous-hommes leurs frères parce qu’un peu plus bronzés qu’eux, aux hordes de néofascistes élevées à la soupe hitlérienne, en passant pour les communautaristes qui revendiquent le pathétique « For Us By Us ». Le racisme est partout, surtout quand ça va mal, économiquement ou politiquement.

Du Chinois qui vit sous les tropiques à l’Africain qui étudie à Pékin, souvent la soif d’acceptation et de reconnaissance se heurte à l’hermétisme culturel, individuel et social.

Lentement sans s’en rendre compte le monde va vers un « clash » des civilisations qui risque d’être encore plus sanglant que toutes les autres guerres réunies. Un scénario catastrophe que l’on ne souhaite pas, mais que l’on ne devrait pas trop minimiser. La jeunesse africaine doit donc jouer un rôle majeur dans le rapprochement des peuples, en commençant par se reconstruire elle-même, en essayant de comprendre les peurs des autres, en mettant fin aux déchirements fraternels, et en s’ouvrant encore plus aux autres cultures (non pas à leur matérialisme ou modernisme, mais à l’essence – la profondeur – de chaque culture). C’est là-dessus que réside tout espoir.

 

 

tenor

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