Tes lèvres


Mes lèvres se sont ouvertes au souffle des tiennes fiévreuses pour laisser pénétrer le désir incendiaire, pour que le froid de mes glaciations s’évapore dans l’apaisante nuit. Afin que même le souvenir des baisers d’autrefois, d’hier et de demain ne puisse jamais plus hanter chacun de mes frémissements.

Tes lèvres brûlant comme les flammes de l’Etna ont déversé dans ma bouche des litres d’émotions insensées. Tes lèvres qui viennent après une infinité de puanteurs vicelardes – ces gloutonnes, ces insipides. Tes lèvres m’ont donné vie dans une bestialité carnivore. Je suis leur proie. Dévore-moi.  

La délicatesse de leur finesse, la magie de leur douceur, l’impertinence de leur fougue ont fini par avoir raison de tout en moi. De tout ce qui est en moi rationnel, de tout ce qui est en moi rigide, tempéré, sensé, responsable. J’ai perdu les repères du réel dans un tourbillon de sensations enivrantes, emprisonné l’intellect dans un coin perdu, à l’ombre des turbulences de l’esprit.

Tes lèvres m’ont converti à ce qu’il y a d’essentiel. Elles. Moulées dans l’argile par des déesses libérées, sur cette terre porcine, pour semer un peu de lumière dans l’existence des exilés ténébreux. Moi. Et les quelques autres.

J’ai brûlé Hegel près de la cheminée où elles ont englouti mes intimes souffrances, celles que je ne murmure qu’au creux du silence. Je ressens encore leur fraîcheur sauvage parcourir lentement ce corps ingrat avec la passion cannibale, la faim carnassière des amants d’un soir.

Tu m’as fait découvrir des univers oubliés où le plaisir prend un sens sublimé, moi qui suis longtemps resté ivrogne de niaiseries aux jambes interminables, à la blondeur ensoleillée, aux anorexiques désespérantes, délicatement déposées dans mon lit insatiable.

Tes lèvres ont balayé ces trophées d’une nuit, il ne reste plus rien d’autre que leur parfum, ma jouissance. Tes lèvres, ces resplendissantes oniriques.

Tes morsures, ces sceaux sacrés marqués dans ma chair, m’ont arraché des cris impudiques qui ont déchiré le voile de la pudicité. J’étais nu comme la nuit. A leur merci. A elles. A toi.

Tu as ouvert les portes hermétiques et libéré cet autre moi qui y hibernait, le monstre a disparu dans la nuit, un homme est né aux aurores.

Tes lèvres me maintiennent captif d’une illusion que mes sens voudraient pour réalité, leur inclination pour le répréhensible, pour l’audace percute mes barrières hostiles faisant de mon être assiégé un bastion de conflits incontrôlables.

D’où viens-tu donc chère passante que j’ai envie de retenir quelques secondes d’éternité?

Où iras-tu demain lorsque m’ayant conquis si fougueusement je te laisserai endormie sur tes lauriers, lorsque l’ennui et le routine, la maîtrise de ton imprévisibilité m’auront émancipé de ton joug, et j’irai, changeant et inconstant, à la découverte d’autres saveurs?

Mon cœur est une nécropole où sont enterrés bien des cadavres sentimentaux, ces autres qui ont cru aussi que mon nomadisme épicurien aurait pu être sédentarisé. Que je me suis plu à regarder se construire un avenir dans lequel j’aurais été cette âme sœur retrouvée pour les restes de leur vie. Qui m’ont amusé un instant. Le temps de me poser sur leurs seins, d’écouter les symphonies de leurs cœurs remplis d’espoir, et d’entendre se briser dans un fracas démentiel leurs illusions, en y prenant un plaisir honteux.

Que feras-tu quand dans une aube prochaine je me glisserai hors de tes draps pour prendre les routes du destin sans un regard pour ces lèvres envoûtantes qui m’auront tellement donné de toi ? Elles ne seront qu’un souvenir de plus dans mes placards où sont renfermés toutes ces histoires d’un soir, d’un moment, qui voulaient être celles de toute la vie. Tu seras un spectre comme un autre venant me hanter afin que j’expie mes fautes, qui viendra dans mes nuits de solitude comme un fantasme. Une évanescence.

En attendant, l’aube, cet homme que tes lèvres enfanteront, les abandons assurés et leurs hordes de souffrance, laisse-moi amante labourer chaque parcelle de toi, savourer le moindre bout de tes lèvres.

Fais-les monter jusqu’à ce ciel où la félicité règne, et soyons pour cette nuit ses soleils qui explosent en de milliers d’étoiles.  

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