Lettre à Elise


Il est difficile de peindre un arc-en-ciel dans la nuit, de dessiner des couleurs dans une nécropole, de calligraphier des émotions heureuses quand le sentiment est mort, et que les ombres nous prennent en otage ou ordonnent à des commandements bien étranges.

J’ai promis de parler d’espoir, de concevoir l’existence comme une fleur du Bien dont les senteurs peuvent aussi être enivrantes. Et qu’au terme de mon propos, que je me sente moins caverneux, avec des envies de respirer la vie. Suis-je parvenu à relever le défi ? Je ne sais pas. Mais au fond, est-ce si important de troquer l’armure du ténébreux pour les costumes excentriques du jovial ? Est-ce impératif, est-ce nécessaire ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je ne ris pas plus que d’habitude, que mon cœur laisse toujours mon encéphalogramme au point mort, que le soleil me rend aveugle et que j’ai besoin de rester dans la caverne, obscure, dans la contemplation des ombres que mes angoisses projettent sur les murs rocheux.

Ce que je sais, c’est qu’à force de trop vouloir embrasser la lumière au bout du couloir, on finit par s’y brûler, le goût de cendres je connais, je l’ai dans la bouche depuis que j’ai ingurgité le monde, il y a fort longtemps. Ce n’est pas le meilleur, tu le devines. Et depuis, j’ai cette impression de venir d’outre-tombe et de n’être qu’un spectre parmi les vivants.

Tu as raison de remarquer cette profusion de « mais » qui illustre bien mon paradoxe, ce contraste permanent, cette ambivalence perpétuelle, qui me fait valser avec le crépuscule et l’aube, me définissant par là même comme une curiosité, une ambigüité effarante et quelque peu dangereuse, qu’à une époque on aurait certainement foutue sur un bûcher. La belle époque. Cela résume bien les choses. Puisqu’il faut toujours en arriver là, résumer, dépecer.

Je ne suis pas un sorcier de Salem qui prêche des divinités définissables ou troublées, qui a des pratiques folkloriques établies pour des foules en demande, encore moins un mage qui voudrait se prosterner devant un Sauveur, et je n’ai qu’un seul Maître, il n’est pas moi il n’est personne, il est diffus, il est un mythe, il est une non-existence. Je ne crois pas aux forces de l’esprit, j’ai foi en l’âme, à ses pouvoirs, à sa puissance. Ainsi ma seule croyance est celle de cette substance dont on ne sait pas grand chose, que l’on devine ou que l’on rationalise, que l’on ressent ou que l’on ignore, mais qui est la clé de tout. 

Elise, j’ai promis de parler d’espoir, suis-je parvenu à te satisfaire ? Je ne sais pas. Je pressens une certaine déception, que veux-tu je ne peux parler de quelque chose qui m’est inconnue, de ce que j’ignore, de ce que je n’ai jamais appris à ressentir. Je n’ai pas le génie pour créer du néant à partir du néant. Je suis comme ça.

Un peu ténébreux de ce qui m’attriste, un peu inconsolé de ce que je vois, une sorte de Prince d’Aquitaine dans une tour démolie, où est réfugié un de Nerval pendu par une main qui dans cette sombre histoire soit la seule qui fasse sens, la sienne.  

Dave

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