L’Allomonde

25 septembre 2016

« Ici, nous accrochons des textes comme d’autres, des cadres. »

Nous entrons dans l’allomonde. Le monde, c’est vous, moi, nous. L’allo, c’est l’autre, une nouvelle caste de dirigeants qui contrôle le monde. Nous ne les connaissons pas, nous ne les voyons pas. Ce sont des logiciels, ils voyagent en numérique. Dans les films de fiction, ce sont ces voix qu’on entend sans jamais savoir si elles ont un visage. Elles ouvrent des portes, renseignent le héros, les contrôlent à distance. En d’autre temps, on les appellerait l’œil de Dieu. Nous les connaissons parfois au travers une marque. Tesla en est une.

Allo, par opposition à auto. Jusqu’ici, l’histoire de l’humanité a été guidée par l’auto. Autonomie, automobile, autosuffisance, autocensure, autopropulsion, autobiographie. Auto, je suis au centre. Allo, je suis décentré. Quelque chose conduit ma voiture, le métro, le train, je ne suis plus maître.

Mon ami Patrice possède une allomobile Tesla. Elle l’a conduit de Montréal à Sherbrooke, sans qu’il s’occupe de quoi que ce soit. D’après Patrice, passer de l’auto à l’allo génère une dose certaine de stress.

Un jour, alors qu’il était âgé de 80 ans, j’ai dû faire comprendre à papa qu’il serait mieux de laisser le volant. Je lui montrais la densité de la circulation, à l’angle des rues Sauvé et l’Acadie. Je lui disais que ses réflexes ralentissaient trop. Pour un entrepreneur bulldozer qui a passé sa vie au mode auto, devenir allonome a généré une angoisse. Deux jours plus tard, l’automobile était au rancart.

Allonome. Si vous cherchez ce mot sur google, on vous répondra vous voulez dire autonome ? Le dictionnaire n’a pas prévu que l’homme pourrait être un jour dirigé par des inconnues informatiques et numériques.

L’Islandaise Birgitta Jónsdóttir y a pensé. Dans une entrevue à l’émission La sphère, diffusée à la radio de Radio-Canada, cette politicienne, fondatrice du Parti pirate islandais, candidate au poste de première ministre d’Islande, dit que l’allomonde a été prédit par Georges Orwell (1984), Aldous Huxley (Le meilleur des mondes) ou Neil Stephensen (Le samouraï virtuel). Elle en recommande la lecture aux politiciens désireux de comprendre ce qui se passe autour d’eux.

Birgitta Jónsdóttir n’a pas dit le mot allomonde, c’est moi qui le lui fais dire. Tout de même, l’angoisse de la littérature est devenue l’angoisse de la réalité.

Si cela se trouve, le nombre d’accidents sur les routes chutera avec l’allomobile. Il y en aura un peu, un système comprend toujours une marge d’erreur. Bien malin qui dira à ce moment qui est responsable : le logiciel invisible ? Le passager qui ne conduit pas ? Le propriétaire de la vache égarée ?

Allonome, allomobile. Des mots qui n’existent pas pour désigner un pouvoir qui existe je ne sais où. C’est le syndrome de la boite vocale. Vous entendez ma voix, mais je ne suis pas là. Qui parle ?

Luc P.  (comme dans Prête-moi ton plume).

 

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