Lettre à Vous

Chère Vous, cher Vous,

Le génie est dans l’intelligence du style. L’intelligence est la faculté de trouver les meilleures expressions de l’ordinaire. Le style est dans la capacité d’assumer notre regard sur les choses, les sentiments, les émotions, et peut-être comme ça en passant d’inspirer les autres.

Sortir de l’ordinaire. Des convenances et des conventions. S’affranchir des attendus et du confort. Surprendre et étonner. Questionner et faire questionner. Ne pas craindre le ridicule, l’ostracisation, les détestations, et même l’indifférence. Accepter d’être absurde, contradictoire, marginal, fou, insensé.

Donner aux choses une chance de vous éblouir, aux émotions de vivre en vous et à travers vous, aux personnes de vous enrichir et de vous grandir. Donner vous une chance de vivre, bien plus que le simple fait d’exister, afin que cette vie acceptée dans sa totalité, calme furieuse réfléchie passionnée, descende jusqu’au plus profond de vous et se vibre dans chacun de vos actes. Vos créativités, vos sensibilités, vos yeux brillants, vos regards allumés. Vous.

Cesser d’être le vulgaire du populaire, devenir l’austère du solitaire. Ne pas attendre que l’on vous aime pour être heureux, être généreux du mieux que puissiez et si possible au-delà de ce que vous espérez de vous. Généreux en mots, en silence, en rythmes, en mélodies, en couleurs, en sobriété, en retenue, en profusion. Et quelques fois, n’oubliez pas de juste lâcher les fauves, en vous.

Embrasser les cœurs dans une étreinte fraternelle, et avant de haïr demandez-vous si c’est là le dernier geste que vous voudriez que l’on retienne de vous.

Rire, pleurer, méditer, sombrer, renaître, déprimer, jouir, passer au suivant, se donner comme une offrande à soi-même.

Désespérer et continuer d’y croire, prendre des détours pour revenir sur son chemin. Il n’est jamais trop tard. Rien est définitivement foutu. Rien n’est perdu, tout est transformé, de Lavoisier ne s’y est pas trompé. Il faut seulement se demander en quoi, pourquoi, et quoi en faire. Ne jamais oublier d’être utile. D’une façon comme d’une autre. À une âme, lointaine ou proche, quelqu’un à côté, une présence loin de soi. Utile.

Foncer dans le mur, avoir mal, recommencer, jusqu’à faire une brèche et s’y engouffrer, un peu pour vous, mais beaucoup pour les autres.

Être authentique. Toujours. Inlassablement. Comme Diogène de Sinope. Rouler sa pierre jusqu’au sommet, échouer, et recommencer. Comme Sisyphe et sa malédiction. Implorer l’être prisonnier du sarcophage qu’est la corporalité. Comme Zarathoustra. Chercher la substance. Comme les Maudits. Penser à survivre au temps en laissant sur cette terre à l’impérissable mémoire le meilleur de soi, celui qui est dans les tripes, la conscience. Comme les Immortels. Comme tous ces gens bien qui sont autour de nous. Que l’on ne voit pas. Qui ne se dévoilent pas.

Chère Vous, cher Vous, j’aime la vie, pour tout ce qu’elle m’offre, tout ce qu’elle m’enlève, les nuits trop longues, les soleils trop éclatants, les marches funestes, les marches impériales. J’aime la vie, pour les brèves rencontres, les éternels recommencements, l’infinité des possibles. Le souvenir et la mémoire. Le passé et sa nostalgie. Le présent et l’agir. L’avenir et son incertitude, comme des portes toujours ouvertes.

J’aime davantage vous savoir ici, ailleurs. Là. Tous autant que vous êtes. Avec vos rêves et vos tristesses. Votre nudité, votre fragilité, vos masques, vos boucliers. Vous n’êtes pas nombreux. Cela suffit amplement à colorer mon existence.

Et je vous demande pardon si j’ai souvent été un petit minable ou un crétin tout fait. Je vous dis « Merci pour le moment » qui s’achève, et pour l’Éternité qui commence.

Je vous aime. Non, cela sonne faux. Et c’est galvaudé.

Je vous âme du fond de moi. Oui, cela sonne profond. Et c’est juste ce qui est.

Dave..

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