Spectrum

Grave sur ma peau les initiales des terreurs nocturnes, ombre parmi les derniers vestiges de nos hécatombes. Gratte le cuir jusqu’à la chair, qu’il ne reste plus rien de cette cuirasse d’épiderme et que s’efface par cet acte d’amour insensé la différence de couleur  sur nos écrans monochromatiques qui nous a fait tant nous haïr. 

Gave ma panse de toutes les cochonneries qui nous rendent impurs, gave et sature ma pensée de toutes les conneries qui nous rendent si sûrs comme des impostures dans la force de leur souillure. 

Gave et sature, cette pensée grasse et moche, ne t’arrêtes que lorsque j’aurai l’estomac éclaté comme les veines tranchées de ceux qui ont le courage d’aimer la vie en embrassant sa mort, ces amoureux véritables et totalement maudits. 

Gave et sature encore toujours sans cesse mon âme de ces cochonneries, de ces excès graisseux qu’ils nous vendent en solde afin que nous puissions crever tous dans notre propre merde, avec le sourire en signe de gratitude.

Ce n’est pas joli joli, et encore je n’ai pas ouvert mes tripes, ni dégueulé dans la soupe, infecte et populaire, ni pris pour urinoir les mets délicats de la petite bourgeoisie arriviste, ni déféqué sur les somptuosités de la grande olig’ark’. J’ai commencé par une vomissure du cœur sur le marbre des palais de cette obsolète aristocratie qui lève ridiculement l’auriculaire, d’ailleurs c’est bien là tout ce qu’elle sache lever. 

Ce n’est pas poli poli, et encore je ne suis pas sobre, ni suffisamment ivre pour aboyer après les fantômes qui traversent notre quotidien comme les caravanes passent dans ce désert postmoderne, où les immenses bâtisses d’acier et de béton sont des pierres tombales pointant vers le ciel pour montrer aux étoiles tout le néant que nous sommes devenus.

Grave sur ma peau les sagesses qui se sont tues pour nous laisser grandir, les paroles anciennes que notre mémoire a effacées sous le prétexte de nous rendre la liberté, nous avons fini esclaves. Marque ma chair comme on marque le bétail,  et lorsque je me promènerai dans les couloirs de notre inexistence, nu d’épiderme, que mes semblables viennent vers moi et m’étouffent dans une étreinte morbide, comme un spectre rejoint l’ombre.

2 réflexions sur “Spectrum

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